Interview

Jocelyn Angloma : « L’OM, ça ne doit pas durer que six mois »

10/03/2021 à 11:04

Actuel sélectionneur de l’équipe de Guadeloupe, Jocelyn Angloma (55 ans) a achevé sa formation à Rennes avant de participer aux années glorieuses de l'OM dans les années 90, raflant, au passage, une C1 et deux Championnats. L’ex arrière droit s’est exprimé sur Actufoot avant le match en retard de la 22e journée de Ligue 1 qui opposera ce mercredi à 19h ses deux anciens clubs. Entretien.

Vous suivez la Ligue 1 et vos anciens clubs ?

Plus ou moins oui. Je ne suis pas forcément assidu, mais je suis à travers les réseaux sociaux.

Vous avez débuté en pro à Rennes (85-87) puis joué à l’Olympique de Marseille dans une période faste… Quel club portez-vous le plus dans votre cœur ?

Je suis arrivé à Rennes dans un premier temps puis j’ai fait quatre ans à Marseille où j’ai pratiquement tout gagné, donc c’est particulier. Ça reste LE club de ma carrière quand même, pour y avoir remporté la Ligue des Champions. Je suis aussi passé dans des clubs où j’ai vécu de supers moments, notamment à Valence où j’ai fait cinq ans.

Que gardez-vous comme souvenirs du Stade Rennais ?

Je suis arrivé très tard dans le foot, à 20 ans. C’étaient mes débuts et j’étais content de pouvoir jouer rapidement car j’étais stagiaire à l’époque. J’ai pu jouer par dérogation en première division donc ça reste de supers moments.

Les deux clubs vont jouer avec un nouvel entraîneur, qui voyez-vous imposer ce mercredi ?

Ça va être compliqué pour les deux clubs. J’espère qu’il y aura un déclic à l’OM du fait que l’entraîneur vient d’arriver. Les Rennais ont une belle équipe qui, ces derniers temps n’est pas à la hauteur de l’effectif et Marseille a des problèmes et le doute qui s’est installé. Ils ont perdu en Coupe de France, c’était vraiment lamentable. C’est difficile à pronostiquer.

Avez-vous suivi la défaite à Canet-en-Roussillon ?

Malheureusement non, de par mon travail je ne peux pas trop regarder les matchs. Je suis entraîneur au pôle espoir en Guadeloupe donc ça se passe le plus souvent l’après-midi et je suis sur le terrain.

Avez-vous honte de voir votre club de cœur se faire éliminer par un club de National 2 en manque de rythme, juste après les déclarations de Frank McCourt disant vouloir gagner la Ligue des Champions avec l’OM ?

Je ne peux pas dire que j’ai honte, ça ferait injure au club amateur mais on sait très bien qu’en Coupe de France, les petites équipes montent leur niveau et les grosses équipes se laissent aller. Ce qui est peut-être lamentable c’est que depuis un moment, l’OM se laisse aller. Ce n’est pas l’équipe marseillaise qu’on attend. Ces joueurs de l’OM, ce ne sont non pas seulement des pros, mais des joueurs d’un certain niveau qui n’ont pas réussi à se mettre à la hauteur d’un club amateur. C’était un match pour gagner en confiance mais malheureusement ça n’a pas été le cas donc il y a quelque chose qui ne va pas.

« J’ai vécu en Italie, à l’Inter, au Torino, à Valence et avec les anciens c’est différent, c’est un peu bizarre en France »

Ca aurait pu arriver ce genre d’élimination de votre temps ?

Ça peut arriver mais pas dans ces conditions. Il n’y a pas eu énormément de changements dans le onze par rapport à un match où on se serait dit il y a 20 ans, 25 ans ou 30 ans qu’il fallait faire tourner l’équipe.

Avez-vous déjà pensé à jouer un rôle à l’OM ?

Non, pas spécialement. A l’arrivée de McCourt, il avait invité les anciens. On a eu une discussion « Comment on voyait l’OM ? », ce qui avait à faire etc…Comme je vis aux Antilles, en Guadeloupe, c’était un peu trop loin. C’est vrai qu’il y a des choses à faire mais ils ont une autre approche de la chose avec les anciens. J’ai vécu en Italie, à l’Inter, au Torino, à Valence et avec les anciens c’est différent, c’est un peu bizarre en France.

Selon vous, le grand ménage fait par McCourt, la nomination de Longoria et l’arrivée de Jorge Sampaoli vont-elles suffire pour que l’Olympique de Marseille retrouve de sa splendeur ?

Je ne pense pas, il y a beaucoup de travail à faire, déjà au niveau psychologique de la part des joueurs. La crise était telle que ça allait au-delà du sportif. Je pense qu’ils sont toujours dans le doute, le club peine à retrouver une dynamique, un engouement pour pouvoir se surpasser. Il va falloir changer pas mal de choses, pas mal de joueurs ne se retrouvent pas. Ce serait le moment d’en changer certains qui n’apportent pas grand-chose à l’OM et ça passe par là, un renouvellement des cadres.

« L’OM ça ne doit pas durer que six mois mais des années et peut-être que là, avec Sampaoli, les choses vont changer. Mais il ne faut pas que ce soit éphémère »

Vous avez eu Bernard Tapis comme président, estimez-vous qu’il manque un boss fort à l’OM ?

Les choses ont changé dans la façon de diriger un club, ce n’est plus comme avant, quand ça appartenait à une personne. Maintenant c’est toute une stratégie à mettre en place parce que le côté économique est très important et prend parfois le pas sur le sportif. C’est parce qu’il y a des joueurs qui sont payés grassement. Il faut que l’économie du club soit à la hauteur et puis après cela sous-entend aussi d’avoir des joueurs de valeur pour pouvoir gagner des titres… Pour gagner la Champions League, il faut avoir des joueurs de qualité et des joueurs qui peuvent rivaliser avec les meilleurs. En ce moment à l’OM, il en manque.

Ce n’était pas le cas cette année…

Pas du tout même. L’effectif de l’OM n’arrive pas à tenir comme il faut dans le Championnat mais ce que je constate, c’est que lorsque Rudi Garcia est arrivé, il y a eu des résultats au début. Villas Boas, c’est pareil il y a eu un changement mais ça a duré qu’un moment. L’OM ça ne doit pas durer que six mois mais des années et peut-être que là, avec Sampaoli, les choses vont changer. Mais il ne faut pas que ce soit éphémère.

Dimitri Payet a-t-il toujours sa place au club ?

Il n’est pas à son meilleur niveau, il faut trouver mieux que lui (rires). L’OM ne trouve pas ce joueur pour faire la différence, celui qui peut mettre Dimitri Payet sur le banc ou complètement dehors.

Certains anciens joueurs reprochent à votre ami Basile Boli de ne pas assez s’exprimer sur la situation actuelle de l’Olympique de Marseille, comprenez-vous leur ressenti ?

Je pense qu’à un certain moment, il va parler. Parce que ces derniers temps tout le monde a eu envie de parler, tout le monde veut mettre son grain de sel dans ce club mais nous, on est en dehors. C’est la direction qui sait comment ça se passe et eux seuls, peuvent faire quelque chose.

L’OM doit-il déjà préparer et anticiper la saison prochaine ?

Il reste quelques matchs mais l’OM a manqué trop d’occasions de se faire une place parmi les équipes en tête. Comme je le disais, il n’y pas l’effectif pour lutter pour la première place après, il va falloir se déchirer comme ils l’ont fait l’année dernière pour tenter d’arracher une place européenne.

Propos recueillis par Enzo Briand avec Thomas Gucciardi