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Arnaud Lécuyer « J’aimerais que le foot soit de gauche »

24/02/2020 à 16:16

La politique et le football, parfois, ça se ressemble ! On peut jouer à gauche, à droite, au centre ou même être relégué sur le banc. Arnaud Lécuyer, Maire de Saint-Pôtan (Côtes-d'Armor), connaît bien ce lien. L'élu de cette petite commune de 820 habitants est aussi joueur au sein du club de l'AS Saint-Pôtan qui compte 45 licenciés. Atout ou inconvénient ? Proche du peuple ou en conflit d'intérêts ? Le chef de village nous répond ! #Municipales2020 #MaVilleMonClub2020

Arnaud, comment vous êtes-vous retrouvé à faire de la politique ? Ce n’était pas prévu au départ ?

Personne dans ma famille n’a jamais été élu. Je ne viens pas d’une dynastie familiale qui m’a conduit vers la politique. Quand j’étais gamin, je m’intéressais beaucoup à l’actualité, à l’histoire, et à tout ce qui se passait autour de moi. En 97, j’ai été choisi pour être député junior. J’étais en CM2, c’est là que ça a commencé !

Et vous êtes aussi joueur de football…

Oui, je joue depuis l’âge de 7 ans, ce qui fait donc 25 ans de ballon. J’ai joué à L’Hermine de Pluduno, club qui a fusionné depuis. J’y ai évolué jusqu’à mes 18 ans puis je suis revenu jouer dans ma commune d’origine, à Saint-Pôtan.

Vous y êtes toujours licencié. Que représente le club de l’AS Saint-Pôtan pour vous ?

C’est le club de ma commune, mes couleurs, une association à laquelle je suis attaché. Je ne crois pas que j’irai voir ailleurs un jour… De toute façon, je vais avoir 34 ans et je n’ai pas eu de grande carrière. C’est un club où il y a mes copains. Quand je suis arrivé en 2004, on a réalisé deux ou trois montées consécutives jusqu’en 1ère division de district. On avait un peu le vent en poupe pendant 3-4 ans. Ce sont des moments mémorables ! Accrocher une montée, peu importe le niveau, que ce soit le PSG ou l’AS Saint-Pôtan qui évolue dans le fin fond du foot français, c’est la même chose en termes d’émotions. On a toujours maintenu une super ambiance dans le club. C’est vrai, il y a eu quelques années plus compliquées où on s’est retrouvé avec une seule équipe. Mais là, cela fait 4 saisons qu’on a deux équipes et ça se passe super bien.

En tant que Maire, quelle importance accordez-vous au club de foot de la ville et aux autres sports ?

C’est simple, quand on est jeune à Saint-Pôtan, c’est soit on fait du foot, soit du tennis de table ! A part la gymnastique, il y a seulement deux associations sportives sur la commune. Moi j’ai fait les deux ! J’ai aussi pratiqué le tennis de table et j’y joue encore d’ailleurs. J’ai même été président de 2008 à 2014. Ce sont des clubs familiaux car ceux qui jouaient au ping-pong venaient aussi au foot. On essaye de faire en sorte que le club ait les moyens de fonctionner. Au niveau des moyens financiers, ça va, mais c’est surtout les infrastructures qui sont importantes. On a un super terrain qui est reconnu dans la région, une buvette, on finalise les travaux d’un local. La commune paye une partie et les bénévoles et joueurs mettent aussi leur part. On donne 1800 euros de subventions, ce qui est pas mal par rapport à d’autres clubs autour et par rapport au nombre de licenciés.

Est-ce que des habitants vous reprochent de trop donner au club de foot ?

Non. Les gens aiment qu’on investisse pour les associations et écoles en général. Et puis, ça reste raisonnable ! On ne fait pas de dépenses excessives ou pharaoniques pour le foot. Quand il y a peu d’associations sportives comme chez nous, on doit leur donner les moyens d’exister et d’exercer dans de bonnes conditions.

Comment ça se passe avec les autres membres de l’équipe ? Vos coéquipiers arrivent-ils à vous voir autrement que leur maire ?

Pour une partie, ils m’ont vu jouer avant d’être Maire. Lors du mandat d’avant, j’étais adjoint au maire mais quand j’ai commencé le foot, je n’étais pas encore élu. Effectivement, je n’en parle pas spécialement mais je n’ai pas l’impression que ça les dérange. Ça se passe relativement bien, je suis un joueur comme un autre. Je n’ai pas de passe-droit sur le terrain, ni en dehors. Je nettoie les vestiaires comme les autres, quand je dois être remplaçant, je reste sur le banc, quand je dois jouer en B, je redescends. Je n’ai aucun privilège.

L’entraîneur ose-t-il être un peu dur avec vous ?

Je l’ai fait venir en 2016. Et lui aussi est conseiller municipal de la commune d’à côté : Matignon. C’était mon vice-président en charge de la voirie et des déchets. Je suis aussi président de la communauté de communes de Matignon et lui vice-président. En tant qu’élu, j’étais son chef et le soir à l’entraînement ou le dimanche au foot, c’était lui le patron car c’était lui le coach. Et il se représente aussi aux élections.

Pensez-vous être réélu ? Tous vos partenaires vont-ils voter pour vous ?

Je me représente. J’ai embauché un jeune joueur qui rejoint les Municipales et qui est candidat. C’est pas tant pour le foot, il est étudiant et va avoir 19 ans. Il est très communiquant, très jovial, il passe bien avec tout le monde. Il a un bon caractère, c’est une bonne pâte. Il est dans le club des jeunes de la commune et ça l’intéressait de me rejoindre, il avait envie de s’impliquer pour sa commune. Est-ce que mes coéquipiers vont voter pour moi ? J’espère déjà qu’ils vont venir voter. Le vote est secret et donc je ne saurai jamais qui a voté pour moi ou pas, mais globalement, je pense qu’ils le feront. Déjà, il n’y a qu’une liste, ça facilite les choses (rires).

 

« Malheureusement, un jour, ça finira par donner une image complètement dégueulasse du ballon »

 

Quand vous vous échauffez autour du terrain, parlez-vous politique avec les autres joueurs ?

De politique nationale, pas trop, mais locale, oui ça arrive, au niveau des élections. Tous les joueurs ne sont pas forcément habitants de Saint-Pôtan mais ils me questionnent sur les Maires et les communes des alentours. Parfois, ils me posent des questions : qu’est ce que la commune fait ? Ou ça en est le projet ? Quand terminent les travaux ?

Les footballeurs n’ont pas une image de grands intellectuels. Est-ce que ça vous a déjà porté préjudice en politique que d’être footballeur ?

Non, car j’ai un piètre niveau de foot… Ce n’est pas par le ballon qu’on m’a remarqué. Je n’ai jamais été connu comme ayant un talent particulier sur rectangle vert. J’ai un bon pied gauche mais ça s’arrête là. De ce point de vue là, on m’a sans doute plus connu ou reconnu par le biais de mon engagement politique, mes mandats d’élu, que par le foot. Les gens trouvent ça plutôt sympa que je continue le foot en même temps que la politique. Ils ont un regard positif d’autant plus qu’il s’agit de foot amateur voire très amateur…

Arnaud Lécuyer et Jérémy Dauphin qui est aussi Maire de Languédias et joueur à Saint-Méloir-des-Bois

Vous êtes un maire de gauche. Ce sont un peu les mêmes valeurs que dans une équipe de foot ?

J’aimerais que le foot soit de gauche. Ce ne serait pas forcément dans son style de jeu mais dans les valeurs que le foot transporte. Il y a la question de la solidarité et l’exemple de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes dans le foot. En tant qu’homme de gauche, je dis qu’il y a vraiment des progrès à faire. Je suis admiratif du combat de Megan Rapinoe ! Il y a aussi des joueuses de foot en France qui se battent pour la même cause comme Mélissa Plaza qui a écrit un bouquin sur les stéréotypes de genres. Je veux défendre un football populaire accessible à tous, ça me tient à cœur ! Il me semble aussi important de préserver le foot amateur.

Que pensez-vous des incidents racistes qui se passent assez souvent dans les stades en France, en Europe et parfois même au niveau amateur ?

On ne peut qu’être révolté et choqué. C’est inadmissible de voir encore ça en 2020, c’est dramatique. Malheureusement, un jour, ça finira par donner une image complètement dégueulasse du ballon. A cause de ce genre de faits, l’image populaire du foot pourrait se marginaliser. C’était le cas le weekend dernier au Portugal avec des cris racistes venant des tribunes. L’arbitre doit arrêter le match ! J’ai un regret, c’est que le joueur est sorti mais que ses coéquipiers ne l’ont pas suivi. Il y a des enjeux financiers et sportifs, je sais, mais tant qu’il n’y aura pas une équipe qui dit « stop, on s’en fout des 3 points », alors ça continuera. Ils peuvent pénaliser les clubs avec ce genre d’acte ! Ce n’est pas admissible dans la vie de tous les jours, ça vaut aussi pour les espaces publics. C’est médiatisé car c’est du foot pro mais ça se passe aussi dans le foot amateur.

Que pensez-vous des joueurs pros ou anciens pros qui se lancent dans la politique comme Mamadou Niang, Ludovic Obraniak ou encore Vikash Dhorasoo ?

Je trouve que c’est bien que ces sportifs s’engagent dans la vie politique. Je les encourage ! J’encourage tous les citoyens à s’engager dans la vie politique. Je pense que ce sont des gens qui peuvent apporter. Pendant leur carrière de footballeur pro, ils ont développé peut-être pas des savoirs politiques mais d’autres qualités importantes. Les cyclistes professionnels par exemple, ce sont des mecs qui se sont levés pour se taper 300 bornes dans le froid. Abnégation, rigueur à l’entrainement, détermination… ce sont des développements de qualités qui peuvent être intéressantes dans la vie politique. Cela ne suffit pas mais chacune et chacun développe des qualités qui peuvent servir dans ce domaine.

Quelles sont vos qualités de sportif qui vous servent en politique ?

Je suis à gauche en politique, je suis gaucher et en général milieu gauche. Parfois, je joue milieu défensif, j’aime être au cœur du jeu. Par contre, je suis un peu plus fin politique que je suis joueur. Je suis plus physique sur un terrain. Par contre, je suis un leader, je n’ai pas peur d’aller au combat. J’encourage mes coéquipiers aussi.

Pour terminer, quels sont vos projet dans le sport si vous êtes réélu ?

Pour le foot, on n’a pas de projet de terrain synthétique. Si on pouvait développer les pistes cyclables et les itinéraires vélo, ce serait pas mal. Je veux aussi développer un terrain d’entraînement pour le cyclo-cross. On a un site naturel qui sert d’entraînement, mais on veut essayer de l’améliorer. Antoine Benoist, champion de France espoir de cyclo-cross, est originaire de la commune d’à côté. Ses grands-parents sont originaires de Saint-Pôtan, il est attaché à la commune, on veut améliorer sa situation.

Keevin Hernandez