Ligue 2Interview

Yoann Touzghar : « Reprendre du plaisir »

10/02/2017 à 10:41

À 30 ans, il vient d'atterrir dans son cinquième club professionnel. Yoann Touzghar, l'attaquant passé par Amiens, Lens, le Club Africain et Auxerre, a rejoint Sochaux en toute fin de mercato hivernal. International tunisien, il a signé pour un an et demi, avec l'objectif de retrouver la Ligue 1. Une ambition forte pour ce joueur passé par le foot amateur, en se faisant remarquer au RC Grasse, dans les Alpes-Maritimes, en CFA 2, il y a près de dix ans.

Vous êtes arrivé il y a quelques jours à Sochaux. Comment ça se passe ?

Ça va. Je suis encore en période d’intégration. Mon arrivée s’est faite dans les dernières minutes du mercato. Ce n’est jamais évident, même si j’ai de la famille ici. Il ne manque plus que les résultats.

Pourquoi avoir rejoint Sochaux ?

J’avais plusieurs options. J’ai choisi Sochaux, car c’est un très bon club, qui a un vécu en L1 et qui a besoin de remonter. J’ai aussi envie de retrouver un challenge sportif intéressant.

Vous rejoignez un club du Top 10 de Ligue 2. Quels étaient les autres choix ?

Il y avait d’autres clubs qui sont dans les cinq premiers. Mais j’ai fait ce choix par rapport au style de jeu, par rapport à ce que je peux apporter.

Depuis votre arrivée, le club a joué et perdu deux fois…

C’est une période difficile. C’est là où il faut qu’on se serre les coudes pour sortir de ce petit moment de doute et d’inefficacité. On doit regagner pour sortir de cette dynamique négative.

 » Retrouver du plaisir et le sens du but « 

Que faut-il ? Se remettre au travail ?

Non, tout le monde travaille très bien. J’ai pu voir la différence avec Auxerre. Il y a beaucoup plus de travail. C’est une période. Elle peut durer longtemps. Il faut être plus solide, se soutenir les uns les autres.

Connaissiez-vous quelques joueurs ?

Oui, dont Mohamed Larbi avec qui j’étais en sélection. La plupart des joueurs, j’ai joué contre.

Vous avez signé 18 mois. Quel est votre objectif ?

J’ai signé 18 mois, plus une saison en cas de montée. L’objectif est de faire le maximum pour retrouver la Ligue 1. On va tout faire pour que ce soit cette année. Sur le plan personnel, c’est de retrouver du plaisir et le sens du but, ce que j’aime.

Que serait une fin de saison réussie ?

Faire les meilleurs matches possibles et reprendre du plaisir. Je veux faire le maximum pour aider l’équipe. Au plus je marque, au mieux je me porterai.

Ca vous manque de ne pas marquer ?

Forcément. À Auxerre, on se créé très peu d’occasions.

Hasard du calendrier, vous avez retrouvé Auxerre moins de dix jours après l’avoir quitté.

Ca faisait bizarre. Mais, dans ma tête, ça va. J’ai 30 ans. J’arrive à sortir cette idée de la tête que c’est un ancien club.

Que retenez-vous de ces six mois là-bas ?

Je n’avais pas joué depuis neuf mois, donc c’était difficile au début. J’ai signé tard à cause de mon problème avec le Club Africain (1). Mais ça s’est bien passé, même si on se créait peu d’occasions. Quand je suis rentré, l’équipe était dans une mauvaise dynamique. On n’a pas réussi à sortir de ça. Pourtant, il y a de très bons joueurs. C’est une équipe de qualité, mais la mayonnaise n’a pas pris.

 » Les montées, des moments magiques « 

Est-ce un échec ?

Oui et non. Personnellement, j’ai fait dix matches et mis trois buts. C’est correct. Ça m’a permis de me relancer. Maintenant, je suis en pleine possession de mes moyens. Je suis à 100 % et je prends du plaisir de jouer dans une équipe qui joue au ballon.

Vous évoquiez la fin de l’aventure au Club Africain. Regrette-vous ce passage ?

J’ai fait de très belles rencontres là bas aussi. Je ne regrette pas. J’ai foncé. J’ai vécu des choses que je ne pourrais jamais vivre ailleurs. C’est un club avec énormément de supporters, qui vit pour le foot. Il y a plus de cinq millions de supporters. Ils sont présents partout. Mais je me suis fait une rupture du ligament latéral externe. C’est ma première longue blessure. Ce n’était pas facile, d’autant que je ne me suis pas fait opérer. J’ai privilégié la clinique avec du renforcement musculaire.

Au bout de huit ans de professionnalisme, quels sont les moments marquants ?

J’ai vécu deux montées. Une avec Amiens en Ligue 2 et l’autre avec Lens en Ligue 1. Ce sont des moments magiques où tout le monde est content et heureux. Ces deux moments sont gravés dans ma tête.

La Ligue 1, qu’en gardez-vous ?

C’était dans la continuité de mes années précédentes. C’était intéressant et enrichissant. C’est vraiment le foot que j’aime. Ça joue au ballon, c’est intense. J’ai hâte de retrouver ces sensations-là.

Aucun club de Ligue 1 ne vous a sollicité à votre départ de Lens ?

Si j’en ai eu la possibilité. Cinq-six clubs m’ont contacté. C’est moi qui ai choisi de partir à l’étranger. J’avais 28 ans. J’avais envie de vivre quelque chose d’autre. Ça m’a appris plein de choses. Maintenant, si je peux revenir en L1, ce serait avec grand plaisir.

Avec Sochaux ?

Ce serait bien. C’est un club qui a pas mal de supporters. Il vit pour le foot aussi. Comme Lens. CE sont deux clubs qui méritent de retrouver la Ligue 1.

Lens, justement, est-ce votre plus belle expérience en professionnel ?

Bien sûr. J’y ai vécu mes trois meilleures années. J’y ai fini trois fois meilleur buteur. J’avais une bonne relation avec le public, tous les membres de l’administration et du staff. Ce sont des moments dont on se souvient longtemps. J’y retourne dès que j’ai du temps. Mais le temps est dur à trouver (rires).

 » La DH m’a forgé « 

Vous irez en juin ?

Non, en juin, je serai à Grasse, chez moi.

Là où vous avez été formé.

C’est là où j’ai fait mes débuts. J’ai commencé en DH. Quand t’as 18 ans et que tu es dans un championnat comme ça, ce n’est pas facile. Surtout à l’époque, où ça allait au charbon. Ça m’a forgé. Avec mon gabarit, j’aime bien les duels. Et puis c’est un plaisir de jouer dans sa propre ville.

Même si vous êtes né en Avignon.

J’ai vécu plus de temps à Grasse qu’ailleurs. J’y suis arrivé à 11 ans.

Avez-vous gardé un contact avec les personnes sur place ?

Oui, j’ai gardé le contact avec tout le monde. Dès que je peux, on s’appelle ou on s’envoie des messages.

Suivez-vous leur parcours en CFA 2 (le club est leader du groupe G) ?

Ils font une très belle saison. J’espère qu’ils vont réussir à monter. Ça ne va pas être facile. Ça ne peut être qu’un plus pour le club et les gens qui y travaillent, qui se donnent du mal.

Les avez-vous vus jouer ?

Je n’ai pas trouvé le moment pour venir cette année. Quand je venais, ils jouaient à l’extérieur. Avant la fin de la saison, j’essaierai.

La CFA 2, c’est le championnat dans lequel vous étiez avant d’aller à Amiens…

J’avais fait une très bonne saison. On jouait contre les réserves pros. Il y avait pas mal de recruteurs.

Et vous signez à Amiens, en National. Qu’est-ce qui vous a surpris ?

C’est complètement différent. Dans le monde amateur, t’es là pour le plaisir. Tu as la notion de retrouver les collègues, d’être ensemble. À Grasse, tout le monde se connait. On habite tous à côté, on a des personnes en commun, c’est plus famille.

Et dans le monde professionnel ?

Je ne savais pas à quoi m’attendre. Tu te rends compte que tout le monde bosse pour être le meilleur possible. Mais ça ne m’a pas choqué. Je me suis habitué de suite. Il fallait que je fonce sinon ça va pas le faire.

 » J’espère un bon accueil pour mon retour à Bollaert « 

Au final, vous avez réussi ?

J’ai vécu beaucoup de choses, même des matches internationaux. C’est le plaisir de gagner, l’exigence là d’être au plus haut niveau, à fond.

Deux dates pour terminer. Le 10 mars ?

C’est le retour à Lens ?

Oui.

Ce sera ma première fois depuis que je suis parti que je retourne au stade Bollaert. Ce sera un plaisir pour moi de revoir tout le monde. Ce sont deux équipes qui jouent pour monter. Ça va être un gros match. Ça va être un plaisir de jouer devant ces supporters là. J’espère que j’aurai un bon accueil. On verra. J’ai vécu de belles choses.

Et le 7 avril ?

Je ne sais pas.

Le match contre Niort.

Pour Zacharia (Grich, qui est originaire de Grasse également et qui joue à Niort) ? On se connaît très bien. Je suis content pour lui. On s’appelle souvent. Au plus il y a du monde qui réussit, plus je suis content. J’espère qu’il va faire une belle deuxième partie de saison. Il fait des bons matches, il ne manque qu’à faire la différence. Il manque le petit déclic qui va lui permettre de grandir.

(1) Il a été condamné par la Fédération Tunisienne à payer 800 000 euros au club pour rupture unilatérale du contrat.

Crédit photo : FC Sochaux