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Michel Pavon (ASC) : « Il faut être ambitieux »

09/06/2017 à 14:12

Nommé co-entraîneur de l'AS Cannes, hier, par Johan Micoud, le président, Michel Pavon, 48 ans, a accepté de livrer sa première interview à Actufoot. Son projet de jeu, ses ambitions, sa vision du rôle d'entraîneur ou son rôle au sein du club. L'ancien capitaine des Girondins de Bordeaux explique pourquoi il a choisi de venir au coeur du club rouge et blanc, qui va évoluer en N3.

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter le poste de co-entraîneur de l’AS Cannes ?

La priorité, c’est que je connais très bien le président et le vice-président. Et l’entraîneur, Mickaël Marsiglia, car je l’ai presque vu naître. Il est de La Ciotat comme moi, je connais bien ses parents. Il y a le fait d’avoir un club qui a des ambitions et l’envie de se reconstruire. Le challenge est hyper intéressant. Il y a beaucoup de travail au niveau de la Une et des jeunes. Et puis, j’habite à une heure de la Côte d’Azur. Il y a un projet à moyen terme très intéressant. Et il y a deux personnes avec qui j’ai envie de travailler.

Quel est l’avantage du projet cannois ?

Je préfère construire qu’avoir des choses acquises. Le très haut niveau m’intéresse moins. Reconstruire un club avec des personnes avec lesquelles j’ai envie de travailler, c’est sympa.

Quel est votre projet de jeu ?

Il faut déjà que j’apprenne à connaitre l’effectif. Mickaël (Marsiglia) va m’aider et me faire gagner du temps. Je ne suis pas figé sur un système. Je pars sur un système, et, selon les événements, je le change. On doit être capable de s’adapter. Après, il faut que je connaisse les qualités des joueurs. En tout cas, je vais sur un terrain pour gagner, pas pour faire un nul. Si on a tout fait pour et qu’on perd, c’est que les autres ont été meilleurs. Pour revenir au système, on pourra jouer à deux devant ou une pointe. Ce n’est pas figé, à part si ça marche et que ça gagne. Ce qui m’intéresse, c’est gagner. Si on peut allier le beau jeu et gagne, c’est plus plaisant pour tout le monde. Pour l’instant, promettre du beau jeu c’est utopique (sourires). Je sais qu’à Cannes, c’est Pierre de Coubertin avec la formule « L’important, c’est de participer », mais moi, c’est surtout gagner. Il faut être ambitieux, si on veut monter.

« Être entraîneur, c’est moins plaisant que d’être joueur »

Johan Micoud, pour justifier son choix de vous recruter, évoque l’envie de gagner et de se faire plaisir.

C’est lié. Quand il y a des résultats, il y a une bonne ambiance. C’est plus facile de gagner quand il y a une bonne ambiance. Quand des joueurs sont en difficulté, il faut que les autres soient là pour les relever.

Qu’avez-vous fait ces derniers temps ?

J’avais pris une année d’arrêt. Car j’ai une affaire et je n’avais pas le temps de faire autre chose.

Ça vous a manqué ?

Même entraîneur, on reste joueur dans l’âme. J’ai toujours envie de jouer, mais il faut se rendre compte qu’on ne peut plus. En revanche, il y avait ce manque des entraînements avec les joueurs et la compétition. Car, avant d’être entraîneurs, on est des compétiteurs.

Ce rôle d’entraîneur vous plaît ?

C’est beaucoup moins plaisant qu’être joueur. On a un groupe de 24 et on ne peut en faire jouer que 11. On fait des choix et on peut se tromper. C’est gênant de sentir qu’on a fait des erreurs dans les choix et les changements, et qu’on n’a pas permis à son équipe de gagner. Ça arrive, mais il faut prendre les décisions avant. C’est frustrant, car ça veut dire qu’on n’a pas tout fait pour gagner. Si on estime avoir tout fait, c’est moins grave. Être entraîneur, c’est surtout frustrant de se dire si j’avais su. Il faut analyser avant le match.

Vous avez entraîné en amateurs et en professionnels. Quelles sont différences ?

Je parle pour l’Aquitaine que je connais. De la DH à la CFA 2, il n’y a pas énormément d’écart. Une bonne DH doit se maintenir sans problème l’année d’après en CFA. Après, monter, autre chose. De CFA 2 à CFA, il y a plus d’écart. Pour ce qui est des changements entre l’amateur et le professionnel, c’est que vous les joueurs moins de temps. En pro, les conditions sont plus faciles, vous avez les joueurs quand vous voulez. Là ils peuvent être étudiants, ils travaillent, il faut s’adapter. L’entraînement peut être à 19 heures, et ils arrivent à 19 h 15, il peut y avoir des retards.

« J’aime bien qu’on me fasse douter dans ce que je pense »

Vous avez été le capitaine des Girondins de Bordeaux en 1998-1999, lorsque l’équipe a eu le titre. Quels souvenirs en avez-vous ?

Ceux d’une bande de copains qui a gagné un titre. L’ambiance nous a fait gagner pas mal de points. On avait le sens du sacrifice. Quand on se revoit, c’est le titre qui revient. C’était une année exceptionnelle.

Cette saison, vous allez retrouver l’un de vos coéquipiers d’alors, Johan Micoud. Quel objectif le président de l’AS Cannes vous a-t-il fixé ?

Être le plus haut possible et si possible premier. On veut monter. On sait que le club veut se reconstruire. Entre vouloir monter et le faire, il y a un monde. Ça va être compliqué. Il y a deux réserves de clubs pros, des clubs se sont renforcés. Il faudra saisir les opportunités, et oublier le beau jeu des fois. On est une équipe qui monte, mais on est Cannes, donc on sera plus attendu.

Johan Micoud a dit qu’il vous a recruté pour professionnaliser le club. C’est une responsabilité.

Il y a un état général du club. Il a perdu beaucoup de 15 ans, de 17 ans. Il faut commencer par là. Il faut bien travailler dessus. C’est un club qui doit redevenir formateur. Sinon, il ne pourra pas vivre. Mais je n’arrive pas pour tout chambouler. Chacun est à sa place. Je suis pour l’échange, je ne suis pas fermé, pas arrêté. J’aime bien qu’on me fasse douter dans ce que je pense.

(Crédit photo : Marie-Laure Julian / actufoot.com/33)