ExpatITW

Lloyd Palun « Tout a commencé là-bas… au FC Martigues »

29/05/2018 à 18:31

Lloyd Palun (29 ans), milieu défensif/latéral formé au FC Martigues et passé par La Trinité, l'OGC Nice ou encore le Red Star, exerce aujourd'hui son art en Belgique, du côté du Cercle de Bruges. Ses débuts tardifs, son ascension soudaine, Claude Puel, son départ des Aiglons, sa descente en National, sa vie en Belgique... Pour Actufoot, le joueur se livre sans retenue sur sa carrière. Interview.

Lloyd, où avez-vous commencé le football et à quel âge ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

J’ai commencé au FC Martigues à l’âge de 11 ans. C’était mon 1er club. Franchement, j’en garde beaucoup de souvenirs mais il n’y en a pas vraiment un en particulier qui m’a marqué. Tout a commencé là-bas… C’était la bonne époque. J’ai joué avec de supers personnes qui ont maintenant arrêté.

Vous avez commencé à 11 ans, c’est tard pour pouvoir en faire sa carrière…

Oui, j’ai commencé très tard ! J’ai vécu dans une cité et tout le monde jouait au foot. Vu que mes copains étaient déjà licenciés dans certains clubs, il fallait que je fasse comme eux. J’avais 11 ans mais je pensais quand même à devenir pro car mon oncle Daniel Cousin était déjà footballeur. Il était passé par Martigues et je voulais faire la même chose que lui. Au départ, c’était mon modèle, c’est normal, il était de ma famille… A mes yeux, c’était Cristiano Ronaldo !

Vous avez donc été formé au FC Martigues et vous y êtes resté jusqu’en CFA. Comment était la formation à cette époque au club martégal ?

Je n’ai pas fait de centre de formation mais Martigues, c’était le top pour moi ! J’étais assez jeune et je jouais déjà avec les seniors. Il y avait de bons éducateurs… J’avais Patrice Eyraud, un ancien pro qui jouait à l’OM et qui est maintenant entraîneur du Marignane Gignac FC qui monte en National cette saison. Je ne garde pas du tout un bon souvenir de lui car il ne me faisait pas tellement joué et qu’à cet âge-là on veut jouer tous les matchs. J’étais jeune et je ne comprenais pas trop… Mais il m’a appris beaucoup de choses aussi !

Est-ce qu’il y avait des joueurs qui étaient avec vous au FCM à cette époque et qui ont percé dans le monde du foot ?

Oui, un seul. Il y avait Baptiste Reynet qui est maintenant gardien de but à Dijon.

Vous êtes né à Arles et vous avez joué au FC Martigues. L’OM est-il votre club de cœur ?

Même si je suis des Bouches-du-Rhône et que j’aime bien Marseille, mon club de cœur c’est l’OGC Nice. Ce sont eux qui m’ont fait grandir et qui m’ont accueilli.

En 2009, vous rejoignez la CFA2 de La Trinité SFC. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce choix à ce moment-là ?

Je pars de Martigues sur un coup de tête. J’étais remplaçant cette année et il fallait que je joue. Avant d’aller à La Trinité, je passe par Fréjus pour y faire des essais. Pour mon premier match, je n’étais pas prêt. Lors du 2e match, je joue super bien et on gagne. En ce temps-là, c’était Thierry Malaspina le coach. Il m’avait dit qu’il voulait me garder mais que la décision viendrait de plus haut. Au final, ils n’ont pas voulu que je reste. Je ne sais pas qui a décidé de ça à ce moment-là mais je me suis retrouvé sans club. A La Trinité, j’avais de la famille, mon cousin y jouait déjà. Il m’a dit « Tu n’as plus rien à perdre, rejoins-nous ! ». C’est comme ça que j’ai commencé avec eux.

Il a fallu que vous fassiez vos preuves là-bas…

Oui, j’ai débuté en 1ère Division où j’ai fait deux entraînements. Ensuite, j’ai fait un match avec la PHA. Puis, j’ai rejoint la CFA2 avec une condition, celle de jouer arrière gauche. Il fallait que j’accepte pour jouer… L’année suivante, je voulais rentrer chez moi sur Martigues mais Mohamed Benhaddou (avec son frère Madjid Benhaddou) me promettait de me faire jouer à mon poste de milieu défensif si j’acceptais de rester une saison de plus. C’est ce qui est arrivé, j’ai joué milieu défensif et ça s’est très bien passé puisqu’on était dans les quatre premiers du championnat.

La Trinité reste donc un bon souvenir ?

Un très bon souvenir. Ça s’est super bien passé. Je ne pensais plus à devenir pro mais je jouais pour le plaisir. Je comptais finir mon année et rentrer chez moi, mais bon… Ça s’est passé autrement. J’ai reçu mon premier trophée de meilleur joueur de la Côte d’Azur. Et là, tout a commencé…

En 2011, vous signez un contrat amateur avec la réserve de l’OGC Nice. Est-ce qu’on peut dire que c’est le tournant de votre carrière ?

C’est clairement le tournant de ma carrière. Grâce aux deux frères Benhaddou, à José Cobos, Eric Roy et René Marsiglia, j’intègre l’équipe 2 de Nice. Je signe mais avec des conditions… On était en haut de tableau avec La Trinité et en ce temps-là, la CFA2 de Nice n’était pas très bien placée. L’objectif était de maintenir la réserve. J’ai réussi cette mission tout en signant pro en cours d’année. Je pense que ça a été la récompense.

Vous signez pro le 5 Avril 2011. Un jour après vous disputez votre premier match de Ligue 1 contre l’OM au Stade Vélodrome. Quel souvenir en gardez-vous ?

C’était trop… Je ne peux même pas l’expliquer. Toutes les personnes que je regardais à la télé sont devant moi. Pour moi, c’était comme des géants en fait. Ils étaient trop rapides, avaient trop d’expérience… Je me posais des questions, me disais « Comment je vais faire ? ». Même si on n’a pas gagné, grâce à mes coéquipiers ça s’est bien passé. Je me souviens que je courrais partout pour récupérer les ballons, j’essayais de faire le max.

Après ce match, tout s’enchaîne très rapidement et vous rejoignez pour la première fois la sélection nationale du Gabon dirigée par l’ancien niçois Gernot Rohr. Vous arrivez à garder les pieds sur terre à ce moment-là ?

Je ne vais pas vous le cacher, au début c’était un peu dur… C’était trop bien, j’étais comme ceux que je voyais à la télé ! Je commençais à me dire « Je vais m’acheter ci, je vais m’acheter ça ». Ma famille est heureusement rentrée dans la danse et m’a demandé de faire attention. A ce moment-là, c’est grâce à eux que je n’ai pas pété les plombs !

Pour la saison 2012/2013, Claude Puel est le premier à vous titulariser au poste d’arrière droit. Ce n’était pas votre poste de prédilection mais vous vous adaptez…

Claude Puel me dit « Je ne veux pas te garder dans l’effectif mais j’ai peut être quelque chose pour toi. On va essayer et on va voir si ça marche… » Maintenant, en y pensant, je me dis que j’avais plus de qualités pour être arrière droit que pour être milieu défensif. Mais à l’époque, je le vis mal ! Je me demande comment je vais faire contre des attaquants de Ligue 1 qui sont très rapides. Claude Puel me rassure « On va travailler pour et ça va aller ! ». Il n’a pas eu tord. En restant milieu défensif, je n’aurais pas fait ce joli bout de carrière. Sans lui, je me serais retrouvé sans club.

Pourquoi l’aventure s’est-elle terminée avec les Aiglons ?

Si ça n’avait tenu qu’à moi, j’y restais jusqu’à la fin de ma carrière. Réellement, j’étais en concurrence avec son fils, Grégoire Puel, et la dernière année je n’avais pas du tout joué. Quand un joueur ne joue pas, au bout d’un moment il commence à haïr le coach. Je me suis dis qu’il fallait que je parte de Nice. En plus, j’étais en fin de contrat et j’étais sûr qu’ils n’allaient pas me le renouveler. Il fallait que je pense à d’autres perspectives.

Quels sont les joueurs qui vous ont le plus marqué à l’OGC Nice ?

Il y en a deux. Le premier, c’est Didier Digard. Après Eric Mouloungui avec qui je jouais en sélection, c’est l’un des premiers qui est venu me parler, qui est venu me voir et qui m’a pris sous son aile. Aujourd’hui encore, on est en contact, on se parle et on se voit. Même au niveau footballistique, c’est un super joueur. C’est le premier à m’avoir impressionné à Nice. Le deuxième, c’est Mathieu Bodmer. Je garde aussi contact avec lui, moins qu’avec Didier, mais on s’appelle. Ce sont deux milieux défensifs. En ce temps-là, j’essayais de m’identifier à quelqu’un.

En 2015, vous arrivez au Red Star. Vous descendez de niveau pour jouer en Ligue 2. Pourquoi avoir fait ce choix ?

J’avais d’autres opportunités mais quand on ne joue pas de la saison en Ligue 1, on ne peut pas s’attendre à retrouver un club de l’élite. Mieux vaut descendre d’un étage pour mieux rebondir. Je signe au Red Star car il y a Manu Pires qui était l’ancien coach de la réserve de Nice. Il m’a dit « Viens, tu vas t’amuser et ne pas te prendre la tête, c’est quelque chose pour toi » Et il n’avait pas tord ! J’ai aussi accepté pour changer d’air. Je n’avais connu que le sud et il fallait vraiment que je bouge et que je ne pense plus à l’histoire avec le coach Puel. Au début, c’était un peu dur la Ligue 2, les gars courent partout et les joueurs sont comme des guêpes sur le terrain mais après je me suis aperçu que ce n’était pas un mauvais niveau.

Vous allez vivre une montée ratée la première année et la descente du club en National lors de votre deuxième saison. Comment on vit ces moments de sport ?

Lors de ma 1ère saison, il fallait monter et on ne l’a pas fait. Du coup, on a perdu beaucoup de joueurs cadres pour l’année d’après. J’ai essayé de tenir l’équipe comme je pouvais avec d’autres anciens joueurs mais c’était difficile car l’équipe était jeune. On n’a pas réussi à rester en Ligue 2. Au final, c’était une bonne expérience ! Il faut vivre ça pour être plus fort mentalement et footballistiquement.

Vous en gardez donc un bon souvenir ?

Oui, j’en garde un bon souvenir. A part qu’il y avait trop de monde à Paris, et donc trop de bouchons sur les routes. Aller à l’entraînement était un peu dur par moments…

En 2017, vous signez avec le Cercle de Bruges en D2 Belge. Comment s’est présentée cette opportunité ?

Mon agent me dit « J’ai quelque chose pour toi. Il y a un club qui cherche un latéral et ils te veulent ! Il faut aller visiter les installations et voir si ça te plait. Fais vite, ils ne vont pas t’attendre ! ». J’avais connu Paris et le mauvais temps ne me dérangeait plus (Rires). Je suis allé visiter les installations et c’était top. Le club avait un grand stade car il le partage avec le Club de Bruges. Il y avait plusieurs terrains d’entraînement  : en synthétique, plusieurs pelouses, du foot en salle… En plus, il y avait un bon projet, celui d’accéder en D1. Et comme j’avais pris goût aux challenges depuis qu’on avait failli monter avec le Red Star, j’ai accepté. C’était une nouvelle expérience à vivre à l’étranger. Aussi, le club avait été racheté par l’AS Monaco et quand je suis arrivé pour visiter les infrastructures j’ai rencontré des joueurs du club monégasque comme Paul Nardi. Ça m’a rassuré au niveau de la langue car ça parle flamand là-bas.

Comment s’est passée cette première saison en Belgique ?

Une saison, une montée ! Je me suis dit que si j’allais là-bas le challenge devait être accompli. J’ai vécu une super saison, j’ai conjuré le sort. Je suis pressé de découvrir l’élite belge la saison prochaine. Il y a de vraies équipes comme le Standard de Liège, Anderlecht, Charleroi, Genk…

Comment est le niveau par rapport au football français ?

Il n’y a pas tellement de grande différence. En France, ça court beaucoup mais il y a aussi beaucoup de tactique. En Belgique, ça court aussi, ça joue un peu comme les anglais. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de tactique mais on la voit moins. Il faut être prêt physiquement et mentalement. C’est celui qui aura le plus les jambes et le mental qui gagnera.

Comment sont les supporters ?

Ils vivent le foot ! Ça crie tout le temps, ça encourage, il y a des fumigènes, c’est le top ! Après, il faut dire ce qui est, en Belgique il y a des hooligans et parfois c’est un peu chaud. Tout ça dans la limite du raisonnable bien sûr…

Vous voyez-vous revenir jouer en France un jour ?

Je ne me vois pas y revenir mais on ne sait jamais… Maintenant que j’ai gouté à l’étranger, ça va être difficile de partir… La Belgique, j’aime bien, j’aimerais rester là-bas mais après on ne sait pas ce qui peut arriver. Parfois, ça me manque la France mais je suis bien ici. Ça convient à mon style de jeu basé sur le physique. Je suis un peu une brute, j’aime le combat et les duels. En France, c’est plus tactique et il faut toujours être placé. En Belgique, tout le monde attaque, tout le monde défend et c’est ce que j’aime.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Jouer une saison pleine en D1 que ce soit en France ou en Belgique et finir ma carrière dans l’élite.

Propos recueillis par Keevin Hernandez