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Youssef Siad : « Le jour où il n’y aura plus de plaisir, ce sera terminé »

29/11/2017 à 13:31

A 55 ans, Youssef Siad continue d'arpenter les terrains de la Côte d'Azur, avec le même plaisir qu'il y a 32 ans, quand il a lancé sa carrière d'arbitre. Avec respect et passion, il raconte son bonheur de prendre le sifflet, chaque week-end. Une histoire débutée pour aider son frère...

Revenons sur vos débuts dans l’arbitrage. Comment avez-vous commencé à prendre le sifflet ?

Mon arrivée dans l’arbitrage s’est faite en 1984-1985, car mon frère était président du FC Carros. Or, les clubs qui n’avaient pas d’arbitre ne pouvaient pas accéder à la catégorie supérieure. Comme j’étais le moins bon joueur, il a fallu que je me lance. Je faisais déjà du bénévolat. C’est devenu ma passion. J’ai préféré me lancer dans une carrière de District et de Ligue. Mon frère m’avait poussé. C’est devenu une obligation qui est devenue ma passion. C’est donc ma 32e saison, je crois que je suis le plus ancien des arbitres en activité.

C’était donc une obligation à la base…

Au départ, j’ai fait ça par amour du club, qui était sanctionné. Il était champion mais ne pouvait pas accéder en catégorie supérieure. Maintenant, l’arbitrage, c’est un plaisir et un plus. C’est la cerise sur le gâteau, même si l’argent n’est pas à négliger. Mais, surtout, il faut que ce soit une passion, de bons moments.

Qu’est-ce qui vous plaît aujourd’hui ?

Ce qui me plaît, c’est de perdurer, de continuer, sans avoir de problème. J’ai toujours eu un bon parcours, avec des clubs qui nous ont toujours respectés. Ca nous permet de faire notre job correctement. Il y a le plaisir du jeu, du respect, pour rester aussi longtemps.

Avez-vous de la pression avant un match ?

Non, il n’y a plus de stress. A l’arrivée au stade, j’aborde des personnes que je n’aurais pas rencontré en dehors de l’arbitrage. Je suis toujours bien reçu. Dans le département, tout le monde me connaît, me respecte. Là où je vais, c’est toujours un plaisir. On a une discussion avant et après le match. Même si on n’a pas été parfait, il y a ce respect. Quand je crois que je n’ai pas fait un bon match, parce qu’on n’est pas parfait, mais qu’il y a du respect, les clubs oublient. Si j’ai fauté, on dit que c’est parce que ce n’est pas mon jour. L’avantage, quand on est bien reçu dans l’ensemble des clubs, c’est qu’on se sent en confiance. Parce qu’il n’y a pas de foot sans arbitre, mais il n’y a pas de foot sans club. Je rentre dans mon match dès la désignation. Je passe de partout. Je prends du plaisir. Le jour où il n’y en aura plus, ce sera terminé. On ne peut pas arbitrer sans plaisir, car ça se ressent.

« L’arbitre azuréen est d’excellente qualité »

Comment jugez-vous l’arbitrage azuréen ?

On a un arbitrage d’excellente qualité, vu la formation qui est mise en place par notre président et des formateurs de qualité. On a des formateurs qui évoluent au sein de la Ligue. C’est « une entreprise ». On a un « directeur » Gilles Ermani, qui met en place les formations. Donc, au bout, on a des arbitres de qualité. Notre président a trouvé les bonnes personnes aux bons postes. Notre arbitrage est au dessus de la moyenne que l’on voit dans d’autres districts. Beaucoup d’arbitres viennent d’ailleurs et ils sont surpris. C’est ce qui me fait dire ça. Une fois par mois, on fait de la formation pour chaque catégorie de district. On ne fait pas du chiffre, mais de la qualité.

Que ressentez-vous quand vous voyez les faits divers autour de l’arbitre ?

Je me dis que l’arbitrage n’est pas en faute. C’est la société. Il y a des gens qui n’ont rien à faire sur le terrain, pour qui le foot est un moyen de se défouler. Mais je ne garde que le bon côté. C’est malheureux pour les gens agressés. Il ne faut pas mettre en cause notre arbitrage, qui est de valeur. On a la chance d’avoir Monsieur Delamotte, qui a mis en place un accord avec la Gendarmerie. Tous les joueurs qui ont fauté viennent chez nous et passent devant les officiers. C’est un plus pour ces gens qui, un jour, ont dérapé.

Jusqu’à quand allez-vous continuer ?

Tant que l’envie, la passion sont là. Le jour où ça n’est plus là, il faut faire autre chose. Moi, j’ai encore l’envie, les jambes et la tête. Il ne faut pas faire le match de trop. Après, il faut dire qu’il y a une équipe. Je veux mettre en avant notre commission de désignation, dans laquelle je suis depuis plus de dix ans. On est bénévole, il faut donc avoir ce plaisir. Je veux féliciter aussi Roger Attali, Claude Castroflorio, Sébastien Chilotti, qui avec moi, passons du temps. Il y a de la responsabilité dans ce qu’on fait. On travaille en toute confiance, grâce à notre président, Gilles Ermani. Je veux le remercier pour cette confiance.

Qu’est-ce qui représente un bon arbitre selon vous ?

La première valeur, c’est le respect. Ils doivent respecter ce qu’on leur a demandé. On a un code de déontologie qui existe depuis des années. On se doit, dans notre fonction d’arbitre de respecter ce qu’on a appris. C’est le sérieux. On doit arriver une heure avant. Il y a aussi des leçons de la vie. On n’est plus joueur, on n’a plus le même comportement, on est un homme de loi.

Le questionnaire express

Sa grande émotion

Avoir fait venir mon fils à l’arbitrage et voir ce qu’il est aujourd’hui.

Sa plus grande fierté

Être reconnu et respecté dans le département, là où je passe.

Le match qu’il n’oubliera jamais

Le dernier que j’ai pu faire dans ma catégorie, en PHA. C’était Beausoleil – Monaco, il y a quatre saisons. J’ai eu tous mes amis autour de moi, arbitres et de la commission. Ca a été une fête. C’était un match important, car il y avait l’accession (Monaco) et la descente (Beausoleil). Ca a été un très bon match et du respect des deux équipes. Je veux remercier ces deux clubs.

Le match qu’il veut oublier

Joker. On essaye d’oublier, il faut retenir que le bon.

Le premier match

Cavigal – St-Sylvestre en pupilles excellence à Gorbella. J’en ai encore de bons souvenirs, même si c’est encore plus difficile à arbitrer, car il y a ces larmes en fin de rencontre. Voir pleurer des enfants, ça ne fait pas plaisir. Est-e que les gosses pleurent parce qu’on s’est planté ou à cause de la défaite.

Le dernier match

Ce sera comme une fête. Ca doit rester festif. C’est un plaisir, qui passe avant tout. Ce sera un grand moment, comme je n’oublierai pas mon premier match.

Crédit : Hiep Images