Départ Rivère - FournierOGC Nice

« On va s’occuper des départs, les actionnaires géreront les arrivées »

11/01/2019 à 19:02

Pendant près d'une heure, Jean-Pierre Rivère et Julien Fournier, respectivement président et directeur général de l'OGC Nice, ont présenté à la presse les raisons de leur départ du "management". Avant de quitter le club, "au plus tard, fin mai".

La voix est solennelle, claire. L’homme est habitué à prendre la parole pour lancer une conférence de presse. Costume impeccable, Jean-Pierre Rivère a, ce vendredi après-midi, annoncé son futur départ de la présidence de l’OGC Nice. A ses côtés, Julien Fournier, son directeur général et homme de confiance depuis huit ans, écoute. « Avec Julien, on a considéré qu’il n’est plus possible de manager le club comme on veut le faire », présente le futur ex-président de l’OGC Nice. Au fil d’une heure, il est rentré dans les détails de la fin de son aventure rouge et noir. « Vous le savez, c’est un secret de polichinelle. On a, depuis de longs mois, quelques tensions avec les autres actionnaires, ça fait partie de la vie d’une entreprise. C’est exacerbé en période de mercato. On avait failli partir en fin de saison dernière, on ne l’a pas fait, car on a de l’affection et beaucoup de responsabilité par rapport au club et aux salariés, qui ont permis une expérience incroyable. On a fait un mercato d’été, qui n’a pas évident. Il nous a laissé des traces de dysfonctionnement », détaille Jean-Pierre Rivère. Un peu plus tard, il donnera l’exemple de Youcef Atal, pour lequel ça a été « usant » de convaincre les actionnaires majoritaires de le recruter. « Il y a de l’immobilisme, ce point de non retour évoqué rend de plus en plus difficile la prise de décisions. Or, notre force, notre qualité a toujours été l’anticipation et la réactivité », indique Julien Fournier.

« Il n’y a pas de conflit »

La fin du mercato estival n’est qu’une pierre de plus dans un jardin qui s’effrite chaque jour davantage. « C’est important que ça se passe dans une fluidité parfaite. Elle n’est plus là, au fur et à mesure du temps. Des divergences d’opinions sont là. On a alors évoqué d’envisager l’avenir de façon différente et proposé de recruter une ou deux personnes pour nous remplacer dans nos fonctions », fait savoir Rivère. La décision de partir, latente depuis plusieurs mois, est prise ces derniers jours. « J’ai informé Christian Estrosi ce matin. Il m’a remercié pour le travail effectué et a respecté notre décision », affirme ainsi le président de l’OGC Nice.

Mais si le départ est acté, il n’est pas effectif immédiatement. « Au plus tard, ce sera fin mai. En attendant, on va bien accueillir le nouvel ou les nouveaux arrivants. On les accompagnera le temps qu’il faudra », assure le dirigeant. « On veut essayer que la transition soit la plus douce possible. On est en désaccord, il n’y a pas de conflit », complète Julien Fournier, en référence au passé et à des « claquements de porte » au moment des changements de direction. Dans un premier temps, ceux qui ont géré l’OGC Nice pendant huit ans seront donc aux côtés des nouveaux responsables. « Les actionnaires vont gérer les arrivées, nous, les départs », annonce Jean-Pierre Rivère.

En cette période de mercato hivernal, et alors que Patrick Vieira, qui a les « épaules larges », attend des recrues, ces propos sonnent comme une inquiétude dans les rangs niçois. « Toutes les cases étaient remplies », convient, par exemple, Julien Fournier, au moment d’évoquer certains transferts non réalisés cet été, en raison de « visions stratégiques différentes et d’orientations qui n’étaient pas partagées. »

Malgré ces opinions différentes, ni Jean-Pierre Rivère ni son directeur général, n’ont voulu accuser quiconque. « Les responsabilités sont partagées », conviennent-ils tous les deux. « On a travaillé de façon agréable et facile. Puis, les choses ont changé. On a la volonté de ne pas travailler dans ces conditions-là pour ne pas pénaliser le club. Je ne sais pas faire de miracle », présente le président, qui dit ne pas avoir de « regret » d’avoir fait rentrer les actionnaires sino-américains, en juin 2016. « Ce n’est pas une débandade, on ne s’est pas fait tromper. On a écrit des choses, la majorité a été respectée. Simplement, la collaboration ne nous convient plus, mais l’OGC Nice n’est pas en crise. »

« Je ne vois pas pourquoi les actionnaires feraient une grande lessive »

Les prochains mois s’avèrent toutefois incertains. D’abord, d’ici fin janvier, et le mercato, mais également sur le projet pour continuer de soutenir un club actuellement « sain ». « On ne sait pas qui va arriver à notre place. Simplement, leur objectif est de continuer le projet des jeunes. Le club est bénéficiaire, mais les actionnaires n’ont perçu aucun dividende », certifie Jean-Pierre Rivère. « Je pense que ce sont des gens intelligents. Je ne vois pas pourquoi ils feraient une grande lessive, ils sont assis sur un club qui marche bien, qui peut s’améliorer. J’espère qu’on n’a pas fait tout le travail pour retomber dans les années grises. Il n’y a pas que nous qui sommes capables de gérer le club. »

Une institution que le duo Rivère-Fournier aura, quoiqu’il arrive, marqué de son empreinte. « Il y a eu du bon et du moins bon, mais je ne garderai que le positif », clame le président. « J’avais pris un engagement, celui de faire grandir le club, de viser la première moitié du championnat et, de temps en temps, de toucher l’Europe. On a bâti les fondations, mais je ne peux pas rester 20, 30 ans. Le foot est usant. J’ai plein de projets. J’ai une certaine tristesse de quitter le club et les gens qui le composent, mais j’ai envie de vivre », développe-t-il.

L’aventure est proche de se terminer, car « soit les actionnaires changent, soit le management change », mais ces huit ans ne laissent pas insensibles à l’heure de tourner la page. « Mon passage à l’OGC Nice a été une formidable expérience. Ca m’a rendu très heureux, j’ai rencontré des personnes très bien. Quand j’ai pris l’OGC Nice, c’était un vrai challenge. A vous (les journalistes) de faire le bilan. Pas à moi. Une chose est sûre, avec Julien, on a servi le club, on ne s’en est jamais servi », conclue Jean-Pierre Rivère.

Tom Mollaret

Crédit : L’Equipe