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Ligue Méditerranée : des matchs en semaine pour parvenir à terminer les championnats ?

26/11/2020 à 14:39

Jouer en semaine pour parvenir à terminer les championnats Seniors. Bonne ou mauvaise idée ? Réalisable ou utopique ? Les entraîneurs de la région méditerranée donnent leurs avis, le président de la ligue, Eric Borghini, répond également.

« Les adultes ne pourront pas reprendre les sports collectifs ou de contacts avant le 20 janvier ». Cette phrase prononcée par le Premier Ministre, Jean Castex, ce matin a sonné comme une déception. En comptant les deux semaines de réathlétisation minimum préconisés par les experts, les Seniors ne pourront reprendre la compétition qu’à partir de début février. Pour réussir à terminer les différents championnats, la Ligue Méditerranée va donc devoir décider d’un scénario. Dans tous les cas, la question de la tenue de certains matchs en semaine se pose. Mais serait-il possible pour les équipes amateurs de jouer le mercredi soir par exemple ? Le sujet divise. Des entraîneurs de niveau National, Ligue et District de la région PACA nous donnent leur avis.

Pour Fred Menini, entraîneur de l’équipe trois de l’AS Monaco (06), la question ne se pose pas pour le championnat R1 : « Je suis pour à 4000%, parce que de toute façon on s’y était préparé, la ligue avait été claire et avait averti les clubs qu’il faudrait jouer le mercredi si l’option d’une poule à 16 était choisie. Pour ma part, j’avais dit oui, donc bien évidemment que dans des conditions comme celles-là, c’est tout à fait logique. Clairement, ils ne nous ont pas pris en traitre après le début de la saison ». Il est vrai, qu’exceptionnellement, la Ligue Méditerranée peut programmer parfois des matchs en retard en semaine, mais sur le long terme, plus de la moitié d’un championnat complet, est-ce possible ?

Des joueurs qui travaillent…

Pour les championnats nationaux, la question se pose moins. Ce n’est pas le cas de tous les joueurs de N2 ou N3, mais de manière générale, ils sont en majorité sous contrat. « Moi je suis plutôt pour. Ça permettrait de finir le championnat à la date prévue. Réalisable ? Je ne sais pas. Pour nous, Toulon, c’est faisable car personne ne travaille à côté, dans d’autres cas ça risque d’être compliqué » confirme Luigi Alfano, entraîneur de la N2 du SC Toulon (83). Jean-Noël Cabezas, coach de la N3 de l’AS Cannes (06) va dans son sens : « Personnellement, je suis favorable à jouer le mercredi et le samedi afin de pouvoir boucler le championnat. Mais cela me semble très compliqué et nous sommes dépendants des décisions de la FFF » prévient tout de même celui qui avait également joué sous les couleurs toulonnaises.

Les joueurs de Ligue et de District, eux, ne jouent pas au football dans les mêmes conditions, ni pour le même objectif. C’est souvent le plaisir qui prime. Jouer en semaine impliquerait de jouer le soir après les heures de travail, ce qui est un premier problème. Mais ce n’est pas tout, les stades dans lesquels ils pratiquent ne sont pas toujours fournis en éclairage pour pouvoir jouer de nuit. La municipalité de Marseille a d’ailleurs lancé un plan pour alimenter en éclairage les stades de la ville avec des Leds moins énergivores qui permettraient de réduire les dépenses et donneraient la chance aux joueurs de ne pas devoir quitter les terrains dès que le soleil se couche. Mais en attendant, que ce soit dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, le Var, le Vaucluse ou les Alpes, c’est un peu le même problème. Les installations ne permettent pas toujours de programmer des rencontres de championnat le soir.

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« Jouer en semaine reste une solution possible pour les championnats de district éventuellement, à condition de disposer de terrains avec un éclairage suffisant. Et ça, c’est loin d’être gagné », Lekbir Halloum, coach de la R2 du Gardanne Biver FC (13), confirme cette inquiétude. Tous les acteurs interrogés dans cet article ne pense qu’à la reprise, ils ont les fourmis dans les jambes à l’idée de repartir à l’attaque et ils seraient prêts à accepter cette idée de jouer en semaine, mais le problème semble réel pour certains « petits » et « moyens » clubs. Erick Schneider, le président du District de Provence confiait déjà pour Actufoot il y a plusieurs jours qu’il avait relevé cet obstacle face à l’idée de la tenue des matchs en semaine : « Pour les amateurs, c’est très compliqué de faire jouer le mercredi, les mecs bossent. Et puis, il y a aussi le problème des terrains en conformité avec l’éclairage. Jouer en semaine, pourquoi pas mais comment on fait quand les stades n’ont pas les lumières qu’il faut ? ».

Pourtant, pour Julien Barrielle, entraîneur de la D1 de l’EUGA Ardziv (13), ce ne sont que des excuses : « 99% des sportifs amateurs majeurs ont leurs entraînements le soir en semaine, donc qu’ils s’entraînent ou qu’ils jouent en compétition officielle ne change pas grand chose. Le mercredi, ils auront leur journée de travail ou de fac dans les jambes, tandis que le week-end ils ont la soirée de la veille (rires). Après, j’entends que ça ne peut pas trop se faire par rapport à la qualité de l’éclairage de certains stades. Mais avec la saison dernière et celle-là, ce n’est plus le moment de faire des chichis. Si on peut s’entraîner le soir, on peut aussi jouer, la lumière sera la même pour les deux équipes ». Max Latour, entraîneur de la D2 de l’AS Arcoise (83), pense exactement la même chose : « Quasiment toutes les installations ont les éclairages suffisants pour le faire je pense. Pour ce qui est des effectifs, là aussi, on est en Seniors ! Les entraînements sont déjà en soirée la semaine. A part peut-être quelques joueurs qui seraient « pénalisés », je pense que les clubs pourraient aligner une équipe compétitive tout de même.. ».

Un manque de terrain et un rythme qui s’annonce intense…

Si ce problème d’éclairage n’en n’est pas un, alors un autre obstacle vient s’interposer à cette proposition de jouer en semaine : le manque de terrains pour certains clubs. « La programmation de matchs en semaine pourrait être envisageable, mais il faudra tenir compte de beaucoup d’éléments, Tous les clubs n’ont pas plusieurs stades à leur disposition, il paraît difficile et inconcevable que pour programmer une rencontre Seniors il faille annuler des séances d’entraînement au niveau de jeunes catégories, cela empiétera irrévocablement sur les plannings de tous les clubs. Au niveau de la ligue, cela me paraît encore plus compliqué en tenant compte des horaires de trajet qu’il faille pour se rendre sur un lieu de rencontre à l’extérieur. Les joueurs ne peuvent pas demander indéfiniment à leurs employeurs de se faire libérer plus tôt pour aller jouer des rencontres à l’extérieur. Occasionnellement oui cela me paraît jouable, mais trop régulièrement cela me paraît inconcevable » explique Patrick Legouverneur, coach de la D2 du FC Ramatuelle (83). Jouer des matchs en semaine pourrait donc enlever à certaines catégories le seul terrain mis à disposition pour s’entraîner. Un argument que confirme Nicolas Decugis, coach de la R2 du Hyères FC (83) : « Concernant les infrastructures, souvent nous partageons les installations avec différentes catégories du club, dans certaines communes plusieurs clubs utilisent un même terrain ».

Mais si on faisait l’effort quand même ? Les clubs ont tellement envie qu’ils seraient prêts à accepter toutes ces contraintes, alors il faudra penser à la santé physique des acteurs principaux : les joueurs. Il reste plus de 3/4 des matchs de la saison à jouer dans certains championnats. Si on veut aller au bout, il faudra alors tenir un rythme effréné. Les amateurs sont-ils en capacité de le faire ? Ne risqueraient-ils pas de se blesser ? « Nos entraînements ne sont pas calibrés pour cela, nos horaires d’entraînement non plus et l’utilisation des installations les mercredis seront un gros problème » confirme Barry Bissi, coach de la R2 de l’Athlético Marseille (13). « Pour ma part, j’ai construit un effectif pour 30 matchs, réduire le nombre de matchs mettrait à mal ma gestion de l’effectif puisque j’ai construit un effectif pour jouer 30 matchs et non pas 15. Si les choses sont faites de manière organisée comme la Ligue a l’habitude de le faire, il n’y aura pas de problème » explique le coach monégasque Fred Menini. Les avis sont encore une fois partagés. Et s’ils ne sont pas les mêmes, c’est que les clubs ne sont pas tous égaux en terme de matériel, d’effectifs, de terrains, de licenciés, de créneaux d’entraînement…

Une proposition d’organisation géographique qui laisse la porte ouverte…

Pour pouvoir mettre en place le scénario des matchs en semaine, le coach de la R1 de l’ASM parle d’une organisation géographique : « Comme je l’avais dit précédemment, il serait bien d’organiser en priorité les rencontres interdistricts qui nous enlèveraient minimum 4 à 6 weekends car ces rencontres peuvent être jouées le mercredi. Une fois que ça c’est fait, on ferait département contre département, par exemple Alpes Maritimes contre Var, et là ça ne poserait pas de problème » nous a-t-il proposé. Hervé Berni, le coach de la R2 de l’AS Vence (06), le rejoint : « On pourrait peut-être prioriser les matchs le mercredi entre clubs proches (une centaine de km maximum) et peut-être qu’il sera possible d’aller au bout. Je préfère en tout cas devoir composer avec ces données bien inconfortables que de tirer un trait sur une saison complète. Avec tout ce que cela implique comme investissement… ». Michel Jean, coach de la R2 de l’AS Gémenos (13), est la troisième personne interrogée à avoir évoqué la géographie : « Jouer en semaine, je pense que c’est effectivement une bonne idée, mais par contre il faudra prendre en compte les équipes venant d’autres départements comme le Var ou les Alpes-Maritimes car, à mon avis, la circulation sans l’attestation de travail de chaque joueur risque d’être impossible ».

Il y a des avantages et des inconvénients dans cette idée de jouer la semaine afin de terminer les championnats. Les pour et les contres ont été exposés dans cet article. D’autres réactions suivront concernant ce sujet dans tous les départements de la Méditerranée. L’avis de chacun compte pour savoir ce qui réalisable ou pas. Cette solution, elle, semble compliquée à mettre en place. Pour avoir le cœur net, nous avons posé la question au président de l’instance régionale, Eric Borghini. Et il semblerait que vous puissiez de nouveau être interrogés sur la question… « C’est une possibilité en dernier recours si on ne peut vraiment pas faire autrement. Mais il ne faut pas oublier que les joueurs sont amateurs et ont un métier à côté du football. On ne fera pas jouer en semaine sans l’accord des clubs et on ne l’envisagera qu’en cas d’extrême nécessité, pour les matchs n’occasionnant pas de long déplacements ». Le débat reste ouvert.

Keevin Hernandez

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