Interview

Marc Debarbat (Président LFA) : « Prématuré d’annoncer un arrêt ! »

04/04/2020 à 20:38

Alors que la situation concernant la fin de saison reste pour le moins floue, nous avons tenté d'en savoir un peu plus. Et qui de mieux pour répondre à nos interrogations, que le président de la Ligue du Football Amateur, Marc Debarbat. Entretien exclusif.

M. Debarbat, pour ceux qui ne connaissent pas très bien ce qu’est la Ligue du Football Amateur, pouvez-vous nous expliquer quelles sont vos prérogatives ?

La Ligue de Football Amateur (LFA), c’est l’organisme qui est le pendant de la LFP. Avec la seule différence que nous avons moins d’argent qu’eux. On est sur un budget qui est dédié par la Fédération Française de Football. Il représente un tiers du budget de la FFF. Nous sommes chargés d’être force de propositions auprès du Comité Exécutif de la Fédération (COMEX), dont je fais partie, pour toutes les actions concernant le football amateur. En commençant par le National, jusqu’aux plus petits, aux bénévoles etc. On a la lourde tâche de gérer tout ce football autant que faire se peut, pour le développement des licenciés et aussi pour le rôle social de ce sport qui est une part très importante.

Quel est votre poids dans le COMEX ?

Nous sommes 12, donc je pèse un douzième du COMEX en clair. La chance que nous avons, c’est d’être très bien écouté par le président Noël le Graët et les différents membres, y compris les pros. Parce que tout le monde a bien compris que même les joueurs professionnels ont tous commencé un jour dans un club amateur et qu’il faut absolument aider ce football où naissent ces futurs champions.

Vendredi matin, vous avez eu votre deuxième COMEX à distance, quelle était un peu l’ambiance de celui-ci ?

Comme toutes les réunions à distance, c’est moins simple. L’ambiance était particulière parce qu’on est aussi dans un contexte spécial. Aujourd’hui, on a rappelé et revu ensemble les mesures prises par le Gouvernement. Parce qu’ils ont un impact très fort sur la vie des clubs pros et amateurs. On a balayé les problématiques du football professionnel pour qui aujourd’hui ce n’est pas simple également. Mais aussi du football amateur, avec toutes les annonces qui ont pu être faites et que nous souhaitons mettre en place dans les mois qui viennent.

« Les gens seront bien contents de retrouver les terrains si on peut reprendre »

Cela fait 3 ans maintenant, que ce COMEX se réunit. Est-ce que cette expérience vous sert pour faire face à cette urgence ?

Forcément oui. Mais je pense qu’aujourd’hui, nous sommes tous un peu démunis. Que ce soit Noël le Graët, Jean-Michel Aulas ou encore moi-même. C’est quelque chose d’inédit, à laquelle nous n’étions pas préparés et personne ne l’était. On le voit bien aujourd’hui, les décisions politiques, plus ou moins différentes, qui sont prises en fonction des pays, de la situation. Personne n’y était préparé. J’espère qu’on en tirera des choses positives et que ça nous servira peut-être à améliorer notre fonctionnement, à revoir certaines choses, parce que malheureusement la vie est faite d’évènements comme ça, qui peuvent nuire à la bonne marche.

Vous avez dû prendre connaissance du courrier envoyé par un millier de clubs amateurs réclamant notamment, le fait d’avoir une Ligue du Football Amateur plus forte. Quel est votre avis sur le sujet ?

Alors ce sujet, c’est un vieux serpent de mer. Il revient tous les quatre ans sous la houlette de Monsieur Eric Thomas, que j’ai très bien connu parce que j’avais la chance de l’avoir dans ma ligue avant et que j’appelle « le Mélenchon du football ». Il prônerait, comme d’autres, une LFA indépendante. Pour cela, il faut avoir les fonds. Je veux bien l’être, mais sans un sous, je ne vois pas trop ce que je pourrais faire au niveau du football amateur. Mais aujourd’hui, ce qui faut souligner, c’est que nous avons une place très importante au niveau de la Fédération avec, je le rappelle, un tiers du budget. Avec une augmentation depuis trois ans de près de 20%, ce qui est relativement conséquent. Le Football Amateur a la chance d’être très bien écouté au niveau du COMEX. Depuis que j’y suis, aucune des décisions prises par le bureau exécutif de la LFA sont revues. Que demander de plus.

FFF

Sans le garantir, le Ministre de l’éducation maintient pour le moment une rentrée scolaire le 4 mai. C’est forcément un sujet que vous suivez de près et qui va influer sur votre décision ?

C’est un élément-clé. Nous l’avons annoncé mercredi lors de la réunion que nous faisons avec les présidents des ligues. On a été très clair, en disant que pour le moment ça nous paraît prématuré d’annoncer un arrêt, parce que si, par hasard, l’école reprenait on voyait mal fermer les écoles de football et tout arrêter. Alors que ce sera le moment, où les gens auront besoin de se détendre. C’est ce qui a guidé notre décision. On sait que la prochaine décision importante aura lieu autour du 15 avril. Attendons cette date-là, il y a des choses plus importantes dans la vie.

Du coup, est-ce que le Gouvernement vous tient informés de la situation ?

Nous avons des échanges réguliers, notamment Noël le Graët et Brigitte Henriques, avec le CNOSF et la Ministre des Sports. Le Gouvernement et le Ministère des sports ne comprendraient pas aujourd’hui que le football arrête tant qu’il n’y a pas eu une décision de prise. J’ai cru comprendre que le ministère n’était pas très content des décisions prématurées prises par certaines fédérations. Peut-être qu’on sera amené à prendre la même, mais peut-être que non. Et les gens seront bien contents de retrouver les terrains si on peut reprendre.

« Il est clair que le football régional et départemental ne pourra pas aller au-delà du 30 juin »

Le Ministre avait également évoqué une sortie de confinement progressive région par région, est-ce que c’est un élément que vous avez intégré dans votre réflexion ?

Bien-sûr. J’ai reçu une centaine d’hypothèses, dont 60 différentes. Aujourd’hui, ça peut être par région, par tranches d’âge, ça peut être une sortie de confinement partielle avec interdiction encore de se déplacer. Oui c’est fort possible que ce soit par région parce qu’on en est pas tous au même point au niveau du pic de l’épidémie.

Avant le COMEX du vendredi, est-ce que vous avez pris la température au niveau des docteurs et des préparateurs physiques ? Qu’est-ce qu’ils vous ont préconisé ?

Cela a été fait par le médecin de la Fédération. Il est clair que si on sort du confinement le 30 avril, on ne jouera pas le 1er mai. Il faudra laisser un minimum de temps de préparation. À titre d’exemple, si on reprend en National 1, on sait pertinemment qu’il faudrait jouer tous les trois jours. Cela veut dire qu’il faudra certainement un temps de préparation un peu plus long. Notre objectif si on reprend, c’est de ne pas jouer avec la santé des gens.

La FFF évoque la possibilité « d’une réalisation partielle de la saison ». Vous pouvez nous en dire davantage ?

J’ai alerté le COMEX sur deux choses. Suite à la consultation avec les présidents des ligues, il est clair que le football régional et départemental ne pourra pas aller au-delà du 30 juin. Parce que les gens qui composent ces niveaux ne sont pas des professionnels, ils ont prévu des congés etc. Et on ne pourra pas non plus jouer tous les trois jours. Il faut être réaliste. En ce qui concerne les compétitions nationales du football amateur, il faudra regarder, si ça reprend, les différentes possibilités. Autant en National 1, on pourra éventuellement envisager de jouer tous les trois jours, après consultation de tous les clubs. Ce ne sont pas des professionnels, mais la majorité sont sous contrat fédéral, donc ils sont quasiment pour la totalité à temps complet dans le football. Et y compris pour le National 2. Le National 3, pour sa part, on pourrait imaginer aller jusqu’au 5 juillet, peut-être un week-end de plus parce que c’est un peu différent. Pour l’instant on est sur des hypothèses.

L’objectif reste de jouer…

Si possible on reprend en essayant de jouer un maximum de matchs parce qu’on a aussi des écarts énormes d’un territoire à l’autre. Il y en a qui ont beaucoup plus de retard que d’autres. Dans le Grand Est ou en Hauts de France dans le championnat régional, il y a des clubs qui ont joué que 8 matchs sur 22. Là, il faut être réaliste ça n’ira pas au bout et ce quelle que soit la solution. Si on ne peut pas jouer, on travaillera avec les présidents des ligues, et en accord avec eux, sur une hypothèse de sortie.

« Notre souhait est que la décision fédérale s’appliquera partout »

Dans les hypothèses de sortie, vous avez exclu celle de la saison blanche mais aussi celle de favoriser les montées sans descente. Est-ce que vous êtes en mesure de nous dire si une hypothèse tient la corde aujourd’hui ?

Non ! Si au 15 avril, le Gouvernement annonce que la sortie du confinement sera pour fin mai et interdiction de rassemblement jusqu’à fin juin, le problème sera vite réglé. Ce qu’on souhaite vraiment, et c’était le souhait des présidents des ligues mercredi, même si c’est en train de changer pour certain, c’était de dire quelle que soit la solution, c’est une décision fédérale qui s’appliquera partout.

Justement alors, en cas d’une fin de saison prématurée, comment homogénéiser les classements au niveau du territoire quand des équipes n’ont même pas terminé les matchs aller ?

À nous de trouver un système qui permette de garantir au maximum, la cohérence et l’homogénéité. La direction des compétitions travaille dessus. Essayer de proposer une solution applicable sur tout le territoire. Ce n’est pas simple.

Est-ce qu’il peut y avoir une décision différente pour les jeunes et les séniors ?

Je ne peux pas vous répondre. Si on peut reprendre, essayons de faire jouer le maximum de personnes. Tout le monde aura envie de jouer et notamment les jeunes.

S’il y a une décision à prendre, est-ce qu’il est envisageable de collecter les avis des présidents des clubs amateurs ?

Il est collecté aujourd’hui par les Ligues. Nous n’avons pas envisagé l’hypothèse de consulter les 14 000 clubs parce que c’est compliqué à mettre en place. C’est le rôle des Ligues et Districts de voir autour d’eux et de nous le faire remonter.

Un fond de solidarité va être mis en place, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce sujet ? Comment les clubs pourront en bénéficier ?

Notre objectif est de préparer le mieux possible la rentrée. Ce fond de solidarité s’adressera à tous les clubs. Sur la manière, nous sommes en train d’y travailler. Ça ne sera pas sous forme d’équipements, mais plutôt sur des aides, peut-être au niveau des engagements, des licences etc. L’idée, c’est que ce soit en place dès le mois de juillet pour les clubs qui préparent la saison prochaine.

Est-ce que cette crise a mis en évidence des éléments à ajouter, modifier ou supprimer ?

Il y a certainement des choses à revoir. Tout ce que j’espère, c’est qu’on sera tous des grands garçons. Qu’on n’oubliera pas dès la fin tout ce qui s’est passé. Qu’on se rendra compte qu’il y a peut-être certainement dans notre fonctionnement des choses à revoir. Les clubs, les premiers, il faudra qu’ils réfléchissent. Parce que ceux qui sont en règle, globalement, ils ne vont pas avoir autant de difficultés. Ceux qui vont en avoir, ce sont ceux qui, entre guillemets, ne respectaient pas les règles du jeu. Si ça peut servir un minimum à réguler tout ça et mettre un peu d’ordre. Peut-être qu’on comprendra qu’aujourd’hui dans le football on vit un peu au-dessus de nos moyens.

Est-ce que tout cela peut repousser vers une restructuration profonde du football français au niveau amateur ou professionnel ?

Je ne sais pas. Le football a toujours su sortir des crises importantes. Rappelez-vous après l’Afrique du Sud. On a affaire à des dirigeants et des responsables intelligents qui tirent intérêts d’une situation en essayant de gommer ce qu’il y a de négatif. Honnêtement, peut-être qu’il y aura des changements de fond, mais déjà, sortons de cette crise et préservons notre santé. Préparons bien la rentrée prochaine après qu’on ait fini ces championnats-là et après on aura le temps de réfléchir sur l’avenir.

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