InterviewJoueuse

Béatrice Kaboré, de l’US Saint Malo aux poteaux de Koh-Lanta !

10/07/2019 à 16:40

Après une incroyable aventure à Koh-Lanta, Béatrice Kaboré se livre en exclusivité à Actufoot. La joueuse de l'US Saint Malo, en D2 féminine, a accepté de se confier sur sa carrière et partage aussi sa vision du football féminin !

Béatrice, pourquoi être passé du handball au football ?

J’ai pratiqué deux sports à bon niveau étant jeune à Ramatuelle, d’où je suis originaire : le handball et le tennis. Je n’avais jamais fait de football avant de commencer ma carrière en club, à part peut-être taper dans un ballon avec mes frères ! (Rires) Comme il y avait peu de compétition et de clubs de bon niveau dans les sports que je pratiquais, j’ai donc décidé de me tourner vers le football.

Qu’est ce qui vous a motivé à partir vers la Bretagne et l’US Saint-Malo ?

Depuis petite, j’ai toujours vécu entre Saint-Tropez, d’où je suis originaire, et le Burkina Faso avec ma mère. Je faisais des compétitions internationales quand je me trouvais en Afrique. J’ai parcouru plusieurs régions en France grâce au football, puisque je suis passé par la région parisienne et Juvisy (Paris FC aujourd’hui), à Muret vers Toulouse ou par Orvault, près de Nantes. On avait affronté Saint-Malo lors d’une rencontre de championnat et leur entraîneur m’avait observé et apprécié certaines caractéristiques de mon profil. Il est venu à ma rencontre et je n’ai pas hésité !

Suivez-vous un club en particulier ?

J’essaye… je garde un œil avisé sur les clubs de la région dont je suis originaire, essentiellement ce que font les féminines de l’Olympique de Marseille, qui sont remontées en première division et que je suivais déjà à l’époque. Celles de l’AS Monaco ont un très beau projet. Les féminines de l’OGC Nice sont également montées en deuxième division cette année ! Après, je suis comme tout le monde les équipes de base, le Paris Saint Germain, l’OL… le Paris FC aussi, où je suis passé à l’époque et où des filles que j’ai connues y jouent encore !

Qu’est ce qui vous a le plus motivé à faire Koh-Lanta ?

C’est mon frère ! Il a eu un accident de moto et il a été amputé d’une jambe. C’est quelqu’un de très sportif, comme moi. Après je n’en ai pas souvent parlé, mais j’ai eu vachement de problèmes étant plus jeune, avec une jambe où j’ai failli être handicapée. J’ai eu pleins de petits dossiers personnels et le sport m’a permis de pouvoir retrouver ma jambe, de faire du sport de haut niveau… Quand mon frère a eu son amputation à la jambe, je me suis directement mise à sa place, j’ai réussi à y échapper quand j’étais petite et il fallait que je fasse tout pour le satisfaire et lui donner de la force pour avancer dans sa vie. Il avait dans ses projets de faire Koh-Lanta, j’avais également le souhait de faire cette émission, du coup au lieu de la faire toute seule, je me suis dit que je la ferai pour deux, par procuration ! (Rires)

Comment l’avez-vous vécu ?

Je l’ai vraiment fait pour deux et pour essayer de lui montrer la voie aussi. C’est compliqué, il faut qu’il se remette comme il faut. Une fois remis, je sais que pleins de projets nous attendent. J’essaye de réaliser son rêve, il le vit à travers moi et je me bats au quotidien pour lui. Je le fais parce que la vie continue. Quand il a eu son accident, ses projets c’était de faire Koh-Lanta, rencontrer Kylian Mbappé parce qu’il le motive, mais surtout de faire les jeux paralympiques. Je me suis dit directement que je me devais de l’aider à réaliser ses rêves ! J’ai donc mis une cagnotte en ligne afin que les gens puissent nous aider à aller au bout. Rendez-vous sur le lien officiel !

Est-ce que le football vous a manqué ?

Bien sûr, parce que la vie de tous les jours, on la met forcément entre parenthèses. Après, on était tellement concentrés sur ce qu’on vivait là-bas, que personnellement, je n’avais pas le temps de me préoccuper de ce qui se passait en France. Quand je fais un truc, j’aime bien le faire à fond. J’étais surtout concentrée pour trouver à manger parce que c’était essentiel pour nous, les épreuves physiques n’étaient pas évidentes mais il faut savoir faire le vide afin d’être focus et déterminée. C’est dur parce qu’on ne sait pas ce qu’on vaut réellement sur les épreuves, on n’a jamais fait ça de notre vie ! Mais j’étais chef d’équipe et j’étais à fond dans mon rôle afin que tout se passe bien. J’ai toujours été quelqu’un de fédératrice à chaque endroit où je suis passée, que ce soit dans ma carrière footballistique ou autres et j’ai tout fait pour qu’on aille le plus loin dans l’aventure.

Les circonstances de l’aventure ont-elles impacté votre condition physique ?

Ah clairement oui ! Le fait de ne pas manger, ça m’a un peu choqué au départ ! J’ai continué mon activité footballistique jusqu’à avant de partir… du coup, j’avais toujours ma musculation en arrivant et au bout d’une semaine, mes muscles avaient complètement fondu ! L’alimentation, c’est très important chez un sportif au quotidien et je ne m’attendais vraiment pas à vivre ça. Les débuts ont certes été un peu compliqués mais je me suis vite rendue compte que tout se passait dans la tête parce qu’une semaine auparavant, je tapais un foot ! (Rires)

Le fait d’avoir participé à Koh-Lanta a-t-il entaché votre préparation en club ?

Forcément, ça m’a un peu causé des torts ! Ma préparation je l’ai faite normalement en août avec mon club. J’ai disputé quelques matchs en début de saison avant de partir en tournage au mois d’octobre. Au début je jouais, puis forcément quand t’es pas là, d’autres jouent à ta place. A mon retour, c’est vrai que c’était un peu plus dur. Il a fallu se remettre de l’aventure, mais aussi en condition physique, et le plus rapidement possible. Je savais très bien que j’avais fait l’aventure d’une vie et que j’allais peut-être moins jouer au retour mais le jeu en valait la chandelle ! J’ai vraiment fait un choix personnel mais c’était l’aventure de toute une vie !

Comment s’est passé votre retour en club ?

On n’a pas le droit d’avertir quand on part. J’ai donc eu du mal à justifier à mes coéquipières que je partais pendant cinq semaines mais surtout devoir expliquer le pourquoi du comment, c’était un peu bizarre (rires) ! J’avais seulement averti mon coach mais mon retour s’est quand même bien passé. Je me suis reposée trois, quatre jours et puis je suis directement retournée à l’entraînement. Je n’avais pas envie d’attendre plus longtemps pour reprendre et j’avais vraiment envie de passer à autre chose. J’ai fait mon aventure et je voulais vraiment retrouver ma stabilité footballistique. Déjà pour récupérer du décalage horaire, mais aussi pour reprendre le sport et retrouver mon corps. Reprendre ma vie active m’a permis d’éviter de repenser à l’aventure mais surtout de réfléchir. J’ai préféré me remettre directement dans la compétition.

La visibilité que vous avez eue vous a-t-elle offert davantage de sollicitations ?

On est forcément sollicité et pleins de gens nous reconnaissent. Les filles d’autres équipes ont discuté avec moi après les matchs, m’ont félicité. On reçoit des propositions un peu partout, d’autant plus que je suis dans plusieurs domaines, donc je pense que mon profil intéresse les gens !  Je suis partie du domaine de la mode, je suis mannequin et joueuse de foot en même temps, des trucs assez contradictoires qui, au final, « matchent » assez bien sur moi. J’aime bien ce côté de présenter les choses, ma manière de m’exprimer, les gens trouvent que je passe bien à la télé. C’est différentes choses qui font que j’ai quelques sollicitations, mais après c’est surtout de voir ce qu’on a envie de faire au final !

Sentez-vous un engouement supplémentaire lors de vos matchs étant donné votre participation ?

Bien sûr !  Déjà sur les réseaux, les gens envoient des messages, suivent les déplacements… Je réalise que je prends vachement plus de photos avec les gens, je passe le maximum de temps avec ceux qui prenaient la peine de venir me voir. J’ai eu des retours positifs par rapport à ma façon d’être dans le jeu et ils ont bien aimé plusieurs choses. Il y a des personnes qui viennent me demander des conseils parce qu’ils ont trouvé que j’étais d’un sang froid incroyable, d’autres qui n’osent pas franchir un cap dans leur vie parce qu’ils n’osent pas. J’ai été comme ça naturellement, parce que je pensais que c’était le mieux et de nombreuses personnes l’ont ressenti.

La Coupe du Monde Féminine vient de s’achever. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai adoré ! Quand je croisais des gens dans la rue, j’ai été sollicité à de nombreuses reprises pour regarder les matchs avec eux. J’ai bien aimé que les gens s’y intéressent. J’ai eu de nombreux échos positifs et je n’ai vu que du plus. C’était une belle promotion pour le football féminin. On savait qu’il y avait des gens qui s’intéressaient mais j’ai l’impression que dorénavant, il y aura un engouement supplémentaire.

On lit aujourd’hui dans les médias que les filles gagnent en moyenne 95% de moins que les salaires des footballeurs masculins. Les salaires de certaines joueuses professionnelles ont été dévoilés. Quel est votre ressenti par rapport à cela ?

Comme les garçons, J’aimerais bien que le football féminin prenne. Pour que les filles puissent également pouvoir vivre du foot, il faudrait qu’on puisse bénéficier de beaucoup de sponsors, d’avantage de ventes de maillots, de droits télévisuels. Tout ce qui est publicité et business autour doit permettre de changer la situation du football féminin. La Coupe du Monde peut aider à être le début de quelque chose. Le grand public a répondu présent, même s’il faut y avoir un intérêt pour y ‘aller, parce que ça représente un coût pour une famille d’aller au stade. Il y aussi pas mal de business, c’est un peu un effet de mode de soutenir les féminines, tout le monde est un peu monté au front… Je ne pense pas que la situation changera en un mois dans tous les cas !

Vivez-vous uniquement du football ?

Ça dépend des clubs. Aujourd’hui, plus de filles arrivent à vivre du football mais la majorité a quelque chose à côté. Il n’y a que les clubs comme Lyon ou le PSG qui te permettent de vivre à ce niveau… Le Paris FC a toujours souhaité que les filles aient une activité à côté ! Si le football s’arrêtent pour certaines, elles ont peut-être envie d’avoir autre chose ! Il y a aussi des clubs comme Montpellier par exemple, où certaines vivent du football et d’autres pas. Ça dépend aussi de la notoriété de la joueuse, de son standing. Si on recrute une footballeuse américaine aujourd’hui, c’est sur qu’elle ne travaillera pas à côté !

Crédit photo : Var Matin