PortraitN2 (A)

Loïc Chabas, l’atout maître du RC Grasse

09/03/2018 à 17:36

Entraîneur de l'équipe seniors du RC Grasse (06), qui évolue dans le groupe A de National 2, après avoir fait ses classes au sein de la structure rouge et bleu, Loïc Chabas s'est construit une réputation. Travailleur invétéré et perfectionniste acharné, il se donne à 100 % pour le club qui l'a construit. A 36 ans, le technicien profite de la carapace qu'il s'est forgée pour faire grandir, doucement et amoureusement, la formation azuréenne.

Barbe longue, cheveux dressés, la carrure bien affichée, Loïc Chabas ne passe pas inaperçu dans les couloirs de son stade de La Paoute. Au RC Grasse, le patron du sportif, c’est lui. Et les avant-matches de l’équipe de National 2, qu’il dirige, se ressemblent. « Il est très stressé. Il fait une analyse de fou avant les matches. A la fin du match, ce n’est que quand il y a un résultat positif qu’on le voit se détendre. Il est dans son match dès le vendredi », résume le milieu offensif, Loïc Malatini, qui l’a découvert il y a trois ans et demi. Dans les minutes qui précèdent les rencontres de son groupe, les mots du technicien de 36 ans qui ne sont pas dirigés vers son effectif sont rares.

Il faut dire que chaque match a la même importance pour celui qui s’est construit au sein du RC Grasse. Par son histoire, il tient à l’institution qu’il représente et se donne à fond. « C’est un pur produit du club, qui a été joueur avant d’entrainer », présente François Roustan, son président. « Je suis peu surpris de sa réussite, c’est quelqu’un qui adore le club de Grasse. Il a le sang rouge et bleu donc tous ces bons résultats sont logiques pour moi, une personne qui n’aime pas son club n’aurait pas eu autant de réussite. C’est un gros bosseur, jour et nuit il travaille sans compter. » A tel point qu’il va au-delà du nécessaire. « Je lui dis souvent « n’oublie pas de t’occuper de ta famille » (sourire). Il travaille énormément, au delà des 35h il ne regarde jamais sa montre. Il est présent très tôt au stade et repart très tard », continue le dirigeant à propos d’un homme qu’il a installé entraîneur général.

Jonathan Minasi : « Il a recréé un groupe »

Son arrivée à ce poste s’est faite continuellement. Il a d’abord commencé avec les jeunes. « Il a d’ailleurs entrainé mon fils en benjamin, et on pouvait déjà voir qu’il aimait ça », se souvient François Roustan. « C’est quelqu’un qui a su gravir les échelons petit à petit. Nous avons travaillé ensemble », rappelle Jean-Jacques Asso, qui s’occupait de l’équipe de CFA 2, alors que Loïc Chabas encadrait les pré-adolescents. « Commencer par les plus jeunes ce n’est pas plus mal, son vécu lui a servi. Il a su attendre son heure, je suis content pour lui. » L’heure arrive à l’été 2013. Jonathan Minasi, déjà cadre du groupe seniors, raconte : « Thibault Scotto (ancien professionnel) était passé de joueur à entraîneur en juin 2012. A la trêve, ça n’allait pas trop. Jean-Jacques Asso a fait la fin de saison de CFA 2, mais on a calé en DH et Loic est arrivé. »

Le nouveau technicien impose sa patte rapidement. « Il y a eu beaucoup de nouveaux joueurs. Il avait axé le recrutement par rapport au niveau, mais surtout l’état d’esprit. Les anciens responsables voulaient recruter sur CV. Lui s’est basé sur des mecs qui se battent les uns pour les autres, qui voulaient s’arracher. Il a recréé un groupe. Il savait que les résultats viendraient tout seuls », résume Minasi. Après une troisième place en DH, puis un sauvetage sur le fil, le RC Grasse est prêt à disputer sa troisième saison au plus haut niveau régional. Au bout d’une intense lutte avec l’AS Cannes, le club rouge et bleu décroche sa place en CFA 2. Mais le promu ne s’arrête pas, et flambe à l’échelon fédéral. Alors qu’il manque quelques points pour la montée, son collectif commence à flancher. Loïc Chabas ne se démobilise pas, alors qu’il ne manque qu’une victoire. « Il nous a rassurés. On avait fait une super saison. On était peut-être un peu fatigué. Le groupe n’avait quasiment pas changé, on n’avait pas un effectif exceptionnel. Il a trouvé les mots pour nous rassurer, il voulait qu’on ne doute pas de nos qualités. Il nous demandait qu’on reste serein, on avait la chance d’avoir un matelas d’avance, qu’il fallait gérer », évoque Jonathan Minasi, que le technicien a intronisé capitaine.

A Toulon, sur le terrain de la réserve du Sporting, le RC Grasse prend les trois points qui lui manquaient et rejoint le championnat de National 2. L’entraîneur reçoit l’Actufoot Award du meilleur coach des Alpes-Maritimes. « C’est mérité dans un sens. Les entraîneurs sont jugés sur leurs résultats. Ce qu’il a fait, les deux montées, je n’ai pas souvenir de coaches qui l’aient fait, encore plus à ce niveau. Les résultats parlent pour lui », applaudit Jonathan Minasi. Le club atterrit au quatrième niveau français. « C’est en grosse partie grâce à lui que le club en est là. Il a réussi à installer la bonne harmonie entre les joueurs. C’est un bon meneur d’hommes. Il arrive à gérer les joueurs cas par cas, à comprendre les soucis de chacun », salue Loïc Malatini.

Séquence vidéo, travail physique acharné et duo fusionnel pour réussir

Cette attache relationnelle est surtout la marque d’un homme apprécié par son club. Derrière la carapace brute d’un assoiffé de victoires se cache « un homme entier. Loïc est quelqu’un de très ouvert et d’humain. Il est toujours disponible. C’est quelqu’un qui est à l’écoute et très respectueux de sa hiérarchie », décrit François Roustan. « Le club ne veut pas se passer d’un entraineur d’une telle qualité sous aucun prétexte. Entre nous une relation humaine s’est créé. Et malgré sa cote de popularité il est resté lui même. C’est clairement le maillon fort de l’équipe. » « C’est quelqu’un d’humble », résume David Artheron, défenseur rouge et bleu. Très proche de ses joueurs, Chabas n’hésite d’ailleurs pas à le montrer jusque dans les buts marqués. « En DH, on perdait 3-0 à domicile. On égalise à 20 mn de la fin. On fêtait sur le terrain, on le voit débarquer. Il avait fini sur les genoux », s’amuse Jonathan Minasi. « Il s’est même fait un claquage en célébrant un but », rigole Artheron. Cette excentricité est surtout la preuve d’un amour passionnel et d’un investissement total.

Pour lui, le hasard n’a pas sa place. « Par son professionnalisme et son dévouement pour son équipe il parvient a surprendre tout le monde. Avec le temps je me suis rendu compte que c’était quelqu’un de très anxieux, qui est devenu par la suite un perfectionniste. Pour préparer une rencontre il examine chaque détail de l’adversaire », commente son président. « C’est quelqu’un de vraiment minutieux. Avec lui on travaille énormément sur notre adversaire. À l’entrainement on s’exerce pour être le plus performant possible. De plus, le coach travaille énormément avec les séquences vidéo », argumente David Artheron. Les jours de match sont marqués par « 45 minutes de vidéo », indique Loïc Malatini. « On analyse cas par cas, joueur par joueur. Sur le terrain, inconsciemment, ça nous aide. » Les résultats sont là. Pour sa première saison en National 2, le RC Grasse est en lice pour se maintenir.

Cette progression constante marque également la force de caractère d’un groupe qui ne lâche jamais rien, même quand c’est dur. « Ses séances d’entraînement, c’est exagéré. Il fait des séances de fou pendant une heure et demi – deux heures. Il est dans l’abus du travail », sourit Loïc Malatini, pour chercher un défaut à un coach qu’il apprécie. Mais s’il va chercher au plus profond de son groupe, Loïc Chabas sait aussi lui faire confiance. « Des fois, quand, dans un match, ça ne va pas, il sait qu’il peut s’appuyer sur certains cadres de l’équipe. Il nous laisse faire. On le consulte, mais il nous laisse énormément de liberté. C’est une des clés qui fait que ça marche bien », rapporte Jonathan Minasi. Le cocktail se déguste parfaitement. Autant que le duo que le technicien forme avec Nicolas Vanvynck, son fidèle adjoint, important dans la réussite. « Ils forment un super binôme avec Nicolas. Ils s’entendent super bien. Il y a beaucoup de discussion entre eux », fait savoir le capitaine. Une preuve que le club de National 2 est un groupe, capable de ne former qu’un pour aller jusqu’au bout. Alors, mi-mai, Loïc Chabas pourra définitivement souffler. Il l’aura bien mérité.

Crédit : RC Grasse