PortraitASM

Grégory Campi, l’éloge de la grandeur

18/04/2017 à 17:26

Fils d'un dirigeant historique de l'AS Monaco, professionnel passé par l'Italie, le Canada, la France et la Belgique, Grégory Campi est un homme entier. Dans le jeu comme dans la vie. Un caractère qui le pousse à toujours chercher le meilleur. À toujours chercher plus haut. Même quand il dirige, à 41 ans, l'équipe 3 du club de la Principauté. Lui ne cherche la reconnaissance et le respect que par le travail et les valeurs. Celles que lui a inculqué un père parti trop tôt. Mais qui lui permettent aujourd'hui de garder intacts ses rêves de grandeur.

Le corps est plein de vie, le visage souriant. Chemise blanche, un verre de vin à la bouche, un homme semble profiter comme si demain ne devait jamais arriver. Heureux, simple. La photo est celle qui illustre le profil Facebook de Grégory Campi. Elle est symbolique pour le coach de 41 ans. « C’est comme sur son téléphone », fait remarquer Damien Kazarian, ancien capitaine de l’équipe 3 de l’AS Monaco et désormais dirigeant de l’entraîneur du groupe, qui évolue en DHR. L’homme, c’est Christian, le père de Grégory. Il est décédé des suites d’une maladie, il y a deux ans, trois jours après un titre de PHA acquis par son coach de fils, à un match de la fin. « Son père était devenu très maigre. Il n’y avait que les os. Je pense que Grégory veut garder la bonne image », poursuit « Kaza ». Il faut dire que le géniteur était un homme à part dans la vie de celui qui a connu une carrière professionnelle en Italie, en France, en Belgique et au Canada. « Ils avaient une relation très complice. C’était un copain, un frère. C’était une personne très importante à l’ASM. Ça a été très dur pour Greg. C’est comme si on lui coupait un bras. Il suivait les petits de Greg au foot », indique Kazarian. « Son père était fier de ce qu’il faisait en Italie, il en avait beaucoup parlé. Ils sont fusionnels », confirme Ludovic Giuly, membre de l’épopée monégasque en Ligue des Champions en 2004. Christian Campi l’avait aidé, comme pour d’autres, à trouver un appartement. Aujourd’hui, il est entraîné par Grégory.

Doublé dès sa première année d’entraîneur

Après avoir avoir fini sa carrière avec l’équipe 3 de l’AS Monaco, le fils a, en effet, pris la tête de la formation, il y a six ans, quand elle évoluait en PHB. Damien Kazarian se souvient. « À l’été 2011, il a récupéré l’équipe. Moi, je suis passé capitaine. Il a commencé à construire quelque chose. Avec comme discours, l’intention de faire monter l’équipe chaque année et faire progresser des joueurs ». Kévin Ménez, le capitaine actuel du groupe, était arrivé en novembre suivant, sur les conseils de l’intendant des professionnels. « Quand j’ai fait sa connaissance, il découvrait ce métier d’entraîneur. Il se lançait dans l’inconnu. Il fallait que, nous, les joueurs d’expérience, on l’accompagne, qu’on l’aide avec les jeunes. On se dit que c’est facile, car c’est un ancien professionnel, mais il faut préparer les séances. Il a transmis son discours. Kazarian, Jan Koller, Gaston Maza et moi, on l’a aidé dans le relais entre le groupe et lui », raconte-t-il. « Son message c’était le combat, l’état d’esprit, la rage de vaincre. On était dans une division qui n’était pas évidente. Son message était d’aller au charbon, et puis, on savait qu’on allait marquer, car on avait les joueurs. » La mayonnaise prend rapidement. L’équipe 3 de l’AS Monaco monte en PHA et gagne la Coupe Côte d’Azur.

Le début de l’aventure pour un groupe qui se construit. Les entraînements sont plus poussés. Le discours reste identique. Grégory Campi fait passer ses idées. Mai 2015, c’est un nouvel aboutissement. L’ASM 3 est championne de PHA aux Baous. La fête est vite gâchée. « Son papa est à l’hôpital. Il s’éteint la semaine suivante », rappelle Kévin Ménez. Le dernier match de la saison, contre Pégomas, est empreint de moments forts. « On fait des maillots spéciaux. Alors qu’il y avait 2-2, à la 94e minute, on va chercher la victoire sur un coup franc. Monseigneur Albert II, qui avait donné le coup d’envoi, se lève. Quand on gagne, on met l’hymne monégasque. Le Prince a chanté. C’était un super hommage », se souvient le joueur. Quelques jours plus tard, tout l’AS Monaco se rend à l’enterrement. Grégory Campi se montre digne et fier. « Intérieurement, ça a été terrible. Mais il ne l’a jamais montré. Grâce à cette force de montrer qu’il n’est pas abattu, de pouvoir continuer à avancer, on a repris les entraînements de suite pour ne pas tomber dans la dépression. Il a toujours dit de passer à autre chose », est impressionné Damien Kazarian.

Albert Cartier (Sochaux) : « Ce n’était pas un joueur fantaisiste »

Une force que l’ancien milieu de terrain tient peut-être de son passé. De ces mouvements qui l’ont conduit d’Europe au Canada. D’Italie en France, en passant par la Belgique. Des transferts où il a pu s’enrichir. Professionnel, il rentre deux matches en Serie A, à Bari. Dans l’Hexagone, il a joué notamment à Lille, où il évolue sous les ordres d’un certain Claude Puel. C’est pourtant en Belgique qu’il est le plus souvent sur le terrain. À la Louvière, précisément. Son entraîneur : Albert Cartier, qui officie désormais à Sochaux. Le technicien se rappelle très bien de Grégory Campi, qui était déjà arrivé du Nord, quand Cartier a rejoint la Belgique en fin de préparation. « C’était un joueur offensif avec des qualités plutôt d’un milieu de terrain que d’un attaquant. Ce n’était pas un joueur fantaisiste. Il était pragmatique, cartésien, structuré dans son jeu. Il était très organisé. Tout ce qu’il faisait avait un sens », se remémore le coach. « J’ai découvert un garçon qui était respectueux du collectif, du staff et qui, à aucun moment, ne manifestait des états d’âmes. Il aurait certainement voulu plus jouer. » Au total, onze matches et 400 minutes garniront cette saison 2004/2005. Albert Cartier décrit les attentes de ce garçon « équilibré ». « Il m’avait surtout parlé de préparation athlétique. Il était très branché. Il bossait beaucoup en musculation. Il aimait envoyer. Entraîner non, par contre. Je n’ai pas spécialement vu de pré-disposition. Il ne posait pas de questions », commente l’entraîneur sochalien.

C’est pourtant la voie qu’a choisie Grégory Campi. « Il avait du recul. C’était un garçon intelligent. Il ne disait pas n’importe quoi. Il était dans le collectif. Ça ne m’étonne pas qu’il soit dans une carrière pour partager », salue Cartier. Jusqu’à présent, c’est avec réussite. Car l’AS Monaco 3 tient plus que la route en DHR, et se retrouve troisième, aux portes de la DH, à cinq journées du terme de la saison actuelle. Une performance qui a une explication logique à en croire ceux qui vivent l’aventure de l’intérieur. Et cette raison tourne forcément autour du coach. « Il s’est toujours relevé. Il est fort, c’est un roc. Il ne s’est pas arrêté de vivre. L’ASM DHR, c’est une famille. C’est lui qui l’a construit. Il a connu des moments difficiles, des moments de choix. Mais c’est un travailleur, c’est un besogneux. Il va au bout des choses. Il inculque le fait de ne rien lâcher. Il faut travailler », juge Damien Kazarian. « Il est toujours à fond, à 10 000. Quand la balle sort, elle ne sort pas. Il n’y a pas faute. On est obligé d’être comme ça à l’entraînement. On est une équipe compliquée. On a une réputation partie de la PHB, on a gravi les échelons », ajoute Kévin Ménez.

Grégory Campi (debout, 3e en partant de la droite et avec le numéro 18 sur la photo de Une) a construit un groupe fait de jeunes et d’anciens en cinq ans.

Ce groupe s’est construit au fil des ans, à force de rigueur. « Il a professionnalisé quelque chose. On a un kiné, il a un vrai staff. C’est sa volonté de progresser. Dire au club, il y a une DHR », confie le frère de Jérémy. Si des U19 Nationaux et des joueurs de CFA évoluent, parfois, en DHR pour gagner du temps de jeu, la relation avec la section professionnelle et le centre de formation n’est pourtant pas au beau fixe. « Elle s’améliore », nuance Kazarian. Peut-être parce que l’AS Monaco a compris qu’elle avait, avec Grégory Campi, toujours juste titulaire du Brevet d’éducateur de football, un atout maître, fan de son club. Et qui donne tout pour le faire avancer. À commencer par construire un effectif fait de jeunes, comme Gaëtan Lenoir-Houara, et d’anciens professionnels, tels Ludovic Giuly, Gaël Givet ou Camel Meriem. « J’ai connu Grégory par le biais de Kévin Ménez. Au premier entraînement, il m’a présenté. J’ai senti un entraîneur strict avec des règles, et tout ce qu’il faut. J’étais un peu surpris, car il y a une rigueur d’échauffement, de préparation. Je pensais que c’était à la cool et, en fait, non. Il y a du boulot », approuve Giuly. « Il est franc, direct. J’ai 40 piges. Je ne voulais pas me prendre la tête. Au premier entraînement, je me suis dit que ça irait doucement. Mais je me suis mis tout de suite dans le bain. Il ne faut pas rigoler. Mais il aime ce qu’il fait. Il faut de la patience pour gérer des anciens et des nouveaux. »

Ludovic Giuly : « Il a l’ADN de l’entraîneur »

Alors le message passe. La mayonnaise prend. Et les résultats sont là. Les jeunes apprennent. « On a beaucoup progressé tactiquement. Quand on se place mal, on est corrigé. Et à force, ça rentre. Il arrive à créer une cohésion entre tous les joueurs, les U19 ou ceux qui sont là depuis longtemps. Chaque joueur a le même statut », apprécie Gaëtan Lenoir-Houara, qui a inscrit douze buts. Le fruit d’un travail, selon Damien Kazarian. « Il a évolué. Il a appris tactiquement et pourrait évoluer au dessus. On a des entraînements de CFA. On travaille une barre ou deux plus haute », fait savoir le technicien. Cette rigueur permet de garder un groupe sous pression et motivé. Car elle est partagée avec une cohésion créée par Grégory Campi. « Je suis surtout là pour passer de bons moments. J’en suis très content. C’est très strict, et tout le monde s’y retrouve. Grégory donne envie de se surpasser. Il motive les joueurs. Tout le monde est respectueux, car il trouve les bons mots pour piquer ou pour rassurer », souligne Gaël Givet. « C’est un homme avant d’être un entraîneur. C’est une personne sur qui on peut compter. La priorité, c’est la famille, la santé, les enfants. Après, il y a le foot. Il dit venez avec la joie de vivre aux entraînements. Sinon vous ne venez pas », appuie Kazarian.

Les joueurs viennent. Et reviennent. Car ils ont compris que l’AS Monaco 3 pouvait leur apporter du bonheur et du travail. En obtenant son BEF, Grégory Campi a montré qu’il ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Peut-être, en fin de saison, son groupe montera en R1 (nouveau nom de la DH, NDLR). Puis, l’entraîneur de 41 ans, gérant d’un restaurant de pâtes au quotidien, va devoir réfléchir à la suite, après six ans de bons et loyaux services auprès de cette équipe. Peut-être continuera-t-il. Peut-être ira-t-il voir ailleurs. Car ceux qui le côtoient au quotidien en sont persuadés, il a un avenir. « Il est consciencieux, il sait le fond de jeu. Il a l’ADN de l’entraîneur, je lui souhaite de continuer. Je le vois davantage entraîneur de CFA ou de National », estime Ludovic Giuly. Damien Kazarian va plus loin pour finir de décrire Campi. « C’est un mec en or. Il s’est fait tout seul. Il lui faut un club et un projet ambitieux. Il a un objectif. Il est déterminé et intelligent. Il sait où il va. S’il fait quelque chose, c’est à fond. S’il tombe, il se relève. Il ira encore plus haut. Il aura le diplôme et il entraînera une Ligue 1 d’ici 4-5 ans. C’en est déjà un. Il faut continuer à gravir les échelons, il ne faut pas s’arrêter, c’est son discours. Si on peut faire quelque chose de plus, il faut le faire. Pourquoi ne pas entraîner l’ASM ? Il s’arrêtera quand il arrivera au plus haut. » Une conquête qui se fera en l’honneur de son père, l’homme qui l’a construit. Pour devenir, à son tour, l’exemple de ses deux fils, Théo et Tiago. Avec le sentiment du travail accompli.