Interview

Anthony Trolet (La Rouennaise) : « Luc Sonor nous a dit je n’ai pas su qui était migrant »

18/01/2019 à 17:25

Accueillir des migrants et leur donner le goût du football, pour mieux vivre des moments de partage. Tel est le pari, gagnant, fait par l'Association Rouennaise de Football, un club normand créé il y a 25 ans par Anthony Trolet, toujours en poste. Lancé en 2016, ce défi de recevoir des hommes venus d'Afrique et marqués, physiquement, à vie, par les stigmates de la guerre, rassemble. A l'heure où la question migratoire se pose dans le quotidien des Français, le président a accepté de présenter ce projet qui lui paraît, jour après jour, toujours plus indispensable.

Pourquoi avoir voulu accueillir des migrants ?

J’ai toujours eu un côté cheville ouvrière, je viens des quartiers de cité, j’ai vécu avec la mixité sociale. Le foot, c’est une porte d’entrée au vivre-ensemble, qui est important. Beaucoup de personnes qui arrivaient de pays africains, notamment, avaient besoin de s’intégrer. Le football favorise la communication, c’est le sport universel. J’ai soumis l’idée au vote à main levée. Ca a déclenché l’enthousiasme des joueurs et des dirigeants. On s’est rapproché de « France, terre d’asile » pour savoir si certains migrants voulaient jouer au foot. On en a eu quatre. Depuis ces débuts en 2016, on en a 16 migrants qui jouent ou ont joué avec nous. Et, attention, on n’avait pas des Zidane. Ils ne savaient pas jouer et ne connaissaient pas les règles. On leur trouve des emplois, on fait des repas en commun, on teste leur cuisine. Aujourd’hui, on a cinq joueurs sous licence. Les autres n’ont pas leurs papiers, donc ils n’ont pas de licence, mais on a trouvé un arrangement avec Generali pour les assurer et qu’ils puissent faire les entraînements. On attend qu’ils soient régularisés. Ce qui est intéressant, c’est par où ils sont passés pour en arriver là. Des joueurs, en Libye, ont été torturés, fouettés, un s’est fait tirer dessus. Ils souhaitent tous rentrer chez eux.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

Les premiers, quand ils sont arrivés, en 2016, étaient en tongs et en short. Ca m’avait fait drôle. On leur a donné des équipements sportifs du club, des chaussures. Puis, avec France Terre d’asile, on a trouvé des vêtements. Il y avait aussi les moments, dans les douches, où on était tous nus en train de se laver puis se changer. Eux ne font pas ça, par pudeur. C’est là où on a vu aussi les stigmates. Ca a créé un choc. L’argent qu’ils gagnent grâce à leur travail leur permet de payer la milice qui est dans leur village, pour que leurs proches soient tranquilles. C’est une sorte de racket, surtout au Soudan.

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