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Nizar Boubaker, entre folie et sagesse

15/06/2017 à 12:29

A 35 ans et après quatre saisons passées sur le banc de touche de Mandelieu, Nizar Boubaker a décidé de faire un break afin de mieux se concentrer sur son rôle d’éducateur. Il est clairement l'un des personnages du football amateur des Alpes-Maritimes. Retour sur un entraîneur très particulier qui a marqué les bancs de touche par où il est passé.

« Ce qui me plaît le plus dans ce métier, c’est le partage avec les joueurs ». Les nombreux moments passés dans les vestiaires avec ses différentes équipes vont fortement manquer à Nizar Boubaker. Il est en effet passionné par le football et par ce poste d’entraîneur. « Je fais ce métier pour le vivre à fond, notamment sur le banc de touche ».

Le désormais ex-entraîneur de Mandelieu a vécu deux dernières saisons très fortes en émotion avec les séniors DHR de Mandelieu. Sa plus grande satisfaction est d’avoir réussi à construire un groupe qui s’entend bien. « Voir les joueurs venir à l’entraînement avec le sourire ne peut pas me faire plus plaisir ». Des joueurs avec lesquels il a été très proche et à qui il est très reconnaissant. Une réussite qui est le résultat d’un travail d’un entraîneur très proche de ses joueurs, à l’image de certains coachs brillants, ou ayant brillé, sur la scène européenne.

« J’admire la classe de Zidane et la sagesse de Pellegrini ». Nizar Boubaker possède plusieurs références à son poste. Mais ce qu’il aime particulièrement, c’est son personnage à lui. Un personnage qui peut s’apparenter à un certain Marcelo Bielsa. « Il est complètement fou et souvent dans l’excès. Mais c’est ce qui fait son charme », explique Greg Amaury, milieu de terrain de l’USMN DHR. Il ne tenait en effet pas en place sur le bord de terrain. A tel point que ses joueurs allaient prévenir les délégués avant les matches. Greg Amaury se souvient d’ailleurs d’une scène qui l’a marqué. « Notre latéral gauche débordait et Nizar lui a couru derrière. Du Nizar quoi ».

La philosophie de jeu de Boubaker est très simple : tout le monde attaque et tout le monde défend. Et ce n’est pas Greg Amaury qui va dire le contraire. « Ce n’est pas Nizar qui va fermer le jeu. Il va, au contraire, aller dire aux joueurs de dépasser leur fonction. Il voulait à tout prix marquer et gagner ». Car l’éducateur est un amoureux du beau jeu. En arrivant à Mandelieu en 2013, il a pris une équipe avec « beaucoup de craintes » et des « difficultés de relance ». Les latéraux ne prenaient pas les couloirs et les milieux ne se projetaient pas. Mais cela n’était plus le cas quelques mois après.

Convaincre : son atout numéro 1

Un match revient sans cesse dans la bouche des joueurs de Mandelieu : celui contre Marseille Consolat. En cas de victoire dans cette dernière opposition de la saison, le 28 mai dernier, les Mandolociens avaient une chance d’accéder à la DH. La tâche s’annonçait compliquée. Mais Boubaker est parvenu à transcender ses joueurs. « Je leur ai dit qu’on allait là-bas pour jouer la montée et gagner. Les joueurs sont partis déterminés et on a gagné ». Une prouesse qui lui avait même valu les félicitations d’un joueur de Marseille Consolat. « Il est entré dans le vestiaire et m’a dit que j’étais un monstre, un très bon coach et que mon équipe méritait de monter ».

Alain Nicosia, numéro 10 et capitaine des seniors DHR, se rappelle de la motivation que lui a transmis son coach. « On n’avait qu’une chance minime de remporter ce match, car Consolat jouait aussi la montée. Mais il a réussi à nous faire prendre conscience de l’importance de ce match ». Il a d’ailleurs même réussi à motiver et faire rentrer Greg Amaury avec… une rupture partielle du ligament croisé. « Je suis rentré et je n’ai pas cherché à comprendre. Très peu auraient pu me motiver comme ça. Il n’y en a vraiment pas deux comme lui ».

Cette force de persuasion, Nizar Boubaker l’a développé grâce à un autre sport que le football. L’éducateur spécialisé est en effet un ancien boxeur pro. Champion dans les catégories Cadets et Juniors, il a surtout été vice-champion de France à trois reprises. La boxe lui a apporté une autre vision du sport. « Ce sport m’a fait découvrir de nouvelles valeurs. J’ai appris le dépassement de soi, la débauche d’énergie et la volonté de toujours se donner à fond ». Après être monté sur les rings professionnels pendant cinq années, il a décidé de coacher les jeunes boxeurs pour leur transmettre ses valeurs. Un travail sur la formation qu’il a également exercé dans le football.

Une passion pour la formation

Avant de partir entraîner à Mandelieu, Nizar Boubaker s’est occupé des jeunes. Il a débuté son parcours d’entraîneur avec les jeunes du Pont de Grasse. Il est ensuite partie coaché les U19 de Mougins avant de s’occuper des U15 et des U19 du RC Grasse, avec lesquels il montera en excellence. François Roustan, le président du RCG, se souvient bien de lui et le côtoie toujours. Il est impressionné par le personnage. « Il fait un boulot social exceptionnel. Il est très proche des jeunes et il leur donne une très bonne éducation », salue le dirigeant. « J’ai d’ailleurs été surpris qu’après son départ de Grasse, il se soit dirigé vers les séniors et non pas vers les U17. »

Désormais, Nizar Boubaker a décidé de se focaliser à 100% sur son rôle d’éducateur de prévention spécialisé. Travailler sur les jeunes est une évidence pour lui. « J’aime la formation. J’adore motiver les jeunes et leur apprendre à croire en eux. Ce sont les flambeaux du club ». Il ne cesse de penser à certains jeunes qu’il a relancés. Parmi eux, certains sont devenus pro comme Yoann Touzghar (FC Sochaux) et Abdelkrim Ait Ouzdi (Redstar). Mais également d’autres joueurs qui sont passés de PHB à DHR. Des exemples de réussite que Nizar Boubaker doit à son abnégation et son dévouement.

Mais jongler entre son emploi et son rôle d’entraîneur devenait compliqué pour Boubaker. Greg Amaury explique ce break par la volonté de son ancien coach de ne jamais faire les choses à moitié. « Il se donne comme très peu sont capables de le faire. Mais à force il s’est usé ». Nizar Boubaker ne tire cependant pas un trait définitif sur sa carrière d’entraîneur, bien au contraire. « J’entraînerai de nouveau dans un an, je reviendrai encore plus fort ».