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Jean-Philippe Cheton : « S’unir pour bâtir le grand club de demain ! »

10/11/2020 à 17:16

S’unir pour grandir, tel est le point de vue du président du RC Grasse. Jean-Philippe Cheton nous en dit plus sur son projet de bâtir le grand club de l’Ouest des Alpes-Maritimes.

En cette période de crise sanitaire comment se passe votre activité ? (ndlr : Jean-Philippe Cheton fait partie du groupe Emera qui détient plusieurs EHPAD et résidences seniors)

Nous faisons notre maximum pour protéger nos résidents. Nous savons que la population dont nous avons la responsabilité est la plus exposée à ce virus. Au-delà de notre activité économique, ce sont les valeurs humaines de nos équipes qui nous rendent fiers en cette période. Les familles nous confient leurs proches et il est de notre devoir de nous en occuper avec la même attention que si c’était les nôtres.

Venons en au football, comment appréhendez-vous la suite de la saison ?

Même si elle devait aller au bout, la saison est déjà gâchée car il y a une iniquité face au virus en termes de matchs reportés, mais aussi actuellement avec des équipes de notre championnat qui ont toujours la possibilité de s’entraîner collectivement et d’autres pas. J’ai le sentiment, pour nous en tout cas, que la saison n’est pas encore lancée alors que certaines équipes ont quasiment joué 1/3 du championnat.

« La finalité du projet était de bâtir le deuxième club professionnel des Alpes-Maritimes »

Actuellement on parle souvent du « monde d’après », pensez-vous qu’il y aura aussi un monde d’après dans le football ?

C’est inéluctable. Et les clubs qui ne prendront pas le bon virage auront de plus en plus de difficultés à exister. Avec les dettes publiques qui sont en train de se creuser et les difficultés financières des Municipalités, le schéma de nombreux clubs ne sera plus viable. Parce qu’il ne faut pas se tromper une Ville est une entreprise, si l’économie d’une commune ne tourne pas, son budget est fragilisé. Avec comme principales sources de revenus le tourisme et l’événementiel, la Côte d’Azur est tout particulièrement impactée.

Justement, dans ce contexte où en est votre projet avec le RC Grasse ?

Il n’a pas changé, nous sommes en train de construire les fondations de l’organisation d’un club professionnel. Sur une saison le sportif reste aléatoire, mais chaque année le club doit grandir dans son ensemble. C’est ce que nous nous attelons à faire cette saison en collaborant notamment avec la régie MSB qui développe et fédère un pool d’entreprises partenaires de façon remarquable dans un contexte économique plus que compliqué. D’un point de vue plus global, j’ai toujours dit que la finalité du projet était de bâtir le deuxième club professionnel des Alpes-Maritimes. Notre bassin a eu ce club avec l’AS Cannes et il mérite d’en avoir un autre demain. Nous savons que seul cela sera compliqué pour différentes raisons (infrastructures, bassin de population, …), nous travaillons donc sur plusieurs pistes de développement.

« Nous avons la chance de pouvoir bâtir ce grand club avec des forces vives locales »

Est-ce à dire qu’il n’y a pas la place pour deux projets ambitieux à Cannes et à Grasse ?

Les projets peuvent exister, mais si vous me demandez s’il y a la place pour deux clubs professionnels sur un rayon de 10km, nous sommes tous d’accord pour dire que non. Il faut savoir quelle est l’ambition d’un projet : accéder de façon éphémère au niveau professionnel ou construire un club sur un bassin économique et de population qui permette d’exister au niveau professionnel. Grasse, Cannes et même Antibes sont des villes avec des atouts différents et complémentaires, mais chacune d’elle individuellement n’a plus les moyens d’avoir un club professionnel dans un sport majeur. Je pense qu’il ne faut surtout pas oublier le passé et l’histoire des clubs, mais il faut aussi accepter que nous ne sommes plus dans le football des années 90 dans lequel les clubs, même de Première Division, étaient réellement gérés par les Municipalités.

Une entente Cannes-Grasse a déjà existé par le passé lors de la saison 1946-1947.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre vision sur ce sujet ?

Je suis Grassois, j’ai un appartement et plusieurs commerces à Cannes, une ville que je considère aussi comme la mienne. Plusieurs chefs d’entreprise locaux avec des sociétés importantes sur le bassin sont prêts à me rejoindre pour construire ce projet de grand club. Pour éviter toute mauvaise interprétation l’idée n’est pas du tout de fusionner des clubs, l’AS Cannes et le RC Grasse doivent continuer à exister car ce sont des clubs historiques chacun à leur manière, mais il existe des possibilités pour bâtir une équipe fanion commune. C’est une de nos pistes de réflexion actuelle que je me suis permis de partager avec Mme Courtade, certainement la plus grande dirigeante d’un club de sports collectifs français de l’histoire. Plutôt que d’aller chercher un investisseur extérieur qui mettra dans la balance du club des marchés publics (immobilier ou autres), nous avons la chance de pouvoir bâtir ce grand club avec des forces vives locales, qui ont des moyens et pour qui le moteur est de faire rayonner les villes où ils ont grandi. Personne d’entre nous ne pourra claquer la porte du club et faire un dépôt de bilan comme cela a pu arriver encore il y a quelques années à Cannes, car je ne suis pas de passage, ma vie est ici !

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

Avez-vous conscience de l’ampleur que risque d’avoir cette interview ?

Je préfère exposer à tous ma vision plutôt que des rumeurs se répandent comme j’ai pu commencer à l’entendre sur la volonté du RC Grasse de reprendre l’AS Cannes. Cela serait présomptueux et ce n’est pas du tout la réflexion que nous avons. L’idée est plutôt d’initier une réflexion collective avec Mme Courtade, nos Maires David Lisnard et Jérôme Viaud, sans oublier les amoureux du football de notre bassin. D’un côté nous avons un club sous perfusion de sa Municipalité depuis plusieurs années, dans un contexte économique apocalyptique, et de l’autre un club sans les infrastructures de ses ambitions. Par contre, nous sommes tous amoureux de notre bassin, passionnés de football et avons la même ambition de retrouver ce parfum des matchs connus à Coubertin dans les 90… Parce que oui c’était il y a plus de vingt ans maintenant. Je ne sais pas aujourd’hui si nous avancerons dans cette direction ou dans une autre, mais elle mérite d’être explorée. Et ce serait un clin d’œil de l’Histoire parce qu’une équipe fanion commune a existé la saison 1946-47.

Un rapprochement avec l’AS Cannes est-il votre unique piste de réflexion ?

Un projet de développement ne peut pas être lié qu’à une piste, dont en plus vous ne maitrisez pas la décision. Disons que l’AS Cannes semble le plus naturel par rapport à l’histoire des clubs, les infrastructures et la proximité. Pour d’autres raisons, la ville d’Antibes a un profil très séduisant et nous réfléchissons aussi à un développement dans ce sens. Pour être clair, notre projet de bâtir le grand club azuréen de l’Ouest du département ne dépend d’aucune réponse, mais il évoluera différemment selon les personnes qui auront envie de participer avec nous à cette formidable aventure. Seul on va plus vite ensemble on va plus loin !

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