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Pablito Rodriguez : « Si je gagne un titre à Nice en tant qu’entraîneur, je peux mourir tranquille »

27/02/2018 à 10:20

Samedi 17 février, lors de l'entre-deux tours européen, dans un café du Vieux-Nice, Pablo Rodriguez, 40 ans, a accordé à Actufoot06 une longue interview. Avec beaucoup de soin, dans un Français qu'il maîtrise parfaitement, l'ancien milieu offensif de l'OGC Nice a raconté son amour pour le club rouge et noir. Une preuve de plus ? L'autocollant qu'il a acheté à la boutique officiel pour coller sur sa tasse de maté. Devenu entraîneur dans son Amérique du Sud natale, "Pablito" est revenu s'installer sur la Côte d'Azur. Humble et respectueux du travail réalisé par Lucien Favre et son groupe, il a confié quel serait son plus grand rêve... En attendant, il recevra, vendredi, à l'occasion de la rencontre OGC Nice - Lille, le trophée de l'Ancien Aiglon, après avoir été mis à l'honneur lors d'un "Raconte-moi.." au café des Aiglons.

Ca y est, vous êtes de retour à Nice…

Je suis très content d’être ici. J’avais promis le jour de mon départ de revenir vivre dans cette ville magnifique. J’adore Nice, j’ai plein de souvenirs. Et je tiens toujours mes promesses, donc je suis très content d’y revenir. À l’époque, lorsque je suis arrivé ici, j’étais venu pour le football. Nous étions d’ailleurs montés en Ligue 1. Au moment où je suis parti, je m’étais promis à cette époque qu’en France je ne porterais que le maillot de l’OGC Nice. C’est d’ailleurs pour ça que lorsque Saint-Etienne et Metz m’avaient approché, j’ai refusé afin de tenir ma parole.

Aujourd’hui, qu’est ce qui a fait que c’était le bon moment de revenir ?

Il y a plein de choses. D’abord les sentiments que j’ai envers cette ville où je me sens chez moi. Je sens aussi la chaleur, avec beaucoup de respect, de ma Brigade Sud. J’adore tous les supporters niçois, mais la Brigade Sud a toujours été tellement gentille que l’amour qu’elle porte à mon égard est totalement réciproque. Je suis aussi venu ici pour le travail. Je suis entraîneur en ce moment, j’ai travaillé trois ans en Amérique du Sud principalement en Uruguay. D’abord j’ai commencé en tant qu’adjoint au côté de Marcelo Gallardo, puis j’ai été tout seul à la tête du Cerro Montevideo et au Danubio Futbol Club. Je pense que c’est le moment de continuer d’apprendre et à grandir. J’ai de la chance d’avoir des amis ici, que j’ai eu au téléphone et qui m’ont conseillé de venir en France. La deuxième raison, j’ai un frère argentin Gaston Maza (entraîneur de l’équipe D de l’AS Monaco). Nous avons souvent parlé ensemble, et il m’avait dit de revenir à Nice. Aujourd’hui, il travaille avec des joueurs, et on se donne des conseils. Maintenant je suis là, j’adore le football, je veux continuer de travailler pour ce sport et il faut que je sois sur la pelouse et non en tant que manager ou impresario. Mais on verra. Je suis content d’avoir pris la décision de revenir ici, cette ville pour moi veut dire pleins de choses. Je suis arrivé ici très jeune, j’ai passé pleins de bons moments à l’OGC Nice, un club que j’adore. C’est dans cette ville aussi que j’ai appris malheureusement le décès de mon père et quand je suis parti en Argentine, c’était un moment très dur pour moi. A mon retour, je me suis vraiment senti chez moi à Nice. Plein de monde était venue me soutenir, notamment la Brigade Sud qui, pour le match d’après, avait fait une banderole pour moi et c’est quelque chose que je n’oublierai jamais.

Qu’allez-vous faire à Nice ?

Si je parle avec mon coeur, j’aimerais rejoindre l’OGC Nice, pour l’aider. Et devenir un jour, peut-être, l’entraineur de l’équipe. Mais d’abord, je dois continuer à me former, même si j’ai déjà passé trois ans au niveau professionnel.

Ce ne serait pas dès la saison prochaine.

Non, je ne pense pas que ce soit encore le moment, parce qu’il y a des gens au club qui sont très compétents comme Frédéric Gioria. Je pense que le moment viendra où je pourrai diriger l’équipe première. De toute façon, le club ne m’a pas contacté. Mais certains clubs amateurs m’ont contacté depuis la parution de l’article Nice-Matin où ils annonçaient mon retour, pour avoir des rendez-vous, mais pour l’instant, la priorité va à l’OGC Nice. Moi, je me sens vraiment attaché au club et à ses supporters. Si éventuellement, je parviens à être l’entraineur de l’équipe première, je serais aussi honnête avec moi-même et avec le public. Déjà, il faut que le public soit totalement identifié avec la façon de jouer de l’équipe. Et si un jour je suis amené à signer un contrat de 2 ou 3 ans, je m’engagerais à gagner quelque chose avec l’équipe. Les supporters le méritent et si on n’y arrive pas, je partirai de moi-même. Je pense que le club s’est beaucoup développé avec son nouveau centre de formation et son nouveau stade, que je trouve très beaux, même si j’adorais le stade du Ray. La dernière fois que j’ai donné le coup d’envoi dans le stade pour Nice -Rennes en 2016, les supporters ont fait une banderole pour moi, où il y avait écrit « Pablito, benvenido a tu casa », ce qui m’a ému. Après j’ai pu voir dans le musée du sport qu’il y avait aussi mon maillot au club. Maintenant, si Nice me propose quelque chose, on verra. Mais bien sûr que je vais continuer de travailler dans le monde du football. Je tiens à remercier les équipes amateures qui m’ont contacté aussi, pour me proposer de travailler avec eux. Pour le moment, je viens d’arriver, je me sens vraiment bien et je vais prendre la meilleure décision possible.

« Notre histoire d’amour avec les supporters a commencé sur un coup-franc… »

Être entraîneur de l’OGC Nice, ce serait le poste de rêve ?

Notre histoire d’amour avec les supporters de l’OGC Nice a commencé sur un coup franc que j’ai eu de la chance de mettre. On a vécu beaucoup de choses. Mon rêve serait d’être un jour entraîneur de Nice et de gagner quelque chose. J’ai eu la chance de monter en tant que joueur, si je peux gagner un titre en tant qu’entraîneur, je pourrais mourir tranquille. Mais d’abord, je pense que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre.

N’avez-vous pas peur qu’en temps qu’entraîneur, votre image avec les supporters se dégrade si les résultats ne sont pas là ?

Non pas du tout, je pense que ça passera au-dessus. Le fait de perdre des matchs, ça énerve, c’est normal. Si les supporters réussissent à reconnaître le travail que l’on fait avec l’équipe, il n’y aura pas de problème. Puis tout est une question de chance aussi. Je ferais tout pour provoquer la chance, on fera le travail qu’il faut pour avoir de bons résultats. Il y a des détails qui font la différence. Il faut passer 3-4 heures de plus à la fin de l’entraînement, discuter avec les joueurs. Il faut toujours être honnête, les gens ne sont pas bêtes, ils voient le travail qui est fait. La meilleure publicité, ce n’est pas dans le journal, c’est ce que disent les joueurs. Il faut être des exemples de vie pour les joueurs aussi, par le comportement. La vie et le foot, c’est pareil, d’ailleurs. Si quelqu’un dit le contraire, je ne sais pas ce qu’il sait de la vie, mais le foot, il n’y comprend rien.

Si avec l’OGC Nice, ça ne se fait pas pour l’instant, pourriez-vous entraîner dans des clubs amateurs ?

Oui, j’ai la chance d’avoir du temps pour prendre une décision correcte. Je ne suis pas arrivé ici en me disant que j’allais travailler demain. Si Nice n’a, pour l’instant, pas besoin de mes services, je continuerai à aller au stade et je pourrais entraîner des clubs amateurs. Il faut toujours rester professionnel, quel que soit le club, ça donne du travail, ce qui est le plus important. Mais dans le football, je dis souvent que si tu ne fais pas de compromis, tu ne peux rien faire. Si tu as un poste qui te plaît, c’est un plus. Mais il faut travailler, peu importe où. Je comprends tout à fait cela, car je viens d’une famille très démunie. Depuis que j’ai commencé à être professionnel, à 16 ans, j’ai eu la chance de travailler dans des clubs que j’aime, mais s’il faut attendre, je pourrais travailler ailleurs dans la région.

Pablito a retrouvé le maillot qu’il chérit. Crédit photos : Actufoot

Que pensez-vous de l’OGC Nice actuel ?

Le club a beaucoup grandi depuis ces dernières années, et en ce moment l’équipe est allé tellement vite pour s’améliorer que, maintenant, on en attend toujours plus. Mais ils ont déjà fait de belles choses. La différence se fait sentir, parce qu’il y a peu de joueurs de niveau international, à part, par exemple, Balotelli, mais il y a des jeunes qui vont le devenir. Il faut leur donner du temps. Tout ce que je dis ne sont pas des critiques, car ça ne me plaisait pas quand j’étais joueur, je m’exprime avec beaucoup de respect. L’OGC Nice est un club formateur. Maintenant, il faut monter deux marches en plus pour continuer à progresser.

Ça vous a fait quoi de voir Mario Balotelli à Nice ?

Ils sont tous bons, ils ont tous de l’expérience et la qualité. Quand j’en parle avec des amis, on se demande pourquoi Balotelli coûte 10 Millions et les autres un million. Et tout s’explique en match, il a absolument la même tranquillité à l’entraînement qu’en match. Il ne loupe pas. Il a la grinta et la mentalité aussi, pour savoir que chaque match est une finale. Il ne faut pas perdre, sinon tu es dehors. Il faut quand même comprendre que c’est une équipe jeune qui accède quand même à une coupe d’Europe.

« A mon arrivée à Nice, Frédéric Gioria m’avait invité chez lui et m’a présenté sa famille »

Que pensez-vous de Lucien Favre ?

C’est un entraîneur très sérieux, qui a déjà travaillé longtemps en Europe. Je pense qu’au niveau tactique il travaille beaucoup sur la vidéo. C’est une bonne chose qu’il fasse jouer les jeunes. Maintenant, il faut voir ce qui va se passer en championnat. Je pense que c’est un très bon entraîneur, tout comme Claude Puel avec qui j’ai eu la chance de discuter et d’échanger. Il y avait des points que l’on partageait, et pas d’autres, mais c’est la meilleure façon d’apprendre, pour être, chaque jour, meilleur. Que ce soit dans le foot ou avec les gens qui sont autour. Dans la vie, il faut être honnête, car on sait qu’on peut se tromper.

Quel souvenir gardez-vous de l’OGC Nice, il y a 15 ans ?

D’abord, c’est mon arrivée au club. Je ne parlais pas un mot de Français mais Frédéric Gioria m’avait pris sous son aile. Il m’a invité à manger chez lui et m’a présenté toute sa famille. Ensuite, c’est l’ambiance que l’on avait dans les vestiaires, qui était très bonne. Je me rappelle qu’à un moment de la saison, j’avais pris un kilo en plus. L’entraîneur m’avait un peu engueulé, j’étais jeune et je lui avais répondu qu’avec un kilo en plus, je pouvais jouer pareil. Nous faisions la mise au vert, j’étais assis à coté de Lionel Prat (attaquant de l’OGC Nice, NDLR), un ami à moi, et je voulais me servir des pâtes. Lionel me dit non, qu’il fallait que je perde un kilo. Je lui dis qu’il est fou, que j’avais faim et il me répond « non non tu ne vas pas jouer avec ça, on a besoin de toi ». À la fin, j’ai compris que c’était une blague, mais pas complètement. Je me suis rendu compte que Lionel ne se foutait pas de l’équipe et du jeu, sinon il m’aurait donné du vin et des pâtes. Mais c’était un exemple, quelqu’un de très professionnel, un grand buteur et une excellente personne. Il y a eu Bruno Valencony aussi. Et aussi Fabio Cinetti, qui n’a presque pas joué, mais a toujours aidé pour la montée. Même s’il était peu sur le terrain, il a vite compris qu’il était aussi important pour l’équipe. Je lui tire mon chapeau car il a fait du beau travail aussi.

Quel regard portez-vous sur la Ligue 1 ?

La dernière année, j’ai fini ma mission en Uruguay et je suis resté sept mois sans travailler. J’étais sous contrat avec Canal+ Argentine, pour être commentateur. J’ai fait 4-5 matches du championnat argentin, puis j’ai demandé la Ligue 1. Ils ont dit oui, même s’ils ne comprenaient pas car le championnat local est davantage regardé. Mais ça m’a permis d’être au courant des changements dans chaque équipe. Et l’équipe que j’ai le plus souvent commenté a été Lyon. J’ai pu voir une jolie équipe qui joue bien, qui met une bonne pression sur ses adversaires, à jouer sur le haut de terrain. Ils ont des joueurs assez intéressants, comme Nabil Fekir et le jeune Aouar qui sont deux joueurs de talent. Marseille également joue bien, avec Luiz Gustavo au milieu, qui apporte quelque chose de différent. Je pense aussi que l’Europe change la tête des personnes qui veulent vraiment s’améliorer, comme Lucas Ocampos. Ce joueur a eu beaucoup de mal la première fois qu’il est arrivé à Monaco. Quand il est parti à Marseille, et c’était la première fois que je lui ai parlé, je lui ai dit que ce qui était important, en dehors du physique et de la technique, même si ce sont des conditions fondamentales, c’était le mental. Il l’a compris, c’est pour ça qu’aujourd’hui il joue régulièrement à Marseille. Pour jouer en D1, il faut avoir quelque chose de plus que ceux qui jouent dans la rue. Pourtant, certains jouent très bien dans la rue, mais, dans la tête, ils n’ont pas la mentalité pour être professionnel. Ca fait trois ans que je suis entraîneur, et je parle beaucoup pour s’améliorer. Les petits détails font les grandes différences.