PortraitROSM

Christian NGando, nouvelle vie

10/02/2017 à 12:29

En tentant sa chance dans trois centres de formation différents, Christian NGando a montré qu'il tenait à réaliser son rêve. Le même que celui des milliers de jeunes garçons : devenir professionnel. Pour l'instant, le chemin est bloqué pour l'ailier droit de 23 ans. Mais le natif de Douala, au Cameroun, est un obstiné. Un acharné. Alors, il ne lâche pas. Et veut croire qu'il y a une vie dorée après le ROSM, dont il fait les beaux jours.

Il est jeune. À 23 ans, il en veut toujours plus. Il est à un âge où les rêves n’ont aucune limite. Où l’on est prêt à tout pour que les ambitions ne deviennent pas illusions. Je suis rêveur, mais réaliste. Si ça doit s’arrêter, je suis prêt. Mais Christian NGando, bac pro de commerce en poche, veut croire que son heure peut encore arriver. J’ai en perspective de vivre du foot. Je suis formaté pour ça. J’ai dédié ma vie à ça. Pour l’instant, il est au ROSM, depuis un an et demi, où il a fait la connaissance de Hervé Berni, l’entraîneur. Il a le profil de beaucoup de garçons qui ont rêvé d’être pros et qui se sont fait baladés à droite et à gauche, fait savoir le technicien.

La vie de Christian NGando est effectivement loin, très loin, d’être un long fleuve tranquille. Né en 1993 au Cameroun, à Douala, il arrive à dix ans dans le Nord de la France. C’est là, au Stella Lys Lez Lannoy, petit club de la banlieue de Roubaix, que le jeune garçon fait ses premiers pas sur un terrain de football. Très vite, le gamin montre ses possibilités. Il est recruté par le Losc. Les années passent et, il fait ses premières armes dans un monde compliqué. J’ai joué en 14 ans Fédéraux, puis j’ai intégré le centre de formation de Luchin, comme plusieurs de ma génération. Mais je n’étais pas interne, car j’habitais dans la Région, se souvient-il. J’ai demandé à devenir interne car, niveau logistique, c’était difficile. Au fur et à mesure, ça jouait sur mes performances. J’étais fatigué. Pourtant, malgré ses bonnes performances, il est laissé sur le carreau. J’avais des envies de contrat. J’avais des perspectives. Je rêvais d’être pro, mais ça ne se matérielisait pas. J’avais un an de moins que les autres. Mais j’étais quand même meilleur buteur, précise l’ailier. Je pensais que je méritais d’être aspirant. Eux m’ont dit qu’ils pouvaient attirer les joueurs qu’ils voulaient, qu’on avait une chance d’être là. Si on était pas content, on pouvait partir. C’était la politique du club.

Grenoble lui a proposé un contrat professionnel

Seul dans l’aventure, lâché par une famille qui s’en fout du foot, l’adolescent ne veut pourtant pas abandonner son rêve. Pas encore. Il veut croire à son étoile. Alors, quand Grenoble lui ouvre les portes de son centre de formation, après un essai d’une semaine, il se dit que c’est pour lui. Sa première saison le fait basculer entre les U17 et les U19 Nationaux. Mais c’est lors de la deuxième année, que le jeune homme prend une autre dimension, en même temps que son club termine finaliste national U19, après avoir gagné la poule Sud-Est, et quart de finaliste de la Coupe Gambardella. J’étais en pleine forme. J’ai marqué 12 buts et fait 20 passes décisives. J’étais bien dans ma vie personnelle également, justifie NGando. Grenoble lui propose un contrat professionnel. L’aboutissement d’un chemin tellement long. Mais il faut que le destin s’en mêle. Il y avait beaucoup de clubs sur moi, comme Lyon, Sochaux ou Lorient. Mais on est obligé de signer à Grenoble, car on y a été formé. Or, on n’avait pas signé, car on attendait la décision de la DNCG, après une descente sportive en National, développe celui qui a alors 18 ans. Fin juillet, la décision tombe. Le club isérois est placé en faillite. Le contrat proposé n’est plus valable. C’était dur pour moi. Je m’entraînais tout seul. La plupart des clubs avait repris. J’avais du retard, rage l’intéressé.

Pourtant, Lyon lui ouvre ses portes. Il signe deux ans stagiaire. Mais la concurrence est rude. Et il ne parvient pas à s’imposer. Et doit quitter, au bout de deux saisons, le Rhône. À quelques semaines de la fin de son contrat lyonnais, un agent lui propose un essai en Finlande, à l’Inter Turku, l’un des meilleurs clubs locaux. Je fais un stage d’une semaine, ça se passe bien. Je fais une passe décisive. J’y rencontre un Français. Ils veulent me proposer un contrat, mais je n’y connais rien. Alors, je demande à l’agent que j’accepte la moyenne basse des salaires, soit 5 000 euros. Il me dit quelques temps plus tard, après un moment sans nouvelle, qu’il a refusé, pour moi, 2 000 euros. Sauf que je les aurais acceptés ces 2 000 euros. Alors, je demande des précisions au Français que j’avais rencontré. Il est allé voir le directeur sportif, qui lui a dit qu’il n’y avait pas eu d’accord sur la commission de l’agent, détaille-t-il.

Guidé vers le ROSM par Grégoire Puel

Christian NGando doit trouver une nouvelle piste. En novembre 2013, en sortant d’une grosse déchirure contractée lors d’un essai à l’ETG, Saint-Priest lui ouvre ses portes, en CFA. Mais, après deux mois, il doit se rendre au chevet de son père, gravement malade, au Cameroun. L’aventure à Saint-Priest ne dure pas. Nouvelle étape, en D3 belge. J’avais un fixe et de bonnes primes, confie-t-il. Mais son père meurt en début de saison. Il retourne au Cameroun. Quand il revient en Belgique, la situation a changé. Il n’est bientôt plus payé. Je décide de partir. Je galère financièrement, parce que j’ai un appart dans le Nord. Je m’entraîne dans des clubs de la région, qui sont en CFA. Mais on est en novembre ou décembre. Le budget est fermé, regrette-t-il alors.

C’est un ancien partenaire du centre de formation de Lille, un certain Grégoire Puel, qui lui trouve une solution. Il me dit que son agent est directeur sportif d’un club du Sud. Il s’agit du ROSM. On est à l’intersaison 2015. Le courant passe. Le joueur signe. Il a, alors, eu un début de saison intéressant. Il a un jeu spectaculaire. Il est beaucoup dans la percussion, dans le duel physique. C’est un garçon puissant. Ça saute aux yeux, le décrit Hervé Berni. C’était important de retrouver du temps de jeu. Je fais une première saison pleine. Ça se passe bien. On monte en DH. J’ai encore un minimum d’ambition. Mais j’ai donné ma parole que si on monte, je reste à Menton. Il fallait que je retrouve mes sensations. J’avais besoin d’enchaîner les matches, assure-t-il.

Cette saison, il est donc resté à la frontière italienne. Avec bonheur. Il cumule les étoiles, puisqu’il en a six. Cette année, il est titulaire à tous les matches. C’est un garçon sur lequel je m’appuie. Il est tout le temps dans la percussion, même des fois un peu trop. C’est pour cela que les entraîneurs adverses le voient, sourit Berni. Le coach peut, en tout cas, compter sur un jeune homme investi. Christian NGando est en effet l’un des éducateurs de U13 du club. Une institution où il se sent bien. Je remercie Menton. C’est une chance. Je ne vois pas beaucoup de clubs qui m’auraient pris. Mais, à 23 ans, il est encore jeune. Et plein de rêves. Il se dit qu’il peut encore décrocher le monde professionnel. Et vivre une nouvelle vie.