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Andrietti prend du galon

10/02/2017 à 13:29

Gardien de l'ES Cannet-Rocheville depuis l'été 2014, Geoffrey Andrietti a fait une escale à durée indéterminée dans son club de cœur. Un retour aux sources qui doit lui permettre de mettre en valeur tout ce qu'il a appris. À 26 ans, il est en train de prendre conscience de ses capacités. La première partie de saison a été celle de l'éclosion. Une maturité nouvelle qui coïncide avec une vie personnelle transformée.

Été 2010. Le Parc des Princes accueille un tournoi amical. Au milieu de l’antre du PSG, le capitaine historique de la Roma, Francesco Totti, et la nouvelle pépite de Porto, James Rodriguez, font rêver les spectacteurs assis dans les tribunes. Sur le banc de la quatrième équipe professionnelle invitée, Bordeaux, un jeune natif de Cannes de 20 ans. Il n’a aucun match de Ligue 1 dans les jambes et vit sa première préparation aux côtés des Gourcuff et autres Ciani. Un nouveau monde pour Geoffrey Andrietti. « Quand on a joué contre l’AS Rome, et que j’avais Totti à côté de moi, j’ai pris un mètre de recul et je me suis dit que je ne pouvais pas rentrer. Ce serait lui manquer de respect », s’amuse celui qui garde aujourd’hui les buts de l’ES Cannet-Rocheville, en CFA 2. Olimpa ne s’est pas blessé. Andrietti n’est pas rentré. À deux autres reprises, le portier vivra un match professionnel sur un banc. À Montpellier et contre Toulouse. « La première fois que ça m’est arrivé en Ligue 1, avec les caméras, c’est un peu impressionnant », se souvient-il. C’était, surtout, la suite logique d’une formation effectuée dans les rangs des Girondins.

« Il ne fallait pas se louper »

Recruté à l’âge de 13 ans, alors qu’il jouait à l’ESCR, Geoffrey Andrietti n’avait d’yeux que pour le club au scapulaire. « C’était un rêve. Petit, je doutais de mes capacités. Je savais que j’étais un bon gardien, mais pas qu’un club pouvait s’intéresser à moi », confie-t-il des années après. Plusieurs formations suivent l’adolescent, qui a suivi les traces de son frère et de son père dans les buts, parce qu’il avait « un côté fou ». Mais il a fait son choix. « De mes 11 ans à mes 13 ans, je suis allé quatre fois une semaine à Bordeaux. Tout ce qui était infrastructure, ville, le cadre me plaisait. Il y avait tout qui faisait que je voulais aller là bas. N’importe quel club de France pouvait m’appeler, je serais allé à Bordeaux. À part le PSG, dont je suis fan depuis petit », sourit-il.

Il a grandi avec Sertic et Krychowiak

Libéré du cocon familial, il enfile de nouveaux habits. Le petit « timide et introverti » devient un autre. « Ça m’a permis de m’affirmer, de m’ouvrir, de plus dire les choses », reconnaît-il. « J’avais des parents bienveillants, un grand frère protecteur. Ça m’a permis de déployer mes ailes, de grandir ». De ne pas se laisser faire simplement. Comme une veille de championnat de 16 ans Nationaux. « En 15 ans Ligue, j’étais surclassé avec les 16, mais ils faisaient jouer le plus âgé. Un jour, je viens dans le bureau, les responsables m’ont dit que j’étais convoqué pour le match du lendemain. J’ai dit que je ne je viens pas, car je préfère jouer en dessous. Le lendemain, j’étais titulaire. J’avais fait un très bon match. Il ne fallait pas se louper, sinon je me serais grillé », convient-il.

Les années passent et le jeune gardien prend ses aises aux côtés de Sertic ou Krychowiak. Titulaire en 18 ans Nationaux, il poursuit son apprentissage aux côtés de Franck Mantaux et Dominique Bernatovich. Jusqu’aux portes des professionnels. On est à l’automne 2010. Les retours de Ramé et Carasso boucheront définitivement l’accès. « Au bout de six mois, je suis parti aux oubliettes. À la fin de la saison, je suis parti à Bayonne ». Une deuxième blessure aux ligaments croisés du genou droit le prive de compétition, après trois semaines d’entraînement. Nouveau coup dur, deux ans après avoir déjà subi cette lésion. Mais Geoffrey Andrietti est tenace. Il tente sa chance à Dieppe. Ça ne prend pas. « J’y suis resté un mois et demi », rappelle-t-il. Le gardien part s’entraîner à Grasse. Mais il n’est pas retenu. L’ESCR l’approche. « On voulait le faire signer en deuxième gardien, derrière De Courcy. Il n’a pas voulu », revient Christian Lopez, l’actuel coach cannetan. « J’avais besoin de jouer. Ce n’était pas possible de jouer en PHA. Il fallait que je rejoue tous les week-end, au minimum, en DHR. Par fierté aussi, je ne me voyais pas jouer en équipe 2 », se défend Andrietti. Mandelieu arrache le portier, pour le plus grand plaisir de l’entraîneur d’alors, Jean-Jacques Asso. « À mon goût, c’est un des meilleurs gardiens du département. Il pourrait jouer largement au dessus. Il est très vivace, il a une bonne lecture de jeu, une bonne prise de balle. Il est assez athlétique. Il occupe beaucoup l’espace. Il a des qualités mentales. Pour être un bon gardien, il faut être fou. Ça fait partie de sa personnalité aussi », décrit l’actuel responsable de la formation à l’AS Cannes.

Un coup de gueule avant Castanet

« Ma femme déteste autant la défaite que moi »

La relation dure un an. Le temps pour l’ESCR de se séparer de De Courcy et de monter en DH. Le nouvel appel du pied à celui qu’il a formé est le bon. Et ce, malgré une proposition trois fois plus intéressante financièrement de la CFA 2 de Toulon. « Rocheville, c’est mon club. Aujourd’hui, à part grosse offre, je resterai au club, tant que le club veut de moi », assure le portier. Pour l’instant, il veut de lui. Et ça se passe bien. Tellement bien que les dirigeants attendent toujours plus d’Andrietti. « C’est un joueur cadre. Il fait partie de ceux qu’on a recadrés quand on a eu notre période pas terrible. Il est expérimenté. Il devait avoir plus d’autorité, qu’il commande davantage sa défense. Sa prise de parole n’était pas suffisante », dévoile Lopez. Des critiques qu’a compris l’intéressé. « Personnellement, je ne faisais pas ce qu’il fallait. T’as de l’expérience, il faut que tu oses dire les choses », admet-il. Une prise de conscience qui s’est traduite par un coup de gueule dans le bus qui menait l’ESCR à Castanet. « J’ai parlé cas par cas. Que ça plaise ou pas. Et on a gagné ». Après un nouvel échec, contre Toulouse, et une dernière réunion, le message est passé.

Et la formation cannetanne n’a plus perdu. À tel point qu’elle se retrouve deuxième derrière Grasse, avant le derby du week-end. Une réussite qu’elle doit, en partie, à son gardien, devenu un autre homme depuis quelques semaines. « Je pense que je deviens plus mature, grâce à ma vie de famille. J’ai trois filles. Je suis responsable. Ma femme me pousse vachement. Elle déteste autant la défaite que moi. Elle m’a dit qu’il fallait que je fasse plus ». Son mariage au début de saison, à l’âge où les gardiens arrivent à leur meilleur niveau, est, peut-être, le symbole d’une prise de conscience. À 26 ans, Geoffrey Andrietti est en train de passer un nouveau cap dans sa carrière avec son club de cœur. « Il faut que je sois déterminant tous les week-ends. Si j’ai un arrêt à faire, qu’il y a un joueur à replacer, il faut que je le fasse. On est 4-5 comme ça. Il faut que tout le monde soit sur la même longueur d’onde pour aller titiller Grasse. Notre objectif, c’est de monter. On ne l’a pas caché. Il faut assumer. Maintenant, il faut montrer qu’on est des hommes. » Le jeune gardien qui n’osait pas rentrer face à Totti a bien grandi.