InterviewLigue 2

Nicholas Gioacchini, du Stade Malherbe de Caen au rêve américain

11/11/2020 à 10:08

Nicholas Gioacchini, jeune attaquant de 20 ans du Stade Malherbe de Caen, s'apprête à goûter aux joutes de la sélection nationale américaine. Passé quelques saisons chez les jeunes du Paris FC et dans sa réserve, le numéro 7 caennais vient tout juste d'être appelé par le sélectionneur des États-Unis, qui n'est autre que son pays d'origine. Actufoot a rencontré Nicholas Gioacchini, à l'aube de ses premiers pas avec la Team USA. Entretien.

Avant le rêve américain, il y a d’abord eu le rêve normand. Nicholas Gioacchini vit un début de saison parfait, en témoigne son but vainqueur à la 93e minute ce weekend contre l’AS Nancy-Lorraine. Une victoire ô combien importante pour les Normands et Pascal Dupraz qui figurent à la 4e place du classement de Ligue 2. Mais ce n’est pas tout pour le joueur tri-national puisque la cerise sur le gâteau sera posée par Gregg Berhalter, le sélectionneur des États-Unis. En effet, Nicholas Gioacchini a été appelé pour la toute première fois avec son pays natal. Il rejoindra donc des joueurs connus du grand public comme Christian Pulisic (Chelsea), Giovanni Reyna (Dortmund), Tyler Adams (RB Leipzig), Weston McKennie (Juventus) ou encore Sergiño Dest (FC Barcelone). La Team USA affrontera le Pays de Galles à Swansea ainsi que le Panama en Autriche pendant cette trêve.

Nicholas Gioacchini : « le sélectionneur m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle »

A Caen, vous êtes sous les ordres de Pascal Dupraz qui a une certaine notoriété en France. Comment se passe votre relation avec lui ?

« Il m’a donné ma chance. J’ai trop de respect pour lui et j’en aurais toujours. Je l’écoute tous les jours à l’entraînement car il ne veut que mon bien. Il y a une relation forte entre nous. Je lui fais confiance car il m’a donné ma chance et il me montre tous les jours qu’il est là pour moi, pour m’aider. »

Vous êtes encore un jeune joueur, vous n’avez que 20 ans. Il y a des joueurs à Caen qui sont là pour vous faire aller de l’avant, qui sont un peu comme des grands frères ?

« Oui tout à fait, il y a les joueurs plus âgés que moi avec plus d’expérience. Par exemple, Prince Oniangué, Anthony Goncalves, Rémy Riou, Yacine Bammou. Ce sont des joueurs qui ont beaucoup plus de vécu que moi, qui me donnent des conseils et qui m’aident à comprendre des choses que je ne comprends pas forcément avec le manque d’expérience que j’ai par rapport à eux. »

Votre bilan cette saison est de 3 buts en 8 matchs de Ligue 2. Comment vous sentez-vous sur le terrain avec le Stade Malherbe de Caen ?

« Franchement, ça se passe très bien avec mes coéquipiers. Je trouve l’équipe de mieux en mieux et c’est également le ressenti qu’il y a à l’intérieur du groupe. Je pense qu’on peut faire quelque chose cette année. L’objectif au sein du club est vraiment la montée en Ligue 1. Pour mes objectifs personnels je m’étais fixé 15 buts mais en vrai je n’y pense même plus. Je prends chaque match l’un après l’autre, je réfléchis à comment on va pouvoir gagner chaque match. Ce n’est pas que des buts. »

« Je ne connais vraiment aucun joueur personnellement. »

Qu’est-ce-que ça fait d’être sélectionné avec la Team USA ? Comment avez-vous appris votre sélection ?

« C’est une grande fierté. C’est quelque chose auquel je pensais mais pas forcément aussi tôt. Cette saison c’était un objectif. La saison dernière on est resté en contact avec le sélectionneur mais j’étais blessé et le Covid est arrivé puis a tout annulé. Le coach est revenu vers moi il n’y a pas longtemps, je suis vraiment heureux d’avoir une chance de montrer ce que je peux apporter à l’équipe. Sur le moment, c’est le sélectionneur qui m’a appelé et pour m’annoncer la nouvelle. »

La sélection américaine est en train de franchir un cap avec de très bons joueurs qui évoluent en Europe. Vous discutez un peu avec eux ? Vous êtes dans quel état d’esprit, vous appréhendez, vous avez hâte d’y être ?

« Alors, je ne connais presque personne. Je connais un petit peu Timothy Weah (LOSC) car j’ai joué contre lui en U19 sinon je ne connais vraiment aucun joueur personnellement. J’ai hâte. Je n’ai rien à perdre. Je fais ça avant tout pour m’amuser, pour montrer ce que je sais faire. Je ne suis pas là pour rien. Si je suis avec tous ces joueurs aujourd’hui, c’est parce que j’ai le niveau pour être où ils sont. Je le vois comme ça. Je veux montrer ce que j’ai en moi. »

Vos objectifs avec la Team USA ?

« Je suis là pour apprendre et faire apprendre. Je suis ici pour apprendre ce qu’est le très haut niveau. Il y a quand même une dizaine de joueurs qui jouent la Ligue des Champions. Je veux voir comment ça se passe, la vitesse du jeu, prendre de l’expérience. Si je peux gratter du temps de jeu et même marquer ou faire des passes décisives ce serait un plus. Je me concentre uniquement sur Caen durant la saison car je suis sous contrat là-bas. Maintenant que la trêve est arrivée, je suis focus uniquement sur la sélection. »

« Je suis né aux États-Unis, j’ai vécu là-bas un bon bout de temps. »

La Gold Cup en 2021, un objectif de voir votre nom dans la liste ?

« Oui, forcément maintenant que j’ai été appelé pour la première fois, j’y pense. Mais c’est encore très loin. Il y a d’autres choses auxquelles je devrais penser avant la Gold Cup. Mais sinon oui bien-sûr, ce sera un objectif d’être dans la liste. »

Vous avez la nationalité américaine, jamaïquaine et italienne, donc trois au total. Pourquoi avoir choisi les États-Unis ?

« Premièrement, il n’y a que les États-Unis qui m’ont appelé. Je tiens plus à ce pays qu’aux autres. Je suis né aux États-Unis, j’ai vécu là-bas un bon bout de temps. J’ai une grande partie de ma famille qui se trouve là-bas. Mon cœur est là-bas, j’y ai plus de connexion que la Jamaïque ou l’Italie. »

Le football américain, autrement dit « soccer », se développe de plus en plus. Pour vous, quelles sont les différences entre le soccer et le football que l’on connaît ?

« Pour moi, c’est la question du temps. Le soccer est beaucoup plus jeune que le football malgré le fait que ce soit le même sport. Ça s’évolue moins vite que le football. C’est quand même assez physique, ça joue un peu plus doucement qu’en Europe où là vraiment ça joue plus vite. Ça se voit. Mais ce n’est qu’une question de temps. Le soccer peut revenir à hauteur du football classique d’ici 10 ou 15 ans, sur le niveau des joueurs, le niveau des clubs, le jeu en lui-même. »

Vous vous apprêtez à commencer votre histoire avec la Team USA. Jouer en MLS, c’est quelque chose que vous avez envie de réaliser un jour ou l’autre dans votre carrière ?

« Oui mais pas tout de suite. J’ai envie de faire ma vie et ma carrière en Europe. Je vise de rester en Europe. Après tout ça, oui pourquoi pas je ne suis pas contre. »

 

Propos recueillis par Nicolas Issner.