PortraitTrinité Sports

Ben Haddou a conquis l’Est

10/02/2017 à 13:04

Dans l'Est niçois, Mohamed Ben Haddou, 43 ans, est chez lui. Cet enfant de l'Ariane, né à Mers-el-Kebir (Algérie), est devenu au fil des années un personnage incontournable par sa maturité, son talent et son charisme. Devenu entraîneur de La Trinité Sports Football Club presque par hasard, il s'est construit une légende. Homme de courage et de valeurs, il est revenu il y a un an dans son club de cœur pour lui redonner une nouvelle vie. Et si c'était la sienne qu'il était venu relancer ?

Un jour, peut-être, dans une quinzaine d’années, il y aura une statue de Mohamed Ben Haddou à côté du terrain du Rostit. Peut-être, ce sera avant. Peut-être après. Peut-être jamais. Mais quel que soit l’avenir, le passage de Momo Ben Haddou, 43 ans, à La Trinité a été essentiel dans la vie du club de l’Est Niçois. Lui, le petit Marocain arrivé avec son frère Majid à l’Ariane dans son enfance, est devenu un grand par le football. Quand je vois son fils qui a 3-4 ans, je le revois lui. C’était un gamin qui bouge beaucoup, avec le sourire et l’envie de s’amuser. Quand j’habitais à l’Ariane, on les regardait jouer au ballon. Il avait un truc en plus. Est-ce que c’était du charisme ? Je ne sais pas, mais, lui, on avait envie de le regarder jouer, se souvient Fabrice Frixa, l’actuel président de la Trinité Sports Football Club. Pourtant, ce n’était pas forcément un meneur d’hommes. Il n’était pas solitaire mais, plutôt timide et réservé. Il pensait plus à jouer, à s’amuser avec les copains, qu’à mener.

Lloyd Palun lui doit beaucoup

Les années passent. En 1998, il quitte l’AJCN, où il respirait le football. C’était lui qui faisait la différence. Il avait la vision de jeu, le pied gauche, le droit. C’était un leader technique, rembobine Fayçal Sahour, le milieu de terrain de la JSSJB. Le jeune Momo devient Mohamed le pro, aux côtés de son frère. À l’OGC Nice. Je me souviens, quand il a signé, il est venu à la maison, il était content, raconte Sahour. Ben Haddou débarque sous le maillot rouge et noir. Une saison, le temps de rentrer lors de deux matches. Contre Gueugnon et le dernier de l’année, sur le terrain du Châteauroux d’un certain Florent Malouda. À l’intersaison suivante, il dispute une dernière mi-temps en amical au Gym. Fin de l’aventure. Le début d’une autre.

Celle qui le guide encore aujourd’hui. Il arrive à La Trinité en ancien professionnel. Et en tant qu’entraîneur. Il a pris naturellement la succession de Ahmed Tamazout. Il était entraîneur-joueur. À l’époque, j’étais le directeur général du club. Ahmed avait voulu arrêter. On était dans l’urgence, dévoile Fabrice Frixa. On a dit pourquoi pas Momo, qui avait envie d’un nouveau challenge. Il avait un passé de joueur un peu reconnu. Et ça s’est présenté comme ça. On ne s’est pas creusé la tête. C’est venu naturellement. Les joueurs adhèrent. En tant que joueur, c’est un des plus fins avec qui j’ai eu l’occasion de jouer. En coach, c’est un meneur d’hommes, il a de l’instinct. Je l’appelais Coach Vahid. Il était rigoureux, et, en même temps, sympa et ouvert. Il n’y avait pas de passe-droit, évoque Cédric Messina, qui évoluait en défense. Il a tout, le bon sens, l’envie de faire progresser les gens. Il est ouvert, il n’a pas peur. Il est offensif. Il a été entraîneur moderne avant l’heure. Je l’ai vu changer en un clin d’oeil des joueurs de poste en disant toi t’es fait pour être défenseur central, alors que le mec était numéro 10 depuis 25 ans.

Lloyd Palun en sait quelque chose. Le milieu défensif, débarqué par hasard à La Trinité de Martigues, en 2009, a été placé en latéral, pour la première fois, par Momo Ben Haddou. Il avait vu ça avant l’OGC Nice, admet celui qui reste le seul à être devenu professionnel après avoir joué pour le technicien. Sur la Côte d’Azur, le jeune homme va découvrir un autre monde. Il m’a fait progresser. Physiquement, je me suis étoffé. Dans l’état d’esprit, la gagne, la rage de toujours être là sur le terrain aussi, décrit l’actuel capitaine du Red Star (Ligue 2). Il nous faisait des thèmes où le ballon ne sortait pas. Il fallait qu’on continue non-stop jusqu’à ce que l’arbitre siffle. Il fallait être tout le temps concentré. Animé par ce mental, et boosté par la confiance et la gagne insufflées par son coach, Palun découvre la sélection du Gabon. Et devient professionnel à Nice. C’est lui et son frère qui m’y ont fait rentrer par José Cobos qu’ils connaissaient et qui était l’adjoint de Gernot Rohr. Sans eux, je n’y serais jamais arrivé, pense-t-il, avant d’admettre. J’aimerais les voir et les appeler. Mais c’est compliqué, car je ne viens plus à Nice. Je pense à eux quand même. Je sais d’où je viens.

Fayçal Sahour tombe en larmes

Il vient d’un club où le mot d’ordre est l’amitié. Où tous ne jurent que par un seul homme. Il était vachement affectif avec les joueurs. Mohamed fait la bise à tout le monde. Il n’y a pas de barrière. À ses yeux, on était tous pareil, car on venait à La Trinité pour lui, considère Fayçal Sahour. Peu importe l’âge. C’est quelqu’un qui lance des jeunes, indique Messina. Un avis que partage forcément Marc Bauer, débarqué au Rostit il y a plus de dix ans. Je suis arrivé là-bas à 19-20 ans. Personne ne me connaissait. Il m’a fait comprendre que j’avais des qualités et qu’il fallait que je m’en serve avec confiance, argumente-t-il. La confiance. C’est le mot. Celui que martèle le coach Ben Haddou à ses hommes. Celui qui mène vers un seul objectif. Je ne l’ai jamais entendu dire on joue le nul, ou ça va être dur. C’était juste on ne joue rien d’autre que la gagne. Quand t’as un entraîneur qui ne te limite pas, t’y vas et t’es chaud, poursuit Bauer.

Une ambition sans limite qui va porter le club de La Trinité du District au niveau fédéral. Il a fait quelque chose de phénoménal. On est monté de PHA en CFA 2 sans moyens, simplement par le travail de Momo. Par son réseau, il a fait venir des joueurs qu’il a relancé. Il a créé un super groupe, confirme Fabrice Frixa. C’est l’apogée. Le club est alors devenu une référence. L’équipe était une petite famille, avoue Bauer. Ce cocon est aussi l’une des explications de la méthode Ben Haddou. À 3 heures du matin, il est réveillé. Tu peux l’appeler, tu restes avec lui. Il est très proche. La porte de chez lui était ouverte, a en mémoire Sahour, qui garde une place particulière dans son cœur pour l’entraîneur de la Trinité. Il restera toujours mon beau-frère, explique-t-il, puisque sa sœur était la compagne de Ben Haddou. Il a toujours été là pour moi. Comme un frère. J’ai eu des soucis, et il a toujours été là. C’était celui que j’appelais en premier quand ça n’allait pas. On a une relation particulière. Les larmes montent. L’émotion est forte.

 » La Trinité, c’est lui « 

Parce que Mohamed Ben Haddou est un homme à part. Parce qu’il ne laisse pas indifférent. Parce qu’il vit les choses à fond ou il ne les vit pas. C’est pour cela qu’il s’est éloigné pendant quelques saisons de l’équipe une de La Trinité, quand il est devenu gardien du stade du Rostit. Il était à bout de souffle. Et le club a rechuté quand lui a levé le pied, croit deviner Frixa, qui a quitté le club de 2009 à 2015. Au bout de deux ans, où il n’a (presque) rechaussé les crampons que pour affronter son fils pour son jubilé, la passion revient. Il a repris en cours de saison l’an dernier avec moi. Il fallait des personnes compétentes pour sauver le club qui allait mal, qui était au bord de mourir, affirme Fabrice Frixa. Ce dernier devient président. Ben Haddou a la charge de la PHA. Un rôle qu’il vit avec ferveur et passion dans ce club qui lui est si cher. La Trinité, c’est lui. Quand tu parles de la Trinité, tu ne parles pas d’autre chose que de Momo, convient Marc Bauer.

Au bout de près de vingt ans à La Trinité, Ben Haddou n’a toujours pas accepté un autre challenge. Il est attaché au club et à l’environnement, pense Bauer. On lui a laissé les coudées franches. On lui a fait confiance. On l’a laissé faire. Est-ce qu’on aurait pu le laisser faire dans un autre club ?, questionne Frixa. Je ne l’imagine pas ailleurs, avoue Sahour. Finalement, son amour de son quartier semble trop fort. J’ai eu l’occasion de rencontrer pas mal de pros, je pense qu’il passe à côté d’une grande carrière d’entraîneur, précise Cédric Messina. Il est encore jeune, qu’il prenne conscience de ce qu’il peut faire. Il faut accepter de faire des sacrifices. C’est le plus dur pour passer le cap. Il est attaché à ses racines, à son quartier. Ce n’est pas un défaut. C’est un choix. Quand il s’en ira, La Trinité saura reconnaître son fils, comme lui a aimé son quartier. Intensément et sans limite. Ça mériterait bien une statue.