InterviewLigue 1

Senou Coulibaly (DFCO, ex-Cergy et Mantes) : « J’ai tout à construire »

14/08/2018 à 18:29

Trois jours après, la voix est posée, calme. Buteur décisif pour Dijon, en Ligue 1, samedi, Senou Coulibaly s'est confié, en exclusivité pour Actufoot, sur les moments magiques qu'il vient de vivre. Voici l'histoire d'un défenseur de 23 ans, originaire de Cergy, où il jouait, en R2, il y a deux saisons, qui se dit prêt à faire tous les efforts pour continuer à écrire une histoire qui semble folle. En mai dernier, il évoluait encore en National 2, au FC Mantois. Le voici dans l'équipe type de la Ligue 1 sur L'Equipe...

Quel est votre état d’esprit, trois jours après avoir marqué votre premier but en Ligue 1 ?

(Calme) Comme d’habitude, je suis tranquille, c’est une autre semaine, il faut se remettre au travail.

Ce n’est quand même pas banal.

Bien sûr, il y a eu plus d’excitation le lendemain. Tout le monde m’envoie des messages, je fais mon apparition dans l’équipe type de Ligue 1. C’est une semaine plus joyeuse que les autres, mais on garde les pieds sur terre.

Racontez-nous cette action.

A l’entraînement, on l’avait travaillé, on avait dit que j’allais au 2e poteau, Cédric (Yambere) au milieu, Wesley (Lautoa) au premier poteau. Cédric m’a dit « on y va, on casse tout ». On se dit qu’on fait ce qui est prévu. Naïm (Sliti) tire, donc je me dis qu’il va y avoir une trajectoire un peu sortante. C’est ce qu’il s’est passé. Je me positionne rapidement, je me place bien, je la reprends. Et après…

C’est la folie furieuse ?

(sourires) Oui… Mais jusqu’à la fin du match, je ne réalisais pas tellement que je venais de faire un truc de fou. Même au micro de Canal. Il n’y a que le lendemain, que le téléphone sonne, qu’il y a les notifications que je me dis que là j’ai fait quelque chose de pas mal.

Tout va vite pour vous…

Ca va vite dans les deux sens, je ne m’affole pas trop. Peut-être que le week-end prochain, je ne serai pas titularisé.

« A Dijon, tu retrouves un environnement familial et de bonnes personnes »

Vous avez découvert Dijon. Pouvez-vous nous décrire l’environnement ?

Il est super familial. En lui même, ça ne m’a pas spécialement impressionné. Mais à Dijon, tu retrouves des bonnes personnes, un environnement d’amateurs, dans un monde professionnel. Au niveau des structures, ce n’est pas le meilleur budget de Ligue 1, mais il y a tout à disposition pour récupérer et pour faire une bonne saison, avec un entourage de qualité.

Comment avez appris et vécu cette première titularisation en Ligue 1 ?

Je m’en doutais un peu, depuis un petit moment. Pendant la semaine, tu as souvent l’équipe qui va commencer. J’étais régulièrement dans la bonne. Mais je ne me faisais pas tellement d’illusions. Quand le coach fait l’annonce des 18, je savais que je serais titulaire, car un défenseur central était envoyé en réserve et on joue à trois derrière. Ca a été un match compliqué, dur, surtout au niveau du rythme. Pendant 30 minutes, on est mal rentré. On s’est bien repris en fin de première période. A la pause, on a trouvé les bons mots. En deuxième mi-temps, c’était mieux. La suite a été moins compliquée, mais, au niveau intensité, ça n’a rien à voir la Ligue 1.

C’est ce qui vous a marqué ?

Oui, c’est surtout l’intensité, il suffit de ne pas être au bon endroit au bon moment, d’avoir un temps d’hésitation, c’est trop tard. Tout ce qu’on fait, il faut être à 100 %, sinon c’est la ficelle derrière. Ca va super vite, il faut être concentré tout le temps. Il n’y a pas un moment de répit. Surtout en tant que défenseur ? Oui (sourires). Une erreur, on la voit direct.

Comment avez-vous vécu la préparation ?

Elle a été dure. C’est une première, avec autant d’intensité, deux séances par jour. Mentalement, c’est dur, physiquement aussi. Au début, je ne jouais pas tellement. Lors du premier match amical, j’ai disputé 45 minutes. C’était vraiment difficile. Le match d’après, j’ai fait 15 minutes, le 3e 5 ou 10, tu commences à douter dans ta tête, ce n’est plus pareil. J’ai eu la chance d’être titulaire contre Southampton, j’ai joué tout le match, tout s’est bien passé. Sur le dernier, j’ai fait 45 minutes, ça m’a reboosté mentalement. Lors de la dernière semaine, il y a la pression, est-ce que tu es dans le groupe ou pas ? Finalement, tu es dans le groupe, titulaire et ça se termine de la plus belle des manières.

Qu’espérez-vous de cette saison ?

Je suis là, de base, pour l’apprentissage du monde pro. Moi, je veux essayer de grappiller du temps de jeu. C’est mon premier objectif. Je ne me mets pas spécialement la pression, je prends ce qu’on va me donner, après on verra. Descendre en N3 ? J’ai joué en DSR, en N2, si on m’envoie en N3, ce n’est pas ce qui va mentalement me fatiguer ou me déranger. Du moment que j’ai du temps de jeu, je préfère jouer en réserve qu’être sur le banc, pour garder le rythme et être meilleur la semaine suivante à l’entraînement.

« Marquer le but de la victoire contre Marseille serait magnifique en tant que Parisien »

Quel adversaire attendez-vous le plus ?

C’est Marseille, et, comme tout le monde, Paris. Mais Marseille en premier, car je suis Parisien (rires). Ce serait kiffant de jouer contre eux. Marquer le but de la victoire ? Ce serait magnifique. Mais je suis défenseur central, les buts, ce n’est pas la chose sur laquelle on va me juger. Enfin, si je peux en mettre 2-3, ce serait bien.

Il y a deux ans, vous jouiez en R2, aujourd’hui vous êtes titulaire en Ligue 1, c’est fou, non ?

Je ne sais même pas. Les gens me parlaient du changement R2 – N2, mais je ne réalise pas tellement. Je joue. Après, passer de la N2 à la L1, oui, c’est fou. En revanche, de la R2 à la N2, ce n’est pas une transition folle, car j’estime que je pouvais jouer plus tôt plus haut. Le coach m’a fait jouer et m’a fait confiance en N2. Aujourd’hui, même là, quand on me dit que je suis joueur professionnel, je ne réalise pas. Je suis encore le joueur qui était en R2 ou N2. Je n’arrive pas à me le dire.

Il y a votre nom sur le maillot…

La première fois que je l’ai vu, ça m’a fait quelque chose. C’est le premier moment dans la préparation où tu te dis, là, je suis un joueur professionnel.

C’est un rêve ?

Je ne dirais pas ça. En N2, c’était un objectif. Quand je voyais que j’étais assez à l’aise, oui, c’était un objectif, sans pour autant devenir une obsession. A mon âge, je ne me faisais pas d’illusions. J’espérais, en me disant que si je n’y arrive pas, ce n’est pas grave. En fin de saison en N2, quand je me suis senti bien, je me suis dit que ce serait sympa de jouer en National, voire en Ligue 2, mais jamais en Ligue 1. En plus, lors de la première journée de championnat, je suis titulaire, et je marque le but de la victoire.

« C’est bien d’espérer, mais il ne faut pas que ça devienne une obsession. Il ne faut pas qu’on oublie le reste »

A qui avez-vous pensé ?

A tous mes potes, toute la ville de Cergy, directement. C’est la première chose. Je savais qu’ils allaient devenir fous… (il se reprend), qu’ils allaient devenir ouf.

Vous vous voyez comme un modèle ?

Oui, c’est un bon exemple pour les plus jeunes. Souvent, on te dit à 20 ans, que c’est mort, que tu ne peux plus percer. J’ai rencontré des gens qui me l’ont dit. Je leur disais que je n’avais jamais rêvé d’être pro en Ligue 1. C’est un objectif, mais si je n’y arrive pas, je ne vais pas pleurer.

Voulez-vous rester au contact des jeunes de Cergy ?

Oui, j’en ai envie, pour les faire espérer. Maintenant, c’est bien d’espérer, mais il ne faut pas que ça devienne une obsession. Il ne faut pas qu’on oublie le reste. Il y a l’école, le boulot. Je joue au foot, mais je travaillais. J’ai été livreur de pizza, j’ai fait de la manutention, j’ai été animateur et éducateur à Cergy. J’avais une vie de famille, des responsabilités. Le foot, c’était mon plaisir, mais j’avais les pieds sur terre. Je suis quelqu’un d’assez responsable, c’est ce qui a fait ma réussite aujourd’hui.

Votre histoire ressemble à celle de Pierre Lees-Melou (passé de l’US Lège Cap-Ferret à Dijon, NDLR). C’est un exemple ?

Bien sûr, c’en est un. Mais c’est chacun son histoire, son chemin. Il est un cran au dessus. Il a passé la case Dijon, il est à Nice. Il est à un stade de sa carrière où c’est bien ficelé. Moi, c’est tout frais, tout neuf. J’ai tout à construire. Ce n’est pas parce que j’ai marqué que je suis arrivé. Avec ces débuts, le plus dur commence. Maintenant, je vais être assez regardé et attendu (rires).

Crédit : Vincent POYER / DFCO