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Guillaume Allanou (Stade Briochin) : « Retrouver la ligue2 à moyen-terme »

01/07/2020 à 18:55

Directeur sportif et entraîneur de l'équipe réserve, Guillaume Allanou est revenu sur la montée du Stade Briochin en N1 et en N3. L'homme à tout faire du Stade Briochin a balayé toutes les actualités du club et notamment le mercato.

En 2011, le Stade Briochin était en DSE. 9 ans plus tard, il se retrouve en N1 et l’équipe réserve en N3. Est-ce une ascension incroyable ?

Non, ce n’est pas incroyable. C’est une ascension rapide. Une ambition, ça ne se décrète pas, ça se construit. On était sur un plan de marche que j’avais en tête. Vu de l’extérieur, elle peut paraître très rapide. Et c’est vrai qu’elle est très rapide, quatre montées en neuf ans, c’est un bon rythme.

Quelles ont été les différentes étapes de la reconstruction du Stade Briochin ?

Elles sont simples. En 2009, j’ai repris le club au bord de l’agonie à tous les niveaux. Sportivement, le club descendait de CFA en DH. Financièrement, on était au bord du dépôt de bilan. La vie interne et associative n’était plus présente. On est parti quasiment d’une feuille blanche. Pendant deux années, on a fait un gros travail de fond, qui ne s’est pas vu, pour remettre à plat le club. Le sportif n’était pas important, on était descendue en DSE. C’était deux années de fondations.

En 2011, avec l’arrivée de Sylvain Didot, on a pu se « consacrer » à une ambition sportive. Avec Sylvain, il y a eu trois montées en six ans. Avec la montée en N2, c’était pour nous un retour à la normale à un niveau qu’on n’aurait pas du quitter.

La troisième étape, avec Maxime D’Ornano et moi-même (sur une saison), c’est de retrouver le niveau qu’on a connu il y a 23 ans. On est en plein dedans mais on se trouve juste à la moitié du chemin. C’était mon objectif quand j’ai récupéré le club. Maintenant, je peux le dire. Je l’avais dans un coin de ma tête mais évidemment tout le monde m’aurait pris pour un « barjo » à ce moment-là.

Dans le passé, vous avez accordé un entretien à la presse locale où vous parliez d’atteindre la ligue 2 en 2023 ? Est-ce toujours l’objectif ?

Oui, l’objectif, c’est d’accéder à la ligue 2 à la fin de la saison 2022-2023. Après, on est obligé de mettre des dates. Mais ce n’est pas parce que nous n’y arriverons pas en 2023, qu’il faut tout mettre à la poubelle. Ça reste du sportif. Il faut décorréler le sportif du structurel. Il faut que les montées et les descentes ne soient que des épiphénomènes.

C’est une ambition à moyen terme. Mon objectif, c’est qu’on ne soit pas fragile. Il faudra être en capacité de le tenir pendant trois, quatre, cinq ans de national. Il est hors de question de dégringoler comme par le passé. Le jour où on sera arrivé en ligue 2, j’aurais l’impression d’avoir boucler ma boucle dans le sens où j’ai joué le dernier match pro ici.

Quelles seront les ambitions du Stade Briochin en N1 cette saison ?

Il faut entretenir la dynamique. Pour moi, le maintien, ce n’est pas une ambition. Comme on l’a fait par le passé, on souhaite construire match après match. Les résultats ne seront que la conséquence de tout ce qu’on aura fait. Il faudra montrer qu’on a le niveau national.

«  Basculer dans une ère professionnelle aussi dans le fonctionnement »

L’autre ambition, qui est la plus importante, est de structurer le club pour que ce soit pérenne. On a basculé dans un niveau « professionnel » qui n’en a pas le nom. Le national, tu as des contraintes pros et des moyens amateurs. A pleins de niveaux Cette croissance rapide montre que le club n’est pas prêt. On doit faire un gros travail de fond pour basculer dans une ère professionnelle aussi dans le fonctionnement.

Vous allez être le plus petit budget de national (1,7 millions d’euros). Comment faire pour lutter contre les autres écuries du championnat ?

Oui, il y aura peut-être Bastia-Borgo qui se battra avec nous pour être le plus petit budget (rires). On n’a jamais été le plus riche ni en DH, ni en CFA2, ni en N2 et ça ne nous a pas empêché de monter. Quand tu as moins d’argent, il faut que tu es encore plus d’idées. On doit être plus malin et soucieux du détail.

«  Passer tous nos joueurs en contrats fédéraux »

Tout le club doit en faire encore plus. Notre modèle est atypique, on a un joueur professionnel (prêt de Maxime Pattier) et trois quatre contrats fédéraux. C’est ridicule par rapport à tous les autres. Mais ça doit être une force en fait. On doit cultiver ça. Mon rôle, c’est d’inculquer en interne cette culture de l’ambition malgré les obstacles.

Vous avez recruté quatre joueurs. Quels sont désormais les postes ciblés ?

On a ciblé deux postes prioritaires, un défenseur central et un joueur offensif. En charnière centrale, une recrue va arriver. Offensivement, un nouveau joueur viendra se greffer. Le dossier est bien avancé voire quasiment fait. Si nous avons des opportunités, on pourrait signer un latéral droit et un joueur offensif.

Quelle a été la stratégie de recrutement ?

Compte-tenu de notre manque de moyens, on savait qu’on ne pouvait pas recruter de nombreux joueurs. La stratégie de recrutement avec Max (le coach) était de jouer la stabilité. On fait confiance à nos joueurs qui étaient déjà au club. On en garde dix-huit. On leur laisse l’opportunité de prouver qu’ils ont le niveau national.

Dans l’apport de recrues, il nous fallait des joueurs qui ont du vécu pour amener de l’expérience. C’est le cas de Maël Illien et de Jordan Blondel. On veut aussi des joueurs avec de la polyvalence. Dans le recrutement, la qualité première du joueur est humaine. Ce n’est pas au groupe actuel de s’adapter aux recrues. Ce sont à elles de s’intégrer dans le groupe. Notre force, c’est la solidarité.

Pouvez-vous décrire les quatre nouveaux joueurs ?

Avec Maxime Pattier, l’idée, c’était d’avoir deux tops gardiens. On essaie de cultiver une identité bretonne et qu’il s’entend bien avec « Cheickou » (surnom de Cheick N’Diaye). Il s’était connu à Rennes. Max (Pattier) a un très bon jeu au pied. Notre gardien est le premier relanceur, c’était un critère important.

Pour Hugo Vargas-Rios, on a privilégié la qualité technique à la qualité athlétique. C’est un milieu de terrain de formation. Il est ami avec Charly Dutournier. Ils se sont connus à Tours. Ce n’est pas que mettre des noms où remplir des cases.

Maël Illien a une identité bretonne, un joueur d’expérience de 30 ans (une centaine de matchs en national), il connaît certains de nos joueurs. On voulait déjà le faire venir il y a quelques années quand Maël était à Concarneau.

Jordan Blondel a du vécu en N1 à Avranches. C’est un joueur polyvalent (en milieu défensif, relayeur ou excentré). Il marque des buts et il a du tempérament.

Jérémy Le Douaron est parti au Stade Brestois. Son départ doit rendre fier tout le club…

Bien sur. C’est un départ prévu. Depuis le mois de décembre, des clubs sont dessus. C’est bien pour lui. Il va vivre son expérience. Même si Guingamp l’a formé, on l’a postformé. On a pris le temps avec lui. Il a fait une année d’U19, deux années en R1 avant de faire des entraînements puis des apparitions avec l’équipe première. On n’a pas brûlé les étapes. Il arrive « à maturité » à 20-21 ans.

L’annonce de votre nomination à la tête de l’équipe réserve en N3 a quelque peu surpris. Pourquoi le club a pris cette décision ?

Ce n’était pas prévu, Jérôme David est parti (à Ginglin-Cesson, directeur sportif). C’est multifactoriel. Tout d’abord, l’aspect économique. A ce niveau-là, les règlements imposent d’avoir un entraîneur salarié. Ça coûte cher. Je vaux zéro donc il n’y avait meilleur marché que moi. Ce n’est pas le critère numéro un.

Il fallait trouver un numéro deux, un coach de réserve qui soit au service de l’équipe première et accepte de faire avec les joueurs qu’on lui donne ou qu’on ne lui donne pas. Ce n’est pas simple. La compétition en N3, c’est accessoire. Et surtout qu’il puisse être un relais crédible du coach de la A (Maxime D’Ornano) notamment par rapport aux joueurs déçus. Il y a beaucoup d’entraîneurs d’équipe réserve qui savonnent un peu la planche de l’entraîneur d’en haut. Le profil n’était pas simple à trouver. On était dans l’urgence. J’ai fait venir Max, on est raccord sur la politique sportive.

«  On sera le seul club amateur avec une équipe en N1 et en N3 »

Ça durera qu’une année. Elle sera transitoire. C’est aussi de faire le lien entre l’équipe A, une entité à part et les autres équipes. C’était de prendre un peu le modèle des centres de formation où souvent le responsable coache la réserve. Il est en haut de la pyramide formation et post-formation.

En N3, quels seront les objectifs ?

Il faudra maintenir l’équipe c’est tout. Et amener un maximum de joueurs à aller gratter ce qu’ils peuvent en équipe première (entraînements, bancs, bouts de matchs). On a privilégié les jeunes joueurs du club. On prône la formation. On les incite à faire le maximum de ce qu’ils peuvent faire. Peut-être que pour certains, la N3 sera trop haut mais ça leur permettrait de faire leur preuve et leur donner une chance. Le but, c’est de leur faire gagner du temps. Le plus vieux aura 23 ans et on aura des 1999, 2000, 2001 et 2002. On va souffrir d’un déficit d’expérience au départ, c’est évident mais je fais passer le message aux membres du club, qu’il ne faut pas paniquer. Ce niveau va vite les aguerrir. On sera le seul club amateur avec une équipe en N1 et en N3.

Deux joueurs sont arrivés en N3. Que pouvez-vous en dire ? D’autres joueurs pourraient-ils arriver ?

Kristen Boulouard arrive de Brest. C’est un défenseur latéral polyvalent de 20 ans. Et il y a Gabin Giraud-Dagnicourt qui vient du Rheu. Il a été formé à Guingamp et en équipe de France de jeunes. L’idée, c’était d’offrir la deuxième chance à des joueurs non gardés par des clubs professionnels. Tout est ouvert chez nous. Celui qui est performant la porte de la N1 est ouverte. Mais il ne faut pas brûler les étapes.

Je reçois beaucoup de propositions, je vais prendre deux, trois joueurs à l’essai pendant la préparation. On a besoin d’un ou deux renforts en plus dans le secteur offensif.

Quelles sont les autres actualités du club ?

Le programme de reprise vient d’être dévoilé. Je suis content qu’on puisse recevoir Brest. Ce sera une belle fête. Comme on n’a pas pu fêter la montée avec nos supporters, je suis content que le premier match post-covid soit ici et contre une ligue 1. C’est une belle occasion de faire vite la transition entre la montée, les nouveaux joueurs, la nouvelle équipe et puis la projection du haut niveau car contre une ligue 1, ça va nous montrer.

On travaille dans tous les sens (communication, partenariats, structuration). En tant que dirigeant, la saison se gagne maintenant. On va lancer notre campagne d’abonnements cette semaine. On attend juste deux, trois détails.

Effectif de la nationale 1 :

Gardiens : Maxime Pattier, Cheick N’Diaye, Alexis Radoux

Défenseurs : James Le Marer, Hugo Boudin, Kévin Simon, Quentin Urvoy, Souleymane Baldé, Hugo Vargas-Rios

Milieux de terrain : Damien Boisvilliers, Théo Bloudeau, Nakibou Aboubakari, Ahmad Allée, Jordan Blondel, Maël Illien.

Excentrés / attaquants : Zana Allée, Yoann Le Méhauté, Devon Romil, Erwan Mbock, Rémy Fombertasse, Birame N’Diaye, Charly Dutournier.

Arrivées : Maël Illien (US Boulogne Côte d’Opale), Maxime Pattier (FC Lorient, prêt), Hugo Vargas Rios (MDA Foot), Jordan Blondel (US Granville).

Départs : Jérémy Le Douaron (Stade Brestois), Thomas Perchaud (Balma Foot), Robin Denquin (?).

Propos recueillis par Matthieu Naizet

Crédit photo : Matthieu Naizet