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Rosette Germano, au nom d’un club

09/11/2017 à 17:25

Travailleuse acharnée, Rosette Germano a su, au fil des années, se construire une image d'entraîneur rigoureuse et honnête. A force d'abnégation, la technicienne de 32 ans a fait monter l'US Cagnes dès sa première année de coach principal, avant de sauver les Baous en PHB, pour une accession la saison suivante. Revenue depuis 2015 à l'AS Cagnes Les Cros, l'ancienne attaquante s'apprête à prendre place sur le banc du stade Sauvaigo pour un 7e tour de Coupe de France, face à une Ligue 2. Un match de gala qui récompense une femme portée par l'amour de son club.

Dimanche, peut-être, quand elle s’assoira sur le banc du stade de Sauvaigo, les souvenirs remonteront. Ceux d’une jeune fille de tout juste dix ans qui vibre pour son club de cœur. En janvier 1995, l’US Cagnes rencontre Mulhouse, alors en D2, en 32e de finale. Dans les tribunes, la jeune Rosette Germano ne rate pas une miette du spectacle, malgré l’élimination de ses favoris. Elle ne le sait pas encore, mais vingt-deux ans plus tard, c’est donc elle qui va avoir la lourde charge de mener l’AS Cagnes Le Cros face à une formation de Ligue 2. Son père a, depuis, laissé la place à son frère au poste de président. Elle, est devenue entraîneur principal de l’équipe fanion.

La suite logique d’une vie tournée autour du foot, aux côtés, notamment, de son père, Jean-Baptiste Germano, président pendant 30 ans de l’US Cagnes et très occupé. « Je me rappelle quand je l’ai vue avec le maillot à manche longue du club. Les manches lui passaient à 20 cm des mains. Elle avait 8-9 ans. Elle a fait devenir folle sa mère, pour l’amener au foot. J’étais surpris, car le foot féminin n’était pas d’actualité. Mais elle a toujours voulu jouer. Personne ne l’a poussé », précise le patriarche, qui poursuit. « Peut-être, que j’y suis pour quelque chose, car je n’étais jamais à la maison, car j’étais pris par le foot. Elle y venait avec moi. » La jeune fille prend goût au ballon rond. Ses aptitudes sont évidentes. « Elle jouait attaquante. On est tombé dedans petit. Elle a joué jusqu’en seniors. Elle avait eu le titre de meilleure joueuse Actufoot, puis elle s’est blessée aux croisés, et n’a pas pu continuer la compétition », se souvient son frère, Jean-Pierre. Impossible pourtant pour la jeune femme de près de 25 ans de lâcher le football.

« Elle inculque la culture de la gagne »

Ce sera donc entraîneur. Elle avait déjà fait ses classes avec les petits de l’US Cagnes. Très vite, elle s’est prise au jeu. Le courant passe instinctivement. « Elle a ce côté leader depuis toujours, déjà de par la qualité de jeu. Un bon joueur est un leader naturellement », juge Jean-Pierre. Des jeunes, Rosette Germano passe aux féminines. Puis, aux seniors, en tant qu’adjointe en charge de la préparation physique. Aux côtés d’Eric Manachino, Gérard Martinetto ou Jacques Vankersschaver, elle met à profit sa formation de professeur de sport. Elle regarde, et apprend. Très vite. « Je voyais ce qu’elle faisait. Elle donnait son avis aux entraîneurs, même s’ils avaient une idée précise », raconte Jean-Baptiste Germano. A l’été 2011, la décision est actée pour le président d’alors. « Quand les entraîneurs sont partis, elle a pris la tête de l’équipe fanion ».

Elle recrute et créé une équipe à son image. Joueuse et ambitieuse. Parmi les arrivées, Geoffrey Weber. « C’est elle qui m’a fait venir de la Trinité, par l’intermédiaire de Denis Brunner », confirme le défenseur. « C’est une compétitrice, qui a l’amour du maillot de Cagnes. Ça n’a pas changé depuis des années. » Son frère confirme. « Elle a amené beaucoup de professionnalisme dans la façon de gérer. Elle inculque la culture de la gagne. Elle ne vient pas pour apprendre à jouer au foot, mais parce qu’il faut être des compétiteurs », confie Jean-Pierre Germano. Le travail paye. Deuxième de DHR, l’US Cagnes monte en DH. Parfait timing pour la fusion avec l’ES Cros de Cagnes. Mais, dans la nouvelle structure, l’AS Cagnes Le Cros, Rosette Germano ne reste pas.

Pendant six mois, elle est sans club. Jusqu’à fin février 2013. Alain Broche, l’actuel président de la commission foot réduit au District de la Côte d’Azur, est, alors, à la tête des Baous Foot, mal embarqués en PHB. « J’avais rencontré plusieurs coaches et je l’avais choisie. Je la connaissais d’avant et je savais qu’elle avait les qualités requises, comme elle a largement les compétences d’être à tête d’une équipe senior du niveau auquel elle évolue aujourd’hui. Elle connait le foot, elle a un réseau. Elle a redressé l’équipe qu’elle avait en main », évoque le dirigeant. En quelques mois, elle sauve le club en PHB… au détriment de la réserve de l’AS Cagnes Le Cros. Avant, la saison suivante, de faire monter l’équipe en PHA. Une réussite qu’explique facilement Alain Broche. « Sur le plan technique, tactique, relationnel, elle a toutes les qualités. Quand elle signe, elle s’identifie rapidement au club où elle va. C’est une bosseuse. Elle s’investissait complètement, pour tout le club. Elle donnait des conseils aux éducateurs, des équipes jeunes », appréciait-il. « Avec les joueurs, ça se passait très bien. Elle a ce côté respectueux qui est apprécié des gens. Au niveau management, elle est bien. »

Trois casquettes en une

La route entre le club et son entraîneur se sépare sur la montée en PHA et un trophée de meilleur entraîneur aux Actufoot Awards 2014. Mais la technicienne, aujourd’hui présidente de la Commission technique au District, a montré sa force. Elle met à profit une année sabbatique pour continuer RSport, son entreprise de coaching sportif personnalisé. Avant d’être relancée par l’AS Cagnes Le Cros. « Elle a été contactée par plusieurs formations. Elle a décliné toutes les offres pour retourner dans son club. On recherchait un entraîneur. On l’a sollicité. Elle a répondu favorablement à notre demande. J’en suis satisfait, car je connaissais son fonctionnement, sa méthode, son assiduité, son sérieux », reprend Jean-Pierre Germano. Depuis 2015, l’histoire d’amour continue entre l’institution et Rosette Germano. Et si elle ne semble pas prête de s’arrêter, ce n’est que parce que l’entraîneur démontre une application impressionnante.

Au travers des années, et malgré une vie professionnelle occupée entre RSport et son rôle de conseillère municipale en charge des marchés publics, la technicienne de 32 ans se démultiplie. « Elle est assez organisée, sinon elle ne pourrait pas répondre à toutes ces casquettes », est impressionné son frère. « Je suis très fier d’elle. Je sais les possibilités qu’elle a, les gens autour d’elle aussi. Elle a refusé des postes, car elle n’était pas prête et n’avait pas le temps », complète son père. Il faut dire qu’elle prend son rôle d’entraîneur à cœur. « Le truc qui ressort, c’est passionnée, acharnée », constate Hassen Larbi, l’un des cadres de l’actuelle équipe de R2 de l’ASCC. « Elle est très investie. Il n’y a qu’avec ce club qu’elle donnera autant. Elle est à 200 % à tous les matches », ajoute Weber. Avec elle, rien n’est laissé au hasard. « Tout est travaillé et préparé. Elle passait du temps pour préparer ses séances. Ses causeries mettaient en avant son sérieux à l’approche d’un match comme d’un entraînement. Avant un match, 4-5 feuilles étaient accrochées au mur avec des messages forts. Solidarité et concentration ressortaient souvent », se souvient Alain Broche. « Il y a beaucoup de préparation, avant le match. Elle arrive bien avant nous. Elle a toujours plein de fiches techniques, individuelles et collectives », reprend Geoffrey Weber.

Avec elle, il n’y a pas de statut

Avec son sérieux pour idée directrice, la gestion de son vestiaire en devient plus facile, pour celle qui est la seule entraîneur féminine d’une équipe masculine senior dans le District de la Côte d’Azur. Et probablement la seule encore présente au 7e tour de Coupe de France. « Je vois son comportement, elle fait ça très bien. Elle arrive à se faire respecter. Il y a, peut-être, au début, des petits grincements de dent. Mais les joueurs l’aiment bien car, surtout, elle est honnête », fait savoir Jean-Baptiste Germano. « Elle me surprend tout le temps. Quand je vois la formation le dimanche, je ne dis rien, mais parfois, je demande pourquoi elle fait jouer untel, et, au final, elle a raison. » Pour elle, une seule chose compte. Hassen Larbi : « Elle ne fait pas de différence avec les nouveaux, un ancien de Ligue 1, un jeune. C’est l’entraînement qui prévaut et le meilleur jouera. Il n’y a pas de statut. »

Autant dire que les deux dernières semaines d’entraînement ont dû être animées. En jeu, une place dans le Onze qu’elle alignera au 7e tour de Coupe de France. « Un match de rêve », confiait-elle, quelques minutes après avoir découvert que le Gazélec Ajaccio, équipe de Ligue 2, viendrait à Sauvaigo. Une rencontre de prestige qu’elle vivra intensément, avec le soutien de l’ensemble du football azuréen. « Je lui souhaite bonne chance et j’y serai », annonce Alain Broche. « Ce 7e tour c’est sa récompense. Elle est tous les jours au stade, c’est une récompense pour son père aussi, qui est toujours là et qui suit sa fille. Il avait fait beaucoup pour le club », commente Hassen Larbi. Deux êtres liés par l’amour familial, par l’amour d’un club. Et, désormais, par la grande histoire de la Coupe de France. Il ne reste plus qu’à s’assoir sur ce cher banc de Sauvaigo, dimanche, et croire à l’exploit.

Crédit photo : Kévin Mesa