Interview

Hugo Lloris : « La carrière ne s’arrête pas maintenant »

18/07/2018 à 18:56

C'est un Hugo Lloris fatigué mais souriant qui s'est présenté face à la presse puis aux Niçois, ce mercredi après-midi. Le capitaine de l'Equipe de France championne du monde n'a jamais feint son plaisir de vivre ce moment, trois jours seulement après le titre acquis à Moscou. Avant de s'adresser aux près de 3000 supporters qui l'attendaient en bas de l'Hôtel de Ville, il a raconté les moments vécus et la nouvelle vie qui l'attend.

Que ressentez-vous d’arriver à Nice en tant que champion du monde ?

J’ai encore du mal à réaliser. Il y a beaucoup de fatigue, on se sent un peu vidé à la fin d’un tournoi. Mais c’est un grand plaisir de retrouver ma ville natale, à laquelle je suis très attaché. Il y a beaucoup de monde, ça me fait un peu peur (sourires) et, en même temps, tellement plaisir. Ca me fait chaud au coeur d’être là. C’est un échange simple, ils nous ont supporté pendant toute la Coupe du monde, encore plus les Niçois.

Réalisez-vous le chemin parcouru depuis que vous avez quitté Nice en tant que professionnel et revenir en tant que champion du monde ?

Il y a eu un court instant entre la fin du match et la remise du trophée. Beaucoup de choses me sont passées par la tête, tout le travail fourni, tout le chemin parcouru. On pense aussi aux personnes importantes qui nous ont aidé à franchir les étapes les unes après les autres. Je ne pensais pas brandir ce trophée. C’est un grand privilège, un grand honneur. Ca me rend encore plus fier d’être Français, fier d’être Niçois. Et ça donne encore plus d’énergie pour continuer dans ces prochaines années.

Quel sera le quotidien de ces prochains jours ?

On essaie de profiter au maximum de la famille. A partir de ce soir, je me sentirai en vacances. Je pourrai me concentrer sur la récupération et profiter. J’ai des amis qui m’attendent. J’ai envie de passer des moments avec eux.

Une fois qu’on est champion du monde, on rêve de quoi ?

Ca donne encore plus de responsabilité, on a un statut. Il y a de belles années à venir, la carrière ne s’arrête pas maintenant. Il faut que ça donne plus d’énergie pour continuer à travailler, avec humilité, avec ambition. L’équipe de France a une génération fantastique. Il faut profiter de cette grande récompense. Il faudra se remettre au travail pour afficher nos ambitions et rendre fiers les Français.

Vous avez laissé jouer Steve Mandanda contre le Danemark. Quelle importance cela-a-t-il eu ?

Steve est un immense gardien. C’est un symbole pour l’OM, ça fait longtemps qu’on est en Equipe de France ensemble. Il méritait cette opportunité. Le coach a eu le luxe grâce à nos deux premiers bons matches, de faire tourner, ce qui a permis de garder tout le monde concentré. C’est ça qui a contribué à la réussite de ce groupe.

Vous avez fait un pari. Si la France est championne du monde, vous avez dit que vous feriez la tournée des bas de Nice. Qu’est ce qui est prévu ?

On va essayer de le faire discrètement et à l’improviste pour qu’il y ait le moins de monde possible. C’était en janvier, loin de là l’idée que ça se réaliserait. Mais c’est un pari et il faut le tenir. On essaiera de trouver le bon moment.

Il y a vingt ans, vous débutiez au Cedac. Que ressentez-vous, d’être là, champion du monde ?

Même si j’ai conscience de ce privilège d’être footballeur professionnel, beaucoup d’anciens coéquipiers n’ont pas eu cette chance. Mes meilleurs souvenirs, c’est dans le monde amateur, c’est l’insouciance, c’est la jeunesse, c’est de pouvoir allier l’école et le football. Mes copains sont les mêmes depuis mon plus jeune âge. Certains auraient mérité beaucoup mieux. Le sport de haut niveau est difficile, mais c’est important de se rappeler d’où on vient quand on franchit les étapes. Ca doit nous guider, ça doit nous donner cette force de travailler et de garder les pieds sur terre.

Avoir une foule comme ça qui attend, est-ce qu’on le craint ?

J’ai toujours considéré le foot comme un sport collectif. J’ai toujours eu du mal à être consacré de la sorte, même si ça fait chaud au coeur. J’ai toujours eu du mal avec la lumière. Mais je le fais, car je suis redevable par rapport aux Niçois, aux Français. C’est un moment de gloire, j’en suis fier. Puis on pensera aux vacances et à la reprise avec Tottenham et l’équipe de France.

Quel arrêt allez-vous retenir de ce Mondial ?

C’est le Mondial dans la totalité, hormis l’action sur le deuxième but croate. Mais c’est l’ensemble, d’avoir pu profiter de chaque moment, d’avoir eu le privilège de porter le maillot de l’équipe de France. C’est d’avoir pu se sentir fort, d’avoir franchi les étapes les unes après les autres et d’avoir brandi cette coupe avec mes partenaires. Sans eux, je n’aurais jamais eu cette opportunité. Je suis reconnaissant de leur investissement et de leurs efforts.

Quand on connaît votre lien avec l’OGC Nice, est-il envisageable que vous vous impliquiez dans le club à l’avenir ? Patrice Vieira vous a-t-il consulté avant de venir ?

Déjà, je suis vraiment heureux qu’il soit l’entraîneur de l’OGC Nice. J’apprécie la personne. J’ai eu la chance de le côtoyer au début de ma carrière en sélection. C’était un immense joueur, une immense personnalité. C’est une opportunité pour le club et pour lui de faire ses preuves. Il a une vision du style de jeu, dans la continuité de ces dernières années. Je leur souhaite le meilleur et je serai leur premier supporter. Pour mon futur ? J’ai encore quelques belles années, j’espère. Je vais continuer à travailler. Je suis attendu à Tottenham par mon entraîneur et mon entraîneur des gardiens, car on a encore de grands challenges devant nous.

Y a-t-il eu un moment où vous avez pensé ne pas y arriver ?

Le doute est quelque chose d’important pour un sportif de haut niveau. C’est ce qui permet de se surpasser. Avant chaque match, on ne connaît pas l’histoire. On essaie de se préparer à tout type de scenario. C’est cette force qui nous a guidé tout au long du tournoi. Le doute permet de faire les efforts sur le terrain, de toujours avoir la crainte que le pire scenario peut se produire. Il y a eu des mots forts de Paul Pogba avant l’Argentine qui dit qu’il n’a pas envie de rentrer à la maison. C’était la volonté de tout le monde. Aujourd’hui, on y est, avec le trophée. Il faut accorder le crédit à toute l’équipe, mais aussi au sélectionneur qui a su choisir les bons hommes, mettre en place le plan de jeu qu’il fallait.

Comment réagissez-vous à la polémique sur la « France africaine » ?

La France est un grand pays. Il est plus uni que jamais, grâce au sport, au football. Je reste à ma place. Mais je suis très fier d’être Français, mes partenaires également. On a tellement à donner pour ce pays grâce à notre sport. On l’a fait avec beaucoup de mérite. Les Français sont reconnaissants. On aimerait passer plus de temps avec eux, mais il y a des obligations et on ne contrôle pas tout.

Avez-vous conscience que le pays a vibré et qu’il en avait besoin ?

Je l’avais dit avant le mondial. Le football a le don de rassembler tout un pays. Ca s’est fait progressivement. Plus on se rapprochait du but, plus les Français venaient sur les places pour suivre les matches. On a vécu dans une bulle, on a réalisé l’importance de notre parcours après les demies. On est en train d’ouvrir les yeux sur ce succès. C’est encore plus fort à titre individuel. Ca fait dix ans que je suis en sélection, j’ai démarré par le pire scenario, avec Knysna. Il a fallu redorer l’image de l’équipe de France, du footballeur en général. Ca a été le travail de Laurent Blanc, de Didier Deschamps. Les résultats ont suivi. On a eu la malchance de perdre la finale de l’Euro. On a eu la possibilité de vivre quelque chose de plus grand.

Kylian MBappé a annoncé qu’il allait donner sa prime à une association. On vous sait attaché au Cedac Cimiez et à Régis Bruneton, à qui vous aviez donné votre prime après Knysna. Allez-vous la redonner cette année ?

Il faut tout envisager. Je n’ai pas le temps d’y réfléchir. La Fédération fait beaucoup pour le foot amateur. J’étais fier de donner ma prime au Cedac Cimiez. Je dois beaucoup à ce club. Et surtout à un homme, Régis Bruneton, qui est quelqu’un de formidable, de fantastique, qui m’a, dès mon plus jeune âge, éduqué aux vraies valeurs du football. Je suis très reconnaissant de ce qu’il a pu faire dans sa carrière d’éducateur.