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Stéphan Luzi : « Nous avons atteint un niveau de violence qui est intolérable »

12/02/2018 à 20:26

Arbitre assistant en Ligue 1, Azuréen, Stéphan Luzi est président de l'antenne départementale de l'Union Nationale des arbitres de football depuis octobre. Avant l'incident survenu samedi, il s'est longuement exprimé sur la situation dans le football azuréen. La responsabilité de tous les acteurs, le rôle de l'Unaf, la formation de les arbitres, l'officiel de 43 ans a évoqué les difficultés que traverse le foot amateur.

Pouvez-nous présenter l’UNAF ?

Le rôle de l’UNAF a deux objectifs. Le premier est de développer l’arbitrage au sein du District de la Côte d’Azur. Nous essayons d’accompagner les jeunes et, au maximum, ceux qui démarrent. Nous nous devons d’être sur le terrain avec eux, de leur donner des conseils, d’être au plus proche de leurs préoccupations. Il est important de développer un certain climat d’amitié et d’échange mais pas uniquement sur le terrain. Nous avons également des animations en dehors des terrains, on se retrouve pour voir des matchs, faire du bowling et prochainement nous allons au théâtre. Nous créons une certaine cohésion, c’est comme dans une équipe de football, les joueurs se voient après les matchs, pour nous c’est pareil. Chez les arbitres c’est important d’avoir cet échange entre les anciens et ceux qui démarrent. Lorsque l’on commence, on a cette impression d’être seul, mais si on ouvre ses bras et ses oreilles, on se rend compte que l’on a des personnes qui nous aident. Donc on crée ce climat de confiance et de solidarité, quand quelqu’un a des problèmes. Au second plan, c’est la protection juridique des arbitres. On fait un suivi, on est accompagné de conseillers au niveau juridique. Nous sommes suivis au niveau national également. Nous sommes protégés par la loi, depuis 2008, qui nous confère la mission de service public. Elle nous protège dans notre rôle sur le terrain. On siège également en commission de discipline, pas seulement avec un rôle de sanction, mais aussi de pédagogie. On explique qu’un arbitre peut se tromper. Il prend des décisions, qui ne sont pas toujours les bonnes, mais sans parti pris.

L’UNAF est un syndicat…

Oui, c’est un syndicat qui est national. Bien sûr, il se divise ensuite au niveau régional et départemental. Il y a un président national, qui est Jean-Jacques Demarez. Cette année, au niveau départemental, nous avons repris le flambeau pour remplacer une équipe démissionnaire. Avec une nouvelle équipe et un groupe jeune, il a fallu repartir sur de nouvelles bases. Avec un bureau très hétérogène, nous pouvons toucher un maximum de population. Et aujourd’hui, nous comptons un peu plus de 100 adhérents sur 300 arbitres de District. On veut faire grimper le nombre mais ça va prendre du temps. Il va falloir réhabituer les arbitres à adhérer, nous avons beaucoup de jeune arbitres sur la Côte d’Azur et tous ne sont pas au courant de ce qui existe, donc nous avons cette mission de communication que l’on doit faire. On a bon espoir d’arriver à 90 % de taux d’adhésion Pour nous, l’essentiel de notre fonction est la cohésion et notre unité. On ne peut pas affronter la difficulté de notre mission d’arbitre si on n’est pas tous les uns avec les autres.

« L’arbitrage est une école de la vie qui n’a pas d’égal »

Le fait que vous soyez arbitre assistant en Ligue 1, cela aide à donner une certaine image ?

Oui, c’est pour aider un peu plus les jeunes. C’est vrai qu’ils ont une certaine référence, une image de quelqu’un qu’ils peuvent voir sur un grand terrain. Pour certains arbitres, c’est le moyen de se repérer et se dire que l’arbitrage peut aller très vite, ça peut amener à des carrières sensationnelles. Personnellement, je ne pensais pas en arriver là, je me suis pris au jeu et j’ai avancé. Au delà du niveau national ou international, ce sont les rencontres et les échanges qui apportent. C’est une école de la vie qui n’a pas d’égal. Les jeunes qui nous rejoignent développent des qualités qu’ils n’auraient pas eu ailleurs.

Avec votre carrière, vous êtes plus respecté par les autres arbitres ?

Non, je ne pense pas que la carrière influe à ce niveau-là. Ce qui intéresse les jeunes, c’est surtout leur quotidien et les difficultés qu’ils rencontrent le week-end. J’essaye de rester vraiment proche de leurs préoccupations, car j’ai été jeune et j’ai rencontré ces difficultés-là. Eux attendent des réponses précises. Et surtout, de la part des instances, des clubs, des dirigeants, plus de considération, d’écoute, notamment, même si on fait une décision erronée ou impopulaire, il faut comprendre que l’arbitre est seul. Sans arbitre, il n’y a pas de jeu. Aujourd’hui, nous sommes plus dans un discours de prise de décision, de communication avec les acteurs, essayer de faire passer le message et être au service du jeu. On doit protéger le jeu, on n’est pas un shérif sur le terrain. En aucun cas, nous sommes quelqu’un d’arbitraire qui est là pour décider du scénario d’un match. C’est cette facette là que les jeunes ont dû mal à sentir, par manque d’expérience ou par manque de connaissances du football. Il faut qu’il se crée leurs propres armes à ce niveau là pour se faire accepter. Et ainsi, faire accepter l’idée qu’un arbitre peut se tromper. On ne pas se vanter sur un exercice de faire 100% de réussite, ça reste un idéal, mais c’est impossible. Pour ça, travailler sur l’attitude de l’arbitre, sa personnalité et sa façon d’appréhender les matchs, est là-dessus que l’on a certains progrès à faire. Même si le district de la Côte d’Azur et la commission des arbitres font un travail remarquable, puisqu’elle accompagne les jeunes qui démarrent, il reste encore du travail sur l’encadrement.

« Agresser un arbitre est un acte très grave »

Justement, en ce début de saison, avez-vous l’impression qu’il y a eu une recrudescence d’agressions ?

Aujourd’hui, notre objectif est de faire prendre conscience aux clubs, de jeunes notamment, que l’on doit faire notre travail. Nous savons que certains clubs, ont des gamins à gérer qui ne sont pas toujours faciles. Leur rôle social est primordial. On en est conscient. Il faut qu’on arrive à avancer. La semaine dernière quatre de nos arbitres ont été agressés, dont une femme par des U17, qui n’ont pas hésité à porter des coups. C’est intolérable. C’est une série d’alarme que l’on tire tous ensemble. A l’issue de cette rencontre, qui concernait le Cannet-Rocheville, nous avons alerté les présidents qui on su prendre des mesures radical contre les joueurs et on les félicite. Au delà de ses faits, il y a un certain message et un échange à avoir même si on ne peut pas tout contrôler. Il y a tout un travail autour du respect qui doit être fait. En tant qu’arbitres et qu’Unaf, on doit défendre nos collègues et également faire en sorte que ça ne se produise pas sur un terrain. Un terrain n’est pas une zone de non-droit, c’est un lieu où on respecte le jeu, les humains, la fonction d’arbitre. Il faut que tous les clubs prennent conscience que la situation est actuellement assez tendue. Les jeunes qui arrivent dans l’arbitrage se posent des questions. Nous n’évoluons pas dans un climat très sain. C’est à nous de communiquer sur ça. Si nous arrivons à échanger tous ensemble, on pourrait éviter certaines situations de tension et de conflit. En plus de cela, les arbitres dépendent d’un club, qu’ils représentent au même titre qu’un jour ou un dirigeant. Agresser un arbitre est un acte très grave. C’est également une responsabilité que prennent certains clubs, en laissant ce genre d’agissement se faire. Nous, en temps que syndicat des arbitres, demanderons à ce que ces clubs ne soient plus représentés si plusieurs manquements disciplinaires se faisaient sentir. Nous avons atteint un niveau qui n’est plus tolérable. Nous sommes en train de réfléchir à un acte symbolique qui ramènerait un peu le lien entre nous et la famille du football.

Ce serait quoi ?

Pas forcément une grève, mais on a plusieurs idées. On pensait, pourquoi pas, au port d’un brassard blanc, ou un moment d’échange. Il faut qu’on prenne conscience de ça. Si la violence continue, on ne pourra bientôt plus arbitrer dans des conditions correctes.

De qui est-ce la faute selon vous ?

De tout le monde et de personne à la fois. C’est la faute de la société. Malheureusement, aujourd’hui on a des jeunes qui sont plus difficiles à cadrer. Et certaines valeurs sont moins présentes. Sur le terrain on perçoit cette notion d’irrespect ou d’intolérance.

« C’est facile d’être assis dans une tribune… »

Avez-vous l’impression aujourd’hui que les jeunes n’ont plus peur de l’arbitre ?

L’arbitre, on n’en a pas peur, on doit avoir confiance en lui, car c’est celui qui va vous protéger dans le jeu. C’est celui qui va développer les actions, qui va faire que le match soit bon ou pourri. Et même à ce niveau, on a une responsabilité. Par contre, les jeunes doivent comprendre que l’arbitre n’est pas quelqu’un qui va sanctionner chaque action du match. Il ressent le jeu, les émotions. Tant qu’il y aura cette idée que l’arbitre est là pour sanctionner, on n’avancera pas. Il faut que l’on soit un partenaire de jeu. Les sanctions sont faites pour sanctionner ceux qui cassent le jeu, ceux qui nuisent aux règles de notre sport. L’idéal serait que dans chaque club, on ait un petit espace de communication, pour que les arbitres puissent évoluer. Ça se fait déjà dans certains clubs, en début de saison ils font venir des arbitres discute avec eux, échangent avec les joueurs et ça c’est quelque chose qu’il faut mettre en place. Ça se heurte pour l’instant à un manque de temps. Mais ça dépend aussi de la volonté des présidents, il n’y a aucune obligation. Chacun est capable de mesurer l’importance du problème et d’organiser ces réunions-là. Dans l’idéal, deux à trois réunions dans l’année, ça serait super, mais on peut rien imposer juste proposer.

Vous parlez du comportement des arbitres qui doivent sentir le jeu. Les arbitres se rendent-ils compte des conséquences d’un arrêt de match à la 88e minute ? Manquent-ils parfois de psychologie, de sensibilité ?

Les arbitres sont des gens jeunes pour la plupart. Est-ce qu’on demande à un joueur de 17 ans, quand son équipe mène 1-0, de faire tourner la balle, de ne pas prendre de carton à la 88e, de ne pas concéder de pénalty. Tout ça fait partie de la psychologie des jeunes. La plupart des arbitres apprennent. Ils sont là également pour avancer dans leur carrière. C’est l’expérience. Parfois, il y a des décisions malheureuses, mais on ne peut pas leur demander à 16-18 ans d’avoir une maturité plus importante. C’est facile d’être assis dans une tribune, de regarder un match à la télévision. La psychologie s’acquière avec l’expérience, mais aussi avec l’adhésion des joueurs. Un match arrêté à la 88e n’a pas été arrêté d’un coup à ce moment-là. C’est arrivé parce qu’il y a un passé, une rencontre qui s’est déroulée, pas dans de bonnes conditions. On en arrive à cet extrême, qui aurait pu être évité, mais le fil du match a eu son importance.

« Il n’y a pas de travail de pré-sélection qui est fait par les clubs »

Il y a eu un manque de communication lors de la rencontre…

Aussi. Mais ce que je veux faire sentir, c’est, qu’au fil du match, la pression est montée et, ni d’un côté ni de l’autre, on n’a été capable de la faire descendre pour arriver à cet arrêt de la rencontre, qui devient inéluctable. Souvent, on met la responsabilité sur l’arbitre, mais il est tributaire des 88 premières minutes qui se sont passées. Je reste persuadé que si elles se passent dans de bonnes conditions, on n’arrive pas à cette fin-là. Ensuite, ce qu’il faut comprendre, c’est que l’arbitre qui est sur le terrain est amené par les clubs. Aujourd’hui, le District de la Côte d’Azur fait un énorme travail de formation, mais on part de quasiment rien. Les jeunes qui viennent dans l’arbitrage sont sensibilisés par les clubs, mais il n’y a pas de travail de pré-sélection qui est fait par ces clubs. C’est-à-dire, telle personne a ces qualités. Aujourd’hui, on en voit où on leur dit : tu es remplaçant, tu ne joues pas, vas faire arbitre. C’est souvent un choix par défaut. Les jeunes qui arrivent dans l’arbitrage, on se dit ils n’ont pas trop de qualité. Pour moi, ils ont la qualité majeure d’avoir fait le pas, d’avoir pris l’écusson et un sifflet, mais en terme de sensation de jeu, de psychologie, on le travaille, mais les clubs ne font pas le premier filtre qui est d’envoyer à l’arbitrage des gens qui ont une motivation et des pré-requis. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être arbitre. Outre les qualités morales, il y a les qualités de jeu, psychologiques, qui sont difficiles à percevoir pour un jeune arbitre.

Est-ce que les arbitres sont formés sur le PAV et de l’incidence de leurs sanctions ?

Oui, ils sont au courant du PAV et des conséquences. Mais ils ne peuvent pas arbitrer en se disant si on met tant de cartons, on va pénaliser tel club.

Mais il pourrait y avoir un peu plus de réflexion sur certaines décisions…

Il y a une formation qui est faite à ce niveau là. Bien sûr, le PAV est maîtrisé par les arbitres, ils sont conscients de ces retombées pour les clubs. On a un rôle à jouer en terme de responsabilité des décisions et des conséquences, mais les premiers responsables sont les joueurs. S’ils prennent un carton, ça va pénaliser leur club. On peut toujours discuter de la sévérité d’un carton, mais le PAV est fait de telle sorte que ce n’est pas un ou deux cartons qui changent tout. C’est lié à une éducation, à une stratégie de club. Les sanctions font partie du jeu. Si on peut se poser la question des conséquences trop sévères sur le PAV, on peut se demander, quelles seront les conséquences si on enlève le PAV dans le football amateur ? Peut-on s’en passer ? Je n’en suis pas convaincu.

« Le constat est dressé, il y a de plus en plus d’incivilités sur le terrain »

On est en cours de saison. A quoi vont servir les cinq mois à venir ? A mettre en place une Assemblée générale des clubs à l’intersaison ?

Ce serait l’idéal. C’est aussi la responsabilité des clubs. En tant qu’Unaf, organisation qui défend les arbitres, on tend la main. On est les premiers à vouloir une assemblée générale, mais la demande doit venir des clubs. On ne peut rien imposer. Je serais ravi que deux-trois présidents lancent ce souhait d’organiser une assemblée générale, avec l’appui du District et de son président. Ça me semble devenu une nécessité. Mais ce n’est pas à l’Unaf de planifier cette table ronde. On sera là pour y répondre.

Et le District ?

Oui, la demande doit venir de lui aussi. Il a toujours été ouvert à ce genre de négociations. On espère que le fait de communiquer va amener un certain apaisement dans les clubs, mais les six prochains mois vont permettre de préparer une table ronde pour prendre des décisions concrètes. Il faut également trouver les bons interlocuteurs, pour que ça débouche sur des décisions concrètes. Le constat est dressé, il y a de plus en plus d’incivilités sur le terrain.

Il faut donc agir…

Soit on reste sur une chaise, on pointe les faits, on sanctionne les fautifs et on voit les actes augmenter. Soit on prend le problème à bras le corps, et on essaye de limiter les effets sur le terrain, sinon il sera trop difficile de diriger une rencontre. Or, tout le monde doit être conscient de ce dernier point. Ce qui est une passion devient difficile. On voit que des arbitres, par la pression qui est mise, par la faute de certains dirigeants, beaucoup ne continuent pas après la première année. Et ça, pour nous, c’est un échec, car on doit donner à l’arbitre les moyens d’aller au bout de ses envies et de sa passion.

« On ne peut pas remettre en question la parole d’un arbitre, sinon c’est ingérable »

Quelle relation avez-vous avec la commission des arbitres du District (CDA) ?

L’Unaf travaille main dans la main avec elle et son président, Gilles Ermani. Il y a beaucoup de membres de l’Unaf qui en font partie, c’est conciliable. Ça nous permet d’avoir un œil sur la formation, les PV de discipline et les observations des arbitres. Il nous est difficile d’imaginer une structure qui défend les arbitres, qui ne soit pas en adéquation avec la commission des arbitres. Au contraire, les idées sont concomitantes, on essaye de faire avancer les choses. Nous ne sommes que des bénévoles, les clubs ne le savent pas. Tous les gens qui sont à la CDA et à l’Unaf prennent de leur temps de famille et de loisir pour faire avancer l’arbitrage azuréen. Le président de la CDA en est une parfaite incarnation.

Tony Chapron a été sanctionné de trois mois ferme de suspension et trois mois avec sursis pour son geste. Si un joueur fait la même chose, il risque neuf mois ferme. Un rapport d’un arbitre est également pris comme véridique, peu importe ce que disent les clubs. Certaines personnes ont l’impression d’un sentiment d’impunité pour les arbitres. Que leur répondez-vous ?

On ne peut pas remettre en question la parole de l’arbitre, au niveau départemental. On ne peut dire que ce qu’il dit n’est pas vrai. Heureusement, le rapport de l’arbitre fait foi. C’est quelqu’un qui est chargé de mission de service public, il est là pour rendre la justice sportive. On ne peut pas remettre en question sa parole. Aujourd’hui, un arbitre n’a aucun intérêt à grossir les faits, à raconter des bêtises, à déformer la vérité. Lorsqu’on reçoit un arbitre pour établir un rapport, ce qu’on lui demande, c’est d’établir la vérité, de ne raconter que les faits. Dans les commissions, il y a des juristes qui prennent en compte la parole de l’arbitre. C’est pour ça qu’on a un rôle à jouer. Ce qu’ils disent va faire foi, donc, malgré les pressions, les conséquences, et même ce qu’il peut se passer après, on ne peut pas remettre en question sa parole. Sinon, ça devient ingérable. L’arbitre, c’est celui gère la rencontre, qui connaît les lois du jeu, qui essaie de les appliquer. Sa parole est officielle, sinon ils n’ont pas lieu d’être là.

Ça implique qu’ils soient sérieux jusqu’au bout. Contrairement à ce qu’a expliqué le président du CDJ Antibes dans le cas de son entraîneur U19.

Tout à fait. Mais ça reste un cas isolé. Dans la formation des arbitres, on insiste sur les conséquences d’un rapport ou d’une décision. C’est comme ça que sont évalués les arbitres. Ceux qui sont sérieux sont des gens qui écrivent ce qu’il se passe réellement. On n’a aucun doute dessus, on a confiance en eux. Si la commission s’apercevait que les faits n’étaient pas avérés, ils seraient sanctionnés. Il y a des arbitres qui le sont, par carence de rapport, parce qu’il y a du retard, comme dans les clubs. L’arbitrage n’est pas une fonction où règne l’impunité. Les clubs pensent qu’on peut faire tout et n’importe quoi quand on est arbitre. Ce n’est pas vrai. Au niveau local, on est puni, on est entendu par les commissions, et parfois, sanctionnés. Notre message auprès de nos jeunes est de remplir les missions de ponctualité, de correction dans l’attitude et de faire des rapports dans les temps. On les aide d’ailleurs dans la rédaction de ces rapports, pour être au plus proche de la réalité du terrain.

« Vous ne vous enrichissez pas en arbitrant »

La solution, ce sont des réunions ?

Oui, il faut renouer un certain dialogue. Ce que l’on perçoit au niveau local, c’est cette main tendue envers les clubs et éviter cette défiance qui existe. Il faut qu’on refasse confiance aux arbitres, qu’on les aide dans leurs missions, qu’on comprenne que leur tâche est loin d’être évidente. Finalement, il faut renouer du lien, sans se juger les uns les autres. On travaille tous pour développer notre passion commune, le football. On reste tous dans le même univers, dans la même recherche de jeu et bien-être. On veut s’épanouir. Quand un match se passe mal, les joueurs sont frustrés, mais l’arbitre n’est pas super heureux.

Comment jugez-vous la formation des arbitres azuréens ?

Déjà, ils sont formés par des gens qui sont bénévoles, qui font ça sur leur temps de travail et de loisir. Ils font ça depuis des années, en petits groupes. En terme de formation, on reçoit des jeunes et des moins jeunes. Certains sont très motivés et d’autres n’ont pas saisi l’importance de la fonction.

Ils viennent juste pour l’argent ?

L’argent… Vous ne vous enrichissez pas en arbitrant.

On peut gagner plus de 300 euros par mois…

Oui, en faisant beaucoup de matches et en dépensant beaucoup en transports. Mais je ne crois pas qu’ils viennent pour l’argent. C’est un moyen de vivre une expérience, de s’épanouir en tant qu’homme en prenant des décisions. Dans la formation, on essaye de faire évoluer ceux qui ont le plus de talent pour aller le plus loin possible, à la Ligue et, pourquoi pas, à la Fédération. Mais le travail d’un formateur n’est pas évident. Les arbitres sont contrôlés sur les matches. Au début très souvent puis de temps en temps. C’est continu. Il y a des cours théoriques au District, mais il y a le suivi sur le terrain. On reste dans une structure amateur. Notre rêve est d’avoir 20 ou 30 formateurs, mais on ne les a pas. On se heurte à l’amateurisme. On est sur du bénévolat et il nous faut épauler nos jeunes. Au niveau de l’Unaf, on essaye d’encadrer très modestement nos arbitres. La formation est un élément essentiel dans notre District, mais on peut toujours faire plus. Il y des stages tout au long de l’année. C’est un travail de longue haleine.

Avez-vous peur pour le foot azuréen aujourd’hui ?

Non, pas pour le foot. Mais, et je parle pour mes collègues, on a peur d’une certaine dérive. C’est-à-dire qu’on craint d’aller sur les terrains, en se demandant si on est en sécurité, si tout va bien se passer, si on va pouvoir communiquer notre passion à d’autres jeunes. Ce qui ressort de nos rencontres, c’est un peu de pression, un peu d’intimidation, et peu de plaisir. Or, le football, c’est avant tout un plaisir, un moment passé ensemble à partager. On a peur qu’il y ait moins de partage et plus de conflit. On aimerait retrouver des valeurs plus saines. C’est un grand chantier, mais, si on s’y met tous, on peut y arriver.

 

Retrouvez la réaction de Stéphan Luzi livrée ce matin, suite à l’agression commise par un arbitre des connaissances, samedi :

Stéphan Luzi (Unaf 06) : « On ne défend pas le comportement de l’arbitre de samedi »

Crédit : FFF