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Kamel Larbi (ASCC) : « Mon plus beau souvenir en pro ? Le but du maintien à Ajaccio »

20/10/2017 à 11:35

Avant d'affronter le SMUC, en Coupe de France, ce dimanche, au 6e tour, Kamel Larbi s'est longuement confié à Actufoot. Il a évoqué son quotidien à l'AS Cagnes Le Cros. Mais aussi sa formation et son passage à l'OGC Nice. A 32 ans, s'il reconnaît "des erreurs", il n'éprouve "aucun regret." Il préfère se rappeler les nombreux bons souvenirs. Comme ceux vécus à Fréjus ou avec la sélection algérienne. Interview.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Pour moi, c’est une carrière mitigée. J’aurais pu largement faire mieux. Maintenant, je n’ai aucun regret. Si je n’avais pas fait les écarts de ma jeunesse, je n’en serais pas là. Mais ce qui est fait, est fait. Je ne regrette rien, je le redis. J’ai eu une carrière avec des hauts et des bas.

Quel est votre plus beau souvenir ?

Le but qui sauve l’OGC Nice à Ajaccio, en 2005, quand je marque du pointu.

Qu’est ce que ça représentait ?

Pour moi, de marquer dans un match aussi important, c’était limite un rêve. De jouer, déjà sur un terrain en Ligue 1 et de sauver l’OGC Nice, c’est un rêve de gosse. N’importe quelle personne aurait aimé être à ma place ce jour-là.

C’était un aboutissement de la formation à l’OGC Nice ?

Oui, bien sûr. Ce sont les coaches, Alain Wathelet ou Gérard Buscher, qui m’ont poussé à atteindre ce niveau-là. C’est grâce à eux, si j’en suis arrivé là.

Il y a eu aussi ce premier but contre Auxerre. C’est un souvenir gravé ?

Oui, c’était mon premier but en Ligue 1, en plus au Ray. J’avais toute ma famille, mes amis. Je ne m’attendais vraiment pas à rentrer. On rigolait sur le banc, et finalement, le coach m’a appelé. Il m’a dit de me chauffer, car j’allais rentrer. Et quand je rentre, je me dis que c’est fini, que je prends du plaisir. Sur mon deuxième ballon, je marque. C’est un truc de malade, un rêve d’enfant. J’avais même dit à mon père quand j’avais sept ans, qu’un jour, je rentrerais et je marquerais dans ce stade.

Quand vous avez marqué, vous y avez pensé ?

Bien sûr. Mon père aussi. Il se rappelait de ce que je lui avais dit. Le dire et le faire, ce n’est pas pareil. Mais il était en larmes, c’est normal. Tu l’entends à un âge où tu te dis, autant le petit, il parle pour rien. Moi, j’ai toujours voulu faire ça, et je n’ai rien lâché pour y arriver.

Qu’est ce qui était le plus fort ? La fierté de marquer pour l’OGC Nice, où vous avez été formé, ou celle d’avoir tenu votre parole ?

C’est une fierté en général. Déjà, jouer pour l’OGC Nice, alors que j’allais voir les matches quand j’étais petit. En plus, c’est une fierté de marquer dans ce stade. Il y avait une ambiance incroyable. C’était vraiment un rêve.

« J’ai été un peu trop fêtard (…), j’en ai abusé »

Être pro à l’OGC Nice, à une époque où vous étiez considéré comme l’un des plus gros talents du club avec Franck Padovani, c’est la concrétisation d’un rêve ?

Signer pro, tous les jeunes aimeraient le faire un jour. Quand je voyais comment j’étais lancé, je savais que ça allait arriver. Quand c’est arrivé, après avoir marqué contre Auxerre, j’étais très heureux. Ma famille aussi. Mais je ne me prenais pas trop la tête. J’étais toujours proche avec mes amis. Je n’essayais pas de partir à droite à gauche. Après, dans ma tête, j’ai été un peu trop fêtard.

Ce sont des regrets ?

Non, car pas mal de jeunes l’ont fait et sont toujours dans le circuit professionnel. C’est peut-être moi qui en ai abusé. J’en suis conscient, mais je ne regrette pas.

Première entrée en pro pour Kamel Larbi, contre Auxerre. Deux ballons plus tard, il marque son premier but…

Aviez-vous conscience de votre potentiel ?

Non, je ne voulais pas trop écouter, pour ne pas avoir le boulard. Je ne me prenais pas trop la tête. Je venais à l’entraînement, je m’entraînais. J’étais en pros, mais c’est comme si je jouais un match de foot.

Ecouter, ça aurait pu vous faire prendre conscience et d’arrêter les erreurs que vous évoquez.

Bien sûr. J’aurais eu quelqu’un à côté de moi, je n’en serais pas là aujourd’hui. Je serais peut-être encore en train de jouer, j’aurais une plus grosse carrière. Mais je ne regrette pas. On ne revient pas en arrière.

Le stade du Ray est en train d’être détruit, ça vous fait quoi ?

J’ai vu passer les images qui passent sur Facebook. De voir ça maintenant, alors qu’il y a dix ans, c’était un stade de malade et une ambiance de fou… Ce n’était pas un beau stade, mais c’était une ambiance de fou, qu’on ne trouve pas encore à l’Allianz. Il était plus petit. Les équipes qui venaient craignaient ce déplacement.

« Le Ray, c’était une ambiance de fou »

Il avait une âme ?

Oui, il avait une âme. Il était là depuis 80 ans, avec tous les joueurs qui sont passés sur ce terrain. C’était une ambiance de gladiator. Toutes les équipes se disaient, on va à Nice, ça va être un match compliqué. Maintenant, l’Allianz est magnifique, mais ce n’est pas encore comme le stade du Ray.

L’OGC Nice ne se l’est pas encore approprié ?

Pour l’instant, pas encore. Même s’ils ont fait une belle saison l’an dernier, il n’y a rien à dire. Après, j’ai joué au Ray. Je n’ai pas joué à l’Allianz (sourires).

Peut-être en 32e de finale de Coupe de France contre l’OGC Nice…

Peut-être (rires). Il reste encore 2-3 matches. C’est vrai que ça fait de la peine de voir disparaître le Ray.

La tribune Sud va tomber. C’est un moment particulier…

Oui, c’est vrai. Maintenant, ça fait un moment que le stade est comme ça. J’ai une image de la pelouse qui avait poussé d’un mètre (sourires). Il faut passer à autre chose. Nice est en train de grandir. Il fallait un stade comme ça. C’est la concrétisation de toutes les années qui viennent de passer.

Il y a le nouveau stade, et le nouveau centre d’entraînement inauguré il y a quelques jours…

J’ai vu des images, je suis passé devant. Il est magnifique. Ce que fait le président Rivère est juste magnifique. Il a su faire grandir le club, et c’est beau pour la ville de Nice. Il fallait un centre de formation digne de la ville et un stade pareil.

Quels souvenirs allez-vous garder de l’ancien centre ?

Je n’y dormais pas le soir, mais j’y mangeais tous les midis et j’y faisais la sieste. Il n’y a pas photo quand on voit les deux centres. Nous, quand on était jeune, on était tellement bien là-bas. Ca nous a servi à grandir, il y avait une salle de musculation, les terrains. On a réussi à travailler et à montrer notre potentiel. Les jeunes qui vont venir ont la chance d’avoir un centre magnifique comme ça. Ils vont pouvoir montrer toute leur capacité et s’exprimer.

« En finale, on bat le Lyon de Hatem Ben Arfa… »

Si vous deviez garder un fait marquant du stade du Ray ?

Kamel Larbi félicité par ses coéquipiers après son but contre Auxerre.

C’est mon but contre Auxerre, où le stade est archi-plein. J’étais remplaçant, je rentre et je marque contre Auxerre, qui, à cette époque, avait la grosse équipe avec Boumsong, Mexès, Cissé, avant que tout le monde parte. Ca reste dans ma mémoire.

Et au centre de formation ?

Ce dont je me rappelle le plus, c’est le championnat de France des 18 ans Nationaux, qu’on a remporté avec Alain Wathelet, Franck Padovani, Anthony Scaramozzino, Hugo Lloris… On avait une grosse équipe, on avait fait une grosse saison. On avait fait une défaite, je crois. Et encore… On avait gagné en finale contre Lyon de Hatem Ben Arfa. C’était un très bon moment. En demi-finale, on joue contre Lille, on est mené 1-0, on se dit qu’on ne va jamais gagner. Finalement, on se libère et on se qualifie pour la finale. En finale, si, dans la cage, on n’a pas un grand Hugo Lloris, on peut dire au-revoir au championnat de France. C’est en partie grâce à lui qu’on l’a gagné.

Vous les voyez toujours ?

Oui, Hugo, Franck, Scara. Il y en a pas mal que j’ai perdu de vue comme Fabien Lamatina. Mais on est en contact sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, Lloris est capitaine de l’équipe de France et de Tottenham. Il joue contre le Real Madrid. Le temps passe vite ?

Ca ne m’étonnait pas du tout. Je lui avais dit, quand on était au centre, « si tu n’es pas en équipe de France, je ne comprends plus ». En rigolant, tout calme, tout timide, il m’a dit non. Et l’autre fois, on s’est vu, et je lui ai rappelé que j’avais eu raison. Il a rigolé. C’est bon pour lui. Il mérite. C’est un des meilleurs gardiens au monde. Il est dans les dix.

Après l’OGC Nice, il y a eu Fréjus, Ajaccio. Quels souvenirs allez-vous en garder ?

De bons moments. A Fréjus, ça s’est bien passé. On jouait la montée, et à 5-6 journées de la fin, on a chuté. On avait un bon coach, Michel Estevan. On avait limite une équipe de Ligue 2, on avait un bon groupe. Je me sentais comme chez moi. Je suis revenu à Fréjus, j’avais 28-29 ans. J’espérais continuer à haut niveau. Je comptais sur le club pour monter en Ligue 2. De là, j’ai eu une proposition, en Algérie. Je suis parti, je n’ai pas calculé. C’était en première division là-bas, le pays de mes parents. Il fallait qu’au moins j’essaye. Je savais que le niveau n’allait pas être le même qu’ici. Mais c’est une expérience à prendre.

« La sélection d’Algérie, c’est une fierté »

Vous avez connu la sélection algérienne…

C’est une fierté. Mes parents rêvaient de ça. Quand j’ai reçu la convocation, c’est un kif. C’est le top. Je jouais avec des joueurs qui étaient en Ligue 1. Moi, je faisais des bouts de match.

Comment avez-vous annoncé votre première sélection à vos parents ?

C’était pour un rassemblement à Marseille pour jouer contre le Burkina Faso. Je leur ai dit que je partais avec la sélection d’Algérie, avec le foot. Ils étaient surpris, mais vraiment contents.

Suivez-vous encore la sélection ?

Bien sûr. Je regarde souvent les matches. Il y a eu une bonne phase, pendant la Coupe du monde au Brésil. Ils ont fait un très beau parcours. Personne ne les voyait jusqu’à se faire sortir par l’Allemagne en prolongations. Depuis deux ans, ils ont plus de mal. C’est plus interne.

Le haut niveau, c’est terminé, vous l’avez dit. Kamel Larbi, dans cinq-dix ans, il va faire quoi ?

Je suis à Cagnes Le Cros, où ça se passe bien. Je suis en reconversion professionnelle. On discute avec la mairie pour rentrer au service des sports de la Ville. Je suis en formation d’ambulancier. C’est un métier que j’aime bien, qui me tente vraiment. Je vais commencer début février pour avoir un métier stable, et être ici chez moi.

Et le foot ?

Toujours. Pour l’instant, je joue. Si je peux jouer jusqu’à 40 ans, je le ferai. Être éducateur ? Au début, je ne voulais pas. Avec le temps, peut être je changerai d’avis.

Crédit photos : OGC Nice Medias

Retrouvez la première partie de notre interview : « Le haut niveau, c’est fini »

Kamel Larbi (ASCC) : « Le haut niveau, c’est fini »