Coupe de France8e tour

Cédric Barbosa (Alès) : « J’irai jouer le lundi ou le vendredi soir, en vétérans… »

07/12/2018 à 15:22

Quarante-deux ans et toujours autant de bonheur à pratiquer le football. Cédric Barbosa a quitté les terrains professionnels, mais il n'a pas abandonné sa passion. A l'Olympique Alès en Cévennes (N3), le milieu de terrain, passé par Montpellier, Rennes ou Evian Thonon Gaillard, est revenu dans le club de ses débuts. Avant d'affronter Marignane-Gignac (N1), au 8e tour de Coupe de France, il a raconté cette carrière et cette compétition qui l'ont marqué.

Cédric, un 8e tour de Coupe de France, vous en aviez déjà disputé ?

Avec Evian, en National, oui. On était passé et on avait ensuite joué l’OM.

Comment abordez-vous ce match ?

Le contexte est différent du championnat. On est l’outsider, même si ça ne se passe pas trop mal en championnat et en coupe. On a fait un exploit énorme en éliminant Ajaccio. Tout le monde doit se dire, dans un coin de tête, notamment les gens qui ne maitrisent pas le foot, « ils vont se qualifier car ils jouent une équipe de National ». Malheureusement, non. Mais il y a le charme de la Coupe de France. Tous les matches sont haletant, il y a beaucoup de surprises. C’est une compétition qui donne la chance à tout le monde de réaliser l’exploit. Tout le monde a envie de le créer. Nous, on l’a fait au 7e tour, on espère qu’on aura le même état esprit de le faire à nouveau. Éliminer Marignane, qui est au milieu de tableau de National, ce n’est pas facile. On a en ligne de mire la possibilité de rencontrer une Ligue 1 au prochain tour. Ce serait magnifique.

Que représente la Coupe de France pour vous ?

C’est une compétition, pour ma part, que j’affectionne énormément. C’est un peu la fête du foot, qui permet de mélanger monde amateur et pros. Ça rassemble toutes les composantes du foot. C’est génial de voir à divers niveaux comment les gens se démènent. Cette fête est la signification de ce que représente la coupe aux yeux du public français et des joueurs.

Comment expliquez-vous qu’il y ait autant de surprises ?

C’est la compétition la plus ancienne. Elle permet ce genre d’exploits. Il y a un écrémage qui est fait au fil du temps, les petites équipes qui rentrent et se rencontrent. On ajoute des niveaux au fur que la saison avance. Les tours passent, parfois on fait tourner des effectifs. Parfois, on peut prendre les matchs par dessus la jambe. On ne se concentre pas comme devrait faire. C’est là le tort. Ces matches-là sont assez intenses. Quand il y a quelques niveaux d’écart, avec l’état d’esprit est de se surpasser et se montrer, on arrive à compenser la différence.

Et ça permet de regrouper des bénévoles le temps d’un match.

Bien sûr, ça mobilise un club. Pour les clubs amateurs, ce sont des recettes, une trésorerie supplémentaire. C’est très important pour eux, autant que pour redonner un retour à ces bénévoles qui font que ces matches sont bien organisés.

Vous avez connu le monde professionnel, quel regard portez-vous sur ce qui change avec le football amateur ?

Le foot reste le foot, que ce soit dans le milieu amateur ou pro. La différence est que certains le pratiquent pour le plaisir et d’autres pour leur métier. Quand on se retrouve de l’autre côté, on peut se dire que c’est un foot différent. Mais c’est tout le temps le même, à 11 contre 11. C’est ce qu’il y a autour qui creuse le fossé. La preuve avec les prochains droits reversés pour la Ligue 2. Le foot amateur se dit qu’il n’a pas suffisamment.

« Je suis encore un compétiteur »

Notamment le National qui espère devenir la Ligue 3…

Le problème du National, c’est le veto qui a été mis. Ce n’est pas évident, forcément. Le championnat le plus compliqué, c’est celui-là, car il s’étend sur toute la France, avec de longs déplacements, onéreux, pour des clubs qui n’ont pas beaucoup de trésorerie. Aujourd’hui, il y a un match sur Canal, il y a une avancée. Maintenant, forcément, s’il y en avait plus, peut être que ça aiderait les clubs. Plus il y a de moyens, mieux c’est. Ça ferait la différence.

Cet argent, c’est ce qui manque pour améliorer le foot français ?

Je ne suis pas certain qu’il n’y ait que ça qui pourrait élever le foot français.

Revenons sur vous. Vous avez signé à l’Olympique Alès en septembre. Comment vous sentez-vous ?

Quand les résultats sont positifs, on ne peut que se sentir bien. Bien sûr, j’aspirerais à plus de temps de jeu, mais il y a une équipe qui fonctionne, qui a de très bons résultats. Il y a un groupe correct au niveau quantitatif. Ça permet de faire tourner, avec la Coupe en plus du championnat. On touche du bois, il n’y a pas trop de pépins. Même si on a quelques joueurs clé suspendus ou blessés, les résultats n’en ont pas pâti, c’est positif.

Vous ne jouez pas suffisamment ?

J’aimerais débuter plus de matches, mais c’est parce que je suis encore un compétiteur (sourires). Je suis satisfait du temps de jeu que j’ai. Quand on se sent plutôt bien, on a envie d’enchaîner les matches, cela dit, une rotation est faite, il faut l’accepter.

Quel rôle avez-vous ?

J’ai un rôle de relais. Ça se fait naturellement, d’autant que, partout, je l’ai toujours un peu fait.

Vos coéquipiers vous ont regardé avec des yeux émerveillés au début ?

Je me suis entraîné pendant un mois avec eux avant de signer. Quand un joueur pro arrive, on a toujours l’impression que c’est quelque chose d’immense, d’énorme. Il y a de très bons joueurs dans l’effectif, c’est bien.

Quel regard portez-vous sur ce football amateur ?

Ça faisait déjà deux ans que j’y étais, puisque j’étais à Annecy deux ans. Là, c’est la troisième année. Après, il y a des différences entre la N2 et la N3, il y a un écart de niveau, sur tous les plans, les confrontations directes. Après, il y a de très bons joueurs. Ça a toujours été le cas. Mais s’ils sont encore dans ce milieu, c’est qu’il y a des choses qui ont fait qu’ils n’ont pas pu jouer dans des clubs pros. Ils sont sortis de la formation, ils n’ont pas eu de contrat. Il faut arriver à les canaliser, parvenir à ce qu’ils se fondent dans le collectif. Si la mayonnaise prend, on peut faire de bonnes choses. Il y a également les réserves professionnelles contre qui on joue. Il y a un peu de niveau, ce sont souvent de jeunes équipes. Il y a peu de joueurs d’équipes premières qui redescendent, même si leurs effectifs sont jeunes aussi.

C’était moins le cas avant ?

A mon époque, il y a beaucoup de joueurs confirmés et plus âgés qui redescendaient.

Les clubs font davantage confiance aux jeunes ?

Oui, c’est indéniable depuis des années.

Qu’est-ce que ça change ?

Ce sont des jeunes joueurs, ça veut dire qu’il y a un manque d’expérience, une qualité tactique qui n’est, pour certains, pas acquise. Il y a beaucoup de paramètres. Quand ils sont en pro, ils évoluent avec des joueurs confirmés. Si leur qualité individuelle se met au service du collectif, ils ressortiront. Quand ils sont ensemble, il y a des manques.

Pour certains pros, « il y peut-être une petite peur de quitter le foot »

Nassim Akrour à Annecy, Alexis Thébault au Thonon Evian FC, vous à l’Olympique Alès, et tant d’autres. Pourquoi tant de professionnels continuent en amateur ?

Il faut être passionné pour faire ça. Ce n’est pas toujours évident. Il y a beaucoup de changements par rapport aux entraînements. On les a le soir, alors que, dans notre carrière, c’était plutôt le matin. Ce sont des opportunités. On a encore envie de prendre du plaisir et apporter ce que le monde professionnel nous a offert. On a envie de redonner aux autres. Jeunes, on a joué dans ces clubs amateurs, qui nous ont aidé. Si on peut rendre ce qu’on a appris, c’est à nous de le faire.

Il y a une petite peur de quitter le foot ?

Peut être aussi un peu. C’est comme le reste, quand on aime ça, on n’a pas envie de le perdre. On l’a vécu plusieurs années, on a la chance de vivre de notre passion, ce n’est pas évident d’arrêter. Même si, des fois, le corps le rappelle (sourires).

Vous ne souffrez pas ?

Pour l’instant, ça ne se passe pas trop mal. Je ne suis pas pressé d’avancer. J’envisage rapidement de me lancer dans une reconversion, car j’ai un âge avancé et que ça ne va pas durer de nombreuses années. Mais il faut trouver la bonne idée, quelque chose qui pourrait me plaire. J’aimerais être dans le milieu du foot, mais si je dois en sortir, j’étudierai ce qu’on me présentera.

Quel est votre quotidien ?

On essaie de s’occuper les journées. Le soir, on fait comme tout le monde, on prend son sac, on va à l’entraînement. Au début, c’est un peu bizarre, ce n’était pas dans les habitudes. Maintenant, ça fait trois ans. J’ai moins envie de l’entraînement, car le match est plus important, mais quand on a la chance de faire ce qu’on aime, c’est plus facile que se lever à 5 heures et aller à l’usine.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Ce n’est pas évident de parler de soi-même. Je suis fier de ce que j’ai fait. On aspire toujours à mieux, on souhaite aller le plus loin possible, mais on a la carrière qu’on a. J’ai eu des résultats moins bons, des bons, une carrière qui a duré. Ce n’est pas donné à tout le monde. Je suis content d’avoir réalisé cela.

Que garderez-vous ? Que souhaiteriez-vous effacer ?

On ne peut rien effacer. Ça fait partie de nos apprentissages. Les mauvais moments sont là pour servir. Il faut les prendre pour avancer et ne plus les reproduire. Ça permet de s’aguerrir. Il y a des bonheurs à savourer, dont il faut profiter. On peut associer les accessions, les résultats positifs. Il y a les grandes victoires contre Paris, l’Intertoto avec Montpellier. Mais il n’y a pas que les résultats footballistiques, il y a également des choses plus personnelles, partager des choses avec des collègues.

La vie de groupe ?

Quand elle est saine et positive, on se plait à y être. Quand l’ambiance est détestable, on prend moins de plaisir. Quoiqu’il arrive, on apprend beaucoup, suivant l’état d’esprit. On sait sur qui on peut compter ou pas.

« Après Rennes, j’ai attaqué une autre carrière »

Vous avez notamment joué à Montpellier et Rennes…

Montpellier, ce sont mes débuts en Ligue 1, la Coupe d’Europe. C’est la lancée de ma carrière. Rennes, il y a pas mal de positif. Puis j’ai été victime d’une grave blessure. Ça m’a coupé dans mon élan. J’avais beaucoup d’ambitions. J’ai beaucoup appris à Rennes dans les moments difficiles. J’ai beaucoup travaillé et ça m’a forgé mentalement. A partir de là, j’ai attaqué une autre carrière. C’est ainsi que je suis arrivé à faire tout ça pendant les 10 années qui ont suivi.

Un moment fort a été cette finale de Coupe de France contre Bordeaux, avec Evian Thonon Gaillard.

C’est une finale malheureuse, j’étais déçu de ne pas la débuter. Il y a du positif et du négatif. Jouer une finale, c’est magnifique. Mais ne pas la commencer, c’est négatif. Il y a toute l’épopée qu’on a fait, ce sont de très bons souvenirs. Et puis, il y a le mauvais souvenir, laisser le club sans vie. C’est dommage. Il y a tellement de composantes qu’il faudrait faire un livre.

Vous y avez fini votre carrière professionnelle. Ça marque ?

Forcément, ça m’a marqué, mais, comme dans les autres clubs dans lesquels je suis passé. Cela dit, il y a chose d’attachant dans ce club. Ce sont mes dernières années, beaucoup de choses positives, des négatives. Il y a pas mal de choses qui restent.

Un club qui a grandi très vite…

Oui, il a eu une croissance express…

A 42 ans, vous avez encore envie de jouer ?

Je ne me mets pas de limite. Je verrai, j’attends. Vous pouvez avoir un rôle, comme je l’ai en ce moment, de relais, de remplaçant qui rentre à tous les matches, qui joue une demi-heure, qui est titulaire. Mais je ne suis pas le seul décideur. Le rôle que j’ai aujourd’hui, je me sens capable de le tenir quelques années. Mais, demain, si j’ai proposition de reconversion, c’est ce qui fera que je vais arrêter, car une reconversion est plus intéressante que jouer 1-2 ans. Il y a des priorités. On ira jouer en vétéran le lundi ou le vendredi soir (rires). On verra bien.

A l’Olympique Alès ?

Ce club revient de très loin. Sportivement, l’an dernier, il aurait pu être en R1. Il se construit, il faut du temps, ne pas aller trop vite.

Crédit photos : Olympique Alès