ITWArbitre

Nabil Haryouli « Je ne voulais pas faire la saison de trop »

13/10/2020 à 19:34

Nabil Haryouli, arbitre du District de Provence depuis 20 ans, a pris la décision de jeter son sifflet et de quitter sa fonction. Désabusé, il revient pour Actufoot sur les raisons qui l'ont poussé à dire stop.

Nabil, pourquoi avez-vous pris la décision d’arrêter l’arbitrage ?

J’ai pris la décision d’arrêter l’arbitrage car j’ai pris conscience que mes compétences arbitrales ne correspondaient plus aux besoins de la Commission Des Arbitres mise en place durant ce nouveau mandat. Une nouvelle équipe a été mise en place avec des nouvelles idées qui ne plaisent pas à tout le monde, mais qui feront avancer leur vision de l’arbitrage qui n’est pas la mienne.

Quand avez-vous pris cette décision ? Est-ce qu’il y a eu un élément déclencheur ?

Il y a eu beaucoup de choses comme l’ambiance et une mauvaise pression instaurée auprès des arbitres. Vous savez, lorsqu’on vous reproche d’arbitrer avec le sourire et de relever un joueur au sol pendant un match, vous comprenez vite que la mentalité n’est pas la même. Après avoir analysé tout ça et après mûre réflexion, je ne voulais pas faire la saison de trop et partir avec un beau souvenir de ma carrière.

C’est une décision difficile après tant d’années ? Que représente l’arbitrage pour vous ?

C’est une décision assez facile quand on a pris assez de plaisir et qu’on a atteint les objectifs qu’on s’est fixé durant une carrière. Je n’étais pas destiné à être un arbitre de Ligue 1, mais juste un arbitre à son échelle qui applique les lois du jeu en respectant ses acteurs et surtout avec des valeurs humaines. Je ne veux pas être associé à un « foot business » alors que nous sommes en district.

Qu’est-ce qui aurait pu vous faire rester ou changer d’avis ?

Aucun argument n’était valable pour me faire revenir car je ne corresponds plus aux attentes de nos dirigeants. A partir du moment où la politique instaurée par une équipe nouvellement nommée est axée sur un arbitrage robotisé afin de corrompre les relations humaines saines entre le corps arbitral et les clubs, ce sont des choses qui ne m’intéressent pas. Je suis Nabil Haryouli, arbitre de D1, cela fait 11 ans que je suis dans cette catégorie et tout le monde me respecte, moi, mon caractère et ma personnalité. On ne peut m’enlever le fait d’être sociable et soucieux d’une bonne collaboration avec les acteurs du jeu.

Qu’allez-vous faire maintenant ? Est-ce que vous restez dans le milieu du foot amateur quand même ?

La surprise, c’est que j’ai reçu beaucoup de propositions de clubs pour intégrer leur staff ou l’équipe dirigeante, mais pour le moment je n’ai pas réfléchi à cette question. Je vais consacrer plus de temps à des valeurs sûres telles que la famille. De plus, mon groupe Facebook et ma société DUBai Tourisme, une plateforme sur le tourisme que j’ai crée en 2016, prend énormément d’ampleur et de temps. Et j’aimerais développer davantage cette opportunité professionnelle.

Que retenez-vous de toutes ces années d’arbitrage ? Qu’avez-vous appris ?

Ce que je retiens de l’arbitrage, ce sont des liens amicaux qui se sont noués et développés au fil des années. J’ai la chance d’avoir des amis à tous les niveaux (de district à la fédération, du foot à 11 au futsal) et l’arbitrage est une école de la vie. J’ai de très bons souvenirs (sauvetage du joueur à La Ciotat, des échanges personnels avec des joueurs à parler des heures après le match…), mais j’en ai aussi des mauvais… Sachez que je ne retiens que le bon dans cette aventure de 20 ans et je ne regrette rien.

Est-ce que l’arbitrage, c’est définitivement terminé ?

Oui, l’arbitrage est définitivement terminé. Je passe la main à mes anciens collègues et je vais m’ouvrir à d’autres horizons.

Comment s’est passée votre dernière ce weekend lors du match Venelles-Simiane ?

Le dernier match, c’était bizarre… c’est lors du contrôle des licences des joueurs que je me suis rendu compte que c’était fini. J’ai eu un accueil chaleureux du président de Venelles et des coachs de Simiane. Les joueurs sont tous venus me voir pour me dissuader de rester, mais à travers les regards ils ont compris que c’était réellement fini. Je les remercie pour cette dernière et je remercie les collègues arbitres qui étaient avec moi Abderamane et Sadek. A la fin, nous avons tous bu un coup, c’était convivial.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Plein de bonheur et surtout la santé. Le reste viendra tout seul, le destin le dira.

Un dernier mot ?

Oui, je veux profiter de votre média pour remercier tous les collègues arbitres, même si je sais que je ne plais pas à tout le monde. Merci pour tous ces moments, votre engagement le weekend, ce n’est pas facile mais il faut s’accrocher. Merci aux délégués qui font un travail remarquable, ils sont souvent dans l’ombre. On ne parle pas beaucoup d’eux, mais ils font partie des éléments importants dans les matchs et dans le district. Merci aux joueurs, entraîneurs et présidents, la confiance que vous m’avez accordé est indescriptible, merci pour tout. Je remercie aussi les contrôleurs qui ont également fait l’arbitre que je suis maintenant, grâce à leurs conseils j’ai pu progresser. Merci à la Ligue Méditerranée, l’UNAF la Maison commune des arbitres, à tous les bénévoles du football provençal car, sans eux, ce football n’existerait pas. Enfin, par ailleurs, si ça intéresse, je lègue gratuitement des équipements d’arbitre, si un ou des jeunes ont du mal à s’équiper, qu’ils viennent me voir.