Interview

Mickaël Pagis : « J’ai mis du temps à prendre conscience de mes qualités »

25/03/2020 à 17:31

L'ancien attaquant de Sochaux, Strasbourg, l'OM et Rennes replonge dans les souvenirs, revient sur son parcours et se confie également sur ses activités actuelles, jonglant entre l'Académie du Stade Rennais et le développement de la pratique du beach-soccer.

 Mickaël, comment vous vivez la situation actuelle ?

On le vit avec frustration dans le sens où on est tous confinés chez nous et toutes les activités s’arrêtent plus ou moins… On a aussi en tête avec ce virus la protection qu’on doit mettre en place pour nous, notre entourage et personnellement, je suis concentré là-dessus. C’est vrai que c’est un peu effrayant et on ne sait pas quand ça va s’arrêter surtout, on a pas de visibilité sur l’avenir proche donc on se pose beaucoup de questions concernant la tournure des événements sur les prochains mois… Dans le football professionnel, il y a de gros enjeux économiques et les instituions se réunissent régulièrement pour avancer sur la question. On rallonge le confinement donc ça repousse également une éventuelle reprise des championnats. Pour les clubs, joueurs, c’est difficile de se préparer, on va voir comment ça va se dérouler… L’idéal c’est que les championnats puissent reprendre, mais pour moi si ce n’est pas le cas, il faudrait se fier au classements actuels pour faire le bilan sportif.

Quelle est votre vision du football actuel ?

Sur le plan global, le football actuel prend une place de plus en plus importante dans la société. On en entend parler de partout, c’est un vecteur économique et social très important dans la vie des gens, sans occulter tout ce qu’il se passe autour. C’est un superbe sport, une activité que beaucoup de personnes pratiquent, il y a des sports qui se développement en parallèle : le beach soccer, le futsal… Je suis totalement en désaccord avec le fait de faire signer des joueurs professionnels alors qu’ils n’ont même pas un entraînement en pro ! Il y a quelques années en arrière, il fallait faire vingt matchs pour signer un contrat pro. C’est sur que ce n’est pas leur rendre service, je sais très bien qu’il y a une concurrence accrue pour garder ces jeunes joueurs prometteurs, mais il faut réussir à trouver le juste milieu. Il faut essayer de les préserver ces jeunes. Aujourd’hui on leur casse l’envie de jouer très vite dans la formation. Ce qui fait avancer c’est ça, l’envie de bien faire, de progresser, de jouer.

L’explosion des jeunes est aussi due à celle des réseaux sociaux ?

C’est sur que c’est aussi une cause. Très vite on peut faire passer les images… Avant les clubs restaient plutôt discrets quand ils avaient un jeune prometteur. Aujourd’hui il est exposé très vite et ce n’est pas forcément lui rendre service. C’est aussi l’environnement dans lequel ils sont qui fait que très vite, ils brûlent un peu les étapes et pensent plus à l’argent, la belle montre plutôt que d’aller sur les terrains et progresser. C’est aussi dans ce sens que j’apprécie le rôle que j’ai au Stade Rennais aujourd’hui et cet accompagnement en spécifique attaquant, un rôle qui me convient bien. J’apprécie d’être au contact des jeunes, de leur transmettre mon vécu. L’exemple de Julien Stéphan est parlant puisqu’il est à la tête d’une équipe en réussite et ce qu’il a mis en place n’est pas du au hasard. Il travaille très bien et ça se ressent, on le voit quand l’équipe évolue. Pourvu que ça dure et pourquoi pas une place en Ligue des Champions ?!

« J’étais très introverti et j’étais vraiment passionné par le foot et par le jeu »

Un environnement qui semble vous épanouir… pourquoi le Stade Rennais et pas l’OM par exemple ?

J’ai eu une sollicitation de Olivier Létang pour rejoindre Rennes et il y réfléchissait depuis un moment à cette époque. J’ai aussi réfléchi de mon côté car c’était un rôle que j’avais déjà tenu auparavant chez les Rouge et Noir et revenir avec une mission très claire m’a de suite convaincu. Je remercie Olivier de m’avoir proposé ce poste, je ne voyais pas l’intérêt d’aller plus loin et l’idée de rester ici et de partager mon vécu m’a complètement séduit. Avec Julien Stéphan, il a contribué à l’éclosion du club au niveau national et ça tourne très bien dans le haut du classement. On a remporté la Coupe de France aussi la saison passée, ce qui est historique !

Si on doit faire le parallèle avec votre carrière, vous avez connu la Ligue 1 à 28 ans, puis à l’OM à 33 ans… Comment vous expliquez votre éclosion tardive au plus haut niveau ?

On a tous des caractères différents, j’étais très introverti et j’étais vraiment passionné par le foot et par le jeu et au détriment de mon plan de carrière. Moi ce qui m’intéressait, c’était de jouer, être sur le terrain, m’entraîner la semaine, car j’étais un joueur qui aimait l’entraînement et peut-être au détriment de me rapprocher d’un agent, de tout faire pour signer un gros contrat. Alors que j’étais beaucoup sur le jeu en lui même, j’ai mis du temps à prendre conscience de mes qualités, j’avais un jeu assez atypique donc très peu de dirigeants et entraîneurs ont cru en moi et c’était aussi ça la raison pour laquelle je suis sorti un peu tard. D’un autre côté, j’ai fait beaucoup de matchs en National, en D2, avec des voyages en bus dans un environnement pas « doré » comme ce qu’on met en place aujourd’hui dans les clubs. C’est peut-être ça qui m’a endurci et permis de durer aussi. J’ai joué jusqu’à 36 ans, ce n’est quand même pas courant pour un attaquant.

Laval, Ajaccio, Nîmes, Sochaux, Strasbourg, Marseille, Rennes, cela reste tout de même un sacré parcours !

Oui, j’ai toujours su m’adapter dans les environnement différents, dans des clubs et régions différentes. Je partais vraiment à chaque fois sur des projets sportifs, des échanges avec les entraîneurs et pour moi c’était important… C’est peut-être pour ça que je ne suis pas resté à chaque fois très longtemps dans les clubs parce qu’à un moment donné, je ne jouais plus et moi ce que je voulais c’était jouer, pas aller au bout de mon contrat et ramasser mon salaire. A Marseille par exemple je ne jouais plus, j’avais envie de jouer et c’est pour ça que je suis venu à Rennes. Alors j’aurais pu me dire « je reste dans le Sud, je suis bien », mais voilà…

« J’avais tendance à aimer être libre sur un terrain, faire ce que je ressentais sur le moment »

Le Vélodrome, quelque chose de particulier ?

Ah bah oui ! Ça a été un grand moment de ma carrière, c’est quand même un club que je suivais dans les années 80 et jamais je n’aurais pensé un jour signer à l’Olympique de Marseille… Cela a été pour moi une grande surprise, je l’ai vécu pleinement. Le Stade Vélodrome ça reste gravé, les entrées, quand on marque un but, c’est vrai que c’était des grands moments.

Qui était votre modèle dans votre jeune carrière ?

Moi on m’a comparé très jeune à Marko Van Basten, le Néerlandais qui jouait au Milan AC pendant la grande époque du club italien. Après, je n’ai jamais cherché à ressembler à qui que ce soit. Par la suite, on m’a un peu comparé à Eric Cantona. Il y a des joueurs que j’ai aimé regarder jouer mais j’avais tendance à aimer être libre sur un terrain, faire ce que je ressentais sur le moment, beaucoup de jeu à l’intuition sans rechercher à ressembler à quelqu’un.

Votre plus beau but ?

On en ressort un souvent , en 2008 contre Lyon avec le Stade Rennais où l’on gagne 3-0 et je marque trois buts. C’est vrai que le troisième est magnifique, un ballon renvoyé par la défense, je contrôle très bien et ça finit dans la lucarne. J’en ai mis d’autres, beaucoup plus en finesse, sur des lobs et des ballons piqués à l’Olympique de Marseille, mais aussi en jeunes, puis quand j’étais à Sochaux ou à Strasbourg, ou encore des buts à la Madjer quand j’étais à Rennes. Mais si je dois ressortir un but, c’est celui du triplé !

On vous a souvent comparé à Eric Cantona. Est-ce grâce à lui que vous avez commencé le beach-soccer ?

C’est Eric qui m’a sollicité pour le rejoindre car il finissait de jouer au beach et il allait devenir sélectionneur. Lors d’un match exhibition, il m’avait sollicité pour le rejoindre à la fin de ma carrière et c’est parti comme ça ! Par contre, c’est vraiment un sport qui m’a intéressé, une sorte de transition, mais ça a contribué au fait que je m’investisse dans cette discipline !

Concernant vos stages, comment allez-vous procéder concernant la situation de cette année ?

Cette année, ça va être très compliqué ! Au vu de la pratique sportive, les clubs ne savent pas trop où ils vont de par le manque de visibilité de la situation actuelle et la fin des championnats. Je suis un peu tributaire de tout ça aussi parce que je sollicite beaucoup les clubs de football du bassin rennais pour venir découvrir cette pratique donc à partir d’un moment où ces clubs là ne savent pas ce qu’ils feront en avril/mai, ça se répercute sur mon organisation aussi. Les autres années je faisais des stages en inscriptions individuelles et cette année, j’avais décidé de ne pas les reconduire mais en parallèle, j’allais proposer beaucoup plus de séances aux clubs amateurs du bassin rennais et tout est remis en cause. L’an dernier, j’avais mis en place un inter-clubs avec 3-4 clubs du bassin rennais avec des séances et des matchs, qui devaient commencer fin avril. Je n’ai pas encore communiqué car j’attendais l’évolution de la situation. Le beach ça va être un peu compliqué cette année, j’ai appris que les finales régionales seraient annulées et celle de beach est annulée aussi. Ça commence à faire beaucoup, ça sera une année sans.

Joel Penet

Crédit photo : Wikipedia / Rouge Mémoire / RMC