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José Anigo « Même si je reste supporter de l’OM, aujourd’hui je suis plus le foot amateur ! »

27/11/2018 à 17:14

Ses débuts d'entraîneur à Endoume, le changement de nom de Consolat, son histoire avec l'OM, le foot amateur français, la retraite de Didier Drogba, ses expériences à l'étranger... José Anigo, aujourd'hui entraîneur de Panionios, club de D1 grecque, se confie en exclusivité pour Actufoot. Interview.

Vous avez commencé votre carrière d’entraîneur à Endoume en 5e division (CFA2). Qu’est-ce que vous évoque ce club ? Quel souvenirs en gardez-vous ?

C’est un club particulier pour moi. J’y ai passé une grande partie de ma jeunesse. Depuis l’âge de 16 ans, c’est là où j’ai vécu, là où mes enfants sont nés. Il y a donc ce côté affectif. Puis, il y a également le côté sportif. J’y ai fait de supers rencontres comme le président historique Francis Di Giovanni, un monument à Endoume, Daniel Barbarisi, Robert Pey… Il y a plein de gens qui tenaient le club à bout de bras à ce moment-là. Pour moi, ça a été super formateur. C’était ma fin de carrière de footballeur comme ancien minot et Endoume m’a permis de démarrer ma petite carrière d’entraîneur. Même d’ici en Grèce, je garde un œil sur ce club, je suis leurs résultats et de manière générale le foot amateur français. On y trouve de très bon joueurs, la preuve, j’ai pris à Panionios Sofiane Sidi Ali qui était à Gémenos la saison dernière. Endoume, c’est un de mes clubs de cœur et je suis content de voir leurs résultats comme la victoire à Monaco (0-1) ce week-end.

Lors de la saison 96-97, vous avez entraîné le GS Consolat, club des quartiers Nord de Marseille où vous avez passé votre enfance. Le club est promu en DHR quand vous le prenez en main. Pourquoi choisissez-vous ce défi à ce moment-là ? Comment ça s’est passé ?

J’y suis resté 2 mois, il avaient besoin de se sauver et comme je ne faisais rien à ce moment-là, j’ai accepté le défi. Jean-Luc Mingallon, qui est un ami d’enfance avec qui j’ai grandi, me l’a demandé et j’ai dit oui. C’est un mec extraordinaire qui a construit Consolat et qui l’a porté à bout de bras. Symboliquement, ce quartier, c’est une partie de mon enfance, c’est là où j’ai grandi… Après, je suis parti à Cassis un an… Voilà ma petite carrière du côté du foot amateur à Marseille.

A Consolat, il y a le stade José Anigo. Ça vous fait quelque chose qu’un stade porte votre nom dans le quartier de votre enfance ?

J’en suis très fier et je ne remercierai jamais assez Mingallon qui en est à l’initiative. Je l’en remercie grandement et j’en suis très honoré. D’ailleurs, je ne l’avais jamais fait avant et j’en profite donc par votre intermédiaire : merci Monsieur Mingallon.

Le club aujourd’hui a perdu son président Jean-Luc Mingallon et a été renommé l’Athlético Marseille. Qu’en pensez-vous ?

Oui, je le sais et je ne vois pas l’intérêt d’avoir changé le nom du club. D’abord parce que Consolat, c’est Consolat. Et ensuite, parce que ce qu’ont construit Jean-Luc Mingallon, Fathi Ben Moussa et Marc De Costanzi, ce n’est pas rien. Moi, j’ai grandi avec eux et je sais ce que ça représente. Dans ce club, il y avait leur sueur, leur travail, leur énergie, leur cœur. Remplacer le nom de Consolat par Athlético Marseille, non seulement ce n’est pas sympa, pas bien, pour ces gens-là mais en plus, je n’en vois pas l’intérêt. Le seul côté intéressant pour ce club était de se hisser en haut, de monter, mais pas de changer de nom, ça n’a aucun sens.

Mamadou Niang et Souleymane Diawara font partie du projet. Vous le saviez ? Qu’en pensez-vous ?

Je sais qu’ils sont partie prenante mais ils n’ont pas conscience de ce qu’est ce club. L’écart est tellement grand entre d’où ils viennent et là où ils veulent aller. Ce sont des mecs supers, je les aime beaucoup, mais j’ai envie de leur dire que le challenge qu’ils ont entrepris est difficile. Ils n’ont côtoyé seulement que des gros clubs professionnels et on leur demande de partir dans une petite écurie avec toutes les difficultés que ça peut contenir, financières notamment.

Vous pensez que c’est important d’avoir un deuxième grand club à Marseille ?

Je pense que c’est important mais il faut arrêter de croire (je le dis parce que beaucoup rêvent) qu’il y aura un deuxième club à la hauteur de l’OM. Il n’y aura toujours qu’un club qui sera intéressant pour les Marseillais et ce sera l’OM. Ce club est tellement grand… il étouffe et fait de l’ombre à tous les autres. L’OM, par rapport à son histoire, c’est gigantesque comme institution. Il est aimé par les Marseillais et ça restera toujours leur 1er club de cœur. Ceci dit, ce serait bien qu’un 2e club fasse son trou à Marseille et je trouvais aussi très bien que ce soit un des Quartiers nord. Cette partie de la ville a le droit d’exister ! Et je pense que les gens qui ont repris Consolat (je ne sais même pas qui ils sont) auraient mieux fait de se focaliser sur les résultats plutôt que d’en changer le nom. On ne peut pas occulter autant d’années du GS Consolat, on ne peut pas raser ça en 2 minutes. Il a une histoire ce club !

Après l’aventure Consolat, vous allez vivre l’aventure d’entraîneur-formateur avec votre club de cœur : l’OM. Que pensez-vous de la formation à l’OM aujourd’hui par rapport à avant ? Ça a changé ?

Non, ça ne changera jamais. J’ai vu que l’OM avait entrepris une tournée des clubs au niveau du foot amateur pour les aider et faire des partenariats afin que les meilleurs puissent rejoindre l’OM. Mais je n’y crois pas un seul instant ! Premièrement, personne ne le dit, même si on ne l’a jamais étendu comme c’est le cas aujourd’hui, ça a été fait il y a longtemps à Marseille. Je reste convaincu que personne ne pourra convaincre un père ou une mère de ne pas mettre son enfant ailleurs même s’il y a un partenariat. D’ailleurs, si vous regardez bien, il y a des partenariats avec beaucoup de clubs dont le Burel et ça n’empêche pas les joueurs de ce club de partir pour des structures comme Monaco, Nice ou Montpellier. Le partenariat sert à quoi alors ? Regardez Air Bel, c’est le plus gros vivier de jeunes à Marseille, mais il n’y a pas d’accord avec l’OM. Pourquoi ? Je pense déjà que les conditions ne sont pas réunies mais je pense aussi que le club veut garder sa liberté. Si les parents choisissent de mettre leur fils à Monaco, peu importe le partenariat, ça ne se fera pas. Il y a toujours de très bons joueurs qui passeront comme Boubacar Kamara ou Maxime Lopez mais il faut que ça se fasse naturellement. Les partenariats, pour moi, c’est du folklore, de la musique, du blabla ! On veut montrer qu’on fait mais au final, on ne fait rien.

On change de sujet. Vous aviez eu quelques divergences avec Bernard Tapie à l’époque, en 2001-2002. Quelles sont vos relations avec lui aujourd’hui ?

Aucune. Mais vous savez, on peut parfois s’accrocher avec des gens pour des raisons professionnelles, mais cela ne m’empêche pas d’avoir un grand respect pour l’homme qu’il est. Je lui souhaite de tout mon cœur de se sortir de ses problèmes de santé. Il a été un grand président pour l’OM et je le pense sincèrement. Tout le reste, ce ne sont que des chamailleries de bureau, ça n’a pas vraiment d’importance.

Quand vous étiez coach de l’OM, vous avez eu sous vos ordres Didier Drogba qui vient de prendre sa retraite de footballeur. Que pensez-vous de lui, de sa carrière et de son choix d’arrêter ?

Didier, c’est une belle histoire. Je suis arrivé sur la pointe des pieds dans le vestiaire à l’OM. J’arrivais de la réserve. Même s’il n’y a pas que lui car j’avais une équipe au top, il m’a accompagné dans le haut niveau et m’a permis d’écrire une belle histoire. Didier reste un monument. Pour moi, c’est le plus grand de l’OM… même s’il n’a fait qu’un passage éclair et c’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’il le restera.

Quel est votre meilleur et votre pire moment à l’OM ?

Il y a deux meilleurs moments. D’abord, l’accession en finale de Coupe d’Europe en 2004. Il y avait une telle communion avec les supporters… c’était un moment magique. Quand je partirai de ce monde, je pense que ça restera un de mes derniers flashs (rires). Ça n’arrive qu’une fois dans une vie. Ensuite, le 2e, c’est la victoire avec la réserve où on a été champion de France en 2001. C’était un immense moment avec une bande de jeunes magnifique. Ce sont de très bons souvenirs…

Le pire moment, ça a été la fin de mon histoire avec l’OM avec, dans le stade, des sifflets qui me sont tombés dessus. D’avoir vécu ce que j’ai vécu à la fin, je trouve que ce n’était pas justifié. Mais c’est l’histoire de la vie… il y a des hauts, des bas et j’ai vécu les deux.

Vous avez aussi été directeur sportif de l’OM. Qu’est-ce qui était le plus difficile ? Être directeur sportif ou être entraîneur ?

Directeur sportif, c’est plus dur. A ce poste, quand ça va bien, ce n’est pas pour vous ! Vous n’êtes jamais mis en valeur. Par contre, quand ça va mal, vous êtes pointé du doigt. C’est mieux d’être entraîneur car si vous prenez des coups, au moins vous savez pourquoi. En tant qu’entraîneur, on dépend de notre travail au quotidien. Quand il y a des résultats, on vous jette des lauriers et quand ils sont mauvais, vous prenez des coups de bâton.

Quels ont été vos meilleurs coups en tant que Directeur Sportif ?

Il y en a plein ! Trouver Taiwo, Valbuena, Kaboré, aller chercher Niang, Pagis, Bonnart, Mandanda ou encore Ribéry, ce n’est pas rien. La mémoire des gens est sélective et on ne vous retiendra que ce que vous n’avez pas fait de bien. Prendre des joueurs qui n’ont pas été bons, ça m’est arrivé bien sûr, mais si on met dans la balance les réussites et les échecs, je pense qu’on sera nettement en positif. Marseille, c’est encore pire qu’ailleurs sur ce point-là : les gens démolissent vite ce que vous faites. C’est le sud, c’est comme ça…

Que pensez-vous du nouvel OM et du nouveau projet de Franck McCourt « OM Champions Project » ?

Sincèrement, je n’en pense pas grand chose. L’an dernier, ils ont réussi une très belle saison. Après, sincèrement, si je veux être méchant, je peux appuyer là où ça fait mal. Quand j’ai pris Gignac, tout le monde a dit que 18 millions d’euros, c’était cher. Quand on sait que Mitroglou, ça en a coûté 15 pour 50 % des droits économiques du joueur… Il y a juste un petit problème quand même… On parle de ratage, là on est en plein dedans ! Quand on voit qu’ils sont capables de vendre Anguissa pour acheter Strootman qui a un salaire 6 fois plus élevé et que je ne trouve pas meilleur… J’ai envie de voir l’OM en haut de tableau mais ce qu’ils font n’a pas toujours été très cohérent.

En juillet 2014, vous avez été nommé directeur du développement international pour le continent africain et vous vous êtes installé au Maroc. C’était une mission particulière ? C’est un peu bizarre comme rôle, non ?

Ce n’est pas bizarre car ça existe à peu près partout. L’objectif que j’avais était de développer une académie à l’étranger où on pouvait accueillir de jeunes Africains, ce qu’on ne peut plus faire en France. Mais, la loi ne permettait plus de faire venir des mineurs. Du coup, j’ai travaillé sur l’Afrique et le Maghreb en général pour trouver des talents. J’en ai trouvé beaucoup mais je n’étais plus en odeur de sainteté à l’OM et ce que je faisais ne les intéressait plus vraiment… Mais de mon côté, le boulot, je l’ai fait !

Ensuite, vous allez connaître le football tunisien avec l’Espérance de Tunis. C’était une bonne expérience ?

A l’étranger, toutes les expériences sont bonnes. Elle était assez courte mais elle m’a permis de préparer mon aventure en Grèce, de me rendre compte que ce n’était pas facile et de voir que pour être dans le foot à l’étranger, il fallait être préparé mentalement, ce qui n’était pas le cas quand j’y suis allé. L’Espérance de Tunis est un très bon club et si je n’y suis pas resté longtemps, c’est en grande partie à cause de moi. Je n’ai pas su trouver les clés de plein de choses… L’échec était pour moi, pas pour eux.

Ensuite, vous êtes parti à Levadiakos en Grèce. Pourquoi aviez-vous fait ce choix-là ? Pourquoi la Grèce ?

J’ai choisi la Grèce d’abord parce que je connaissais. Quand je bossais avec l’OM, j’avais fait un passage ici. C’est un pays que j’aime beaucoup. J’aime la mentalité, l’état d’esprit. J’ai discuté avec le président de Levadiakos qui était un bon président, un mec de parole et le feeling est passé. Du coup, je suis parti faire l’expérience ! Ce n’était pas facile de jouer le maintien mais c’était une aventure extraordinaire avec un groupe composé de joueurs grecs et de Français qui jouaient au niveau National en France. Il y avait des gens extraordinaires, j’ai vécu une très belle année.

Aujourd’hui, vous êtes entraîneur de Panionios en D1 Grecque. Qu’est-ce que ça vous a apporté de partir là-bas ?

J’ai retrouvé la paix en tant qu’homme. J’ai tourné une page de tout. Je suis en paix avec tout le monde, avec moi même. Je n’ai pas de rancœur, pas de colère… je vous promets, c’est sincère ! Je vis ma vie comme j’en ai envie et j’ai appris à me reconstruire par rapport à ce qui s’était passé en France. Je ne suis plus le même aujourd’hui, je suis un homme heureux. La Grèce, c’est pareil qu’ailleurs, quand vous avez des résultats vous restez, sinon vous partez, mais je m’y sens bien. Avec le Maroc, c’est mon 2e pays. J’ai appris à vivre dans mes trois pays : la France, le Maroc et la Grèce. Le plus important, c’était de clôturer mon histoire avec l’OM, ce qui n’était pas facile. 26 années à laisser derrière, ce n’est pas simple. Fermer mon cœur n’a pas été aisé. J’ai eu des moments difficiles parce qu’humainement, il s’est passé des choses, mais maintenant je suis en paix. J’ai vraiment décroché avec l’OM. Je ne regarde plus tous les matchs de Marseille. Inconsciemment, ça me permet de me protéger, de ne pas voir certaines choses… Même si je reste supporter de l’OM, aujourd’hui je suis plus le foot amateur !

Sofiane Sidi Ali fait partie de votre groupe, joueur qui évoluait en N3 avec l’AS Gémenos la saison dernière. Ça veut dire que vous gardez un œil sur le football amateur des Bouches du Rhône ?

Oui, complètement. C’est aussi parce que je travaille avec Bernard Rodriguez, mon adjoint, qui est passé par Consolat, Gémenos ou encore Aubagne. Tous les deux, après que le week-end soit passé, on fait la revue du foot amateur. J’ai des amis dans la région PACA qui me demandent de suivre certains joueurs. Pour revenir sur Sidi Ali, il a joué hier et a été très bon. On a gagné 1 à 0 face à Lamia. Petit à petit, il fait son trou dans ce championnat en D1. Il montre aux autres jeunes Marseillais que le rêve est permis dans ce monde.

Il y a des joueurs de la région qui vous intéressent pour Panionios ?

Oui, je ne peux pas vous dire lesquels mais il y en a un ou deux qu’on est en train de suivre. Ils jouent pour des clubs de N2.

Vous qui étiez en Grèce à ce moment-là, de quel œil avez-vous vu le succès de l’équipe de France en Coupe du Monde ?

J’ai essayé de la regarder d’un point de vue technique. J’avais envie de voir de beaux matchs. Je suis content pour le foot français ! C’est très bien pour les coachs français, ça rejaillit sur tout le monde ce genre de victoire. Ça donne une belle image du foot français.

Certains pensent que l’Équipe de France a gagné sans proposer de jeu…

Je suis de ceux qui pensent que la finalité reste toujours la victoire. On peut parler de jeu et de ce qu’on veut mais quand vous l’avez gagné, vous l’avez gagné ! S’ils avaient bien joué et qu’ils n’avaient pas gagné la Coupe du Monde, on aurait dit quoi ?

Pour finir, vous voyez-vous revenir à Marseille ou en France un jour ?

Non, je ne me vois même pas revivre un seul jour en France. Je n’ai plus rien à y faire. Et y retravailler, encore moins ! La France, le foot français et tout ce qui va avec, c’est fini pour moi. Après, on ne peut jamais dire jamais, mais au moment où je vous parle, vivre en France, c’est non ! Familialement, on est plus heureux maintenant, on a trouvé nos habitudes ailleurs. Quand je rentre à Marseille, je suis content, je vois ma famille mais je ne me vois pas y revivre. Quand on est passé par l’OM qui est, pour moi, la plus grande machine du foot français, le plus gros club de France, on ne se voit pas repartir pour un autre club. A l’étranger, pourquoi pas ! A l’étranger, Anigo ce n’est rien du tout et je peux vivre ma vie, mais pas en France !

Keevin Hernandez

Crédit photo : Actufoot