Interview

Anny Courtade (AS Cannes) : « Notre projet est d’arriver en Ligue 2 ! »

09/07/2020 à 17:16

La présidente de l'AS Cannes, Anny Courtade, nous a reçu dans ses bureaux de La Croisette pour évoquer son projet pour le club.

Derrière chaque grand homme se cache une femme. Derrière chaque grande femme se cache une force de caractère, du courage pour se faire une place. La place qu’elle mérite. Elle est une de ces dames qui ont du poids. Chef d’entreprises, présidente d’associations, à bientôt 81 ans (le 7 novembre), Anny Courtade croque la vie à pleines dents. Propulsée à la tête de l’AS Cannes en plein coeur de l’été 2019, l’ancienne dirigeante du RC Cannes, le mythique club de volley de la ville, n’entend pas faire de la simple figuration. Rigoureuse, passionnée et ambitieuse, Anny Courtade nous livre les contours d’un projet qui devrait permettre au club de retrouver son lustre d’antan.

Mme Courtade, quel bilan faîtes-vous de votre première année en tant que présidente de l’AS Cannes ?

Evidemment, le bilan reste contrasté. Lorsqu’au mois d’août, nous avons pris le club tout avait déjà été fait par Johan Micoud, notamment le recrutement. La seule chose que l’on a modifiée, c’est l’entraîneur, puisqu’on l’a changé à la fin de l’année. On a recruté Pierre-Charles Willem et David Saffioti, en tant que responsables techniques. Nous avons pu réaliser seulement ces changements dans un premier temps. On a un bilan qui n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Cette année, nous serons responsables et coupables.

Du coup, une autre pression vient se poser sur vos épaules ?

Complètement ! On a l’autonomie et la responsabilité entière de ce que l’on met en place. Vous savez le sport ce n’est pas une science exacte, alors on espère que ça sera positif. On vous dira ça à la fin de la saison.

Vous avez pris la présidence du club dans un contexte particulier après le départ surprise de Johan Micoud. Quel audit avez vous fait, qu’avez vous changé ? Amélioré ?

Déjà, il faut savoir qu’avec le trésorier, Xavier Bru, nous étions en charge de la gestion financière donc on a retrouvé le club avec des finances saines. Je crois qu’on peut s’enorgueillir d’être un club avec des finances positives ainsi qu’une gestion transparente et saine. C’est déjà un point de satisfaction. Quand on voit d’autres clubs, que je ne citerais pas, tout le monde ne peut pas revendiquer la même chose. Nous avons également essayé d’améliorer l’organisation, notamment en terme de formation. On a créé une commission d’animation, de communication et de discipline. Nous avons essayé d’être extrêmement vigilants sur l’état d’esprit, à la fois des joueurs, des éducateurs et des dirigeants.

« Je suis tout sauf une potiche ! »Anny Courtade

Qu’est ce qui vous a motivé à accepter le challenge à la tête de l’AS Cannes ?

Comme vous devez le savoir, je n’étais pas volontaire. C’est à la demande du Maire de Cannes, David Lisnard, que je suis devenue présidente. Il m’avait déjà contactée il y a 4 ans, je venais d’arrêter ¼ de siècle à la présidence du club de volley (RC Cannes, ndlr), je voulais être tranquille. Avec le RC Cannes, nous avons gagné 43 titres, nous sommes le club le plus titré, tous sports confondus. Je voulais souffler, parce que c’est quand même chronophage. Vous avez les matchs tous les week-ends, les déplacements, la gestion, c’est une vraie entreprise. Et puis, le Maire m’appelle pour me proposer la présidence, il voulait faire table rase du passé, mettre une nouvelle équipe en place. Je lui ai répondu que je voulais bien l’organiser mais que la présidence c’était non. Donc nous avons fait tout le directoire, qui est toujours le même et avec qui on s’entend très bien, et nous avons trouvé Johan Micoud, un enfant de l’AS Cannes  qui est devenue une personnalité emblématique dans le monde du football.

Et puis arrive l’été 2019…

C’était fin juillet, je reçois à partir de 6h du matin un tas de SMS : “Félicitations Annie”, “Félicitations, tu vas y arriver, tout le monde compte sur toi”.  Je me suis demandé ce qu’il se passait. Finalement j’en appelle un pour en savoir plus et il me répond : “Mais tu n’as pas lu Nice-Matin ?”, je lui réponds que non. Du coup je vais lire l’article et je vois “démission de Johan Micoud”, qui ne nous avait pas prévenus, et dans la demie page plus bas : « David Lisnard vote Annie Courtade ». Voilà, c’est la vraie histoire. Je l’ai appelé, j’ai réglé mes comptes mais bon… (sourires)

Vous le regrettez ?

Vous savez, quand je me suis prise au jeu comme j’ai pu le faire avec le volley, et quand j’assume une responsabilité, je le fais jusqu’au bout. Je suis tout sauf une potiche ! Vous savez très bien, je n’ai pas besoin d’un titre supplémentaire. Je le fais par passion. Je suis chef d’entreprise et ce que je crois c’est que l’on est une entreprise citoyenne. L’entreprise a un devoir social, sociétal, pédagogique. Au volley il y avait 250 petites et jeunes filles, au foot, il y a 748 licenciés, ça fait du monde, ça fait un village. Et là, que ce soit les filles ou garçons, vous avez des gamins que l’on vous confie, à qui vous apprenez les valeurs qui sont essentielles dans la vie. Vous apprenez le respect de l’autre, l’émulation, fédérer autour d’un projet, la stimulation, se dépasser, toutes les valeurs qui sont essentielles pour structurer une vie d’adulte. Je me dis finalement tous ces gamins sont nos futurs collaborateurs. Après ce sont eux que l’on va embaucher. Donc si vous avez fait un travail, si vous leur avez inculqué le socle d’une vie solide à la fois familiale, professionnelle et personnelle, vous avez déjà rempli une mission. Je trouve que, sans faire de philosophie, la seule certitude que l’on ait, c’est que l’on naît et on meurt. Vous ne connaissez ni le jour ni l’heure. Je pense que le temps qui vous est imparti, il doit être utilisé pour faire des choses. C’est ma philosophie de la vie ! J’ai été une petite fille très pauvre, d’une famille d’immigrés italiens, même si des fois on ne sait pas toujours où l’on va, je n’ai jamais oublié d’où je viens. Je crois qu’on a un devoir de faire des choses. Ça ne prouve pas que j’ai raison mais c’est ma conviction et ma façon de faire.

Vous avez évoqué l’ancien président, Johan Micoud, vous étiez déçue d’apprendre son départ de cette manière ?

Oui j’ai été très déçue car il ne nous avait pas prévenus. Johan a fait du travail, il a été un joueur emblématique, mais il a une personnalité très affirmée. Il le disait lui-même, il ne sait pas faire du relationnel, faire des sourires, discuter avec les dirigeants, les sponsors, ce n’est pas son truc. Après chacun a ses qualités et ses défauts, moi je n’avais vu que ses qualités, ce n’est pas le poste qui lui correspond. Après il avait présenté des repreneurs qui n’avaient pas convenu. Il a été dépité, fâché.

Votre expérience avec le volley, qu’est-ce qu’elle vous a apportée, qu’est-ce qu’elle vous apporte encore aujourd’hui, dans cette nouvelle expérience avec l’AS Cannes ?

Ce que ça m’a apporté, et c’est le cas dans toutes les associations que je préside, c’est de faire le lien. Ça représente du monde quand vous avez 750 personnes, presque 1000 avec les dirigeants, les supporters. Un club pour moi c’est comme une grande famille élargie. Je suis très attentive à l’esprit qui y règne. Si c’est pour y aller, en traînant les pieds et vivre une galère, non merci. La vie quotidienne vous en réserve tous les jours. Tous les jours à mon réveil, je me dis que je vais gagner une bataille. On ne va pas gagner la guerre, mais quand vous avez des centaines de collaborateurs, des multiples associations, vous êtes sûrs que vous allez avoir une merde (sic) quelque part à gérer. Moi ce que je cherche c’est de faire, parce que rien ne m’a jamais semblé impossible et ça je pense que c’est ma qualité, et certainement mon défaut. Surtout que je vis, professionnellement, dans un milieu masculin, où j’ai trouvé « la place de l’égale » et ma place légitime.

Anny Courtade AS Cannes

Est-ce que cet état d’esprit là, vous arrivez à le transposer au club ?

Je pense qu’avec l’organisation que l’on a mise en place, on va y arriver. Les obstacles, si on en rencontre, ou je les contourne, ou je les supprime. Je serai fidèle à ma réputation. On n’est pas là pour faire non plus “Mère Theresa” ou le Secours Catholique. Ce sont des associations que je respecte et que j’aide, mais je ne suis pas là pour ça. On a des objectifs, on fera tout pour les atteindre.

Est-ce qu’on gère de la même façon le RC Cannes et l’AS Cannes ?

Au point de vu financier, c’est une entreprise, donc pour moi ça ne pose aucun problème. Il faut que la gestion soit transparente, collaborative, saine et positive. Après je me suis aperçue que la différence, c’est que le foot est un monde passionnel, ça rend fou. Et je ne regarde pas les réseaux sociaux parce que si je les regardais, j’aurais tendance à être active, à répondre. C’est ce qu’il ne faut pas faire. Sinon vous entretenez des polémiques…

D’autant plus que si vous réussissez votre projet, ça va aller qu’en s’empirant ces choses-là…

Et en plus l’AS Cannes est une marque. Je vois l’intérêt que tout le monde lui porte. C’est un peu le miroir aux alouettes, c’est Cannes, Lla Ccroisette, les paillettes. Vous savez quand vous voyagez dans le monde entier et que vous demandez “qu’est-ce que vous connaissez comme ville en France ?”, on vous répond Paris et Cannes. Avant Nice, avant Lyon.. Parce que vous avez le Festival International du Ffilm qui est l’événement le plus médiatique au monde, avec les J.O. Je vous garantis, vous allez à New York, à Miami, même en Chine, au Japon, vous demandez, on vous répondra Paris et Cannes. Ça fait rêver ! Cannes vend du rêve. Personne ne sait que Cannes c’est aussi un seuil de pauvreté de 19 %, il y a des quartiers populaires.

Justement, l’AS Cannes est ancrée à La Bocca, l’un de ces quartiers populaires…

Et c’est formidable ! Vous savez, moi j’ai monté plusieurs centres Leclerc. Vous imaginez la folie qui m’a prise le jour où j’ai rasé le quartier de Ranguin, qui était en déshérence, pour en faire un centre commercial avec un pôle médical, avec une galerie marchande et que j’ai pris Jean-Michel Wilmotte comme architecte. C’est pour ça que je vous dis que je n’oublie jamais d’où je viens. Je suis allé voir le maire, je lui ai dit :  « ce n’est pas possible que tu laisses ce quartier, il faut le redynamiser ». Il a été partant, il a été formidable. Mais quand on y réfléchit après, à posteriori, c’est une folie, parce que j’ai quand même investi 58 millions d’euros là-bas, ce n’est pas une petite épicerie. Mais on a changé tout le quartier. C’est le reflet de la société, quand vous voyez tous les gamins que je vois venir, c’est exotique, il y en a de toutes les couleurs, c’est génial.

Cette culture, cette institution existait à l’AS Cannes par le passé. Pourquoi tout ceci s’est délité ?

Parce que je pense que les gens qui ont repris le club, et qui se sont succédés, n’avaient en ligne de mire que l’équipe fanion. En fait, l’équipe fanion c’est génial ça attire les gens, c’est un peu le miroir aux alouettes. Après vous aviez le centre de formation mais il était pillé ! Les jeunes étaient vendus à gauche à droite, pour la rentabilité. Après je pense qu’on a négligé la section amateur au profit de l’élite. Ce qui m’agace un peu aujourd’hui, c’est que les gens vivent trop avec la nostalgie du passé. Il faut s’intéresser au présent et à l’avenir. Au moment où ça s’est passé, les temps n’étaient pas les mêmes, les vannes financières étaient ouvertes, il y avait toutes les entreprises qui participaient, autre temps autres mœurs. Aujourd’hui, vous avez une mairie qui est d’une grande rigueur. Vous ne risquez pas d’avoir un emploi fictif, vous ne risquez pas d’avoir quoi que ce soit qui dérive de la déontologie.

« Mourad Boudjellal ? La parole était séduisante, l’action après un peu moins… »Anny Courtade

Est-ce que finalement la rencontre avec l’AS Cannes ne s’est pas faite un peu tard ? Parce que votre réussite au volley correspond, même s’il n’y a pas de lien de cause à effet, à la période noire du foot cannois…

Si je l’avais faite 25 ans avant cette rencontre, peut-être que les choses auraient changé, je ne sais pas.

On ne vous a jamais sollicitée avant afin de venir reprendre la main ?

Je crois que j’ai été sollicitée pour tout…

Et en dernier vous pensiez au foot ?

J’ai fait de la résistance, j’ai été sollicité dans le monde politique aussi. Mais j’ai toujours eu des priorités. Tout d’abord parce que j’ai eu jusqu’à 900 employés, je suis très attachée à mes équipes, à qui je mets le pied à l’étrier, que je fais progresser, qui deviennent chefs d’entreprises à leur tour. Après je suis liée à beaucoup d’associations, beaucoup de présidences. J’ai une vie où je suis sur le pont tout le temps, je ne pars jamais en vacances. Il faut savoir reconnaître ses limites physiques, et physiologiques, dans le temps. Vous avez beau vous lever à 6h et vous coucher à minuit, vous ne pouvez pas faire de réunion à 2h du matin parce que vous n’avez pas beaucoup de monde qui participe. Moi je ne fais pas les choses pour briller, j’en n’ai rien à cirer, je n’ai plus rien à prouver à mon âge. Vous savez quand j’ai repris le Racing, nous étions 8ème du championnat. On avait 400 000 francs de budget et on jouait à Carnot, dans la salle de gym du lycée. Il y a tout qui reste à faire, c’est génial. Imaginez le président qui m’a remplacé il a beaucoup de mérite. J’ai mis 3 ans à trouver quelqu’un pour me remplacer, personne ne le voulait. Personne. Parce que quand vous avez été au sommet pendant 25 ans, il faut se maintenir après, c’est dur. Là quand vous avez tout à faire c’est génial.

Outre la destination, c’est le parcours qui est intéressant pour l’instant…

Après on dit que dieu voyage incognito et qu’il écrit droit avec des lignes courbes. Souvent vous faites ça, vous arrivez là et vous vous dites “merde (sic) pourquoi j’ai perdu autant de temps ?” Vous ne l’avez pas perdu ce temps, on apprend beaucoup des échecs. Tout ça fait que vous êtes ce que vouliez être. Ça prend 10 ans, 30 ans, 40 ans, 50 ans, chacun a son parcours personnel. Si vous faîtes votre propre introspection, vous verrez que c’est comme ça la vie.

On parlait tout à l’heure des repreneurs, il a été question à un moment d’un repreneur particulier, Mourad Boudjellal. Y avait-il un réel intérêt ?

C’est à lui qu’il faut poser la question ! Il nous a appelés pour un rendez-vous, nous l’avons reçu. Je le connaissais personnellement à travers le volley et notre préparateur physique en commun, l’emblématique Tiburce. Je suis toujours curieuse de rencontrer des gens. On grandit avec les échanges. Personne n’a la science infuse. Après tant pis si vous avez perdu votre temps, il n’y a que la dernière heure qui tue. La parole a été séduisante, ça a été 48h avant la réponse qu’il devait donner à la mairie de Toulon et à la présidente. Donc je suivais le feuilleton. La parole était séduisante, l’action après un peu moins…

Anny Courtade AS Cannes

Avez-vous eu l’impression qu’il s’est servi du club ?

Dans les affaires, on a l’habitude. C’est bien de faire savoir à celui ou ceux avec qui vous êtes en négociations, que vous avez peut-être d’autres intérêts. J’ai suivi sa valse, ses hésitations entre le Sporting, l’Athlético… Donc, je pense que dans ce processus on peut soit mettre la pression, soit faire monter les enchères mais au final, nous n’étions pas dupes. Mais c’était intéressant de le rencontrer.

C’était un investissement hégémonique de sa part…

Il n’apportait pas d’argent, c’était des investisseurs étrangers. Mais vous pensez qu’il n’arrive pas quelque part sans tout capter tout seul ? Il capte la lumière, le pouvoir, la communication, tout seul et il en a besoin. C’est ce qui fait son charme. C’est sa qualité et son défaut.

Est-ce que sur cet aspect, ce n’est pas intéressant pour un club de l’avoir dans ses rangs ?

Vous savez la fierté d’un président quand il quitte un club c’est d’abord la gestion, comment il laisse le club, après d’assurer sa succession. De savoir si vous avez à la fois dans le parcours sportif, brillé avec l’équipe phare mais aussi voir avec les autres. Il ne faut pas négliger les autres sections, surtout les sections des jeunes comme on a dit tout à l’heure. C’est sûr qu’il a eu un parcours sportif intéressant mais il a quand même eu 18 millions de déficit. C’est sûr que l’on ne voit que les résultats. Mais si moi avec 43 titres, je laisse le club en cessation de paiement… L’histoire est linéaire. On peut briller aussi à n’importe quel prix.

Vous nous avez parlé de repreneurs au pluriel en étant assez vague. Est-ce qu’on peut avoir un ordre d’idées, depuis que vous êtes dans les affaires de l’AS Cannes, vous avez été sollicitée combien de fois par des repreneurs sérieux ?

Des vraiment sérieux il n’y en a pas beaucoup ! J’ai été sollicité depuis 4 ans au moins 10 fois. Après quand vous rentrez dans le détail et que vous parlez finances, ils s’évaporent. Quand vous parlez rigueur… Et vous voyez tout de suite que c’est un monde… Quand je vous dis que ça rend fou le foot, c’est un sport qui est tellement médiatique, tellement populaire et puis ça draine tellement d’argent. Il y a des gens, vous arrivez à les déceler, ils ne veulent pas servir le club mais se servir du club.

Malgré le passé, tout reste à reconstruire…

Les divisions les plus difficiles sont la N2, la N3. Il y a une place pour monter. On se répète mais le sport ce n’est pas une science exacte, vous aurez beau avoir la meilleure équipe, vous n’êtes pas sûrs de gagner. Regardez le PSG, 500 millions de budget et le club court toujours après un titre de champion d’Europe. Rien n’est gagné ! Puis attendez, en National 3 vous jouez contre des clubs marseillais et corses. Je fais tous les déplacements, je peux vous dire que c’est à la castagne. C’est surprenant, détonnant. Sur le terrain, sur l’arbitrage, c’est très compliqué, vous sentez qu’il y a des données qui vous échappent, et je reste pudique.

Et puis vous êtes l’AS Cannes…

Et je suis l’AS Cannes… Comme j’ai été le Racing, et partout où on va, on veut nous tuer (sic), parce qu’ils ont cette idée que c’est une marque et en plus que c’est un club riche, qui a les moyens. Chacun fait le meilleur match du siècle face à nous. On allait jouer avec le RC Cannes dans les villes les plus reculées, ils faisaient des matchs comme en Coupe d’Europe. Les équipes étaient transcendées.

« Quand je me fais traiter de « sale française », ça me fait rigoler »Anny Courtade

Il y a aussi le fait pour les adversaires de venir jouer à Coubertin. C’est un sentiment spécial…

On a quand même des installations de Ligue 1 !

Ce qui n’est pas le cas de tous les clubs de votre division…

Je n’en cite pas, mais ou je suis derrière le grillage, ou je suis debout, à regarder tout le match. Et il y a l’ambiance dans les tribunes à l’extérieur aussi. Quand je me fais traiter de « sale française », ça me fait rigoler. Quand on dit à mes joueurs « casse-toi ou on va te rendre tout blanc »… Je ne supporte pas que l’on soit raciste, c’est insupportable. Ce que j’en ai retiré c’est que j’ai enrichi mon vocabulaire de gros-mots.

Pour revenir sur le plan sportif, la saison a été particulière puisqu’elle a été arrêtée en mars, ça vous laisse un petit goût d’inachevé ?

Elle n’est pas au goût de nos ambitions puisque nous avons changé d’entraîneur au mois de décembre, deux mois après nous avons été obligés d’arrêter. On sentait un nouveau regain dans le management, dans l’osmose de l’équipe, on avait des succès aussi, on était frustré d’arrêter au mois de mars. Après il faut relativiser. Les personnes qui ont contracté le Covid-19 ont été bien plus touchées que nous.

En décembre, vous avez donc recruté Jean-Noël Cabezas. C’était l’homme fort qui pouvait incarner le projet au niveau de l’équipe fanion ?

D’abord, nous avons été très surpris parce qu’on a eu beaucoup de belles et bonnes candidatures. Après il y avait quand même des impératifs, ceux qui avaient les diplômes, ceux qui ne les avaient pas. On avait de belles personnalités et j’avoue que nous avons été d’abord confortés, ça nous a fait plaisir de voir que le club était attractif, que les entraîneurs savaient qu’on avait un projet. On a choisi Jean-Noël parce qu’il a un passé, des compétences et il s’y connaît beaucoup dans la formation. On l’a pris également parce que c’est quelqu’un de très rigoureux et on l’a vu tout de suite ! Cette saison, il veut que des joueurs qui ne travaillent pas. Il a imposé deux entraînements par jour, le matin et le soir. Il a aussi récupéré les vestiaires emblématiques de Coubertin, ça c’est un geste fort pour les joueurs. C’est un homme de rigueur et en plus qui est très respectueux des valeurs, vous arrivez à l’heure, vous dîtes bonjour. Ce sont peut-être des petits détails mais c’est symbolique et symptomatique d’un comportement.

C’était exactement le cas de son prédécesseur, Ludovic Pollet, c’était un homme de rigueur…

Il l’était aussi et je l’adore, c’est un homme très bien. On lui a demandé de venir également, parce qu’il a aussi l’amour du football chevillé au cœur. Il était tellement déçu… On a commencé, on a eu 8 blessés, on avait 3 gardiens blessés en même temps. Donc il était usé, il avait de la rigueur mais son discours ne passait plus et il a eu la sagesse de s’en rendre compte.

Vous avez beaucoup parlé de pré-formation, formation. C’est quelque chose qui est central dans votre projet ?

Notre ambition c’est de pouvoir rouvrir le centre de formation. On se donne 5 ans. On a eu le label jeunes élite, donc on y attache beaucoup d’importance, c’est pour cette raison que l’on a recruté un responsable technique qui est Laurent Piombo, qui était déjà là, il y a deux ans. On a recruté quelqu’un qui a du métier, de la compétence et qui partage les mêmes valeurs. C’est un garçon qui aime travailler.

C’est aussi important pour vous de construire ce socle qui va vous permettre de vous reposer sur ce vivier de joueurs pour retrouver l’élite dans quelques années ?

Comme je leur dis “vous êtes des entraîneurs mais aussi des éducateurs”. Dans éducateur, il y a un verbe : éduquer. Il y a des valeurs fondamentales que vous devez représenter et vous avez un devoir d’exemplarité. Comme quand vous confiez des enfants à des enseignants, les enfants c’est malléable, c’est influençable. Vous devez avoir un comportement irréprochable. On ne souhaite pas de quelqu’un qui soit clivant, je ne veux pas de guerre de tranchées.

Anny Courtade AS Cannes

Vous en avez eu un peu ces dernières semaines…

Avec un seul, mais on a réglé le souci ! Vincent (Madeleine) est un excellent entraîneur et la décision n’a pas été facile à prendre. Je cherche des gens avec qui on peut cohabiter et qui puissent cohabiter avec tout le monde. Je pense avoir pris la bonne décision.

Au niveau de l’équipe fanion, l’ambition est clairement affichée. C’est de retrouver le National 2 dès la saison prochaine ?

Je vais dire plutôt, le plus rapidement possible. Notre projet est d’arriver en Ligue 2 mais step-by-step, il ne faut pas non plus qu’on commence à se mettre la pression. On va mettre tous les moyens pour monter. Mais comme je vous répète, ce n’est pas une science exacte.

C’est aussi ça la beauté du football…

C’est aussi ce qui fait le piment. Je ne suis pas là pour rester dans le ventre mou, ce n’est pas dans mon ambition, j’ai du caractère, j’ai de la personnalité. Après, nous savons qu’il y a beaucoup de paramètres qui interfèrent. On a la pression de la mairie, des supporters, des médias, de tout le monde. On fera tout pour y arriver.

Propos recueillis par Ridha Boukercha et Yannick Pelayo

Crédit photos : Actufoot