Interview

Pierre Lees-Melou (OGC Nice) : « J’ai encore l’esprit foot amateur »

09/02/2018 à 17:38

Devenu professionnel il y a moins de trois ans, Pierre Lees-Melou est un pur produit du football amateur de Gironde. Le milieu de l'OGC Nice de 24 ans a raconté ses années dans ce milieu où il conciliait travail et football. De beaux souvenirs pour l'ancien joueur de l'US Pierre-Monsoise, du Langon FC et de Lège Cap-Ferret.

Aujourd’hui, vous êtes à l’OGC Nice, vous vous rendez compte du chemin parcouru depuis l’US Pierre-Monsoise ?

Oh p**** (rires) C’est vrai que des fois, on fait des rappels comme ça avec mes potes, mes parents ou ma famille. On se dit t’imagines il y a trois ans t’étais là, il y a cinq ans t’étais là. C’est vrai qu’on remonte tout ça, ça fait loin et en même temps court. C’était il n’y a pas si longtemps que ça, le foot amateur. Oui, je me rends compte et c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai cette attitude où j’ai toujours le sourire et je ne me prend pas la tête, parce que je sais que je viens de loin et que j’ai une grande chance d’être ici. Donc je savoure chaque moment et je profite de tout ce que j’ai à prendre.

Il y a cinq ans, vous jouiez en DH..

Oui c’est ça, on jouait la montée en CFA 2 (rires). J’ai fait deux ans en CFA2, puis après, je suis parti à Dijon, c’est allé vite.

En Coupe Gambardella, le Langon FC avait réussi à battre Niort. Un exploit pour Pierre Lees-Melou (derrière le gardien) et ses coéquipiers. Crédit : DR

L’US Pierre Monsoise, les débuts, vous en gardez quoi ?

Saint Pierre de Mons, c’est là que tout a commencé, c’est là où mes parents habitent toujours, donc c’est mon village. Je suis d’ailleurs toujours en contact là-bas. Je n’ai que des bons souvenirs.

Vous êtes la star de la commune ?

Non, pas la star, mais bon, c’est vrai que le maire m’envoie souvent des messages, il m’appelle de temps en temps pour faire des sortes d’action de réception. Là je sais que le maire construit un City et il veut le mettre à mon nom. C’est vrai que ce sont des choses qui font bizarre, mais je suis très content d’essayer de leur rendre la pareille du mieux possible.

Avez-vous dit oui pour le nom ?

J’ai dit oui, j’étais un peu gêné parce que ça fait un peu gros d’avoir un City à son nom (rires), mais bon ça lui tenait à coeur. L’inauguration est cet été. En plus, c’est le jour de mon anniversaire, le 25 mai, donc bon ça me fera un joli cadeau.

Ce sera stade Pierre Lees-Melou ou stade PLM ?

Non Pierre Lees-Melou (sourires). PLM, ça aurait été mieux, ça aurait été plus discret, mais il va mettre Pierre Lees-Melou.

Avez-vous encore des contacts avec des joueurs avec qui vous étiez à Saint-Pierre ?

Bien sur. A chaque fois j’essaie de ramener des souvenirs, comme des crampons comme ça ceux qui font ma taille peuvent en profiter. Ca me tient à coeur, d’autant que j’ai connu justement le foot amateur. Je sais ce que c’est de payer des paires à 200-250 euros. Or, on a la chance de ne pas payer nos paires donc autant essayer de faire profiter mes potes.

Vous avez poursuivi votre carrière à Langon, avant et après les Girondins de Bordeaux.

C’est vrai. J’ai passé du temps là-bas, parce que j’y ai fait toute ma formation. Ensuite, il y a eu l’épisode des Girondins, puis je suis revenu deux ans. C’était pratique pour moi, j’habitais juste à côté. Je leur dois beaucoup également.

La position idéale du buteur. Crédit : DR

Quelles étaient vos qualités à ce moment là ?

C’était surtout pas le physique (rires), parce que j’étais vraiment tout petit, le plus petit de l’équipe jusqu’à mes 18 ans. C’était la technique, la vision du jeu puis je marquais pas mal de buts. J’étais un buteur quand j’étais petit (rires). J’avais plus de facilité devant le but qu’aujourd’hui.

C’était des bons moments à vivre ?

Ouais franchement c’était de super moments. Je me rappelle que les enfants s’entendaient bien, les parents aussi. Il y avait souvent des repas à la fin. Ma mère faisait des albums photos donc ça nous arrive, de temps en temps, de les reprendre.

Y-a-il un moment en particulier dont vous vous souvenez ?

Beaucoup. Une fois, je me rappelle, par exemple, quand on était en benjamin et qu’on a gagné le tournoi Footbalito. Pour vous, ce n’est pas grand chose, mais, quand on était petit, c’était énorme. C’était un tournoi où il y avait toutes les équipes de Bordeaux et de campagne et le gagnant remportait une semaine tous frais payés à Cap Girondins, un stage. On l’avait gagné, on était super content. C’est vrai qu’il y a des souvenirs comme ça qui restent alors que, maintenant, ce n’est pas grand chose par rapport à ce qu’on fait..

C’était juste la bande de pote qui s’éclatait et qui jouait au foot ?

Prêt pour les Girondins… Crédit : DR

C’est exactement ça et qui après se retrouvait d’un coup à Cap Girondins. A cet âge-là, on ne pense à rien d’autre à côté, on vient, on joue au foot, on rigole et on repart. C’était le bon temps, ça l’est toujours.

Comment s’appelaient les amis ?

Alors là on avait une petite bande, Thierry Fonquernie, que j’ai vu il y a quelques jours à Nice, il y avait Florent Maindron, Thibault Vincent, Soufiane Bahassa, Yassine Bahassa le frère, il y avait tout le monde.

Ils jouent encore aujourd’hui ?

Florent ne joue pas, les autres sont à Langon, d’autres au Stade Bordelais. Après, ils s’éparpillent. Ils jouent tous en amateur par contre, aucun n’a réussi à percer.

Êtes-vous encore en contact avec eux ?

Ouais ouais, je suis toujours en contact par les réseaux sociaux, Snapchat, Instagram. Tout ça, c’est pratique. Sinon, quand je rentre, j’essaie toujours d’aller faire un saut, surtout quand il y a des matches, j’essaie d’aller soit à Langon ou à Lège-Cap Ferret, mon ancien club. En même temps, je revois un peu tout le monde ça fait toujours plaisir.

Après les Girondins, il y a eu Mérignac et Lège-Cap-Ferret. Cette période de DH – CFA2, quels souvenirs en gardez-vous ?

À Mérignac, je n’ai fait que 6 mois parce qu’ensuite Lège est venu me chercher. Ils jouaient la montée, c’était le milieu de saison, mais ils ont eu du mal à me faire venir, ils ont eu besoin de trois rendez-vous pour se mettre d’accord.

Parce que vous demandiez trop ?

Ce n’est pas que je demandais trop. Je n’étais pas trop gourmand mais moi je voulais quelque chose derrière par contre. Je voulais un boulot parce que, forcément si j’allais à Lège-Cap-Ferret, c’était assez loin de Bordeaux, donc je ne pouvais pas me permettre de faire la route juste pour jouer. C’était bien beau de jouer au foot, mais il fallait vivre à côté, donc j’avais demandé un boulot. Les deux premières fois, ils m’avaient dit non. Le club donnait un peu de fixe, mais, sans boulot, ça ne m’arrangeait pas. Je n’étais pas un joueur pro, donc il fallait que je travaille. A la troisième fois, ils m’avaient trouvé un poste à la mairie pour travailler avec des enfants dans une école primaire. C’est tout ce que j’adorais. On s’est mis d’accord, c’est pour ça que j’avais signé là-bas. Maintenant, je ne regrette pas, parce qu’on était monté, ce qui était leur objectif. La première année de CFA 2 était compliquée. Je n’avais pas été bon du tout.

Debout, au centre, le regard vers l’objectif. Toujours… Crédit : DR

Pour quelle raison ?

Crédit : DR

Le changement de niveau. C’était la première fois que je jouais en CFA2. Forcément ce n’était pas la DH, c’était un peu plus « professionnel ». DH, ça faisait foot amateur tandis qu’en CFA2, on rencontrait des équipes où il y avait des joueurs qui ne faisaient que ça, qui avaient des contrats. Ca faisait bizarre. Il a fallu le temps d’adaptation. Du coup, la deuxième année, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. Soit tu essaies de faire quelque chose cette année pour essayer de jouer plus haut, et je voulais jouer plus haut. Pas en Ligue 2, non plus. Je voulais essayer la CFA ou peut-être le National. Je me suis dit, « essaie de gratter quelque chose un peu plus haut mais pas pro ». A ce moment-là, être pro, ça ne m’était jamais passé par la tête. C’est pour ça que je me suis mis un coup de pied aux fesses. Je me rappelle d’une discussion de famille où, au début de la saison, j’avais dit à mes parents et mon frère, avant que la dernière année de CFA2 commence, c’est cette année ou jamais. Je mettais toutes les chances de mon côté, je vais essayer de bien bosser et je fais quelque chose. Autrement, ben, le foot ça sera ma DH, ma CFA2 et ça ne bougera pas. J’aurai ma petite vie et mon petit travail et puis voilà. Finalement, ça m’a souri, j’ai fait un gros début de saison, j’ai marqué pas mal de buts et on connait la suite.

À cette époque-là, ça vous suffisait ?

Franchement, ouais, moi je le dis toujours, je suis plus heureux en étant footballeur, mais ma vie d’avant me plaisait très bien. Je me levais un peu tôt pour aller travailler pour ouvrir l’école, c’était le seul regret (rires). Mais, sinon j’adorais travailler dans l’école et rentrer le soir pour m’entrainer. Cette vie, j’aimais beaucoup, donc ça ne m’aurait pas dérangé de le faire encore, mais bon, quand on compare à ma vie aujourd’hui, il n’y a pas photo.

Tout est une question d’équilibre. Crédit : DR

Avec la médiatisation est-ce qu’il y a des petites choses qui vous manquent du monde amateur ?

C’est difficile de se plaindre aujourd’hui, on a une situation rêvée. Je pense que tout le monde rêverait d’être à notre place. Après, certes, on est pro on est devenu plus connu, mais il n’y a pas grand chose qui a changé pour moi. Je suis resté le même. Je le dis toujours que j’ai encore l’esprit foot amateur. Je ne suis pas comme l’image présumée qu’on a des footballeurs professionnels dont on pourrait croire qu’ils se la pètent. Déjà, ça c’est faux et pour moi encore moins. Je prends toujours le temps de répondre dans la rue ou même sur les réseaux sociaux. Je ne me prends pas la tête.

Suivez-vous le championnat de DH ?

Est ce que je suis plus les championnats de CFA2 que la Ligue 1 ? Quand même pas, mais je garde toujours un oeil, parce que mes potes jouent dans différents clubs de DH ou de CFA2. A chaque fois, on s’envoie des messages pour savoir ce qu’ils ont fait, qui a marqué.

Allez-vous voir des matches de temps en temps ?

Dés que je peux, quand c’est la trêve internationale, puisque je rentre toujours à Bordeaux. Si, par exemple, je rentre et que le samedi, ou le dimanche, il y a un match je vais y passer, pour voir les copains, pour voir les présidents et tout le monde. Les clubs sont toujours contents de me voir en plus, donc j’y vais avec plaisir.

Ça fait du bien ?

Oui. Ca fait rester les pieds sur terre. Même si on les a déjà, au moins on n’oublie pas d’où on vient. Ca permet de revoir tout le monde. Et puis ce que j’aime bien, c’est que dans ces clubs-là, pour eux rien n’a changé, on n’est pas le Pierre Lees-Melou qui joue en Ligue 1, on est toujours le même qui joue avec eux et ça, c’est cool.


(rires) Je peux vous dire qu’ils ne me ratent pas. Ce sont les premiers à me chambrer et justement tant mieux. Moi je leur dis toujours c’est pas parce que je joue en Ligue 1 que vous devez changer vis-à-vis de moi, restez pareils. Je peux vous dire que mes vrais potes, puisqu’on est un groupe, ils m’allument dés que je rate un truc ou que je peux tomber, ils vont me sortir la vidéo et m’allumer derrière. C’est cool, on rigole, ça chambre pas mal.

 

Pierre Lees-Melou en mode capitaine. Crédit : DR