InterviewOGC Nice

Hassane Kamara (OGC Nice) : « J’ai presque pensé à arrêter le football »

07/05/2021 à 17:35

Arrivé l'été dernier sur la Côte d'Azur, Hassane Kamara (27 ans) a un parcours qui force le respect. Dans une interview accordée à nos journalistes, le latéral gauche de l'OGC Nice a retracé son parcours atypique des terrains d'Aubervilliers à la pelouse de l'Allianz Riviera. Un entretien exclusif marqué par un réel sentiment de revanche pour l'ancien défenseur du Stade de Reims.

Hassane, commençons par le commencement et vos débuts en région parisienne.

J’ai commencé le football à l’âge de 7 ans alors que j’habitais à Aubervilliers. Je jouais énormément au foot avec mes amis dans le quartier. Comme ils étaient licenciés à la Jeunesse d’Aubervilliers, j’ai décidé de m’y inscrire. J’ai fait toutes mes étapes dans ce club et à l’âge de 10 ans, j’ai fait pas mal d’essais à Rennes et d’autres clubs. Deux ans plus tard, j’étais en benjamins et j’ai réalisé une grosse saison, ce qui m’a permis de faire les tests à Clairefontaine, mais malheureusement je n’y ai pas été retenu. A partir de ce moment-là, j’ai eu quelques touches dans plusieurs clubs et c’est vers Toulouse que je me suis tourné. En réalité, je n’ai joué que dans un seul club en région parisienne. Je suis toujours en contact avec les gens là-bas et ça restera toujours le club de ma ville et de mon enfance.

Justement, comment se déroule votre passage au centre de formation du TFC ?

Je débute avec un coach qui s’appelle Jean-Marc Philippon. Il connaissait et appréciait déjà mon profil. Le club m’a proposé un contrat de 5 ans, mais au bout d’un an, Jean-Marc s’est fait licencier. Il y a donc un nouveau directeur du centre qui arrive. Il me dit que c’est compliqué pour moi, que j’ai des lacunes au niveau athlétique et moi-même je savais que j’étais un peu en retard à ce niveau-là. Pour lui, avec mes qualités, je ne pouvais pas accéder au haut niveau. Il demande donc à mon agent de me trouver un nouveau club sur Paris.

Qu’avez-vous décidé ?

De mon côté, je ne pouvais pas me permettre de retourner à Aubervilliers et laisser mon rêve de côté. On a pris la décision de patienter et c’est sûr que j’ai eu énormément de doutes. Mais ce n’est pas que je n’y croyais plus. Dans ma tête, je me disais, si tu ne joues pas au centre de formation, tu ne pourras jamais devenir professionnel. Je me suis accroché et j’ai continué de travailler, mais à l’issue de la 5e saison, je n’ai pas été conservé.

« Il fallait que je me prépare mentalement à arrêter. »Hassane Kamara

À ce moment-là, vous vous relancez donc au centre de formation de la Berrichonne de Châteauroux.

La première saison a été très compliquée, que ce soit au niveau sportif ou privé. Le club me faisait confiance, mais je n’étais pas performant et j’ai presque pensé à arrêter le football. Je me suis dit qu’en changeant de club, ça pourrait m’aider, mais c’était clairement l’année où j’ai le plus douté de ma carrière.

Vous avez vraiment songé à tout stopper ?

Oui car il fallait que je me prépare mentalement à arrêter. Il me restait un an de contrat et finalement, j’ai été positionné en milieu défensif, et j’ai fait la meilleure saison de ma carrière. À la fin de l’année, je commençais à faire des groupes pros, j’ai marqué lors de mon premier match et le club m’a proposé un contrat professionnel.

Quel sentiment prédomine au moment de votre signature ?

Pour moi, c’était improbable donc magique. Je me disais « Hassane t’as signé pro ! ». Je voyais d’autres joueurs s’entraîner depuis longtemps avec le groupe sans signer de contrat donc c’était incroyable mais vrai. Mais à ce moment-là, mon agent a été clair avec moi. Il m’a bien dit que ce que j’ai vécu dans les centres de formation, ce n’était rien face à ce que j’allais vivre dans le monde professionnel. J’ai fait six premiers mois difficiles, mais j’avais énormément de temps de jeu. De milieu défensif, je suis ensuite passé sur le côté gauche et je suis resté à ce poste tout le reste de la saison.

Hassane a porté le maillot de Châteauroux entre 2012 et 2015

Ensuite, le Stade de Reims est venu à votre rencontre. Comment s’est fait votre arrivée ?

J’ai fait une belle fin de saison avec Châteauroux et du coup, ils étaient intéressés. Avec la Berrichonne, on descendait en National donc c’était le bon moyen de rebondir.

« Ça m’a montré que quand tu es pro, il te faut du temps de jeu pour avoir de la visibilité et de la confiance. »Hassane Kamara

Finalement, il y a ce prêt à Créteil.

C’était une énorme déception car au moment où je rejoins Reims, je me disais que je ne pouvais que monter. Malheureusement, je fais que deux rentrées dans la saison, mais j’ai continué à m’accrocher car c’est un peu l’histoire de ma vie. On descendait en Ligue 2 et je voulais être prêté, mais le club ne voulait pas. Finalement, je me retrouve encore sur le banc, et ça amène beaucoup de frustration. J’avais pas mal de touches en Ligue 2, mais j’ai rejoint Créteil. Au début, c’était difficile car je faisais l’ascenseur. Mais, il fallait absolument que je joue et je préférais jouer en National qu’en réserve. Les premiers mois ont été compliqués, mais au final, ça a été l’une de mes plus grandes expériences de ma carrière. Ça m’a montré que quand tu es pro, il te faut du temps de jeu pour avoir de la visibilité et de la confiance.

À ce moment précis, on peut donc parler de déclic ?

Oui, c’était un vrai déclic pour moi, c’est certain. Ça m’a permis de reprendre confiance en moi et de commencer à travailler en profondeur sur mon poste. J’ai commencé à travailler la vidéo, faire du travail individuel et je voyais certains points à améliorer. Du coup, j’ai pu prendre vraiment conscience de la marge de progression que j’avais et j’ai bossé comme un fou jusqu’à mon retour à Reims.

À votre retour, vous revenez donc avec un meilleur statut et la rage de vaincre.

Oui, en plus de ça, c’est l’entraîneur de la réserve qui reprend l’équipe. J’étais deuxième choix, en concurrence avec Diego, et je fais seulement quelques entrées en tant que latéral gauche. Ensuite, le club a engagé Youssouf Koné qui a pris trois jaunes rapidement, ce qui m’a permis de me montrer un peu. Lors de son retour, je suis retourné sur le banc mais je n’ai rien lâché. Suite à ça, Koné se fait une grosse blessure et je recommence la saison à son poste. Mais encore une fois, l’histoire de ma vie me retombe dessus et je me blesse durement à la cheville. Par chance, je reviens en fin de saison, et on remporte le titre de L2 avec Reims.

Hassane Kamara au duel avec Luiz Araujo sous les couleurs du Stade de Reims.

Quand on voit votre parcours, on se dit que tout n’a pas été rose pour vous.

Clairement, j’ai eu énormément de bâtons dans les roues. Chaque fois, je me disais, c’est mort, mais j’ai toujours été un battant. Du coup, on arrive en Ligue 1 avec Reims et pour moi, c’était la consécration. J’ai prolongé et je me suis dit qu’au bout de six mois, si ça se passait mal, je me trouverais un autre truc. À ce moment-là, le club recrute encore un nouveau latéral (Konan, ndlr) et me dit que je vais être en concurrence avec. En vrai, j’étais juste numéro 2. Konan, dont j’étais proche, m’a dit que les dirigeants l’avaient pris en disant qu’il serait numéro 1 (rires). Du coup, je retrouve le banc et je rentrais seulement milieu gauche. En janvier, Konan se blesse au dos pour six mois. Le club décide donc de prendre un autre latéral en la personne de Baba Rahman. Je fais mon premier match face à Nice, et Youcef (Atal) ne me passe pas une fois de la rencontre alors qu’il était en feu et que tout le monde parlait de lui et de ses performances tous les week-ends. Malheureusement, à la 90e minute, je provoque un penalty et derrière j’en provoque un autre en Coupe de France. J’avais la pression pour le match suivant, mais finalement, je me retrouve dans l’équipe type de la semaine. En fin de saison, je commence à avoir pas mal de touches, en Espagne, aux États-Unis, mais je voulais encore goûter à la Ligue 1.

« Je n’en dormais plus la nuit. »Hassane Kamara

C’était une sorte de revanche pour vous ?

Évidemment, car quand je décide de rester, je fais 6 gros mois où j’enchaine les matchs et je suis performant. En janvier de l’année dernière, je commençais à avoir des demandes en Angleterre, et en France. Je n’en dormais plus la nuit ou très tard (rires). Mais finalement, rien ne se fait et je continue avec Reims jusqu’à l’arrêt du championnat avec le confinement. À ce moment-là, je suis rentré en contact avec Nice et pour moi, il n’y avait rien d’autre dans ma tête. Le plus fou c’est que pendant le confinement, avant que Nice me contacte, je me faisais déjà des films en me disant « ce serait incroyable si je pouvais signer à Nice. Ce serait parfait. Ils vont devoir recruter à gauche ». On en avait même parlé avec un pote et je lui avais dit « tu t’imagines si je peux aller dans un club comme Nice ?! » Quelques semaines plus tard, je reçois un appel de mon agent qui m’explique que les dirigeants sont intéressés. Après avoir discuté, ça s’est fait rapidement. Je n’ai même pas réfléchi, car c’était le projet qui me fallait.

Comment s’est passée votre intégration au Gym ?

Elle s’est faite très rapidement. Je suis arrivé en même temps que les autres recrues, il y a beaucoup de jeunes donc les affinités se sont créées rapidement. J’ai eu moins de difficulté que dans les autres clubs car je suis arrivé en tant que recrue, avec un autre statut on va dire car on me voulait et je savais que je pouvais avoir une place dans le onze si je faisais ce qu’il fallait. Mais ce n’est pas pour autant que je n’étais pas encore plus déterminé et motivé. Il faisait chaud mais je n’avais pas chaud pendant la prépa, je n’arrêtais pas de travailler et courir (rires).

Hassane Kamara aux côtés de ses coéquipiers lors de la présentation officielle.

Quel bilan tirez-vous de votre première saison en Rouge et Noir ?

On a réalisé un gros début de saison. J’étais bien, je faisais mes matchs et tout allait comme prévu pour une fois dans ma carrière. Après, on a eu des moments compliqués. Mais c’est là, où tu vois que t’as encore une marge de progression. C’est énervant car on avait de gros objectifs, mais tu commences à enchaîner des défaites. Ce n’est pas que tu doutes, mais c’était très difficile. Dans le football, tu ne peux pas lâcher dans les bons comme dans les mauvais moments. Tu vois ça chez les grands joueurs de classe mondiale. Ils ont déjà tout gagné mais ils continuent de persévérer pour être toujours au top. Le haut niveau, ça demande une concentration constante et aucun moment de relâchement. Mais cette saison a permis au groupe de se forger et ces moments compliqués nous serviront à coup sûr pour le futur.

Pouvez-vous comprendre les critiques des supporters ?

Bien sûr. On ne peut que comprendre qu’ils soient déçus. L’équipe avait bien commencé le championnat, le club avait de grandes ambitions, mais derrière, ils voyaient les résultats et c’est normal qu’ils se posaient des questions.

« C’est un poste très particulier et très difficile à gérer. »Hassane Kamara

Vous parliez de marge de progression. Dans quels domaines pensez-vous pouvoir encore vous appuyer pour progresser ?

Je dirais plus que je dois travailler l’aspect offensif dans les 30 derniers mètres car c’est là où les meilleurs latéraux du monde se démarquent. Je pense que je dois bosser ma qualité de centre mais aussi mes choix dans le dernier geste, la dernière passe.

Kamara à l’entraînement

Vous vous considérez plus comme un joueur offensif ou défensif ?

Franchement, je dirais plus que je suis un joueur offensif car je reste un ailier qui est devenu latéral. Après, j’ai énormément travaillé l’aspect tactique pour pouvoir pallier à mes lacunes de formation. Je trouve que je m’en suis plutôt bien sorti. Après un latéral, aujourd’hui, on lui demande de faire les efforts dans les deux sens. C’est un poste très particulier et très difficile à gérer. Dans le sens où si tu fais un bon match offensivement, mais pas défensivement, t’auras fait un mauvais match. Et inversement, si tu es bon défensivement, mais pas décisif sur les attaques, on trouvera quelque chose à redire. C’est là où tu te dis que ce n’est pas une position comme les autres, et ça t’oblige à monter ton niveau d’exigence.

« Le foot sans supporter ce n’est pas du foot. »Hassane Kamara

Avec plus de 2 600 minutes joués en Ligue 1, vous êtes l’un des joueurs les plus utilisés de la saison. Quel regard portez-vous sur cette statistique ?

C’est l’un des gros points positifs de ma saison, car je suis arrivé avec l’espoir d’avoir beaucoup de temps de jeu. Il fallait absolument un projet dans lequel je pourrais montrer mes qualités et me faire une vraie place dans le onze, donc c’est une grande satisfaction pour moi.

Pour finir, vous n’avez pas connu l’Allianz Riviera remplie. C’est quelque chose que vous avez hâte de découvrir ?

Le foot sans supporter ce n’est pas du foot. Quand tu vas au stade et rien que pendant l’échauffement tu vois des gens, ça te motive dix fois plus. Ce n’est pas comparable. La célébration lors d’un but, la communion lors d’une victoire, c’est indescriptible comme ça nous manque. Et je pense que tous les joueurs du monde doivent penser la même chose. Il n’y a pas de bruit, t’entends tes coéquipiers et tes adversaires et c’est vraiment fade. Je comparerais les matches sans supporter à des matches amicaux avec de l’enjeu.

Hassane centre devant les tribunes vides.

Est-ce que ça peut avoir un impact sur les performances selon vous ?

Ça joue clairement. Les supporters sont là pour te transcender. Quand on parle de douzième homme, ce n’est pas une blague. C’est un réel supplément d’âme pour l’équipe et un élément important dans un match. Surtout ici à Nice. On a vraiment hâte de les retrouver.

Propos recueillis par Ethan Raccah et Ridha Boukercha

Crédit photos : OGC Nice médias/Icon Sport