Interview

Stéphane Porato : « Pas certain qu’il soit plus simple de jouer à Monaco qu’à l’OM »

11/12/2020 à 18:32

En attendant de retrouver un nouveau projet sportif au côté de Marco Simone, Stéphane Porato (47 ans), s'est arrêté une vingtaine de minutes pour Actufoot. L'occasion pour l'ex gardien de but de Monaco et de Marseille de faire remonter à la surface quelques souvenirs marquants qui le lient aux deux clubs, qui se retrouveront samedi sur la pelouse du Vélodrome (17h) pour le compte de la 14e journée de Ligue 1.

Stéphane Porato, votre transfert de Monaco à l’OM avait-il eu une saveur particulière à l’époque ?

Ca l’est toujours quand vous quittez un club au sein duquel vous avez passé quatre voire cinq ans, pour aller dans un des plus grands clubs de France. Monaco en faisait partie aussi mais ce passage était particulier en raison de la proximité géographique qui sépare les deux clubs. Sans parler de la rivalité qui existe réellement. Passer de Monaco à l’OM était un bond en avant dans ma carrière. Cela s’est fait naturellement.

Prendre la place de Kopke dans le but, c’était quelque chose de fort ?

Bien sûr. Il ne faut pas oublier le palmarès d’Andreas, ce qu’il a réalisé à Marseille et en sélection allemande. Ce n’était pas un pari gagné mais la transition s’est faite de façon correcte entre lui et moi. Il a toujours été une personne avec qui j’ai entretenu des rapports extrêmement bons.

Cette première saison à Marseille en 1999 est marquée par l’épopée en Coupe de l’UEFA (défaite en finale contre Parme 3-0) et le coude à coude pour le titre avec Bordeaux, finalement sacré champion de France…

C’est vrai qu’on ne gagne aucun titre mais on a vécu tellement de moments incroyables au cours de cette saison, que ce soit en Coupe d’Europe ou en championnat. Avec le recul, on ne peut pas avoir des regrets. On avait un groupe exceptionnel et, ce qui est dommage cette année-là, c’est de ne pas avoir remporté un titre pour le centenaire du club. On aurait aimé marqué le coup mais la saison reste malgré tout extraordinaire.

Stephane PORATO – 24.11.1999 – Marseille
Photo: Sports / Icon Sport

Vous parlez de moments incroyables, quels sont les premiers qui refont surface ?

Il y a cette qualification pour la finale de la Coupe UEFA grâce à notre victoire contre Bologne. Ce match à Vigo qui possède à l’époque une équipe incroyable et qui marche beaucoup de buts chez elle. Et on arrive à ne pas en prendre là-bas. A titre personnel, je pense à la double confrontation contre Monaco en championnat. On fait également une série de huit victoires consécutives. Et puis on renverse Montpellier en seconde période dans ce fameux match au Vélodrome (0-4 puis 5-4 pour l’OM le 22 août 1998, Ndlr). C’est difficile de choisir un moment précis parmi tous ces souvenirs.

« OM-Montpellier, un match pas aussi fou qu’il n’y parait »Stéphane Porato

C’est encore quelque chose de dingue à vos yeux, le scénario de ce OM – Montpellier ?

C’est un match qui est rentré dans l’histoire du club et du championnat. Mais quand on était sur le terrain, on n’avait pas trouvé ça totalement fou. On ne s’en est rendu compte qu’après. Faire match nul était déjà une grande victoire mais le gagner dans les dernières minutes du match avec ce scénario… Pour les gens, cela paraît incroyable mais pour nous les joueurs, on avait la sensation à la mi-temps que l’on pouvait marquer à tout moment. On a eu la chance et on l’a provoquée pour y arriver mais gagner ce match n’était pas aussi fou qu’il n’y paraît.

Quand on est gardien et que l’on encaisse quatre buts, on n’est pas forcément heureux… Ce succès avait-il permis de faire passer la pilule ?

Disons que le sentiment était mitigé. La victoire collective permet de se fondre dans la liesse du groupe. Sur un plan personnel, je n’étais pas content de moi. Quand vous prenez quatre buts à domicile, ce n’est jamais un bon signe que vous envoyez. La suite du scénario a fait que la pilule est un petit peu mieux passée.

Pour en revenir à cette finale perdue contre Parme, vous souvenez-vous des mots de Rolland Courbis dans le vestiaire après la défaite ?

Je n’en ai pas un grand souvenir mais je ne pense pas qu’il y en ait eu énormément. On est tombés sur une équipe de Parme qui nous a éclipsés et qui a réalisé une campagne européenne incroyable. De mémoire, ils mettent 6-1 à Bordeaux (en réalité 6-0, Ndlr) et les joueurs qu’ils avaient étaient tout simplement incroyables. De nôtre côté, on était un peu diminués (Dugarry, Gallas, Luccin, Ravanelli étaient suspendus, Ndlr). Avec le recul, je ne sais pas si on aurait fait jeu égal avec les Italiens mais on aurait pu mieux figurer.

Le PSG-Bordeaux de 1999 reste un mauvais souvenir pour les Marseillais, les joueurs du PSG ne s’étant pas vraiment donnés à fond pour empêcher l’OM d’être champion…

Jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas la preuve que Paris n’a pas joué le jeu. Je connais certains des acteurs de ce match là et jamais je ne remettrai en doute leur envie de le gagner. Et je ne pense pas qu’on perde le championnat sur cette dernière journée. Les deux équipes ont gagné et il y a des rencontres où l’on a sûrement laissé passer notre chance. J’ai plus de regrets quand je repense au déplacement à Auxerre, où l’on mène au score jusqu’à ce que ce l’arbitre siffle pénalty et carton rouge contre Daniel Bravo qui ne touche jamais le ballon de la main. On fait aussi un match nul contre Lyon à domicile alors que l’on doit gagner. Les remords sont avant et surtout pas de ce PSG-Bordeaux.

Après deux saisons sur la Canebière, vous retrouvez le Rocher. C’est Claude Puel qui souhaitait votre retour ?

Il y avait sûrement Claude mais aussi Jean-Luc Ettori dans le staff. J’étais plus ou moins un enfant du club, Fabien (Barthez) partant à Manchester United, ça paraissait  logique à tout le monde que je puisse revenir dans un environnement que je connaissais très bien.

La parallèle est souvent fait entre la pression populaire à Marseille et la tranquillité offerte par la Principauté…

Oui mais ce n’est pas forcément plus facile à gérer notamment quand vous avez du tempérament, que vous aimez les grosses ambiances et que cela vous aide à vous transcender. A Monaco, il faut aller puiser ça autre part et être beaucoup plus intransigeant avec soi-même. Dans la vie tous les jours, c’est peut-être plus simple de sortir de chez soi, de se balader en famille. Concernant le football, je ne suis pas certain qu’il soit plus simple de jouer à Monaco qu’à Marseille.

« Je ne vais pas dire que ça m’a laissé des traces mais ça m’a embêté parce que je connaissais la plupart des joueurs de Monaco »Stéphane Porato

Ce retour ne se passe pas forcément comme prévu. Didier Deschamps fait des choix sportifs qui vous relèguent dans la hiérarchie des gardiens de but derrière Flavio Roma puis Tony Silva…

C’est toujours difficile à vivre quand vous perdez votre place, que vous ne jouez plus et que vous êtes en conflit avec l’entraîneur. Il a pris ses décisions et elles ont été bénéfiques pour le club. C’est comme ça, ce sont les aléas d’une carrière. Il y a toujours quelqu’un qui tranche et je ne doute pas du fait que les entraîneurs le fassent pour le bien d’une équipe. C’est plus à nous de faire les choses pour rentrer dans les plans de l’entraîneur.

Avant le choc de demain, vous reste-t-il une confrontation OM – Monaco plus marquante que les autres ?

Il y en a eu pas mal, mais c’est vrai que le dernier que j’ai fait au Vélodrome avec Marseille… Ca ne se passe pas très bien, il y a des échauffourées (le 7 avril 2000, quatre joueurs sont expulsés sur le terrain, Christophe Galtier et Marcelo Gallardo en viennent au main dans le tunnel d’accès au vestiaire à la mi-temps , Ndlr). Je ne vais pas dire que ça m’a laissé des traces mais ça m’a embêté parce que je connaissais la plupart des joueurs de Monaco. Je savais qu’il n’y avait aucune animosité entre les deux équipes. Le scénario et la situation de Marseille à ce moment-là ont fait que tout le monde était un petit peu plus énervé qu’à l’accoutumée. C’était un petit peu dommage même si le résultat avait été positif pour nous (victoire 4-2 de l’OM).

Après votre carrière professionnelle, vous retournez une troisième fois à Monaco, avec la section amateur. Du sérieux et beaucoup de plaisir, de rigolade ?

C’était super agréable ! Et ce n’était pas forcément quelque chose de prévu. Mon pote, Greg Campi (l’entraîneur de la N3 du VSJB, Ndlr) entrainait l’équipe en PHA et il m’a demandé si ça me tentait. Le fait que Jan (Koller) soit là était sympa aussi. Ca m’a permis de rencontrer des gamins qui se battaient pour les couleurs du club et qui avaient envie de faire quelque chose à un niveau que je ne connaissais pas forcément. Ca a été une saison incroyable, on fait le doublé championnat-Coupe Côte d’Azur et on monte dans la division supérieure. On avait vécu des matches de dingue !

Vous avez un petit peu décroché par la suite ?

J’avais de moins en moins envie de m’entraîner régulièrement, même si l’ambiance était bon enfant et qu’il y avait énormément de sérieux pour le niveau de pratique. J’avais passé mes diplômes d’entraîneur de gardiens et je voulais passer un peu à autre chose. Ca ne m’a pas empêché de rendre service deux ou trois fois malgré tout lorsqu’on avait des soucis dans les cages.

Comment vous sentez-vous dans le coaching ?

J’adore ce nouveau métier. Je suis en stand-by mais ça fait plus de trois ans que je travaille avec Marco Simone. Partager mes expériences avec des jeunes joueurs me plaît énormément, on les prend un petit peu sous notre aile. Le poste de gardien de but est sensiblement différent des autres et on créé rapidement des liens avec eux. J’espère que ça continuera le plus longtemps possible.

Laurent Banide vous prend dans son staff à l’été 2014 comme adjoint et entraîneur des gardiens à Al-Orubah en première division saoudienne. Une expérience écourtée au cours de quelques mois…

J’avais commencé cette aventure au niveau professionnel avec Lolo mais ce n’était pas simple. On était dans un pays totalement différent du nôtre et dans une région très loin de tout. On a tenu six mois, on a fait du bon boulot. Mais c’était compliqué pour tous un tas de choses (les joueurs n’étaient pas tous payés notamment, les conditions loin d’être optimales, Ndlr). Ca m’a permis de me faire au métier dans un pays étranger. Moi, j’aime beaucoup voyager, découvrir d’autres cultures et avec Marco, on bouge dans plusieurs pays. Cela nous apporte énormément.

Justement, où en êtes-vous actuellement de vos projets avec Marco Simone ?

On est en stand-by. Notre dernière destination était le Maroc (en D2, avec le Chabab Mohammedia, Ndlr). On attend de voir comment ça va se passer sur cette fin d’année pour rebondir. En sachant qu’avec toutes les contraintes liées à la pandémie, c’est de moins en moins facile.

Vous avez un agent, des touches en vue de commencer un nouveau défi ?

C’est ça, quelques-unes ont avorté à cause de la pandémie. On attend et on espère que les jours et semaines qui viennent vont être un peu plus favorables aux voyages et aux entrées dans les différents pays, afin que les touches que l’on a puissent se concrétiser.

 

Recueillis par Thomas Gucciardi