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Gilles Rondoni : « Les maires doivent se parler »

18/11/2020 à 19:31

L’adjoint aux sports de la Ville de Grasse réagit à la sortie médiatique de Jean-Philippe Cheton sur actufoot.com la semaine passée. Évoquant plusieurs pistes de réflexion pour développer un grand club à l’Ouest des Alpes-Maritimes, le président du RC Grasse révélait que l’une d’entre-elles était un rapprochement de son club avec l’AS Cannes. Ouvert à la discussion, Gilles Rondoni prône la pédagogie sur ce dossier.

Jean-Philippe Cheton a créé et pris la présidence de la SAS du RC Grasse il y a près d’un an et demi. Comment la Municipalité a accueilli ce nouveau projet pour le club ?

En tant qu’adjoint aux sports, mais également avec Monsieur le Maire de Grasse, on a vraiment apprécié. On ne peut qu’être fier qu’une entreprise qui a réussi, les maisons de retraite Emera, la famille Cheton, à la tête de cette société depuis plusieurs décennies, puisse s’intéresser au sport en général et puis au football, en particulier sur Grasse. Bien sûr qu’on a accueilli avec une grande fierté l’envie qu’ont manifesté les Cheton, Jean Philippe et Claude, son papa, de voir se développer et d’ambitionner pour le Racing Club de Grasse une ère nouvelle au travers de la Société par Actions Simplifiées. Ce projet a été également bien accueilli de ce que j’en sais par les supporters, les proches et les adhérents du Racing Club de Grasse. Aujourd’hui, on le sait, les collectivités quelles qu’elles soient ne peuvent pas, dans un contexte toujours plus contraint, subvenir aux besoins immenses des associations sportives, qui plus est d’un sport très populaire comme le football. Avec notre maire, Jérôme Viaud, nous étions très enthousiastes de cette arrivée de Jean-Philippe Cheton.

Le RC Grasse a atteint le Championnat de France de National 2 en 2017, s’y est maintenu par la suite et affiche désormais l’ambition de grimper à l’échelon supérieur. Le club est aujourd’hui à la lisière du monde professionnel, mais une ville comme la vôtre a-t-elle la volonté et la possibilité d’avoir un club de ce niveau ?

Le Racing Club de Grasse, association crée en 1959, qui a fêté ses 60 ans l’année dernière, est une véritable entité issue du Galia Football Club, une association historique de la ville. La saison 2018-2019 a été extraordinaire, on a vibré, on a eu des émotions. On a eu ensuite la saison 2019-2020 où l’équipe est restée aux portes de la montée en National 1, avec un scénario que l’on connaît. On a eu aussi ce parcours en coupe de France qui nous a rappelé les belles heures du club dans les années 80. Le club a re-vibré et l’arrivée de Jean-Philippe et Claude Cheton nous a permis de nous dire qu’il y a une vraie faculté de continuer à accompagner ce club. Parce que l’enceinte de La Paoute est homologuée jusqu’au niveau National et aussi parce que les subventions municipales, avec 200.000 euros de subvention pour l’association, les aides du département et des partenaires privés ne pouvaient pas être suffisantes pour pérenniser un club dans ce niveau National 1 qui est la troisième division du football en France. Une fois qu’on atteint ce niveau, le but c’est d’y rester et si l’équilibre est fragile c’est beaucoup plus compliqué. Cela a été une vraie opportunité pour nous, en connaissant Jean-Philippe Cheton, sa passion pour le sport, la ville de Grasse et la ville de Cannes également, que de l’accompagner dans la première étape de ce projet.

Quelle est l’ambition de la ville pour son club phare ?

Notre ambition pour le Racing Club de Grasse c’est de ne pas s’interdire de rêver. Aujourd’hui le contexte il est ce qu’il est. C’est morose, c’est tendu, c’est turbulent et finalement les émotions au travers du sport et du football peuvent nous faire sortir la tête de l’eau. Nous sommes d’ailleurs très contents que le sport ait enfin été écouté par le président Macron, de voir que l’on s’est mis autour de la table et que des mesures financières vont aider le monde sportif qui en a grand besoin. On sent bien que le sport n’est pas à sa vrai place, qu’il ne bénéficie pas du budget à la hauteur de ce qu’il véhicule comme valeurs. Il mérite d’être défendu et porté haut et fort. Donc quand dans une ville de 50.000 habitants on a un club comme le RC Grasse, qui fait rêver des centaines, voire des milliers de Grassois, on ne s’interdit pas d’accéder au niveau supérieur.

« Nous manquons incontestablement d’aires de grands jeux »

Au delà des limites financières des collectivités territoriales, le plus gros problème des sports collectifs grassois n’est-il pas relatif aux infrastructures ? Depuis un demi-siècle, les cinq aires de grands jeux que compte la ville ont certes été rénovées, à l’image du Stade de la Paoute qui a bénéficié de gros efforts durant la décennie passée, mais aucun nouveau stade n’a été construit. Aujourd’hui le RC Grasse est clairement à l’étroit et c’est une vraie limite pour avoir de l’ambition. N’est-ce pas ce qui légitime la vision intercommunale de Jean-Philippe Cheton ?

Avant de parler de ce dernier point, je pense qu’on ne plafonne pas quand on est en National 2, soit le quatrième niveau sur différentes strates du football professionnel et amateur. Nous sommes extrêmement fiers de pouvoir avoir un Racing Club de Grasse à ce niveau-là et d’avoir un vrai public de football dans les travées de La Paoute chaque samedi. Car on a un vrai public de football, avec ses exigences, son esprit cocardier, chauvin, qui fait aussi le charme du football. Ce que vous dites est exact et on voit que vous connaissez votre dossier, mais je tiens quand même à rappeler que sous la mandature de Jérôme Viaud, on a quand même re-qualifié la pelouse de La Paoute à hauteur de 800.000 euros. Il a fallu revoir tout le drainage, ce n’était pas budgété, mais on l’a fait.

Inauguration en septembre 2018 de la nouvelle pelouse synthétique du stade de la Paoute.

Le constat est un peu ingrat pour la commune c’est vrai, mais quantitativement il n’y a eu aucune évolution même si l’existant a été grandement amélioré…

(Il sourit) Effectivement la tribune Charly Loubet, inaugurée durant la troisième mandature de Jean-Pierre Leleux, a donné du lustre à cet équipement, avec des bureaux et une perspective de travaux futur. On y travaille avec l’association présidée par Jean-Pierre Chiret et la SAS de Jean-Phlippe Cheton, pour donner d’avantage de confort au club. Votre constat n’est pas inexact, les décennies qui nous ont précédé n’ont pas vu la création de ces aires de grands jeux, et on en manque incontestablement. Grasse c’est 50.000 habitants, 20 à 300.00 pratiquants de sport, dont 11.000 sont licenciés dans une fédération. Quel que soit le sport, on manque d’aires de grands jeux. C’est incontestable, comme nous manquons d’un espace nautique et comme nous déplorons de ne pas avoir une salle polyvalente plus importante que la salle omnisports. Sans rentrer dans l’histoire, quand Monsieur Jérôme Viaud arrive en 2014, la situation financière de la ville est en grande difficulté, avec des emprunts toxiques, des dossiers très lourds à gérer. Il a fallu alléger la masse salariale pour éviter la mise sous tutelle de la ville qui était une possibilité vers 2015, donc c’est vrai qu’on a pu manquer des opportunités d’occuper du foncier à vocation sportive, notamment sur la zone du Plan-de-Grasse pour avoir ces équipements qui aujourd’hui nous font cruellement défaut. Nous devons répondre au développement des clubs, trouver des créneaux, c’est une réalité à laquelle nous sommes confrontés et avec le directeur des sports, Monsieur Olivier Brero, on essaie d’y faire face. On déplore cette situation. Aujourd’hui on est dans la faculté de mettre aux normes nos équipements, notamment au niveau PMR, il va y avoir des changements sur cette aire pluri-sportives, mais nous manquons incontestablement d’aires de grands jeux.

Depuis 15 ans à Grasse le foot a quand même perdu un terrain, voire deux, avec le Stade de la Bastide dédié au rugby depuis les années 2000 et celui de Jean-Girard, qui accueillait auparavant les matchs de l’équipe fanion du Racing…

Pas tout à fait car le Stade Jean-Girard est à nouveau principalement affecté au football. Le rugby n’y joue plus pour des raisons d’entretien de la pelouse naturelle, la seule de la ville pour le football. Il faut aussi signaler que l’on travaille en très bonnes relations avec les présidents du Racing et de l’US Planoise pour optimiser les créneaux au Stade Yvon-Chiletti. Il n’y a pas de fatalisme, mais nous sommes confrontés à une réalité. Mais comme disait Talleyrand : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare, je me console ». Si je nous compare à Cagnes-sur-Mer, qui est une ville équivalente, effectivement Cagnes a le Parc Sauvaigo, mais si on fait le comparatif entre nos deux villes, Grasse n’a pas à rougir.

« J’ai été surpris quand j’ai lu l’article sur Actufoot »

On peut imaginer que cette contrainte majeure ait poussé Jean-Philippe Cheton à élargir sa réflexion à l’intercommunalité. Il s’en est confié sur notre site la semaine dernière, comment avez-vous perçu cette sortie médiatique de sa part ?

Je n‘étais pas au courant de cette avancée dans la réflexion de Jean-Philippe Cheton et on parlera ensuite de cette question qui reste entière et qui est loin d’être saugrenue de voir comment développer une activité football sur l’Ouest des Alpes Maritimes. J’ai été surpris quand j’ai lu l’article sur Actufoot. Je pense que Jean-Philippe Cheton aurait peut-être dû s’en ouvrir au maire, à moi-même, avec l’association du Racing Club de Grasse, et pouvoir envisager de partager cela avec nous, son idée, sa motivation. Passé cela, Jean-Philippe Cheton évoque des rumeurs et effectivement, c’est comme Biarritz et Bayonne au rugby, ce sujet « Grasse/Cannes » fait partie des réflexions qu’un grassois ou qu’un cannois peut avoir. Donc dans un ordre différent cela nous aurait permis d’éviter cet effet de surprise que nous avons eu avec Monsieur le Maire. Je l’aurais encouragé à partager d’avantage.

Ça c’est pour la forme, mais sur le fond vous en pensez quoi ?

Sur le fond, on a deux clubs, qui ont une histoire, un passé. L’AS Cannes qui a vécu des heures glorieuses. On vibre encore en pensant au parcours dans les années 80/90, la coupe d’Europe, Albert Émon, Luis Fernandez, Zinédine Zidane… Les Cannois sont Cannois avant tout, mais de leur côté les Grassois sont Grassois, c’est un sujet extrêmement sensible car on est beaucoup en France dans la sauvegarde des clochers finalement. Avec deux villes voisines, deux clubs, ça peut générer des turbulences que d’aller trop vite dans une communication. Je ne sais pas ce que David Lisnard, grand sportif, maire de Cannes et Vice-Président du Département des Alpes-Maritimes, pense de cette situation. Je ne sais pas ce qu’Annie Courtade, grande Dame du sport français pense de ce qui est ressorti du message qu’a voulu faire passer Jean-Philippe Cheton. Au départ, j’estime que les maires doivent se parler. Je suis élu, mais il me semble qu’il y a tout à gagner à discuter, surtout que désormais le pole métropolitain a été formé avec un bassin de 450.000/500.000 habitants en groupant Cannes, Grasse et Antibes.

La licence, comptant pour la saison 1992-1993, du joueur cannois Yazid Zinedine Zidane.

Sachant que le sport est l’une des compétences des métropoles en France…

Aujourd’hui il n’y a pas de service lié à ce pole métropolitain, mais une réelle envie de travailler ensemble sur le SCOT, le Schéma de Cohérence d’Occupation Territoriale parce que cela a du sens. Et bien entendu que cela germent chez nous, élus, des perspectives également liées au sport. Donc ce n’est pas saugrenu de se dire : « Est-ce que Monsieur Lisnard, Monsieur Leonetti et Monsieur Viaud ne pourraient pas se mettre autour de la table avec les dirigeants des clubs concernés et envisager, coucher sur une feuille blanche les avantages et les inconvénients d’un tel projet. Parce qu’il y a énormément de choses, il faut prendre le temps de les poser et les étudier avec apaisement. Cela permettra de voir s’il est opportun de poursuivre sur cette idée-là. Tout en conservant les deux entités, pourquoi les deux équipes fanions ne pourraient pas s’unir pour avoir plus de force dans l’objectif d’atteindre le National, voire plus par la suite ? On n’est pas, nous Ville de Grasse, opposé à pouvoir discuter avec la ville de Cannes, mon collègue élu à Cannes, David Lisnard bien entendu, pour échanger, estimer les conséquences positives ou négatives que pourraient avoir un tel projet. De la discussion et de la volonté des élus, du partage du point de vue des associations et des instances pourront naître des évolutions qui nous permettront d’aller plus loin. Ce sont des étapes incontournables sur lesquelles il faut aller.

« Il faut mesurer chaque détail, mais ne rien s’interdire »

On parle de football, mais on pourrait généraliser la réflexion au sport, mutualiser les forces pour avoir de vraies locomotives sportives au sein de la métropole, on imagine que c’est forcément intéressant pour l’adjoint au sports que vous êtes comme pour le tissu associatif en général…

Bien sûr que c’est intéressant, il ne faut surtout pas différencier le sport de masse et l’élite, surtout pas. Mais il faut qu’on puisse rappeler également les valeurs d’intégration, du respect des règles, du football et des clubs de quartier. Jusqu’à présent Antibes est resté avec La Fontonne, le FCA, le CDJ et Juan-les-Pins sur des entités de quartier. La perspective d’aller tutoyer le niveau professionnel et même de l’atteindre c’est alléchant, mais cela doit se faire avec l’adhésion et le ressenti d’expérience des uns et des autres. Parce que le Racing, c’est 60 ans d’histoire, des bénévoles qui travaillent, il faut entendre toutes les composantes avant d’avancer. Il faut mesurer chaque détail, mais ne rien s’interdire, surtout pas d’additionner les forces pour aller vers des perspectives nouvelles.

Sur un projet sportif intercommunal, le positionnement politique des maires, souvent différent, peut être un obstacle, mais si l’on parle de Cannes, Grasse et Antibes, nous avons là trois maires qui ont la même tendance politique…

C’est un avantage. Nous avons trois maires qui s’apprécient, qui ont envie à travers cette métropole d’aller vers des réalisations de territoire sur l’Ouest du Département. On ne part pas de zéro par rapport à ça. On est sur des villes qui ont envie de faire évoluer les choses.

Jean-Philippe Cheton évoque la motivation d’un groupe d’entrepreneurs locaux pour ce projet, ne craignez-vous pas que les obstacles découragent les bonnes volontés ? D’ailleurs depuis cette interview avez-vous échangé, même brièvement, avec vos homologues cannois ?

Nous n’avons absolument pas eu de discussion qui nous ont mis ne serait-ce qu’à l’amorce d’un tour de table. Nous n’y sommes pas opposés, si d’aventure les maires de Cannes, Grasse et Antibes ont envie de parler de football à une même table c’est une première chose. En revanche on a besoin d’acteurs économiques comme Jean-Philippe Cheton pour porter les projets. Je ne suis pas au courant des grands capitaines d’industries qui pourraient le suivre ou l’épauler, dans tous les cas avouons que c’est bien de discuter de cela. C’est un sujet qui passionne, qui intéresse, c’est sensible. Si on en parle avec les supporters, on aura des avis diamétralement opposés… Mon père était supporter de l’AS Cannes, il allait à Coubertin quand il y avait quelques centaines de spectateurs, que penserait-il de ça… Et à Grasse on a nos hameaux. Quelqu’un qui habite Saint-Jacques est avant tout de son quartier avant d’être de la ville, à Plascassier ou au Plan, c’est pareil, et le maire le dit souvent dans ses moments de rencontre avec les habitants. D’un autre côté, on sait qu’il y a de très beaux rassemblements qui ont accouché de très belles perspectives, Orthez et Pau au basket est un exemple. C’est un sujet très passionnant. Pourquoi ne pas ouvrir ce chapitre-là, mais le faire avec méthode et diplomatie pour ne pas brûler les étapes.

Une entente Cannes-Grasse a déjà existé par le passé lors de la saison 1946-1947.

S’il faut passer par l’union des forces pour permettre à la jeunesse locale de vivre ces émotions que leur parents ont vécu il y a plus de vingt ans, n’est-ce pas un peu égoïste de rester dans la sempiternelle guerre de clochers ?

On ne s’ interdit pas d’ouvrir la porte à ce type de réflexion et nous serions ravis d’avoir une discussion avec la Ville de Cannes et Annie Courtade pour qu’elle nous donne son point de vue au regard de l’immense expérience qui est la sienne. On n’est pas dans l’envie de vivre dans les souvenirs, mais je pense aussi à ce tissu du bénévolat qui donne tant depuis tant d’années pour ces clubs. Encore une fois il faut être mesuré, apaisé, mais ne pas s’interdire d’aller vers ces discussions-là.

Pour Grasse et Cannes c’est un peu nouveau, bien qu’une entente ait existé entre les deux villes en 1946-1947, mais on a bien des exemples en France de clubs issus d’ententes ou de fusions. Le Racing aujourd’hui se bat par exemple contre l’Etoile FC (Fréjus et St-Raphaël) ou Goal FC (Ouest lyonnais). S’unir n’est-il pas indispensable pour viser plus haut ?

Si vous voulez tendre vers le haut niveau il faut effectivement réfléchir à s’unir pour avoir de meilleures perspectives d’y arriver. Après, quand on lit le classement, cela ne parle pas du territoire. Malgré tout, on s’aperçoit de plus en plus que les communes s’associent sur des projets, cela devient une nécessité de s’unir pour bâtir des clubs plus huppés. Malheureusement il y a un constat également, c’est que la ville de Cannes comme la ville de Grasse n’ont pas besoin du sport pour rayonner et exister. De notre côté, on se bat pour changer cela car le demande est là, les gens veulent faire du sport autant à Grasse qu’ailleurs et on est dans cette envie de valoriser notre territoire. Et si on arrive à travers du football avec une vraie perspective d’accompagner un projet vers le haut niveau, on le fera.

Jean-Philippe Cheton : « S’unir pour bâtir le grand club de demain ! »