InnovationSport Africain

« Banafrika, un hub entre le marché du sport en Afrique et mondial »

06/05/2020 à 16:31

La plateforme Banafrika veut relier les acteurs du marché du sport en Afrique avec ceux du reste du monde. Aujourd'hui, le sport africain manque de structuration et d'investissement pour arriver peu à peu à atteindre le niveau des autres continents. Le créateur de ce site, Guy Losendjo, nous explique le concept de son projet pour l'Afrique avec Banafrika "un oeil sur les talents du continent".

Guy, qu’est ce que Banafrika ?

C’est une plateforme communautaire qui est dédiée, de manière globale, au marché du sport en Afrique. Ce n’est pas seulement une plateforme dédiée aux athlètes, il y a également la possibilité par exemple pour un coach de créer son profil, pour un club, une académie. C’est une plateforme communautaire dédiée à l’écosystème du sport en Afrique. Et l’objectif, c’est vraiment de pouvoir « réunir autour d’une communauté digitale » l’ensemble des acteurs de ce marché du sport en Afrique, qu’ils soient en Afrique mais aussi d’autres qui sont à l’extérieur de l’Afrique (clubs, agents, marques etc.). L’idée, c’est de construire une communauté autour du sport en Afrique.

Comment est né ce projet ?

Le projet existe depuis un petit moment. C’est un projet sur lequel j’ai commencé à travaillé lors de mon master que j’ai fait dans tout ce qui est management de projet innovant. J’ai commencé à travailler sur le projet et l’ai présenté dans le cadre de mon mémoire fin 2017. C’est un projet qui est venu car je me suis rendu compte qu’en Afrique aujourd’hui dans le domaine du sport en particulier, il y a un manque criant de données (datas) mais aussi d’informations sur les acteurs du sport. C’est très difficile d’aller trouver des statistiques sur un jeune de 15-16 ans qui joue au fin fond de, par exemple, Kinshasa, ma ville de naissance. Partant de ce constat-là, on s’est dit, on va créer un outil gratuit, avec une inscription gratuite, qui va permettre à chacun d’être identifié, recensé et derrière avoir de la data qu’on peut valoriser auprès d’autres acteurs. Ce projet s’est construit depuis près de deux ou trois ans, maintenant il faut aller sur le terrain pour tester la solution.

« Les transferts, c’est la seule chose qui intéresse les sportifs en Afrique »

Comment se passent les échanges entre l’Afrique et l’Europe ?

A un moment donné, le sportif africain a envie de basculer de l’autre côté. L’idée, c’est qu’aujourd’hui les liens se font uniquement par relationnels et si je ne dis pas que c’est mauvais, par exemple le football, sport roi et donc forcément au centre du projet, nous souhaitons offrir à nos partenaires (agents, clubs) un outil avec lequel ils peuvent « scouter », repérer de nouveaux talents. Toutefois, aujourd’hui, informatiquement, on n’a pas donné la main à un agent de créer son profil et de faire du scouting parce qu’il y a tout un travail préalable de fiabilisation et de sécurisation de données qu’il faut mettre en place. Actuellement d’un côté on a le marché du sport en Afrique, de l’autre le marché du sport mondial et entre les deux, il n’y a pas beaucoup de liens, en dehors du relationnel, des connaissances personnelles. L’idée, c’est d’arriver à faire ce lien là, de permettre par exemple qu’un top footballeur du Gabon de 20 ans, déjà international, puisse demain se dire qu’il peut peut-être signer en National 1 (3e division française) et que ça va peut-être lui rapporter plus qu’en D2 en Slovénie, tant d’un point de vue sportif qu’autre. De l’autre côté, ça peut permettre aux clubs français de N1, N2 qui n’ont pas peut-être une grosse structure de scouting des clubs professionnels, de se dire qu’à travers Banafrika, « je peux peut-être aller voir ce gamin de 18 à 21 ans, déjà international, le recruter et que derrière je peux valoriser, développer. » Et, derrière, ça peut faire un Mateta vendu à Lyon pour 2 millions d’euros. L’idée, c’est d’être un peu ce hub entre le marché du sport en Afrique, le marché du sport mondial et permettre la mise en relation, le partage de l’information, des connaissances, des opportunités etc.

Comment peut-on expliquer que le sport africain n’arrive pas à s’intégrer facilement dans cette économie mondiale ?

C’est assez criant. Il y quelques temps j’ai vu des statistiques sur FIFA TMS, outil qui recense tous les transferts. Sur l’année 2019, il s’est fait environ 7 Milliards d’euros de transfert dans le monde entier. Pour l’Afrique, cela représente même pas 1% alors que les transferts, c’est la seule chose qui intéresse les différents acteurs du sport en Afrique, vue la manne financière. Peu importe le sport, généralement, on y voir un meilleur avenir en dehors de l’Afrique. Mais on voit que même dans l’activité principale et privilégiée, on n’est pas bons. Il manque des outils pour faire en sorte que demain, tout en étant conscient du retard pris sur les pays de l’Amérique du Sud ou de l’Europe, ces 0,5% sur les transferts dans le football par exemple augmente un peu. Un exemple : on a peut-être découvert Sadio Mané seulement en 2011 quand il est venu à Metz mais je suis sûr et certain que Sadio Mané à 15-16 ans, il était déjà fort. Par contre Neymar, on le connaissait depuis qu’il avait 13 ans si ce n’est bien avant, il avait des vidéos et les réseaux sociaux autour de lui, il était déjà suivi, « staté » sur ses performances. Il y a donc ce travail de visibilité à faire et c’est ce que Banafrika ambitionne et permet aujourd’hui. On permet à chaque athlète de s’enregistrer, d’avoir un profil dédié où il peut avoir de la data autour de son activité. Derrière, pour franchir un cap au-delà de l’identification, de la visibilité, il faut une certaine valorisation.

La valorisation, c’est quoi ?

C’est tout simplement cette capacité à se mettre en avant, ses qualités, ses performances, de manière objective dans un objectif bien précis., pour sa carrière et vers son marché cible. Aujourd’hui, je sais que j’ai marqué 10 buts, mais si c’est dans mon quartier, ça ne me rapporte pas. Par contre, demain sur trois, quatre ans, j’ai 20 ans et je marque 20, 30 buts par saison, je pense que même le RC Grasse, pour prendre un exemple chez nous sur la Côte d’Azur, s’il sait que je marque 20, 30, 40 buts par saison et qu’ils le voient sur vidéos et qu’il y a de la qualité, même s’ils sont en N2, ils vont dire « ah oui quand même ! On va voir ce jeune, il peut être intéressant pour nous. » Le travail, c’est donc d’identifier, rendre visible valoriser et offrir réseau à même de créer des interactions gagnant gagnant.

« Faire un transfert à la limite, c’est le plus simple mais derrière, il y a toute une partie administrative, humaine à gérer »

Comment se passe cet accès aux informations pour les clubs français, européens ?

Sur la plateforme, dont la version actuelle a été mise en ligne en octobre 2019, il y a aujourd’hui environ 1000 sportifs avec une majorité de footballeurs et basketteurs, sans aucune communication et uniquement sur le bouche à oreille et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, les clubs n’utilisent pas la plateforme, pas directement en tout cas. C’est un choix purement stratégique mais aussi pour faire face à des problématiques techniques. On a développé une plateforme opérationnelle, fonctionnelle mais pour le moment on fait le choix de proposer, nous, à nos partenaires les profils inscrits sur Banafrika, que l’on trouve pertinent, comme ça a été le cas avec un joueur congolais qui a signé avec Dijon ou d’autres. Avant de donner ces datas aux clubs, il faut les fiabiliser parce que l’inscription est totalement libre et gratuite. Un footballeur de n’importe quelle division en Afrique peut s’inscrire et peut mettre ses propres statistiques et ses datas, des données qui, au départ, ne sont pas vérifiées. Et aujourd’hui, par conscience professionnelle et de crédibilité, avant de dire à un club va regarder les joueurs et leurs statistiques sur Banafrika, il faut qu’on soit capables de leur dire et prouver que ces données sont vraies, et on y travaille.

Justement, vous parlez de vérification de données. Comment faites-vous pour y parvenir ?

C’est une question qui revient souvent. On a fait un choix. C’était soit on contrôle les données à l’entrée, c’est à dire avant l’inscription en exigeant le fait qu’il faille fournir un document d’identité civile ou sportive (licence par exemple), mais ce serait méconnaître le marché dans lequel on prétend vouloir travailler où souvent peut ont des CNI, passeport ou même leur licence et de nous mettre des freins à l’objectif de volume utilisateurs. On a donc fait le choix inverse de se dire à l’entrée on donne la main, chacun peut aller s’inscrire, et nous derrière, tout faisant preuve de cette confiance à la jeunesse africaine et au sportif africain car on les croit capable et intelligent pour bien agir, on prend ce laps de temps entre le moment où on lance la plateforme et le moment où on va donner la main à nos partenaires, pour sécuriser ces informations à travers des partenariats avec des Ligues, des Fédérations, Confédérations, Ministères… Par exemple, pour la RD Congo, le partenariat avec la Ligue de Football de Kinshasa, nous permettra rapidement de récupérer les données directement, et faire en sorte que les quelques 800 clubs de cette Ville-Province de plus de 15M d’habitants avec leurs athlètes aient des données sur leur activité sportive.

Comment se passe l’arrivée des joueurs en Europe ?

Je vais vous donner l’exemple de Glody Ngonda, avec qui nous avons eu plaisir à travailler avec un de nos partenaires pour sa signature à Dijon. Nos partenaires nous ont même dit « si vous n’étiez pas là, on n’aurait pas fait le deal » parce que la signature a été effective au mois d’Août. Moi, j’ai dû me déplacer jusqu’à Kinshasa, je suis allé sur place pour gérer toute la partie visa, administrative, relationnelle. Faire un transfert à la limite, c’est le plus simple aujourd’hui mais derrière, il y a toute une partie administrative, humaine à gérer. Ce que Banafrika fait avec et pour les clubs, les sportifs, c’est accompagner, faciliter et sécuriser tout ce processus. On va accompagner son club sur toute la partie administrative. Faire un transfert de Kinshasa avec l’Angola, c’est facile mais le faire avec un club de Ligue 1, il y a une certaine exigence, et tout peut capoter à tout moment, peut-être par incompréhension ou décalage que réelle volonté de stopper une opération. Quand, par exemple, Dijon envoie un courriel mais que là-bas on ne le consulte pas avant trois jours, il peut se passer beaucoup de choses en trois jours et si Banafrika n’est pas proactif ou rattrape des choses… Accompagner les clubs, c’est en fait le travail qu’on fait le plus.

Banafrika, une plateforme de mise en contact mais pas que…

Oui c’est vrai que ce qu’on voit le plus sur Banafrika, c’est les transferts et les jeunes qui vont dans des essais mais c’est comme cela, le football est le sport roi. C’est ce qui parle le plus aux gens mais nous ce qu’on fait, mon quotidien, c’est ce travail de développement, on accompagne les clubs à se structurer, à comprendre l’environnement dans lequel ils évoluent pour que derrière effectivement quand il y a une opportunité de transfert qui se présente, pour ce cadre là du football, ça soit plus fluide. L’accompagnement ne se limite pas à mettre en relation un agent avec un joueur, c’est vraiment surtout côté africain d’accompagner les clubs, les académies et pas seulement dans le football d’ailleurs « à monter en compétences » pour qu’après l’écosystème monte d’un niveau et que le marché soit plus exploitable pour tous et nous naturellement.

Est-ce que ça ne permet pas d’éviter tous les agents véreux qui promettent beaucoup aux jeunes joueurs africains ?

Ça c’est vraiment un point qui est central. Après je souhaite dire qu’il y a de très bons agents mais comme il y a aussi de très mauvais ou des pas du tout agent et ça c’est important de le savoir. J’ai été joueur et dès l’âge de 12 ans déjà, j’ai côtoyé ce milieu des agents parce qu’à cet âge déjà j’étais sollicité donc je connais ce qu’est un « agent ». Aujourd’hui, l’objectif de Banafrika, ce n’est pas de taper sur les doigts des agents, tout comme ni des joueurs, des présidents de clubs ou autres mais c’est d’aller donner l’information à chaque partie prenant, que chacun comprenne qui est qui, quel est son rôle, et pour le cas de la représentation des athlètes, c’est quoi un agent.

Comment faîtes-vous ?

On a une rubdique sur Banafrika « Actualités » sur laquelle on partage des informations avec les sportifs, avec l’ambition d’aider à comprendre : quel est le rôle d’un agent ? Qu’est-ce qu’il peut me demander ? Demain, est-ce que l’agent est en mesure de me demander un Western Union de 500 dollards pour soit disant m’amener au Real Madrid ? Si on te dit ça, normalement tu dois être alerté mais ce n’est pas toujours le cas parce qu’on est dans un environnement où il n’y a pas l’information qui circule et que les jeunes, ils ont envie de sortir de cette misère parfois d’où, ils sont prêts à tout et sautent sur le premier venu. C’est vraiment très important de comprendre, on n’est pas là pour critiquer untel ou untel, on est là pour informer quel est le rôle d’un agent parce qu’aussi parfois, certains pourraient faire un bon travail, car ils ont cette passion, la proximité avec l’athlète mais il leur manque les connaissance, les outils pour formaliser leur travail, même si certains font certaines choses en âme et conscience. Aujourd’hui, il y a des jeunes, je leur dis d’aller s’inscrire sur Banafrika, c’est gratuit et ça ne prend que deux minutes mais ce jeune là il va me dire « moi, écoutez, il faut juste me trouver un club, je suis même prêt à vous payer », et donc si on est malhonnêtes, on peut tomber dans cette facilité.

Banafrika actualités

Surtout qu’aujourd’hui, les « agents » sont partout…

Oui le marché à été ouvert donc il y en a et certains ont même une activité lucrative sur Facebook, je le disais lors du Choiseul Africa Business Forum à Nice en Octobre 2019 où j’étais un des Panéliste du Panel Sport & Business. Ces agents là ne font que ça. Ils vont voir des jeunes, des familles et demandent 500 dollards par ci par là (pour payer une fiche de visa, d’essais, pour sortir une invitation ou que sais je d’autres). Ils font une fausse invitation sur Word ( et je parle en connaissance de cause car j’en reçois de certains jeunes qui sont souvent content de se vanter d’avoir une invitation que je démembre en 5 minutes). Malheureusement, prenez l’Afrique, 54 pays, si vous faites ça avec 1000 jeunes (environ 20 jeunes par pays), sur l’année, ce pseudo agent, va se faire 500K€ via western, sans impôt ni vu ni connu. Pendant ce temps, Banafrika investit, pour donner du sens au bénéfice du collectif. Mais ce travail de sensibilisation, on le fait aussi auprès des clubs, des dirigeants qui, parfois, peuvent être gourmands quand une opportunité se présente alors que si ton jeune est placé, gratuitement ou à moindre coût dans un club de National 1 et qu’il explose et est vendu 2 M d’euros (attention aujourd’hui le COVID-19 va peut-être réguler un peu tout cette inflation), avec une clause de 50% à la revente, cela fait combien? Notre mission est d’informer pour que tout l’écosystème monte d’un niveau et que chacun soit en mesure de saisir les opportunités et d’éviter les risques, en éliminant cette asymétrie d’informations, de connaissances, d’outils qu’il y a souvent entre l’Afrique et l’extérieur.

Certains jeunes africains peuvent peut-être voir l’Europe comme un Eldorado. Comment fait-on pour leur faire comprendre que même en Europe, ce n’est pas si simple, « les faire redescendre sur Terre » ?

C’est vrai que parfois pour « faire redescendre sur Terre », je donne parfois mon exemple et parle de mon expérience et il est assez parlant. Moi, je suis arrivé en France, à Nice en 2000, à 9 ans, en tant que réfugié. J’ai fait des études, j’ai travaillé dans le privé, acquis diverses expériences et donc je pense avoir cette possibilité de trouver un emploi dans le privé et le salariat. Peut-être, évidemment, tu ne gagnes pas beaucoup d’argent mais sûrement de quoi payer le prêt immobilier, faire manger la famille. Donc je dis à ces jeunes là souvent, posez-vous une question : « Qu’est ce qui fait que moi, aujourd’hui, je viens m’embêter à revenir ici pendant que vous, vous êtes en train de tout faire pour aller en Europe ? » Et ça, on en revient toujours à la même chose : c’est l’information et la connaissance les clés. C’est la clé parce que le jeune qui veut à tout prix quitter son pays, il ne connaît pas ce qu’il se passe en Europe. Par exemple, l’été dernier, on a fait « fait comprendre » à 4 jeunes footballeurs » qu’il était dans leur intérêt de rentrer au pays, suite à des essais non concluants dans des clubs professionnels. Ça n’a pas marché, ça peut arriver. Moi, j’ai fait des essais plus jeunes, Marseille, Nice, OL, Newcastle, Sedan, Nîmes…etc et ça n’a pas marché, c’est ainsi, faut se remettre en question et avancer.

Qu’est-ce qui fait que ça n’a pas marché ?

Parfois ça ne marche pas, non pas parce que vous n’êtes pas bon, c’est juste que vous êtes un joueur rapide et qu’on ne veut pas un joueur rapide mais un joueur qui joue au ballon, une question de profil, c’est possible. Moi Nice m’a proposé un contrat dès 12 ans, payé, alors que j’étais au Cavigal, pour x raisons, je n’ai pu et à 15 ans quand c’est toi qui tape à la porte, on te dit, regarde on a Serge Nyuadzi (un ami proche d’ailleurs), qui est au centre depuis 2 ans. A Lyon, à 15 ans, on te dit, tu es bon, mais on a Yaniss Tafer, même année que toi, même année, même poste que toi, on ne te prendra pas pour te mettre en concurrence donc parfois, raisons valables ou pas, cela ne dépend pas de vous donc il faut continuer à travailler.

« Les gens fortunés n’identifient pas le sport africain comme un business mais comme un loisir »

Qu’est-ce que vous pensez des deux projets de réforme : création d’une Ligue fermée africaine et la CAN tous les quatre ans ?

Je pense que réellement que l’Afrique peut être plus ambitieuse : créer une Ligue pour générer 200M$, pour 54 pays et donc championnats nationaux, j’ai un avis mitigé. Mais naturellement, je pense que cela revient aux personnes en responsabilités de prendre ce type de décisions et pour connaître directement le Président Ahmad Ahmad avec qui j’ai d’ailleurs eu à échanger sur le projet avec ses équipes (…) je n’ai aucun doute qu’il saura prendre les bonnes décisions pour le football africain, même si c’est la FIFA qui propose, qui a aussi ses propres intérêts. Après, je pense que le développement des Ligues nationales, les accompagner par l’expertise de la FIFA, créer plus de synergies avec les Ligues mondiales, d’échanges, de partage d’expériences, cela peut plus apporter et ainsi permettre à ces Ligues de s’inscrire sur des modèles plus viables, autonomes financièrement est peut-être une solution plus à même, in fine, d’atteindre les objectifs évoqués.

Est-ce que cette Ligue ne permettrait pas de structurer des clubs (stades, centres de formations…) ?

Bien sûr mais aujourd’hui paradoxalement, pour moi et partant du constat que j’ai fait, le football africain ne manque pas toujours d’argent, il est mal utilisé et mal alloué, souvent ! En Afrique, certains joueurs reçoivent des offres avec des primes à la signature de 100K$, 200K$, voire même 1M$ pour certains phénomènes, quel club en France est capable de donner autant à la signature ? Il n’y en a pas beaucoup. L’argent, mais son utilisation, son allocation, est, peut-être, à revoir et donc c’est là qu’il faudrait sûrement apporter quelque chose, dans l’organisation, dans l’expertise de comment on organise une compétition, attractive, commercialisable auprès de sponsors, socialement rentable. Aujourd’hui, dans certains pays en Afrique, alors que c’est interdit par la FIFA (TPO), des dirigeants de club sont dirigeants d’une fédération, détiennent un joueur qu’ils ont acheté et placé dans un club. Certains sont même Ministres et ont les mêmes procédés, quand certains en jouent pas au Président, Propriétaire et au « Manager » en même temps avec des contrats à vie donc je pense que le souci réside dans l’information et les connaissances de ce qui est faisable ou pas et que c’est en travaillant en profondeur qu’on peut améliorer la formation, les structures, les infrastructures du sport en Afrique.

Est-ce que ça pourrait aider le football africain que des grands joueurs d’Europe (Didier Drogba, Samuel Eto’o…), avec la culture et l’exigence du football européen, reviennent et prennent en main des fédérations ?

Bien sûr je pense et j’encourage ça mais il faut rendre avec le même niveau d’exigence qu’on a appris ailleurs, c’est à dire qu’il ne faut pas retourner là-bas et se mettre dans le moule de ce qui est fait au quotidien, parce parfois c’est tentant… Je vais parler de la RDC, mon pays d’origine : un joueur que j’admire pour son engagement comme Youssouf Mulumbu, capitaine de l’équipe nationale et qui a joué au Psg, en Premier League par exemple et avec qui je discute souvent. Quand tu échanges avec ce type de personnes, et que tu sens la vision et l’ambition derrière, tu te dis que forcément ce retour a tout son intérêt. Je dirai pareil pour mon autre compatriote et grand frère Herita Ilunga, passé lui aussi par la France et l’Angleterre, aujourd’hui dans les instances de la CAF après son Diplôme au CDES de Limoges. Je pense donc que si Didier Drogba accède à la FIF (Fédération Ivoirienne de Football), cela pourrait changer des choses mais après vous savez l’Afrique parfois, nous avons des choix propres à nous !

Ce type de retour ne peut être que bénéfique pour l’Afrique…

Bien sûr parce que c’est un secteur qui peut créer de l’emploi, éduquer la jeunesse et faire qu’elle se développe d’abord en Afrique avant de venir exceller ailleurs. Ça peut faire une économie génératrice de revenus. Ce type de retour, avec ces personnalités, des projets par le sport, ne peut donc qu’être bien accueillis par les décideurs de voir que ceux-là aussi parlent des mêmes choses que propose Banafrika et légitimer nos propositions : tant que la vision avance, nous sommes preneurs.

Banafrika profil MulekaBanafrika Jackson Muleka

Le TP Mazembe (RDC) un club modèle pour l’Afrique ?

On peut dire tout ce qu’on veut mais aujourd’hui le TP Mazembe est un exemple d’entreprise sportive qui fonctionne. Un budget important, des joueurs bien rémunérés dans l’ensemble. Mais je pense, notamment en RDC, que c’est un modèle qui gagnerait à favoriser la duplication de son modèle auprès d’autres clubs, tout en sachant que tout modèle reste perfectible. Parce que par exemple sur le plan du trading, certaines académies en Afrique, n’ayant pourtant pas le standing de TP Mazembe, gagne plus d’argent que le TPM sur le marché. Mais je pense en effet que c’est un modèle qui a fait ses preuves sur le continent.

« Banafrika, aujourd’hui, c’est un projet niçois pour l’Afrique »

Banafrika, une expertise et un rôle de conseiller

On accompagne les Ligues, Clubs à se structurer, à trouver des partenaires (sportifs, financiers, sponsors). J’échangeai il y a quelques temps avec une banque et c’est là où on voit aussi que si d’un côté des clubs se plaignent du manque d’intérêt du monde économique vers le sport en Afrique, certains acteurs économiques, eux mêmes ignorent aussi souvent ce que le sport peut leur apporter, que ce soit en termes de stratégies RSE, Business ou dans leur communication. Ayant évolué dans le secteur privé et du sport, je sais pourtant voir toutes les synergies possibles et c’est tout ce travail là que Banafrika ambitionne de faire. Je pense qu’en Afrique, les gens fortunés n’identifient pas le sport africain comme un business mais comme un loisir. Par contre quand il s’agit d’Arsenal, le PSG ou Barcelone, Real de Madrid (pour ce qui est du football), ils l’identifient comme un business et contemplent leurs réalisations, chiffres en sponsoring, merchandising mais oublient que juste à côté, il y a autant de business à faire, dans le même secteur. Si on ne prend donc pas le temps de développer le sport africain, le football qui est le sport roi, ça restera toujours en bas.

La force du nombre…

C’est exactement cela : environ 200M d’utilisateurs en Afrique Facebook. Et donc aux footballeurs africains qui ne rêvent que de l’Europe, aux sportifs hors football qui disent qu’il y en que pour le football, aux sportives féminines qui se pensent totalement oubliées au bénéfice des garçons : oui, on peut partager le constat, mais ce qui amènera à l’action après ce constat, c’est le nombre. Plus nombreux nous seront sur Banafrika, plus nous créerons de la valeur, des opportunités et plus audibles, visibles seront les revendications. Il y a une personne qui m’a dit « Guy, en fait, faut que tu réalises que ce que tu fais, c’est tellement avant-gardiste que tu vas galérer avant que ça prenne. » Moi, je lui ai dis que « Ça tombe bien parce que c’est un projet qu’on a préparé en trois ans et je suis prêt à prendre aussi trois ans de plus avant de l’incrémenter, il n’y a pas de soucis. » Après, évidemment, il faut aussi générer de l’argent parce que le quotidien et les charges n’ont pas de vision.

Vous êtes présent dans combien de pays ? Le site est en combien de langues ?

La plateforme est pour l’instant seulement en français mais on travaille pour la traduire en anglais, à minima très prochainement. Aujourd’hui, l’Afrique c’est 54 pays, c’est donc impossible de pénétrer d’un coup toute l’Afrique. On a opéré des choix stratégiques en termes de régions, pays, en étant plus présent dans les pays qu’on maîtrise directement ou grâce à nos partenaires (RD Congo, Congo, Gabon, Côte d’Ivoire…etc). Mais nous avons une ambition africaine et multisport, in fine, assumée.

Comment voyez-vous le développement de Banafrika ?

L’idée c’est vraiment d’avoir un développement un peu en entonnoir, c’est à dire partir d’un pays, prouver et montrer que ça marche. Après derrière, on va extrapoler, avec l’objectif bien évidemment dans les prochaines années de tabler sur toute l’Afrique. Après, aujourd’hui, sur le projet, on ne peut pas avoir la même stratégie ni les mêmes objectifs pour les pays d’Afrique subsahariennes que ceux d’Afrique du Nord. On a essayé, constamment d’avoir plusieurs options dans les décisions et stratégies que l’on met en place, pour que dans une dizaine d’années, l’ambition économique et socio-éducative de Banafrika soit atteinte.

Comment est financé Banafrika ?

Banafrika, c’est un projet totalement auto-financé avec des fonds propres au départ puis aujourd’hui grâce à notre activité propre que l’on développe sur certaines solutions. On prend ce qu’on gagne d’un côté (scouting par exemple) et on finance la technique et l’ambition sociale du projet, c’est un choix avec la conviction de donner du sens et de gagner de le futur. Après, aujourd’hui, on est à l’écoute s’il y a des personnes intéressées par le projet, des investisseurs car il faut le savoir, Banafrika c’est un projet niçois pour l’Afrique. Et il y en a très peu. Depuis Nice, il y a MyCoach Sport qu’on connait tous avec Cédric, avec on se rencontre dans les événements et échange régulièrement, mais c’est une approche différente car on est des projets synergiques, complémentaires mais un projet purement niçois dans le domaine du sport qui peut toucher rapidement l’Afrique, il y en a très peu d’où l’intérêt que l’on peut présenter aujourd’hui.

L’éducation au coeur du projet Banafrika

Oui, l’ambition éducative est au coeur de notre projet car déjà pour le sport est l’école de la vie, on y apprend, naturellement beaucoup qu’on apprend pas à l’école, en termes de soft skills notamment. Quand on regarde le projet Banafrika, on voit aussi mon parcours et on voit directement la place que l’éducation a pris dans mon parcours sportif. Moi, jusqu’en master, j’ai continué à jouer au football. J’ai allié sport et études au Parc Impérial et Cavigal jusqu’à 18 ans, je suis parti à 18 ans à Calvi en Corse, j’ai pris une année sabbatique pour souffler mais après j’ai fait mon BTS par correspondance, en jouant au football, à Bastia, avec des entraînements tous les jours. Pour ma licence, à l’IUT de Nice, je la fais en jouant à Grasse et en travaillant en même temps en apprentissage. Souvent en Afrique, les jeunes choisissent le sport ou l’école, bien que dans certains sport autre que le football certains arrivent très bien à allier les deux. C’est donc dans cette vision que l’éducation mais aussi l’emploi sont au cœur de notre ambition.

Combien êtes-vous à travailler sur le projet ?

Aujourd’hui, nous environ 7 personnes, une équipe opérationnelle, évolutive mais qui nous permet d’avancer le projet. Je suis à Nice avec une personne qui travaille sur le développement. Il y a deux personnes à Kinshasa, une au Gabon, une en Côte d’Ivoire. L’objectif, demain, c’est de développer et sécuriser l’équipe mais vous savez j’ai étudié et travaillé dans les RH, c’est mon domaine, on a un plan pour chacun et on sait intégrer des nouvelles compétences et qualités quand c’est nécessaire.

Le modèle économique est-il viable ?

Oui, il l’est bien, comme tout modèle économique, surtout sur un marché comme celui du sport en Afrique, dans vision la plus diversifié et globalisée possible où vous êtes le premier, où vous n’ambitionnez pas seulement d’exploiter l’existant mais de construire le futur, il nécessite à être viabiliser dans le temps. Le modèle n’est pas unique, il est diversifié et cette diversification vise justement à sécuriser nos revenus pour continuer notre développement. Depuis l’immatriculation de la société, nous sommes fiers de nos réussites, bien que je sais que tout reste à faire mais quand on voit ce qu’on a pu faire, sur la partie scouting, on peut dire que cela est plutôt positif quand vous commencez à être identifié sur le marché et sollicité. On a des réussites concrètes, sur la partie scouting, où on commence à faire nos preuves parce que depuis l’immatriculation, on a à peu près 10 jeunes directement via Banafrika qui ont signé dans des clubs ou qui ont fait des essais.

« En un an, on a 10 jeunes directement via Banafrika qui ont signé dans des clubs ou qui ont fait des essais »

Justement, communiquer sur ces réussites, c’est important ?

On ne veut pas forcément communiquer, uniquement, sur les jeunes qui ont signé car ça créé des espoirs et des déceptions parce que si on ne vend que ça, le jeune va dire qu’on l’a arnaqué. Je connais le jeune africain, que je suis aussi, et parfois ma déception vient aussi vite qu’est venu l’enthousiasme. Une règle, c’est qu’on ne communique jamais quand un jeune part en essai, s’il est concluant, on communique forcément sur une signature mais quand c’est négatif, on en parle pas sauf cas exceptionnel : car parfois cela peut être perçu pour un échec dans l’environnement du jeune et ce n’est pas notre souhait. Après, je pense qu’à moment donné, une certaine communication se fait de manière naturelle, les résultats parlent d’eux-mêmes à un moment donné.

Banafrika en chiffres
2017 : Genèse du projet, présenté en Mémoire de fin d’études M2, de Lokuli Guy Losendjo, en Organisation des Firmes, Marchés, Connaissances & Innovation.
Octobre 2018 : immatriculation officielle de BANAFRIKA SAS et lancement des travaux de développement.
Octobre 2019 : lancement version actuelle de la plateforme Banafrika.
4 : nombre de jeunes qui ont signé professionnels en Europe.
5 : nombre d’essais de joueurs en Europe
1000 (Avril 2020) : nombre d’inscrits utilisateurs avec depuis la MEL d’Octobre 2019, avec une majorité de footballeurs

La vidéo de présentation de l’utilisation de Banafrika

Le lien de la plateforme Banafrika :