InterviewN2

Patrick Michelucci « Jouer ? Il y a des centaines de morts par jour, ce n’est pas la priorité »

09/04/2020 à 14:37

"Je pense que nous ne reprendrons pas la compétition et je trouve que de l'espérer serait indécent". Patrick Michelucci, président de l'USM Endoume Catalans, deuxième club de Marseille, se confie sur la situation actuelle, la crise économique qui guette les clubs amateurs et les actions des instances. Interview.

Patrick, comment a réagi le club de l’USM Endoume Catalans au début de la crise ?

On n’avait pas trop le choix. A partir du moment où il a fallu cesser toute activité, on a arrêté. On a fermé le club le 12 mars et on a tout mis en suspens. On a mis nos quelques salariées au chômage technique, c’est-à-dire nos contrats fédéraux et ceux des entraîneurs.

Votre club fait-il face à des difficultés économiques ou est-ce à prévoir ?

Je crois la même chose que ce qu’ai lu à droite et à gauche. La situation économique des clubs était déjà difficile avant cette crise. Nous, de notre côté, on était toujours à flux tendu. On est l’un des plus faibles budgets de N2. Les rentrées d’argent viennent des petits mécénats, pas de grosses sociétés. Ces petites sociétés devaient nous verser des subventions en avril, mai et juin, mais ça tombe l’eau. Elles ne sont pas en mesure d’honorer leurs promesses de dons parce qu’elles ont d’autres priorités, et c’est bien normal. On peut ajouter aussi les pertes financières liées au stage de pâques et aux tournois. Tout cela disparaît. Et la chose encore plus compliquée, c’est l’absence totale de subvention à ce jour. La mairie n’a pas eu de 2e tour. On a demandé un geste au département, celui d’accélérer le vote. car la subvention est bloquée On est tous dans la même situation, mais en ce qui nous concerne, nous n’avons plus aucune rentrée d’argent et aucune visibilité proche.

Est-ce qu’il faut espérer reprendre la saison ?

Aujourd’hui, la priorité est de sortir de cette crise sanitaire. Si vous m’aviez posé la question il y a un mois, je vous aurais dit pareil. Je pense que nous ne reprendrons pas la compétition et je trouve que de l’espérer serait indécent. A Endoume, on a fait une croix là-dessus. Il est inenvisageable de reprendre la compétition dans cette situation. Pour les pros, c’est un autre débat, mais pour nous, c’est absolument impossible. Il y a des centaines de morts par jour, ce n’est pas la priorité en France actuellement. Il vaux mieux tirer un trait sur cette saison et quand ce sera l’occasion, reprendre la suivante.

Qu’attendez-vous des instances aujourd’hui au niveau économique ?

Très franchement, je n’attends pas grand chose, car je pense que je ne ferai pas partie de la catégorie qui sera aidée. Cependant, on attend d’elles qu’elles facilitent les choses, qu’elles étalent les montants qu’on leur doit ou qu’elle les annulent. Qu’elles nous versent de l’argent, je n’y crois pas beaucoup. Si elles mettent en suspens ce qu’on leur doit, c’est déjà bien ! Après, il y a beaucoup de clubs et les instances font ce qu’elles peuvent.

Et au niveau sportif ?

Ce qui est important, c’est que les instances donnent rapidement la décision et les modalités pour la suite des compétitions. On acceptera les décisions mais je pense que c’est important aujourd’hui qu’on nous dise comment ça va se passer. Il y a un flou pour les dirigeants, il faut qu’on sache ce qu’il en est pour penser à la suite. Ensuite, on attend surtout d’elles qu’elles fassent preuve d’humanité dans la manière de gérer les choses. Après, on a bien compris que la Ligue et les Districts étaient suspendus aux lèvres de la FFF. Notre club joue à tous les niveaux, national, régional et départemental. On a vu que le football a voulu resté uni jusqu’au bout avant que la FFF ne se prononce. Et ça va arriver bientôt avec l’annulation de compétitions au niveau District, Ligue, voire même peut-être National. Tout le monde attend la décision de la Fédé. Par contre, je ne suis pas sûr que je reprendrai si on me demande de reprendre. Si on nous dit qu’on finit en juillet ou en août, je ne pense pas que j’irai. Je consulterai tout le club avant, mais je ne suis pas pour.

Si la saison s’arrête définitivement, que faudra-t-il faire au niveau des montées et descentes ?

Chacun a un avis différent selon ses propres intérêts. S’ils figent les classements et font les montées et descentes à l’instant T, on descendrait. Donc évidemment, on trouverait ça injuste, surtout qu’il reste 9 matchs à jouer. Il y aurait la solution de finir la saison, mais je ne vois pas comment… nous, on n’a pas la capacité de jouer tous les 3 jours. Toute décision qui sera prise sera forcément injuste, saison blanche ou saison avec que des montées, pas de descente. Cependant,si j’avais un petit avis à donner, ce serait d’arrêter la saison maintenant, faire quelques montées, ne pas faire de descente et élargir les groupes la saison prochaine. Cette solution nous arrangerait ! Mais après, est-ce que nous, Endoume, on sera prêt économiquement parlant pour jouer en N2 la saison prochaine ? A l’heure actuel, ce n’est pas certain que ce soit possible….

Vous craignez que la DNCG s’oppose à votre maintien en N2 ?

Non, ce n’est pas ça, c’est nous qui décideront ! Beaucoup de dirigeants ont des entreprises. Comme mon collègue de Côte Bleue, Christophe Celdran, qui a une société dans l’immobilier, je suis dans la même position que lui. Je suis chef d’entreprise, j’amène personnellement de l’argent dans le club et 90% de nos sponsors sont des amis à moi. C’est quasiment nous et nos proches qui faisons du sponsoring pour nos clubs. Et beaucoup ne pourront pas renouveler leurs accords avec nous, même pour 5000, 10.000 ou 15.000 euros. Ce sera la conséquence de la crise. Dès que la santé sera retrouvée un peu partout, on va faire le tour pour prendre l’avis de tout le monde et on verra qui part ou pas. Et en fonction de ce budget, on prendra une décision. Mais on n’ira pas au casse-pipe ! Toutes les activités économiques vont se remettre en cause. Les « investissements plaisir », ça ne nous rapporte rien ! Aujourd’hui, on ne peut pas être optimiste pour le futur. Maintenant, les budgets vont peut-être baisser de partout, car parfois c’était du grand n’importe quoi. En revenant sur des choses un peu plus faisables pour nous, dans ce nouveau contexte, on pourra continuer à exister à ce niveau-là.