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Marley Aké, prêt à prendre le large ?

17/02/2020 à 20:35

Chez les espoirs marseillais, on connaît bien Isaac Lihadji. Mais il n'est pas seul. A gauche, côté opposé, il y a Marley Aké. Ce nom ne vous dit rien ? Ne vous inquiétez pas, vous devriez bientôt entendre parler de lui. En constante progression depuis 5 ans, le jeune attaquant marseillais, passé par Montpellier et Béziers, tentera de faire une percée comme il en a l'habitude dans son couloir en N2. Découvrez celui qui pourrait être la surprise du centre de formation olympien.

Convoqué par André Villas-Boas pour le dernier match face à Dijon, Marley Aké, jeune attaquant de la réserve qui a signé pro cet été, n’a pas eu la chance d’entrer en jeu pour faire ses preuves. On imagine que c’est une petite déception pour lui, surtout que ses coéquipiers du centre Lucas Perrin et Isaac Lihadji ont eu un peu de temps de jeu lors de cette dernière rencontre et que Florian Chabrolle en a obtenu aussi en début de saison face à Reims. Mais la jeune perle phocéenne n’a pas dit son dernier mot. A l’image de sa progression depuis plusieurs années, l’espoir de l’OM ne baissera pas les bras.

A la fin de la saison 2015/2016, Marley Aké n’est pas conservé par son club du Montpellier HSC. Direction l’AS Béziers pour se relancer en U17 Ligue ! L’entraîneur des attaquants de sa nouvelle équipe, Rachid Kahlaoui, s’en rappelle encore et nous dévoile une information surprenante sur le joueur franco-ivoirien : « Quand il est arrivé à Béziers, à 15-16 ans, il n’avait pas ce physique-là. Il avait un physique de nounours, il était un peu plus enrobé ». Un point que ne contredit pas son ancien coach Hugo Munoz : « Il était en méforme physique mais on sentait qu’il avait quelque chose de plus que les autres. Il avait le regard vif, détenait le sens du but, possédait un très bon placement et une bonne capacité d’élimination. Il a fait des bouts de matchs, des petites entrées en jeu et malgré sa méforme, il a été très bon. D’ailleurs, il a marqué dès ses premiers pas avec l’équipe ». Arrivent les vacances d’octobre, les jeunes prennent une pause avec l’école mais aussi avec le foot. Et au lieu de faire comme tous les adolescents de son âge et de profiter de ce temps libre pour s’amuser, Marley Aké travaille pour faire fondre ses kilos en trop. « Il est revenu de vacances, il avait pris quelques centimètres et était métamorphosé. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à être titulaire » se remémore l’entraîneur principal des U17 de l’ASB.

Marley Aké ou le fighting spirit

Si Marley Aké en est là aujourd’hui, c’est sans doute grâce à son état d’esprit et son caractère. « Je ne faisais que les spécifiques attaquants mais je me rappelle de quelqu’un qui était toujours jovial, très respectueux et très calme. C’était un garçon intelligent mais un garçon qui ne parlait pas beaucoup. Il observait » décrit Rachid Kahlaoui, désormais entraîneur des U18 R1. Pour autant, Hugo Munoz, son ancien coach, le dépeint comme « un joueur qui ne se cachait pas » : « Ce n’était pas un grand communiquant et il n’était pas très expressif, cependant il savait ce qu’il avait à faire… C’était quand même un petit chambreur ! Il était toujours présent à l’entraînement, n’avait jamais de problème, ça ne m’étonne pas que l’OM se soit penché dessus. Il avait un comportement très sociable et était très respecté du fait de ses performances en match ».

Celui qui lui a appris les bases du poste d’attaquant se rappelle tout de même d’un petit défaut concernant le footballeur en herbe : « Comme il était beaucoup décisif la dernière année avec Béziers, on lui reprochait souvent d’être un peu individuel. Mais bon, c’est l’égoïsme de l’attaquant… ». Cependant, son coach Hugo Munoz ne lui reprochait rien « On ne peut pas l’accabler pour une mauvaise passe ou un tir raté car on sait qu’à tout moment, il peut créer quelque chose et faire basculer un match. Dans mon management, je ne lui imposais aucune contrainte. J’acceptais qu’il y ait du déchet dans son jeu. Pourquoi ? Car si ça passait une ou deux fois, ça faisait mouche ! ». A ce propos, David Le Frapper, son entraîneur pendant deux ans à l’OM, nous raconte une petite anecdote : « Quand il est arrivé à l’OM, il était un peu ronchon. Il prenait des coups et il se mettait à pleurer. Je lui disais : « Maintenant tu vois que tu dois lâcher ta balle plus vite ! » Il fallait accepter le déchet et le fait qu’il ne reussisse pas, mais on savait qu’avec le temps ça viendrait. Et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé ! ».

On change d’aile !

Mais l’éclosion a commencé en U17 Ligue avec l’AS Béziers, bien avant l’OM. Au départ positionné au poste d’attaquant axial, le coach Hugo Munoz prend la décision de le faire évoluer sur le côté gauche. « Il fallait tout le temps qu’il se retourne, dos au jeu. Avec le staff, on a pris la décision de le mettre sur l’aile gauche. Face au jeu, il était meilleur que quand il était dans l’axe. Il était plus efficace avec ses crochets. C’est là où il a explosé. Lors d’un match amical après les fêtes, à la reprise, il est sur le couloir gauche et il avale des kilomètres ainsi que ses adversaires. Il me tient la saison, marque dans les matchs importants, tout cela grâce à son repositionnement. Lors de la tournée aux USA avec l’OM cet été, Villas-Boas l’a fait jouer en pointe mais c’est un joueur de couloir. Pour moi, il n’est pas attaquant axial ! » nous apprend-t-il. L’actuel entraîneur de l’OM s’était d’ailleurs justifié sur ce choix en conférence de presse « Je suis content de Marley (Aké) dans cette position de n°9. C’est nouveau pour lui, je veux continuer à essayer pour le développer car il est ailier gauche ».

Et c’est justement grâce à ce réajustement de position que Marley Aké est repéré par le club phocéen. « Il est parti à l’OM car il commençait vraiment à surclasser ses partenaires. C’était une évidence qu’il s’en aille… » explique l’ancien entraîneur des spécifiques attaquants de l’ASB. Une anecdote de son ancien coach en U17 et U19 à Béziers montre à quel point il était devenu trop fort pour ses adversaires : « A l’entraînement, on faisait une situation devant les buts, un exercice. Il fallait slalommer entre 3 ou 4 piquets et finir. C’était situation côté gauche et il rentrait pied droit. Première chose qu’il fait : il slalome les piquets avec une aisance technique déconcertante, puis à l’entrée de la surface, il bat le gardien avec la fameuse frappe enroulée à la Thierry Henry. Je vais le voir et je lui dis : « Tu n’as pas fait exprès ! » Il me dit : « si tu veux on recommence et je te fais la même ». On le fait et il passe ! Il me refait exactement la même chose, au même endroit, avec le même pied, face au même gardien. Il était dans le challenge mais il était sûr de lui. Si je lui demandais 3 ou 4 fois, il me le refaisait et on passait la nuit à le refaire s’il fallait ».

Des qualités mentales et footballistiques ! David Le Frapper, coach de la N2 de l’OM la saison dernière, a vu en « Bob » comme il l’appelle, des atouts indéniables :« La première chose que j’ai vu quand il est arrivé à l’OM, c’est une qualité de prise de balle et une première touche hyper interessante. C’était le seul joueur de toutes les catégories qui avait cette première touche de balle qui permet de se projeter vers l’avant. Et au niveau du caractère, c’était le gendre idéal ! Il faisait preuve de beaucoup d’humilité, de respect, était toujours à l’écoute même si parfois il n’était pas d’accord ».

Mais qui peut le stopper ?

En quelques années, le jeune joueur va se créer les armes pour évoluer plus haut, avec l’aide bien sûr d’un staff conscient de ses capacités, pas comme le club olympien lors des débuts de l’attaquant. « On a travaillé avec lui contre vents et marrés. Il n’était pas dans les petits papiers de tout le monde au club… Il faut dire qu’il avait zéro statistique les premiers mois. Il a créé un penalty face à Annecy et a fait une passe décisive, c’est tout. Il avait des chiffres pourris ! J’ai insisté car sa progression passait par le championnat de N2. C’était un joueur qui n’était pas du tout efficace. Il fallait le faire travailler sur le placement, sur le jeu combiné avec les autres, lui apprendre sur quelle partie du terrain jouer plus collectivement etc. C’était du beurre pour moi ! Ca a pris 6 mois avant qu’il ne progresse mais c’est un super apprenant ce gamin. Il est à l’écoute, c’est facile de lui communiquer des choses. Puis, il a vite explosé avec environ 8 buts et au moins 8 passes décisives sur la dernière saison ». Le joueur est même élu jeune du mois de Mars la saison dernière. Une progression qui n’en finit plus !

Avec 6 buts en 4 matchs de N2 cette saison, Marley Aké semble en avoir sous le pied. Au point même de convaincre André Villas-Boas de le récupérer dans le groupe du week-end contre Dijon. Mais il faudra être patient, attendre sans pour autant être passif, gagner sa place et ne jamais baisser les bras car le coach marseillais pourrait bien compter sur lui un jour : « Les jeunes sont prêts, mais pas encore mieux que ce qu’on a. C’est la raison pour laquelle je les fais attendre un peu, pour ne pas donner l’opportunité trop tôt et laisser les jeunes se monter la tête » avait déclaré le patron de l’équipe phocéenne. Lihadji à droite, Aké à gauche : l’OM peut entrevoir un bel avenir offensif et c’est bien pour cette raison qu’il serait dommage de les griller.

Keevin Hernandez

Crédit photo : Le Phocéen