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Anthony Leone « Il faut savoir bien orienter et conseiller le sportif »

20/09/2018 à 17:37

Anthony Leone, ostéopathe, a lancé un service personnalisé pour les structures amateurs. Il s’agit de la mise ne place d’une cellule médicale dans un club selon la demande. Interview.

Que proposez-vous comme services pour le sport amateur ?

Il s’agit d’une cellule médicale que nous mettons en place dans un club selon la demande. Le rôle étant de gérer tout le domaine médical avec l’aide de tous les thérapeutes nécessaires. Dès qu’un joueur se blesse, il me contacte et selon la gravité, on va l’encadrer dans les soins. C’est-à-dire, par exemple, il aura sa prescription médicale directement à son nom pour un examen complémentaire (échographie, IRM, radio, scanner, etc…) avec un rendez-vous en moyenne dans les 48 heures. Le compte rendu sera envoyé directement sur un groupe de discussion regroupant tous les thérapeutes et médecins, préparateurs physiques pour discuter du cas. Selon les soins nécessaires, il aura son rendez-vous directement chez un spécialiste, dans un secteur qui lui sera le plus adapté. Après des soins complets, il sera confié au préparateur physique du club, qui pourra procéder à la ré-athlétisation du joueur. D’un autre côté, le staff sera avertis du temps approximatif d’arrêt du joueur avant la reprise sur terrain.

Un joueur qui ressent une simple gène peut-il aussi bénéficier de soins ?

Bien entendu… A côté de blessures avec arrêt de l’activité, nos cabinets de kinés et d’ostéopathies sont à disposition pour des rendez-vous rapides. Ces derniers thérapeutes seront aussi présents lors des entrainements, selon les jours demandés, mais peuvent être également disponibles pour les matchs à domicile, à l’extérieur. Tout dépend de ce que nous mettons en place à la demande du club. L’intérêt de la présence avant les entrainements permet aux joueurs de pouvoir travailler sur les petites douleurs du dernier match, de strapper une cheville, mettre un « tape » ou simplement enlever les contractures musculaires.

Qu’en est-il de l’organisation et de la gestion de cette cellule médicale ?

L’organisation est assez pointue. Le joueur me contacte directement pour m’expliquer son problème, et, de là, je le prends en charge en lui prenant ses divers rendez-vous. Il n’aura qu’à se rendre aux différents points nécessaires. Les soins et rendez-vous seront pris en charge par le contrat établi avec le club. Le contrat sera à la carte, selon la demande du club.

Vous devez avoir un carnet d’adresse professionnel assez complet pour cette organisation ?

Oui, il le faut et il faut surtout bien choisir les thérapeutes. Ils doivent s’y connaître parfaitement dans le domaine du sport, être présents, réactifs et disponibles, car c’est un travail à plein temps. Je travaille avec des kinés comme Sonia Lefebvre et Benjamin, Mathieu Desclozeaux, Stéphane Martin, quelques ostéopathes dont Alexandre Mas ou Cyril Blondet qui travaille également avec le Rugby Olympique de Grasse, des préparateurs comme Emiliano ou Benjamin Vaiarello entre autres, et des médecins du sport, complétés par des centres d’imageries médicales. Le but étant de pouvoir proposer tous les services entre Cannes et Monaco à tout moment.

Quel est l’intérêt de l’ostéopathie pour le footballeur débutant, intermédiaire ou expert ?

L’intérêt de l’ostéopathie pour les experts, tout le monde le connaît, c’est rentré dans les mœurs depuis les années. Cumulée à d’autres soins (kinésithérapie, nutritionniste, etc… ), la pratique de l’ostéopathie est très importante dans la performance, la qualité, l’entretien et la prévention du sportif. A ce stade, c’est de l’horlogerie. Pour les intermédiaires, le suivi est bien plus complexe. Nous voyons des athlètes qui pratiquent leur sport 3, 4 voire 5 fois par semaine, ce qui est déjà beaucoup, mais en revanche, ils ne sont pas encadrés par tout un complexe médical comme les experts. On est donc face à de grands sportifs sans aucune prévention ni suivi. Personnellement, c’est le domaine que je préfère car, nous sommes dans le sport, mais il y a tout à faire ! A ce niveau, j’ai eu l’occasion de prendre la responsabilité de créer une cellule médicale avec tous les différents professionnels pour encadrer ces sportifs dits « intermédiaires ». En tant qu’ostéopathe, c’est magique de pouvoir avoir cette gestion. Une fois tous les soins terminés, je les reçois en cabinet pour étudier leur posture avant de reprendre le terrain. Enfin, pour les sportifs débutants, c’est une toute autre affaire. L’intérêt de l’ostéopathie n’est pas du tout le même, ça ne va être ni de « l’horlogerie » ni de « l’encadrement », mais plus du suivi et du conseil. On peut accompagner le sportif dans son loisir avec des conseils, comme les étirements, les accessoires adéquats, la nutrition, la cadence. Tout le monde rêve de travailler avec des sportifs de haut niveau, mais on prend tout autant de plaisir à travailler dans le monde amateur.

Pouvez-vous nous expliquer de quelle manière fonctionne l’ostéopathie dans le domaine sportif ?

Elle va tout d’abord avoir un rôle de prévention. Selon le sport et l’intensité pratiquée, un traitement général est primordial pour la prévention des blessures et l’amélioration des qualités sportives. On va préparer le sportif en rééquilibrant sa posture, travailler sur ses divers antécédents traumatiques et sur sa globalité. On va avoir une vision holistique du patient par rapport à sa vie privée et sportive. Mais c’est aussi un travail d’encadrement et de conseils, qui feront également partie du suivi ostéopathique. Enfin, sur le terrain même, nous aurons plus un objectif de traitement symptomatique. S’il est touché lors de l’exercice physique, nous agirons directement en analysant la blessure du patient, éliminant tout diagnostic d’exclusion, en le redirigeant vers un service d’urgence. En l’absence de blessure importante, nous allons évaluer le cas et/ou traiter directement, consolider et conseiller. Sur le terrain, en ostéopathie, nous travaillons beaucoup plus dans la symptomatique, rapidité et efficacité. Les soins de compléments se feront par la suite au cabinet.

Est-ce qu’il existe des préparations à faire en amont de la pratique sportive ?

Comme expliqué précédemment, il est de notre rôle de bien encadrer le sportif sur les conditions à la pratique sportive. Des accessoires adaptés à son sport, comme des chaussures, des raquettes, une bonne nutrition, une condition physique adaptée au sport à réaliser, mais aussi l’importance des échauffements, des étirements, de l’hydratation. La préparation en amont est un point primordial. Un club de football par exemple, se prépare plusieurs semaines avant de jouer son premier match officiel. Ça veut tout dire ! En dehors du matériel, il est nécessaire de faire un bilan chez un podologue pour être bien chaussé, un panoramique dentaire pour éviter un maximum des troubles musculaires, un traitement des antécédents en ostéopathie. Mais aussi commencer sa préparation progressivement. Ne pas se mettre un objectif de courir 10 km la première sortie si on est en surpoids de 15 kg, qu’on n’a pas couru depuis des années et qu’on a fait une soirée arrosée la veille (sourires).

De quelle manière sont suivis les sportifs de haut niveau ? Comment cela peut-il être appliqué aux sportifs amateurs ?

Les sportifs de haut niveau sont suivis comme une horlogerie. Ils sont pris en charge par tout un groupement de professionnels (osteo, kiné, médecin du sport, podologue du sport, diététicien… ) Toutes les performances sportives, en préparation sont étudiées et gérées ensuite avec les divers soins. En tant qu’ostéopathe, je dois m’accorder aux autres professionnels, connaitre parfaitement le rapport de soins afin de faire progresser le bien-être du sportif et ainsi éviter toute blessure, ou au contraire en guérir plus rapidement. Il est plus difficile d’appliquer le même dispositif aux sportifs amateurs. Ces derniers n’ont pas forcément le même temps libre pour leur pratique sportive, le même budget de soin et la même patience sur l’étude et le respect de son propre corps par rapport aux divers sacrifices que demande le sport de haut niveau. Cela dit, en tant qu’ostéopathe et qu’encadrant dans la médecine paramédicale sportive, nous devons faire un maximum pour les entourer. En effet, les amateurs seront moins sérieux dans leur encadrement car ils n’auront pas forcément les mêmes conditions d’entrainements. Les blessures se feront alors plus facilement et rapidement.
Le conseil régulier du sportif amateur sera la clé de son suivi.

On parle beaucoup de la bigorexie, est-ce que ce phénomène vous parle ?

Bien évidemment. Nous parlons d’addiction au sport, et cela ne concerne pas seulement les sportifs de haut niveau, bien au contraire !
L’addiction au sport doit être sérieusement considérée. On en parle surtout chez les runners et le syndrome du « runner-high » autrement dit « l’ivresse du coureur ». Cette ivresse est déclenchée par la sécrétion d’endorphine qui crée une dépendance et donne le besoin au sportif de reproduire son activité, ressentant une sensation de quiétude et de légèreté. Les sportifs amateurs qui se lancent dans des compétitions plus complexes (marathon, ironman) sont beaucoup plus sensibles à cette dépendance. Cela cumulé à l’augmentation physique de son corps et de ses performances, le pousse à plonger encore plus dans cette addiction. Malheureusement, cette dernière peut pousser le sport à prendre une trop grande place sur le psychique de la personne et ainsi créer des conflits entre sa vie sportive et sa vie professionnelle et privée.

Pour le corps humain, où se situe la frontière entre « trop » et « pas suffisamment » de sport ?

Il n’y a pas de frontière exacte à définir. L’important est de bien connaitre son corps et ses limites. Un employé de bureau trouve deux heures de son temps deux fois par semaine le soir pour courir et éliminer tout son stress. Il n’aura pas les mêmes limites qu’un sportif de haut niveau qui prépare un triathlon… Il faut adapter son corps en rapport avec sa qualité de vie. Et pour cela, il est de notre rôle d’aider nos patients à trouver leurs repères.
Je dis souvent que le sport est un métier réservé aux experts, qui engendre des obligations (étirements, suivi régulier). Pour le reste, on parle plutôt d’exercices physiques réguliers qui seront destinés aux amateurs. L’exercice physique nous permet de passer la frontière du « pas suffisamment » et le métier du sport nous permet de ne pas dépasser les limites du « trop ».

Parlons technique, quelles sont les parties du corps à privilégier en soin selon le type de sport pratiqué par le patient (VTT, rugby, course, sport de combat, danse, foot, tri athlétisme, pilotage, tennis…) et selon quelles méthodes ?

Difficile comme question… Il n’y a pas de partie de corps à travailler plus que d’autres en priorité. N’oublions pas que l’ostéopathie est une pratique holistique ; on travaille sur la globalité du corps. Certes, un footballeur aura plus d’antécédents traumatiques au niveau des chevilles, un rugbyman au niveau des cervicales ou encore un tennisman au niveau coude ou épaule. Mais on doit rester axé sur la globalité. C’est ce qui fait la force de l’ostéopathie. Un golfeur qui vient consulter pour une tendinite du coude ou de l’épaule, nous allons travailler sur ses motifs, ses antécédents, mais aussi sur sa posture, la qualité de son swing. Est-ce que pendant ce swing, la rotation est parfaite ? Quel est son équilibre ? Le pivotement de son bassin ? On va travailler sur ses axes de références sportives, mais s’il y a une cheville verrouillée, son swing ne sera pas parfait. S’il a une tension au niveau de l’estomac, on aura une restriction niveau dorsal et donc de son swing. Personnellement, en ostéopathie du sport, il faut connaitre parfaitement les activités pratiquées, analyser tous les mouvements, mais il ne faut pas oublier les bases de notre métier et donc travailler sur la globalité, puis se laisser guider par nos mains. Cependant, si on parle de soins traumatiques, alors on pourra essayer de faire des référencements : golf/coude – football/cheville – VTT/épaule, etc… Mais ce n’est pas réellement la pratique que je réalise en cabinet.

Quels conseils donnez-vous à vos patients sportifs ? Et à ceux qui débutent ?

Apprendre à connaitre son corps, ses propres limites et être à l’écoute de celui-ci. Leur expliquer que le sport n’est pas que le moment « M », que le plus important est le travail en amont et en aval de l’activité. Si on ne respecte pas ça, le sport deviendra vite un problème voire même une contre-indication avec les phrases bien connues « je ne peux plus courir depuis que… »

Que pensez-vous des blessures des joueurs de foot ? Souvent simulées ou pas ? Comment fonctionne la fameuse bombe froide ?

En effet, le joueur de foot est caractérisé par la simulation, surtout en ces temps de Neymar-Mania en coupe du monde. Il y a, en effet, ce jeu de simulation qui est purement tactique, ayant pour but de faire sanctionner le joueur adverse, avoir une action de but ou bien même de faire sortir le joueur adverse de son match mental.. Cela dit, il faut savoir que les blessures sur un terrain de football peuvent-être (parfois) plus importantes que sur un terrain de rugby. Au rugby, la plupart du temps, le joueur s’attend à l’impact. Il contracte ses chaines musculaires, et bien-sûr ses appuis. Le footballeur lui, va plus souvent recevoir un tacle sans s’y attendre et donc son corps ne sera pas préparé au choc, et, souvent, la conséquence est plus grave. C’est ce que j’ai pu constater en ayant travaillé sur des terrains de rugby et sur ceux de football. Quant à la bombe de froid, certes elle a un rôle placébo, elle permet de gagner du temps, mais lorsqu’on prend un coup, une béquille ou autres, la propulsion de froid fait du bien. Puis je vous assure qu’une semelle reçue par des crampons vissés de quelques centimètres, ça ne fait pas de bien, et un coup de bombe de froid est la bienvenue !

On parle souvent de taping et de strapping, comment fonctionnent ces procédés ?

Le strapping est un moyen de contention plus ou moins souple. On peut l’utiliser sur une articulation, post-traumatique, sur une entorse par exemple afin d’éviter un gonflement ou limiter la mobilité. On peut l’utiliser aussi en phase de réathlétisation pour maintenir, renforcer ou protéger une articulation. On l’utilise aussi sur le réseau facial, par compression d’une zone musculaire fragilisée, pour maintenir ou soutenir un muscle, limiter son mouvement, sur un ligament fragilisé. Il faut savoir que beaucoup de sportifs ont des rituels chanceux, s’entourant certaines articulations de strap, mais ça restera simplement esthétique ! Le taping est une bande à visée plutôt symptomatique, mise pour soulager une gêne fonctionnelle en travaillant sur les mécano-récepteurs sous-cutanés. Ce sont des petits récepteurs neurologiques, situés sous la peau, qui envoient au cerveau une information de douleur lorsqu’ils sont trop comprimés. La bande, en soulevant la peau, décomprime les récepteurs ce qui donne au cerveau une impression de moindre douleur. On va donc pouvoir agir sur des blessures musculaires, tendinites, œdèmes, circulation sanguine. On reste en revanche, sur une action symptomatique.

Pouvez-vous partager avec nous un cas pratique représentant pour vous une satisfaction particulière dans le domaine sportif ?

Il y en a quelques-uns… Il y avait un 8e tour de la coupe de France, avec Saint-Jean-Beaulieu (DHR) le dimanche. Au début de semaine avant le match, le milieu défensif, le latéral droit et l’attaquant diagnostiquent une contracture. Avec un travail quotidien et un bon strapping, les 3 joueurs ont fait leur match et qualifieront leur équipe pour un 32e de finale de la coupe de France contre l’AS Monaco et deviendront le plus jeune petit poucet ! Ou un marathonien me consultant pour un syndrome de l’essuie-glace le lundi avec une contre-indication à la pratique du sport faite par son médecin. On a réalisé un traitement quotidien en cabinet et sur le terrain, avec du taping, des huiles essentielles. Le vendredi soir, il s’envolait pour le marathon de Paris et m’appelait 5 km avant l’arrivée !

Quel est le secret d’un traitement par ostéopathie réussi auprès d’un sportif ?

Le vulgaire « lève-toi et marche », c’est la rapidité dans le résultat final et efficacité. Il faut savoir bien orienter et conseiller le sportif. Et lorsqu’on nous appelle pour nous dire « j’ai fait ma course, mon match ou mon combat et tout allait super », là on sait qu’on a réussi le traitement.

Ce milieu vous plaît…

J’ai toujours aimé travailler avec les sportifs professionnels. Vous savez, lorsque vous avez un cabinet et que vous débutez, tout le monde souhaite travailler dans le milieu du haut niveau. C’est en quelque sorte une récompense que le travail ne soit pas toujours aisé, surtout si vous travaillez en groupe. Votre pourcentage de réussite ne doit pas être loin des 100%. Mais on prend tout autant de plaisir à travailler dans le monde amateur. Il n’y a pas grand-chose et tout à y faire. Autour d’un sportif amateur, on a tout à y bâtir, et c’est ce qui est beau. D’aider, d’apprendre et de faire réussir, pour finalement en voir le résultat. Et nous faisons ce métier pour cela.

Crédit photo : la selecioun