La Trinité

Philippe Caristo : « J’officialise ma démission »

08/03/2018 à 18:28

Président de La Trinité SC depuis juin 2017, Philippe Caristo quitte la formation de l'Est niçois. Il explique les raisons qui l'ont poussé à prendre cette décision.

Huit mois après votre arrivée à La Trinité, quelle est la situation ?

C’est un gâchis total. J’étais venu avec un ambitieux projet basé sur quatre ans. Je me suis retrouvé confronté à la réalité des faits, mon projet n’était pas en adéquation à La Trinité. J’ai trouvé un club avec 70 licenciés qui jouaient au ballon, sans équipe U19, ni U17, ni féminines. Les U15 étaient tous partants à Drap, avec leur coach. Il y avait un cheptel de huit gamins en foot animation et un seul arbitre. J’ai un bilan qui parle, avec 300 licenciés, une équipe dans chaque catégorie, six arbitres. On a essayé de faire au mieux, mais confronté à d’innombrables problèmes. Je n’avais pas vocation à porter tout seul un club pour le faire grandir. Je n’ai jamais fait de politique et n’en ferai jamais. Je ne dis pas le contraire de ce que je pense. Il a été écrit que les installations étaient aux normes, j’invite à monter au stade. Il n’y a pas d’autre vérité.

Pour évoquer la saison, les débuts de la D1 ont été très bons.

C’est vrai, puis on a vraiment joué de malchance. Après le match de Vence, lors duquel l’équipe était au complet et face à qui on est tombé sur un adversaire qui a mieux joué et nous a remis les idées en place, on a plusieurs joueurs blessés. Samir Ben Moussa a deux côtes cassées, Walid Laamara se fait les ligaments croisés, Julien Audel se blesse au ménisque, Julien Esposito ne joue plus pendant cinq matches car il se fait un truc à la cheville. Au PSG, on enlève Neymar, Cavani, Verratti et Thiago Silva, ce n’est plus la même équipe. Aujourd’hui, Laamara et Ben Moussa n’ont toujours pas repris. Audel a un rapport points acquis-matches joués importants. Lors des 3-4 derniers matches, on n’a pas eu notre gardien titulaire, qui s’est blessé au doigt, on a joué de malchance.

Deux matches ont choqué récemment, avec des tensions lors des rencontres face à Saint-Sylvestre et le FC Antibes.

Je n’y étais pas, car j’ai pris du recul et que j’étais à l’étranger. Je ne cherche pas à minimiser les fautes de comportement si elles ont été commises. La seule chose que je prône, c’est l’indulgence et la compréhension. Quand tu as des joueurs qui se font rentrer dedans, qui ont des côtes cassées, et que le fautif ne prend pas de carton, alors que toi, pour un simple coup d’épaule ou une parole, tu es exclu et suspendu trois matches, il y a une frustration. Elle est peut être émise par une injustice ressentie. Est-elle vraie ou pas ? Je ne sais pas, car c’est le ballon. Mais je peux comprendre, car, sur certains matches, il y a des décisions arbitrales que je n’ai pas toujours comprises.

Ca n’excuse pas le mauvais comportement, si ?

Bien sûr, mais au lieu d’appliquer des circonstances aggravantes, elles devraient être atténuantes. Je pense au match de Carros, alors que je suis très ami avec l’entraîneur du club. Au bout de six-sept minutes, Nassim Ben Haddou se fait défoncer la cheville et ne rentre plus, mais il n’y a même pas carton. Nous, on a un joueur qui fait un coup d’épaule à l’extérieur de la surface et se fait exclure. J’ai été joueur de ballon, je ne me serais pas retrouvé avec les décisions actuelles des arbitres. Ils sont formatés pour délivrer un maximum de sentences administratives et financières. Je suis un passionné, donc un arbitre a le droit de se tromper, de faire toutes les fautes du monde, car un joueur en fait. Mais s’il est capable de dire, « effectivement, je me suis trompé, mais c’est comme ça, c’est le foot », ça annihilerait toutes les violences verbales. Or, là, en plus de faire la faute, il vous prend de haut. Ca ne fait qu’attiser cette frustration. C’est pour ça que j’ai pris du recul et que je ne leur parle pas, hormis « bonjour », « bon match », « merci, au revoir ».

Depuis le début de l’année, il y a eu le départ de Rachid Bourhan (entraîneur adjoint) et de Youssef Meftah (entraîneur général).

En effet. Pour évoquer surtout Youssef, c’est quelqu’un d’entier, il m’a suivi parce qu’il a cru en mon projet. Dès le début, on s’est rendu compte qu’on n’a pas été les bienvenus. On ne nous a pas donné les moyens de faire grandir ce club. On nous a même mis des bâtons dans les roues. Comment expliquer que le club de foot, qui est le premier en terme de licenciés dans la ville, n’ait jamais eu d’entretien avec l’adjoint aux sports, malgré les sollicitations verbales ou par mail. Je n’ai jamais eu un retour. On s’est rendu compte que c’était mission impossible. Aujourd’hui, j’officialise ma démission, mais elle était entérinée avant mon départ en vacances, dès le 8 février.

Partir en vacances en pleine saison, ça surprend, notamment pour Mohamed Ben Haddou.

Il avait passé la main depuis un bout de temps, car ce n’est pas facile pour lui. On lui a annoncé en décembre qu’il perdait son emploi et son logement. Les gens ont bien vu que bien avant de partir en vacances, depuis le match de Carros, Dany Trapler avait repris l’équipe Une en main. Il était convenu que nous ferions un point à notre retour de vacances, si j’étais revenu sur ma décision. Cela dit, Momo est toujours parti à la même période, avant mon arrivée et continuera de le faire après mon départ.

Qu’est-ce qu’il va advenir de la Trinité, avec votre départ et celui de Youssef Meftah ?

En toute humilité, la question que je me pose est s’il serait reparti cette saison si je n’étais pas arrivé.

Le club peut mourir ?

Malheureusement, j’ai pris un club sous assistance respiratoire, avec, je le rappelle, 70 licenciés. On a aujourd’hui une équipe dans toutes les catégories. Or, je ne suis pas venu en étant le pourvoyeur de deniers d’un club de foot.

Qu’allez-vous faire ?

Je vais essayer de reprendre du plaisir dans le ballon, aller voir des matches de plusieurs équipes. Si la mairie n’est pas derrière toi, tu ne peux rien faire. Il y a une grosse main-mise sur les clubs. Ce n’est pas possible qu’on puisse dire à un président de club, vous faites comme ci et pas comme ça. C’est intolérable pour moi. Je les remercie. Je dis à La Trinité ville active et sportive, bonne chance, en espérant que le club grandira. Mais si des gens comme Youssef qui connaissent la jeunesse, sont là pour aider, en donnant de leur temps sans trouver de retour, c’est que, quelque part… (il ne termine pas sa phrase) Il n’y a rien de plus vexatoire ou humiliant de ne même pas être entendu. Tu es face à un mur.

Que va faire Mohamed Ben Haddou ?

Je ne sais pas. Il est sans emploi, dans un club en cessation de paiement. Depuis que je suis arrivé, j’ai vu rentrer 3000 euros d’un sponsor. Le solde de la saison antérieure venait d’être versé par la mairie, soit 20 000 euros, pour apurer les comptes. Il n’y a pas d’argent qui est parti de manière inconsidérée.

Crédit : Actufoot06