Coupe de France7e tour

Rosette Germano (ASCC) : « Il faut bien profiter »

12/11/2017 à 10:21

Avant le 7e tour de Coupe de France, contre le Gazélec Ajaccio, ce dimanche, à 14 heures au stade Sauvaigo, Rosette Germano, l'entraîneur de l'ASCC, a longuement exprimé son ressenti sur cette rencontre particulière. Entre gestion des corps, des esprits, des hommes ou de la logistique, la coach a détaillé la préparation de ce rendez-vous.

Comment vous vous sentez avant ce 7e tour de Coupe de France ?

On a tous hâte d’y être comme à chaque match. Toujours l’excitation qui arrive le vendredi pour le dernier entraînement, puis il y a le match. On sait qu’il y a eu une grosse préparation derrière de tous les bénévoles, du président, de tous les dirigeants. On sait que c’est un match qui est attendu par le club et par la ville, donc on a envie d’y être.

Depuis deux semaines que vous connaissez le tirage au sort y a-t-il une excitation qui monte ?

Il y a une émulation particulière parce qu’on reçoit le Gazélec Ajaccio. Étant donné l’ampleur de l’événement, puisqu’il y a un cahier des charges de la fédération qui est très stricte, c’est important pour recevoir un club professionnel. Ça a demandé beaucoup de travail en interne, beaucoup de réunions pour qu’on puisse jouer chez nous. Ça a demandé beaucoup de travail des bénévoles et de l’ensemble du club.

Recevoir à Sauvaigo c’est une fierté ?

Oui, parce que tous les Cagnois et le club avaient envie de recevoir, plutôt que d’aller dans un club voisin. C’est une fierté d’accueillir une équipe de ce calibre à Sauvaigo.

Depuis deux semaines je suppose que vous avez regardé plus attentivement que d’habitude la ligue 2 et votre adversaire ?

Oui bien sûr, d’habitude quand on fait une préparation de match, en championnat, on n’a pas de vidéo, on n’a pas d’appui, donc on essaye de se renseigner grâce aux relations qu’on a avec les autres entraîneurs. Et là, l’avantage qu’on a c’est qu’on a un support vidéo et qu’on va pouvoir voir comment ils jouent. C’est une équipe très changeante, qui a un très bel effectif. Quand on regarde sur le papier, la plupart sont des internationaux et où ils ont joué en Ligue 1. On s’attend à jouer une grosse équipe.

Ils ont notamment une grosse base défensive…

Oui. Je ne sais pas après qui jouera, car ils ne peuvent pas tous jouer. Mais, quelle que soit l’équipe alignée en face de nous, ce sont des professionnels et qui ont une expérience que nous n’avons pas. On a une équipe très très jeune, mis à part quatre ou cinq joueurs qui ont un peu plus d’expérience en terme de niveau et d’âge. J’ai beaucoup de 19-20-21 ans. Ca va être leur premier gros match à gérer.

« Je ferai mes choix en mon âme et conscience »

Vous sentez qu’il y a de la pression ou de la tension qui monte chez les joueurs depuis la rencontre de Port de Bouc ?

Non, il n’y a pas de pression. Je pense que la pression, elle sera quand on rentrera sur le terrain, et qu’ils verront le contexte avec le monde autour. Là, je pense qu’ils l’auront. Pour l’instant, on travaille aux entraînements avec discipline et rigueur. On est investi, comme à chaque match.

Plus d’envie probablement ?

C’est sûr que c’est un match prestigieux, et qu’ils veulent tous y participer. Si je pouvais tous les convoquer, je le ferais, mais je peux n’en prendre que 16. Je ferai mes choix en mon âme et conscience, comme d’habitude, en fonction de ce qu’il se passe sur le terrain. Ce sera difficile pour certains, mais ça doit être une fête. Et, même s’ils ne font pas partie des 16, j’ai fait en sorte que tout le monde puisse participer, apporter sa touche, ce dimanche.

Il n’y a pas de statut avec vous, les meilleurs jouent. Le casse-tête doit être énorme.

Quand j’ai mon effectif au complet, c’est plus problématique. Quand il est amoindri par des suspensions, comme celle de Chavanon, sur ce match-là, ça affecte beaucoup le groupe et moi aussi, car, compte tenu de tout son investissement depuis le début de saison, il méritait de jouer. C’est pareil pour Alonzo Rodriguez qui est suspendu aussi. Ce sont des joueurs qui méritaient d’être sur la pelouse. Ca libère des places pour d’autres, ce dimanche. J’en ai qui reviennent de blessure, et qui risquent d’être justes, j’en ai qui sont incertains. Oui, il y a un casse-tête, mais je n’ai pas le groupe au complet depuis le début de saison, donc ça limite certains choix. Je fais toujours mes choix les vendredis soirs, pour être sûre de ceux qui sont aptes à jouer.

Il y a des joueurs expérimentés, comme Kamel Larbi, Rémi Richard ou Maxime Montay. Vous vous appuyez sur eux pour gérer cette montée en pression ?

On a demandé à certains de parler de cette expérience-là, ou ceux qui ont participé à l’épopée de 1995, pour savoir comment gérer ce qu’il va se passer ce dimanche. C’est un match de foot, mais le contexte, du public, de la préparation du match, j’espère que ça ne va pas les bloquer, qu’on ne va pas jouer le match avant de l’avoir joué. Les anciens ont pu donner des petits trucs aux plus jeunes.

Vous protégez beaucoup votre groupe. Êtes-vous presque gênée de tout cet emballement médiatique depuis le début de semaine ?

Je suis quelqu’un d’assez discret, je n’aime pas me mettre en lumière, moi. Là, c’est particulier, car ce qui me tient à coeur, c’est de mettre en lumière le club, la ville, l’équipe et le travail des joueurs. On fait tous un effort, y compris avec les joueurs. La plupart ne sont pas trop dans ce truc-là. Mercredi, Nice-Matin est venu à l’entraînement faire des photos, donc je leur ai demandé de venir un peu plus tôt pour qu’on reste concentré sur notre entraînement. Ca s’est bien passé. On n’est pas habitué avant. On en a parlé avec les joueurs, car je ne suis pas une dictatrice, en expliquant que ce serait une semaine particulière, durant laquelle on serait sous le feu des projecteurs. Ca fait partie aussi du jeu. Il faut se montrer un peu plus ouvert cette semaine, ça s’est bien passé.

« Être encouragé, ça nous donnera, j’espère, un petit coup de boost »

C’est la rançon de la gloire ?

Pour l’instant, on n’a pas la gloire, on n’a pas joué le match. Mais, oui, c’est une belle affiche, une belle aventure humaine. C’est toujours bien de mettre en lumière le travail de tout un club, de la ville, des joueurs.

Être dernier club amateur azuréen en lice, ça représente quelque chose ?

Il y a eu Saint-Jean-Beaulieu il y a quelques années. On a également connu de belles aventures. Là, on est le seul club du 06, donc ça nous tient à coeur de représenter notre département, de montrer qu’on pratique du beau football. Si on arrive à accrocher cette équipe, et je dis ça avec toute modestie, car tout peut arriver dans le football… Mais on aura un gros adversaire. On va tout donner, on va essayer de représenter notre département, notre club et notre ville, le mieux possible, avec nos petits moyens.

Il y aura beaucoup de monde, ce dimanche. Il y aura des supporters qui ne viennent pas d’habitude.

C’est une bonne chose. Quand on était allé à Marseille les tours précédents, il y avait des supporters locaux qui encourageaient leur équipe. Là, ça va nous changer un peu, que nous soyons encouragés. Ca fera du bien. Ca n’est que mieux. Ca portera, j’espère, l’équipe vers l’avant et ça leur donnera un petit coup de boost. Ce sera une belle atmosphère. Il faudra savourer, car c’est un match, mais c’est aussi une fête. Il faut bien profiter de tout ça parce que, peut-être, ça n’arrivera plus jamais. Il faut qu’on reste calme, serein et concentré, mais il faut savourer et jouer le match à fond pour ne pas avoir de regret.

Vous n’aimez pas être mise en lumière. Pourtant, vous allez l’être. Vous êtes présidente de la commission technique au sein du District. Pour vous, personnellement, ça représente quoi ce 7e tour ?

Ce n’est pas un aboutissement en soi. C’est une belle aventure collective avec tous les joueurs. Je suis fière pour tous les bénévoles, parce que tout le travail fait ces 15 derniers jours, c’est grâce à eux qu’on peut jouer le match. Mais aussi tout le travail du président, du comité directeur, des services municipaux. Ca a été un travail collectif. Il y a eu beaucoup de réunions, ça demande beaucoup d’organisation. Être à la tête de l’équipe qui va gagner ce match, c’est une fierté, mais pas un aboutissement. C’est une fierté. J’ai eu d’autres sentiments quand on a gagné le championnat, qui étaient plus forts. Là, je ne sais pas ce qu’il va se passer dimanche. J’essaye juste de me concentrer sur le jeu.

A 13 h 59, quand vous allez vous assoir sur le banc, tous les souvenirs vont remonter…

Ca oui. J’ai été émue lors du tirage. En 95, j’étais petite, j’avais vu le match sur les épaules de je ne sais plus qui. Là, j’ai été émue pour tous les gens qui ont participé à cette épreuve en 1995. J’ai une grosse émotion pour le président, l’ancien président, et les bénévoles. Ca nous a rappelé de beaux souvenirs.

« Il faudra rester serein »

Mais c’est vous qui serez sur le banc.

Oui, mais ce n’est pas non plus… C’est une fierté et beaucoup d’émotions. Je ne peux pas en dire plus. Ce n’est pas une fierté pour moi-même, mais plus pour la ville dans laquelle je vis, pour mon club de coeur.

Il y a un adversaire en face, qui est très fort. Que faudra-t-il faire ? Quels seront les mots forts de votre discours ?

Il y en a plusieurs. Déjà, c’est beaucoup de concentration. J’ai une équipe jeune, qui manque d’expérience, un groupe nouveau. On n’est pas habitué à ce genre de contexte. Ca va être de se concentrer sur ce qu’on sait faire, les consignes qu’on sait appliquer, à respecter, les choses qu’on a travaillées à l’entraînement. Il ne faudra surtout pas s’enflammer, mais rester serein quoiqu’il arrive, car, autant, on peut prendre un bouillon dans les premières minutes ou accrocher l’équipe en face, on ne sait pas. Je ne suis pas devin. On s’est bien préparé physiquement, tactiquement, techniquement, comme pour tous les matches de championnat. Avec l’avantage d’avoir un support vidéo pour avoir un peu plus d’informations sur l’équipe adverse. L’important va être de rester concentré sur les tâches à la récupération du ballon, à la perte de balle, gérer les temps forts, les temps faibles, ne pas se faire surprendre, ni se laisser envahir par d’autres émotions.

Donc regarder le ballon, pas les tribunes…

Forcément, ils regarderont les tribunes, quand le ballon sortira en touche. Ou, quand il y aura une interception, le public va réagir. Ils ne sont pas sourds ou aveugles, donc ils vont regarder et entendre. Mais j’ai une totale confiance en eux, ils vont jouer la partie. On ne doit surtout pas se laisser envahir par ce qu’il y a autour. On doit rester dans notre bulle. C’est ce qu’on essaye de faire, déjà, à l’entraînement.

Malgré les médias…

On en a parlé en début de semaine. Je les ai convoqués plus tôt. Il fallait qu’on parle de l’organisation. Ils sont convoqués à une heure précise, il faut donner les plaques d’immatriculation, donc il faut qu’ils soient au courant, pour ne pas en parler le vendredi. C’est pareil pour la billetterie. Je leur ai dit : « la priorité est que vos familles et vos amis soient présents pour vous voir évoluer, qu’ils puissent avoir des places. » J’ai expliqué, en amont, ce qu’il allait se passer, pour ne pas empiéter sur le temps d’entraînement. C’est pareil pour l’événement.

Crédit : Kévin Mesa