Mercato des BancsN3

Ludovic Pollet « Je n’en veux à personne »

03/01/2020 à 16:39

En exclusivité pour Actufoot, Ludovic Pollet, désormais ex-entraîneur de l'AS Cannes, se confie sans langue de bois concernant son départ du club.

Ludovic, vous n’êtes plus le coach de la N3 de Cannes. Pouvez-vous nous raconter ce qu’il s’est passé ?

Au départ, c’est un problème de résultat… J’ai repris possession du banc à Gémenos après avoir gagné 4 à 0. Derrière, avec les garçons et la direction, on s’est fixé un challenge sur les trois derniers matchs, celui d’aller chercher 7 points sur 9 face à Côte Bleue, Mandelieu et Istres. On s’est mis un objectif, c’est moi qui ai voulu ça ! On avait fait une belle prestation à Gémenos et je m’étais dit que ça allait dynamiser l’équipe. Mais c’est tout l’inverse qui s’est passé. On a été incapable de marquer des buts… Sur ces 4 derniers matchs, on fait une victoire, deux nuls et une défaite. J’ai vu l’équipe s’effriter au fur et à mesure avec des garçons qui ont perdu confiance, sans aucune réaction, même pas d’orgueil… Ça ne me ressemblait pas, je ne me suis pas retrouvé à travers ce qu’ont montré les joueurs. Je ne pouvais pas cautionner ça, ce n’était pas possible. Je leur ai rentré dedans, j’ai essayé d’être soft, d’avoir des explications. On s’est vu en groupe mais aussi individuellement… Le souci était dans les 20 derniers mètres, on était incapable de marquer des buts. Contre Istres, on fait 35 premières minutes correctes et dès que l’adversaire augmente son taux d’agressivité, tu n’existes plus, notamment devant et au milieu. On se repose aujourd’hui sur une défense qui prend très peu de buts mais c’est insuffisant. On s’est donc assis autour d’une table avec la direction en faisant un constat et le constat est clair, cette équipe-là a besoin d’un déclic. Est-ce que le déclic, c’est le changement d’entraîneur ? Je n’en sais rien mais il fallait un déclic, ça c’est sûr. D’un commun accord, on a décidé de se séparer.

Pensiez-vous pouvoir trouver la solution pour redresser l’équipe ?

Avant la trêve, non ! J’ai cherché les solutions dans tous les sens. Après… on n’est quand même très poissard… On a eu beaucoup de blessures, des suspensions, ma suspension aussi, l’histoire de la tablette à Ajaccio… Ce match-là a été le début de la fin ! Il nous a fait très mal je pense. Ça a atteint certains joueurs et ça a eu un impact négatif. Derrière ça, on perd des joueurs importants comme ton latéral gauche, à Ajaccio ton attaquant, contre Toulon ton gardien. Du coup, c’était toujours du rafistolage ! On mettait des joueurs à des postes qu’ils n’aimaient pas et par conséquent, on les faisait même jouer parfois par obligation… C’était compliqué… Ça a miné un peu tout dans un championnat compliqué à tout point de vue.

En voulez-vous au club ou à quelqu’un au club ?

Non, je n’en veux à personne. Il faut refaire l’historique pour comprendre. J’étais responsable de la formation au départ, Micoud était venu me voir pour que je prenne l’équipe, j’avais accepté et à partir du moment où j’avais accepté, c’est que je connaissais tous les tenants et aboutissants. Je ne regrette rien et Cannes restera mon club de cœur. C’est le club qui m’a permis d’atteindre ce niveau-là, d’avoir cette expérience d’entraîneur, même si elle n’est pas positive, mais je n’en veux à personne, au contraire. Je remercie les gens qui m’ont fait confiance dont la présidente Anny Courtade, Xavier Bru, Bernard Lambourde et Johan Micoud qui m’a mis au départ à ce poste-là.

Que pensez-vous du choix Cabezas ?

C’est quelqu’un que j’apprécie car on a joué une saison ensemble en 94-95. C’est quelqu’un qui est certainement plus formateur que moi, il a un discours calme, posé, c’est quelqu’un de réfléchi. Je lui souhaite le meilleur. 70% du groupe actuel, c’est moi qui l’ai construit. Il y a au total 15 joueurs que j’ai fait venir et j’y crois dur comme fer à cette équipe-là. Elle n’a rien à faire au niveau où elle est. Il y a des manques certes, ça mérite d’être amélioré, mais si la roue tourne dans le bon sens et que la poisse nous lâche un petit peu, les résultats seront bien meilleurs. C’est tout ce que je souhaite à ces garçons que j’aime beaucoup ! C’est ce que je leur ai dit : « prenez conscience que vous méritez mieux que ça, mais pour ça, il faut donner plus, il faut être des morts de faim, des crevards sur le terrain, pas comme ce qu’on a montré lors des 3 derniers matchs ». J’espère que cette décision-là sera positive pour l’équipe.

Quel est votre avenir ? Voulez-vous retrouver un poste d’entraîneur ou faire de la formation ?

On va laisser passer un peu de temps mais entraineur je ne pense pas. Aujourd’hui, je suis revenu dans ma région, j’ai envie de me poser. Par contre, je me vois bien diriger, être directeur sportif ou manager général. Ça, c’est quelque chose qui me tente et j’ai envie car je vois ce qu’il faut faire et j’ai vu ce qu’on avait besoin de faire, les manques qu’il peut y avoir… Avec les expériences passées, ça peut être quelque chose qui me botte bien.

L’AS Cannes, c’est terminé ?

Je ne suis plus au club mais j’ai encore des contacts avec des gens du club. Le poste d’entraîneur est voué à Jean-Noël Cabezas. Aujourd’hui, on va faire une pause mais j’espère que l’histoire ne se terminera pas là. On va voir comment ça se passe…

Un dernier mot ?

J’aimerais à nouveau signifier l’amour que j’ai pour ce club, ça reste mon club de cœur. Et toute cette animosité qui tourne autour de l’AS Cannes et qui fait parler, j’aimerais que les gens comprennent que c’est difficile de remonter un club. Même si on ne fait pas tout bien, on essaye de donner le meilleur de nous-mêmes. C’est facile de parler, d’ouvrir sa bouche, mais les gens qui sont en place s’investissent humainement mais aussi financièrement et je pense particulièrement à Anny Courtade. Ça mérite juste une chose : le respect.