Portrait

Ibrahim Rachidi (OM), le « Bielsa Comorien »

01/10/2020 à 19:39

Avec deux victoires sur ses deux premiers matchs, Ibrahim Rachidi est l’entraîneur qui monte en puissance du côté de la formation marseillaise. Le coach des U16 R1 de l’OM fait l’unanimité auprès de ses anciens dirigeants, coéquipiers et des amateurs de football qui viennent suivre ses matchs chaque weekend.

Des équipes époustouflantes

« Dans le football ça a toujours été un gagnant que ce soit en tant que coach ou en tant que joueur. Il nous transmet sa combativité et son envie de gagner à chaque match ». C’est de cette manière que s’exprime Salim Rachidi, joueur de la N2 de l’OM, proche de Ibrahim, à propos de ce dernier. Avec neuf buts en deux matchs, les statistiques de l’Olympique de Marseille de Ibrahim Rachidi sont impressionnantes. Les anciens joueurs qui l’ont côtoyé ne sont, eux aussi, pas étonnés de sa réussite et du beau jeu pratiqué par ses équipes. Salim Ben Boina, gardien de but qui a joué avec lui en équipe nationale des Comores et à Marseille Consolat confie : « Cela se voyait cent fois qu’il allait devenir entraîneur, il avait une bonne analyse des matchs ».

Les amateurs de football sont eux aussi unanimes sur l’entraîneur marseillais. Idriss Kasmi, journaliste qui à l’habitude de suivre les équipes du centre de formation phocéen confie : « Ses équipes ont une domination limite vulgaire, méchante, hyper agressive à la perte de balle et très rapide dans les transitions ». Un avis repris par Azir Saïd Mohammed Cheick, lui aussi journaliste, qui explique que ses équipes sont « impressionnantes collectivement ». Les deux amis le surnomment même le « Bielsa comorien ». 

Ibrahim Rachidi sous les couleurs du Gazelec Ajaccio

Ils ont pris le temps d’analyser le jeu de l’entraîneur marseillais, qui pour eux est époustouflant. « Son système de base c’est le 4-3-3, mais il a juste changé et est passé en 4-2-3-1 l’année dernière pour mettre à l’aise un jeune crack : Jonathan Pitou » explique Idriss Kasmi. Avant de poursuivre, « si on comprend son système, chaque personne a un truc agréable à faire. Personne ne se sacrifie, ils font les efforts ensemble. Tout le monde sait ce qu’il doit faire, lorsqu’ils perdent le ballon, ils pressent haut et les défenseurs adverses ne peuvent pas relancer court et s’ils cherchent loin ils tombent sur deux grands défenseurs centraux et perdent aussi le ballon. Enfin quand ils récupèrent le ballon, dans la transition offensive cela va très vite ».

Le « bouillon », comme il est appelé par ses amis, en surprend plus d’un, comme le confirme Azir Saïd Mohammed Cheick : « Les joueurs ont des consignes précises, ils savent exactement leur déplacement et pressent dès la perte de balle ». L’intensité qu’on retrouve dans ses matchs n’est pas anodine. « Pendant ses entrainements, l’intensité qu’il demande est limite plus importante que celle qu’on retrouve en match ». 

Ibrahim Rachidi, le « grand frère »

Que ce soit pour ses anciens coéquipiers, ses anciens entraîneurs, ses anciens présidents ou les journalistes qui le suivent régulièrement, un aspect de sa personnalité ressort : son rôle de « grand frère ». Pour Salim Ben Boina : « c’était le meneur d’hommes qui nous poussait à tous vers le haut que l’on soit jeune ou des personnes avec beaucoup moins d’expérience. Il influait sa force, c’était comme un grand frère pour nous ». Des paroles qui laissent penser que le technicien marseillais dégageait déjà en tant que joueur quelque chose de particulier, une certaine aura. Son ancien entraîneur à Consolat et actuel coach de la Ligue 2 de Châteauroux, Nicolas Usaï, valide les propos du portier martégal : « quand je l’ai eu, il était encore joueur, en fin de carrière car il avait 36 ans à l’époque. C’était un leader avec une grosse personnalité et une voix qui porte. Je ne suis pas étonné qu’il puisse évoluer dans ce métier-là ».

Une mentalité qui lui permet aujourd’hui d’influer sur son équipe. Habitué de l’OM Campus, Idriss Kasmi confirme : « Ça reste un mec de quartier avec des adolescents, il les remet tout de suite à leur place. Dans le vestiaire c’est un peu le tonton, le grand frère. Ce n’est pas parce qu’il a le maillot de l’OM qu’il ne va pas leur crier dessus. Il a le truc de coach que n’ont pas certains qui arrivent en centre de formation ». Tous sont unanimes sur le technicien marseillais. C’est le cas également de son ancien président à Consolat, Jean-Luc Mingallon : « même si il n’a pas été toute l’année titulaire, il était toujours dans les 16. C’est un garçon qui savait parler aux joueurs, un grand frère qui conseillait les jeunes. C’était évident qu’il allait finir entraîneur ».

Ibrahim Rachidi à l’entraînement avec l’équipe nationale des Comores

Cette façon de voir les choses, le coach comorien l’a accumulé au cours de sa carrière. Il aurait pu évoluer au niveau supérieur mais a eu quelques regrets sur sa carrière professionnelle. C’est pour cela qu’aujourd’hui il souhaite voir ses jeunes réussir dans le football au plus haut niveau : « il sait qu’il a pu faire les mauvais choix, il s’en veut d’être passé à côté de cette carrière-là. Aujourd’hui, il ne veut pas que les joueurs fassent les mêmes erreurs. Il veut que tous ses joueurs réussissent », confirme Idriss Kasmi.

En plus d’être un grand frère, il sait aussi motiver ses troupes avant les matchs. Selon Salim Ben Boina, grâce à Ibrahim Rachidi, les Comores ont « pu rivaliser avec le Ghana avec des joueurs de DH et DHR, tout ça en grande partie par rapport à ce qu’il influait ». Aujourd’hui aussi, sur le bord du terrain, il continue d’être ce leader. « Quand il parle, ses joueurs ont tendance à l’écouter. Il est très interventionniste, mais c’est à bon escient. Il parle football », nous explique Azir Saïd Mohammed Cheick.

Son arrivée à l’Olympique de Marseille

Arrivé à l’OM il y a cinq ans, « Bouillon » n’est pas passé loin d’un autre destin. Lors de sa dernière saison à Consolat, Jean-Luc Mingallon pensait déjà à lui pour reprendre l’équipe Seniors qui évoluait alors en National : « s’il n’avait pas été à l’OM, il aurait été l’entraîneur de Consolat ». Des propos confirmés par Nicolas Usaï : « je sais qu’il était dans les petits papiers pour reprendre la Une ». Finalement, il débarque à l’Olympique de Marseille où « on lui a d’abord confié les U17 DH avec son ami Ahmed Nouri ».

Ibrahim Rachidi contre le RC Strasbourg lorsqu’il jouait à Marseille Consolat

L’une des caractéristiques des équipes d’Ibrahim Rachidi, c’est que ses joueurs progressent vite. « Cela fait trois ans qu’il est invaincu », rappelle Azir Saïd Mohammed Cheick. En plus des résultats, il arrive à exploiter le maximum du potentiel de ses jeunes. Grâce à ses capacités, il a peu à peu évolué dans la cité phocéenne, jusqu’à passer proche de reprendre les U19 Nationaux de l’OM. Cette saison en U16 R1 s’annonce être un vrai test pour le comorien. « Il a récupéré des générations dorées à l’OM, celle de 2002 où évoluait notamment Isaac Lihadji, les 2003 aussi et cette saison les 2005 sont une génération un peu plus faible », confie un journaliste marseillais.

Malgré cela, le coach olympien a gagné ses deux premiers matchs de championnat, au Burel (3-0) et face au FC Mougins (6-1), mais pour l’exigeant Idriss Kasmi : « pour l’instant, l’équipe n’est pas autant flamboyante que les autres années, mais il arrive peu à peu à imprégner sa patte ». Un style de jeu qui en ferait rêver plus d’un et qui laisse entrevoir un bel avenir pour Ibrahim Rachidi. Certains le verraient même un jour à la tête de l’équipe première de l’OM, « On s’est dit pour rigoler que s’il arrivait à dominer les équipes comme les autres années avec la génération 2005, il fallait virer Villas-Boas et le mettre à sa place », plaisante même Idriss Kasmi. Attention, « Une plaisanterie est chose sérieuse » écrivait le poète Charles Churchill.

Mehdi Adjemout

Crédit photo Une : Icon Sport