InterviewCoronavirus

Didier Camizuli « Nous n’avons pas le droit de nous plaindre ! »

07/04/2020 à 13:36

Didier Camizuli, entraîneur de la R2 de l'AS Bouc Bel Air, ne comprend pas les polémiques. Pour lui, si la situation nous le permet, il faut reprendre les championnats pour préserver l'équité sportive. Sans hésitation.

Didier, avez-vous envie de reprendre la saison ?

Par rapport à ce qui se passe en ce moment, tous les décès, les gens qui combattent la maladie tous les jours, bien entendu, le football est à passer au second plan. Mais en tant qu’entraîneur, je pense que de retrouver les terrains redonnera envie de vivre et de partager des moments ensemble. Ce serait une bonne chose pour tout le monde car cela nous permettrait de nous rendre compte que le football n’est qu’un jeu. Quand on est sur un terrain de foot, il n’y a rien de plus beau…

Comprenez-vous que les instances mettent du temps à prendre une décision définitive concernant la suite des championnats ?

Dans la mesure où le monde politique et l’OMS, les scientifiques, ou encore les docteurs sont incapables de nous dire quand le virus va s’arrêter et quand aura lieu le déconfinement, je comprends très bien que les instances ne puissent pas prendre de décision aujourd’hui. Tant qu’elles n’auront pas le feu vert du gouvernement et des scientifiques, nos instances ne pourront pas reprendre les championnats. On est tous dans un flou total, il nous tombe ça sur la tête, c’est dramatique, et on comprend donc qu’ils attendent.

Si on vous demande de reprendre mais qu’il y a encore des risques de contracter le virus, que ferez-vous ? Que demanderiez-vous à vos joueurs ?

Pour moi, personnellement, le plus important c’est la santé des garçons, des bénévoles, de tous les dirigeants de clubs, qu’ils soient épargnés de tout virus et qu’ils ne tombent pas malade. Si on reprend, c’est qu’on aura eu le feu vert des scientifiques, mais s’il y a le moindre risque, je dirai à mes joueurs de rester chez eux. Cependant, je suis partant pour reprendre les championnats ! On a fait pratiquement les 3/4, il nous reste 6 matchs à jouer, si on doit aller jusqu’en juillet, il faut qu’on y aille. Quelle que soit la décision de la Fédération, à moins qu’on reprenne fin mai-début juin, là ce sera compliqué, je resterai partisan de dire qu’il faut le finir.

Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’il va y avoir des lésés, des équipes qui ne montent pas alors qu’elles devaient monter, d’autres qui descendent, des clubs qui ne vont pas comprendre… En garantissant la santé de tout le monde, si on peut le reprendre, il faut le faire pour l’équité. Moi, personnellement, je n’ai qu’une seule envie, c’est de de courir, de gambader, de transpirer, parce que la vie ce n’est pas ce qu’on endure en ce moment ! Si la Fédé nous dit que c’est possible, on le fera, tout en pensant aux personnes décédés. Nous, petits entraîneurs, petits joueurs, petits dirigeants, on se doit de le faire. Nous n’avons pas le droit de refuser ou de se plaindre alors qu’il y en a qui souffrent sur un lit d’hôpital et d’autres qui se battent pour sauver des vies.

Pour vous, il faut donc trouver une solution pour finir le championnat afin de préserver l’équité de ce sport ?

Si on peut le finir, oui il faut le finir. En tant que sportif, bien entendu en pensant à tous ceux qui se sont levés l’âme pour nous soigner, on n’a pas le droit de se plaindre. Il y en a qui pleurent et qui sont dans la souffrance en ce moment, on ne peut pas refuser. J’entends dire « Il y a la préparation physique de 4 semaines, des risques de blessures, il va y avoir des congés etc ». Bah si un joueur part en congé, on mettra un mec de la réserve et on finira ! Au moins, il n’y aura pas de polémique et on pourra se regarder dans une glace. Moi, je suis franc du collier, et quand je vois certains commentaires d’entraineurs, je ne comprends pas. Franchement, on est dans une situation catastrophique socialement et économiquement et on parle de joueurs qui partent en congés… Au lieu de ça, on doit se dire qu’on a vécu une catastrophe et que maintenant on va finir la saison ensemble. Se retrouver sur un terrain serait un pur bonheur et on pourrait rendre hommage aux personnes qui nous ont quittés.