OGC Nice - Stade Rennais

Hatem, je t’aime… moi non plus

14/09/2018 à 14:14

Il est l’homme qui aura enivré tous les esprits lors de son unique saison à l’OGC Nice, mais aussi à chaque mercato depuis son départ, à l’été 2016. On pourrait même affirmer, sans trop s’avancer, qu’il a dû être responsable de quelques nuits blanches du Président Rivère, tiraillé entre la saine gestion des finances du club et un ardent désir de le voir revêtir à nouveau le maillot rouge et noir. Si Hatem Ben Arfa retrouvera bien ces couleurs, ce vendredi à l’Allianz Riviera, ce sera malheureusement en tant que joueur du Stade Rennais. Le club breton, longtemps moqué pour ses huitièmes places et ses défaites en finale de Coupe de France, vient en effet de ravir au Gym sa plus grande idole du XXIème siècle. Un dernier coup porté au cœur du peuple niçois qui n’a jamais cessé de battre pour son prodige.

Même s’il peut paraître aujourd’hui difficile de l’admettre, l’histoire entre Nice et Ben Arfa s‘est bel et bien terminée lors de son départ pour le Paris Saint-Germain, il y a un peu plus de deux ans. Préférant répondre à l’appel de son club de cœur et à la perspective de jouer la Ligue des Champions, le natif de Clamart n’avait pas souhaité prolonger son aventure sur la Côte d’Azur, en dépit d’une prolifique saison – 17 buts en championnat – qui avait permis aux Aiglons de retrouver l’Europe. Difficile alors d’en vouloir à celui qui, au cœur d’un imbroglio administratif en janvier 2015, avait préféré patienter six mois sans jouer avant de s’engager avec le Gym, plutôt que céder à d’exotiques sirènes (Chine, Turquie) lui promettant une rémunération largement supérieure. La suite de l’histoire, tout le monde la connaît. Rapidement placardisé au sein du club de la capitale, l’ancien lyonnais ne jouera plus jamais avec l’équipe première. Et lorsque l’OGC Nice tente de le sortir de la galère l’été suivant, c’est alors l’hystérie collective chez les supporters. Suite à une folle rumeur lancée par les réseaux sociaux, ils seront une centaine à se déplacer à l’aéroport, le 8 août, pour accueillir leur héros. Mais jamais Hatem ne viendra. Il refusera même de servir de monnaie d’échange dans un deal envoyant Jean-Michaël Seri vers le PSG, le 31 août au soir. Une question d’honneur, le joueur comptant bien faire payer à son employeur sa mise à l’écart du groupe professionnel, et ce jusqu’au dernier centime de son contrat.

Libre depuis le 1er juillet dernier, l’ancien niçois aurait ainsi pu rapidement s’engager avec le club de son choix. C’est toutefois début septembre qu’il opte finalement pour Rennes, malgré des contacts initiés dans toute l’Europe, notamment avec Benfica, le Rayo Vallecano et le Borussia Dortmund. Un choix qui peut laisser perplexe, mais qui témoigne des ambitions nouvelles du club breton. Fabrice, fondateur du site ROUGEMémoire, y voit la patte de l’omniprésent Président Létang, que Ben Arfa a connu à Paris. « Professionnalisme à tous les étages, respect de l’institution, valoriser la formation, jouer l’Europe tous les ans : voilà les leitmotivs actuels du club ». Un projet qui n’est pas sans rappeler celui initié par Jean-Pierre Rivère à l’OGC Nice ces dernières années. Plus qu’un coup médiatique, l’objectif des hommes de Sabri Lamouchi est d’en finir avec une réputation d’éternel faire-valoir, toujours en quête de son heure de gloire. « Un joueur qui a la capacité de faire franchir un cap au club », c’est ce que Fabrice attend de la dernière recrue d’un Stade Rennais qui peine à briller sur la scène nationale comme européenne, où il n’a pas remporté un match malgré trois participations à la phase de groupes d’Europa League. De quoi en faire la plus grosse recrue de l’histoire du club ? Certes, l’arrivée de Ben Arfa a été très suivie en Bretagne, notamment sur les réseaux sociaux où un #LiveHatem a été lancé pour suivre les rebondissements quotidiens d’un rocambolesque feuilleton. Une folie qui s’est également emparée des médias locaux qui, selon notre homologue rennais, « occultent complètement les matchs à venir », préférant se concentrer sur les moindres faits et gestes du nouveau pensionnaire du Roazhon Park. Mais sportivement, cela reste pour lui en dessous d’un Sylvain Wiltord, formé à Rennes et de retour « à la maison » en 2007 après avoir multiplié les titres en club et en sélection. Pragmatique, Fabrice attend ainsi les premiers pas de l’artiste sous ses nouvelles couleurs avant de s’enflammer. Car au final, « le terrain, c’est cela que tout le monde retiendra ».

A l’heure de son retour sur les pelouses de Ligue 1, après 527 jours d’absence, il est alors légitime de se demander quel accueil lui sera réservé par les tribunes de l’Allianz Riviera. Ecorché vif, l’enfant terrible du football français avait su trouver un certain équilibre sous les ordres de Claude Puel, mais aussi l’amour auprès des supporters niçois. Son chant – Hatem on t’aime, Hatem on t’adore – résonne encore aujourd’hui dans toutes les têtes à la simple évocation de son nom. Un amour partagé, si l’on en croit le dernier post de l’ancien numéro 9 du Gym sur Instagram, qui évoque une relation « passionnelle » avec ces supporters qui font « l’essence du football ». De quoi s’assurer d’être le bienvenu vendredi soir ? Pas si sûr. Oui, l’histoire fut belle, mais la déception n’en est que plus forte. Difficile de retourner avec son ex, pour reprendre la métaphore utilisée par le principal intéressé lors de sa première conférence de presse rennaise. Mais la vérité, c’est que par trois fois, l’international français a refusé l’OGC Nice. Pour des raisons que beaucoup entendront, mais ne comprendront pas forcément. D’accord, il y a l’argent, l’Europe et les galettes saucisses du côté de Rennes. Mais qu’est-ce que cela peut bien valoir face à tout un peuple qui attendait ton retour, Hatem ?

J.Ph. A.