InterviewEx-OM

Gaël Andonian : « Dijon, c’est un peu l’exact opposé de l’OM ! »

03/04/2021 à 18:30

Gaël Andonian, ancien joueur de l'Olympique de Marseille et du Dijon Football Club, revient pour Actufoot sur ses deux expériences, bien différentes l'une de l'autre, dans ses deux anciens clubs. Aujourd'hui, à Aubagne FC, le défenseur de 26 ans évoque également, au cours de cet entretien, le flou dans lequel est plongé le N2 et s'exprime sur l'éclosion de Boubacar Kamara au haut niveau, l'Arménie et la Coupe du Monde au Qatar.

Gaël, sur les dernières rencontres d’Aubagne FC, vous n’étiez pas sur les feuilles de matches y compris en Coupe de France. Quelle est votre forme du moment ?

Je vais de mieux en mieux. Dernièrement, j’étais blessé depuis un petit moment. C’est pour cela que je n’étais plus là. Le dernier match que j’ai pu faire, c’était contre le Sporting Club Berre, le premier tour de Coupe de France, quand la compétition a pu reprendre (victoire 3-0 d’Aubagne FC, ndlr). À la suite de cette rencontre, à l’entraînement, je me suis fait une déchirure musculaire. C’est pour cela que je n’ai pas pu enchaîner les autres tours de Coupe de France et que je n’étais plus dans le groupe.

Derrière, Aubagne FC et tes coéquipiers ont réalisé un super parcours. Ils ont affronté le Toulouse Football Club, une équipe professionnelle (Ligue 2). Cela doit être frustrant de rater de telles rencontres…

Oui, évidemment, tout le monde veut jouer ce genre de match, j’étais très déçu. Cela faisait deux mois que j’avais bien repris l’entraînement comme il faut et je commençais à retrouver mon rythme. J’arrivais à enchaîner les matches, mais cette blessure m’a remis un petit coup de frein. Depuis, j’ai retrouvé l’entraînement il y a 3-4 semaines et maintenant, tout va bien.

Vous êtes donc de retour, mais malheureusement, à cause de l’actualité et de cette épidémie, le National 2 ne reprend toujours pas. La FFF a tout de même tranché et a acté la saison blanche  pour le National 3 et tous les championnats des divisions inférieures . Comment vivez-vous le fait d’être toujours dans le flou concernant la suite de votre saison ?

C’est dur, c’est dur… On ne sait toujours pas s’il y a possibilité qu’on reprenne la saison. Si elle est maintenue, on doit continuer à s’entraîner. Heureusement, nous avons des coachs très sérieux qui maintiennent un niveau de pression minimum, même si des fois, cela nous ne fait pas plaisir. Mais c’est important pour que ça ne parte pas dans tous les sens. On est dans le flou donc ce n’est pas évident, car quand on n’a pas de match le week-end, c’est compliqué de trouver la motivation. Mais je pense que la réponse ne va pas tarder à arriver et puis, au moins, on sera fixés.

Votre entraîneur Eric Rech disait dans nos colonnes que ses joueurs étaient moins concentrés. Vous êtes d’accord avec lui ?

Je ne pense pas vraiment. Dans le contexte actuel, c’est juste un comportement naturel. De manière générale, en tant que joueur, quand on sait qu’il n’y a pas de match le week-end, comme lors d’une semaine internationale, on ressent toujours une petite baisse de tension, une petite baisse d’application, les gars sont un peu moins concernés. Maintenant, il faut comprendre que cela fait des mois et des mois qu’on ne sait pas où on va. En plus, la FFF entretient ce mystère, car elle ne prend pas de décision et le gouvernement est lui aussi dans le flou. Tout cela fait que c’est forcément plus compliqué pour nous ! Je ne dirais pas que c’est un manque de concentration dans le sens où on s’en fout complètement ou qu’on n’a absolument pas envie. Le cerveau est juste un peu moins sous tension. Il n’y pas la concurrence qui nous pousse à nous dépasser pour être meilleur que le copain. C’est pour cela que je pense que ce relâchement aux entraînements est un phénomène tout à fait naturel.

À titre personnel, pensez-vous que la saison doit reprendre ou faut-il tout stopper et repartir sur de bonnes bases au mois d’août pour une nouvelle saison ?

Je n’ai pas vraiment de préférence. Mais la coupure a commencé au mois d’octobre, donc cela fait déjà plusieurs mois. J’imagine que si on reprend, cela va être un peu dans l’urgence, puisque malgré tout, il y a encore beaucoup de matches à disputer dans un temps réduit. Si ce n’était que de moi, j’arrêterais et je recommencerais la saison prochaine à zéro. Ce n’est même pas pour une raison sportive, car aujourd’hui, avec Aubagne, nous sommes en haut du classement. Par conséquent, reprendre nous ferait pas peur, et au contraire, on aurait une carte à jouer. Mais je réfléchis plus au niveau footballistique et je me dis que la saison va être tronquée. Une si longue coupure, ça ne reflète pas un vrai championnat. Stopper en octobre, puis tenter de reprendre en avril-mai, et finir en juin, c’est un autre championnat : 6 mois avant, 6 mois après…

Boubacar Kamara ? Sa réussite n’est pas un mystèreGaël Andonian

Avant de rejoindre le centre de formation de l’OM en 2004, vous aviez déjà joué à Aubagne étant petit. Pourquoi avez-vous décidé revenir dans ce club ?

Après mes 6 mois à Ajaccio, j’ai décidé de résilier mon contrat et je voulais revenir dans la région. J’ai connu beaucoup de blessures et j’avais pris des coups au moral. C’est pour cela que j’ai décidé de revenir et de me trouver un club, ici, dans le but de m’épanouir et d’être heureux. Tout simplement. Mon retour, c’est aussi grâce à mes connaissances. Je connaissais déjà Eric Rech, car je l’ai côtoyé au centre de formation de l’OM. Ensuite, à Aubagne, je connaissais aussi des joueurs avec qui j’avais joué et que j’avais affrontés. Puis, c’était à côté de chez moi. J’ai été intéressé de suite. Quand je suis allé m’entraîner, j’ai vite compris qu’il y avait un bon niveau. Je me suis senti bien très rapidement avec les joueurs sur le terrain et en-dehors. Tout cela m’a donné envie de revenir à Aubagne et je pense que c’est le bon choix.

Gael Andonian au centre de formation de l’OM (4ème en haut en partant de la gauche)                            /Crédit photo : Site AUBAGNE FC

Nous parlions d’Eric Rech, que vous avez connu au centre de formation de l’OM. Quelle relation avez-vous avec lui, êtes-vous proches ?

Je ne dirais pas « proches ». Je ne l’ai connu qu’un an à l’OM comme chaque entraîneur quand on est au centre de formation. Nous ne nous sommes pas suivis pendant de longues années. Mais je sais qu’il me voit d’une façon différente, car j’étais avec lui au centre. C’est quelqu’un qui est exigeant. Il m’en demande beaucoup. Je sens qu’il a envie que je sois bon et performant. C’est motivant ! Cela me donne envie de lui rendre la confiance qu’il me donne.

En parlant de l’OM, quels souvenirs gardez-vous de ce club et notamment des matches et entraînements que vous avez pu faire en professionnel ?

J’en garde forcément un bon souvenir. J’ai eu la chance de vivre des moments incroyables au stade Vélodrome. J’ai eu la chance de rentrer sur le terrain. J’ai côtoyé des très grands joueurs. J’ai vécu des choses que je ne pensais pas pouvoir vivre un jour, même s’il y a eu des points négatifs comme dans toutes expériences et dans tous les milieux. Mais aujourd’hui, il ne me reste que le positif.

Vous qui êtes né à Marseille, trouvez-vous qu’il soit dur pour un Marseillais de percer mais surtout de confirmer à l’OM ?

Forcément, ce n’est pas une légende ! On dit déjà cela depuis de longues années. Après, je pense que c’est le cas comme dans tous les grands clubs. Ce n’est pas simplement une question de Marseillais à Marseille, c’est aussi le cas pour un Madrilène à Madrid ou même un Parisien à Paris. Ce sont des clubs où il y a de la pression et de l’attente. C’est forcément plus compliqué, car il y a de l’instabilité. Les projets changent beaucoup et il n’y a pas de ligne directrice comme à Lyon. Après, il faut dire ce qui est : le niveau est plus élevé que dans d’autres clubs de Ligue 1. Bien sûr, il y a des exceptions et tout est possible. Mais il ne faut pas se mentir, la concurrence est plus ardue que dans un autre club. Quand un gardien du centre sort et qu’en face de lui il y a Steve Mandanda, c’est plus compliqué pour ce gardien de se faire une place ! Dans les autres clubs, il y a bien entendu de très bons gardiens, mais ils ne sont pas tous internationaux français et capitaines de leur club. Pour faire sortir des jeunes, je pense qu’il faut avoir une ligne directrice et les mettre dans un projet à long terme.

Depuis quelque temps, maintenant, on voit quand même que l’OM essaye justement de remettre la formation au centre du projet. On a pu le voir avec Andoni Zubizarreta dans un premier temps, puis aujourd’hui avec Nasser Larguet et Pablo Longoria. Boubacar Kamara est celui qui peut incarner ce renouveau. Il est aujourd’hui titulaire indiscutable à l’OM et il a même porté le brassard. Vous avez pu évoluer avec lui lors de quelques matches en CFA. À l’époque, avez-vous noté des choses sur lui qui vous avaient marquées ?

En effet, j’ai joué un petit peu avec lui. Il m’a toujours impressionné de par son niveau et son âge. Il était très bon tout en étant très jeune. Il a toujours été mis en avant très rapidement. Après, personnellement, quand je l’ai côtoyé, il était impossible de dire qu’il allait s’imposer à ce niveau-là et porter le brassard. C’est compliqué quand on joue en U19 Nationaux ou en CFA de retranscrire cela et de se dire que ce qu’il arrive à faire avec nous, il le fera aussi avec les pros. Maintenant, force est de constater qu’il a grandement le niveau. De ce que je vois et de ce que j’entends, c’est l’un des seuls qui arrive à surnager et qui sort du lot. Et franchement, je trouve que c’est amplement mérité ! Finalement, je l’ai plus côtoyé en dehors que sur les terrains de foot, et humainement, ça a toujours été un super mec ! Il est très humble. Il n’a jamais parlé pour parler et sur le terrain, il a toujours montré de très bonnes choses. Honnêtement, je pense que l’être humain est au même niveau que le footballeur qu’il est. Sa réussite n’est pas un mystère ! Il était très déterminé, mais tout en étant très calme. Je pense que c’est cela aussi qui a permis de faire la différence.

À Dijon, j’ai découvert une autre facette du football professionnelGaël Andonian

Pensez-vous que tout cela pourra l’aider à devenir un joueur de top niveau mondial  ?

En tout cas, il a tout pour réussir. C’est important de le dire, tous les grands joueurs avec lesquels j’ai pu jouer, je pense à des Lassana Diarra, des Steve Mandanda, des André-Pierre Gignac, tous ces gens qui ont rayonné et brillé au niveau international, le plus souvent, c’étaient les plus accessibles, les plus humbles, et les personnes les plus « simples ». Cela ne veut pas dire que les autres, c’étaient des têtes de con (rires). Personnellement, je parle toujours de Lassana Diarra, car c’est quand même un monsieur dans le football. Il a joué dans les plus grands clubs du monde : le Real Madrid, Arsenal, Chelsea. Et finalement, c’est peut-être celui avec lequel j’ai eu le plus de facilité à parler. Avec le recul, je m’aperçois que ceux qui ont le plus d’expérience et qui peuvent se la ramener, ne le font absolument pas. Ils parlent de la même façon au président du club qu’au remplaçant de la réserve.

Vous avez aussi évolué à Dijon. Le DFCO est actuellement 20ème de Ligue 1 et est presque condamné à descendre. Pensez-vous que ce club puisse avoir les facultés nécessaires pour se relever de cet échec ?

Je suis passé, il y a déjà quelques années. Je ne sais pas si le club est resté tel qu’il était. Maintenant, je pense que oui, le DFCO aura les facultés de se relever, car Olivier Delcourt est un président qui est un patron d’entreprise qui, j’ai l’impression, gère très bien tout ce qui est financier, etc. C’est aussi un président qui n’a pas hésité à investir et à capitaliser sur les montées que nous avions obtenues. Je sais qu’il a rénové une partie du centre d’entraînement, la salle de musculation et toutes les infrastructures. Je ne m’inquiète pas trop pour eux. Dijon est une grande ville, avec des bons moyens. C’est quand même attirant pour un joueur, même en Ligue 2. Je pense qu’ils ont les ressources pour remonter en cas de descente. Après cela va dépendre de beaucoup de choses. C’est un club stable et sain. Je sais qu’ils feront les recrutements qu’il faut faire pour réussir à rebondir rapidement.

Le 21 octobre 2015, Gaël Andonian est prêté jusqu’à la fin de la saison au Dijon FCO où il est recruté comme joker médical / Vincent Poyer DFCO

Vous nous avez parlé de votre expérience à l’OM où vous disiez avoir côtoyé des très grands joueurs, qu’avez-vous appris de votre expérience en Bourgogne dans un club qui est totalement différent de Marseille ?

C’est vrai, Dijon, c’est un peu l’exact opposé de l’OM ! Quand il y avait les journées portes ouvertes au centre d’entraînement, il y avait maximum 10 supporters. C’est une ville très tranquille. Cette expérience m’a montré l’autre côté du football. Il y avait moins de « pression » et ma relation avec les joueurs était différente. Après les entraînements, presque tous les jours, on se retrouvait pour manger ensemble ou pour aller boire un coup. Il y avait beaucoup de jeunes. J’ai découvert une autre facette du football professionnel pour quelqu’un comme moi qui n’avait connu que l’OM avec quasiment que des internationaux. L’ambiance était plus basée sur l’esprit d’équipe. Il y avait un esprit de camaraderie. Nous étions vraiment une équipe de collègues comme peut l’être, normalement, une équipe de CFA, sauf que nous étions en Ligue 2 et que tous les week-ends on gagnait. Nous sommes montés en Ligue 1. Je pense que notre état d’esprit était irréprochable. C’est ce qui nous a permis de réaliser une grosse saison. Personne n’était au-dessus de l’autre. Il y avait peut-être moins de non-dits et c’était un peu plus franc du collier.

Aujourd’hui, l’Arménie, pays pour lequel vous êtes international, est première de son groupe des qualifications à la Coupe du Monde 2022 devant l’Allemagne (trois victoires en 3 matches). Pensez-vous que l’Arménie puisse se qualifier pour cette Coupe du Monde au Qatar ?

Bien sûr, bien sûr ! Personnellement, je suis arrivé il y a quelques années, c’était une équipe très jeune qui était un peu en reconstruction. C’est une des raisons pour lesquelles c’était plus difficile pour nous pendant des matches couperet. Aujourd’hui, si on est premiers devant l’Allemagne, même s’il reste quelques matches, ce n’est pas un hasard ! Encore une fois, c’est parce que les résultats sont-là. Depuis 4-5 ans maintenant, les joueurs ont pris de l’expérience et du temps de jeu. Ils ont progressé naturellement. Déjà, je pense que de base, malgré la jeunesse, il y a toujours eu des joueurs, méconnus certes, mais de qualité quand même. Je ne serai pas étonné qu’on réussisse à se qualifier pour un tournoi international. On va croiser les doigts et continuer d’y croire, cela serait magnifique pour le pays !

La Coupe du Monde au Qatar ? Il y a des intérêts qui sont bien au-delà de nous et de nos connaissances…Gaël Andonian

Personnellement, vous n’avez plus été sélectionné depuis 2018. Qu’est-ce qu’il vous manque et comment faire pour retrouver la sélection ?

On ne pas va se mentir, j’ai eu un parcours un peu « chaotique » depuis ma dernière sélection à cause des blessures que j’ai eues. Notamment à Ajaccio où je me suis fait une fracture. J’ai eu une longue rééducation. Suite à cela, j’ai eu des blessures musculaires. Je n’ai pas joué la première partie de saison. J’ai résilié mon contrat puis je suis revenu dans la région. J’ai signé à Martigues et dernièrement, il y a eu le Coronavirus, le confinement, etc. Depuis 2018, je n’ai plus réussi à retrouver un club, à faire une saison complète. Toutes ces choses-là font que je ne suis pas sélectionnable. Il y a un niveau à avoir et je trouve ça tout à fait logique. Aujourd’hui, j’ai 26 ans et je suis en National 2 donc la sélection me paraît bien loin. Je dois déjà me concentrer sur moi-même et recommencer à jouer à n’importe quel niveau que ce soit. Si c’est en National 2, ça sera déjà très bien. Il faut que je retrouve mon niveau. J’ai envie de retourner en sélection, mais il faut savoir être lucide et reconnaître les choses. Si j’arrive à enchaîner les saisons et que j’arrive aussi à retrouver un niveau National voire Ligue 2, je pense que ça reviendra. J’espère.

Gael Andonian aux côtés de Henrikh Mkhitaryan avec la sélection arménienne / Crédit photo : Khursuyar

Cette Coupe du Monde 2022 se déroulera au Qatar, un pays dans lequel de nombreux ouvriers sont décédés sur les chantiers des futurs stades de cette compétition. Pendant cette trêve internationale, on a vu les joueurs Norvégiens porter un tee-shirt pour dénoncer le non-respect des droits humains au Qatar. Vous en tant qu’international footballeur, quel est votre avis sur cela ?

Nous sommes au courant de ces choses-là. C’est malheureux ! Il ne faut pas que cela se passe comme ça. Malheureusement, je pense que dans l’histoire, cela a dû arriver plus d’une fois et on n’était pas au courant. Nous, nous ne sommes personne pour prendre les décisions. Sur le papier, le fait que des ouvriers soient traités de cette façon-là, c’est anormal et condamnable ! Mais maintenant que faire d’autre ? Si rien ne bouge et que tout continue à se faire, c’est qu’il y a des intérêts qui sont bien au-delà de nous et de nos connaissances. Malheureusement, c’est le monde dans lequel nous vivons. On aura beau protester, si les décideurs trouvent des intérêts plus importants que le traitement des ouvriers, alors malheureusement, nous resterons que des pions. Et les joueurs iront jouer la Coupe du Monde. Cela peut se passer au niveau international, mais aussi au niveau national. On a pu le voir avec les Gilets Jaunes. Je pense que pour faire bouger les choses, partout dans le monde, il faut beaucoup de patience, de force et de détermination.

Propos recueillis par Jimmy COMTE