INTERVIEWPréparation physique

Sébastien Lopez-Guia : « Six semaines de préparation physique seraient un minimum »

28/03/2020 à 11:24

Passé par l'OM, Neuchâtel Xamax, l'AS Monaco ou encore le GFC Ajaccio, Président de l'Association des préparateurs physique du football professionnel, co-fondateur du diplôme universitaire "Optimisation de la performance en Football" et actuel Responsable Fédéral de la préparation physique au sein de la fédération haïtienne, Sébastien Lopez-Guia prévient contre les dangers d'une reprise trop rapide des compétitions après le confinement.

Si l’on essaie de se projeter sur un scénario de reprise des compétitions à la fin du confinement, combien de temps devrait-on dédier à la préparation physique avant de disputer à nouveau des matchs officiels ?

Si on prend l’exemple d’une fin de saison normale, pour des pros ou les plus hauts niveaux amateurs, les joueurs ont en moyenne une coupure totale de dix jours. Ensuite un programme individuel d’environ trois semaines est à suivre avant la reprise collective. Là démarre une préparation qui dure en moyenne six semaines.

Mais ça c’est en temps normal…

Exactement ! Là on parle de joueurs qui sont confinés, avec un stress infernal comme nous pouvons tous le ressentir. Ils tournent forcément en rond… La détresse psychologique de cette situation, associée à la fonte musculaire et à la perte des paramètres athlétiques, cela doit appeler à la plus grande prudence. Car même si on continue de s’entretenir physiquement à la maison, cela ne remplace pas l’entraînement normal, ainsi que toutes les autres activités physiques quotidiennes dont le confinement nous prive.

« Il faudra déjà plusieurs semaines à tout le monde pour retrouver le rythme d’une vie normale. Comment pourrait-on dans le même temps penser compétition ? »

On peut donc comprendre qu’après deux mois de confinement, par exemple, cela nécessiterait plus de six semaines de préparation physique avant de reprendre la compétition ?

Si une reprise de l’entraînement début mai était possible, soit après deux mois d’arrêt et de confinement, six semaines de préparation serait un minimum pour préserver la santé des sportifs. Nous aurons probablement besoin de plus de temps que ça. C’est valable pour le haut niveau comme pour les amateurs, qui auront en plus à reprendre le travail de façon intensive. Il faudra déjà plusieurs semaines à tout le monde pour retrouver le rythme d’une vie normale. Comment pourrait-on dans le même temps penser compétition ? Certains voudront peut-être tenter une reprise accélérée, mais cela serait franchement une grosse prise de risque pour la santé.

Cela ne rend-il pas le scénario de reprise improbable ?

Nous sommes dans une période de priorité sanitaire, le sport est secondaire, mais si on se projette sur un scénario de reprise accélérée, que je ne préconise pas, on reste à mon avis sur un minimum de 4 semaines de préparation avant tout retour à la compétition. Et je ne parle pas des conditions de cette préparation. Les clubs pourront-ils récupérer tous leurs joueurs en même temps, pourront-ils les tester ? Les stages de préparation pourront-ils se dérouler comme nous en avons l’habitude ? Repartir dans une sorte de confinement après avoir vécu cela pendant deux mois est-ce raisonnable ? Vouloir finir coûte que coûte, précipiter les choses pour un souci de calendrier c’est jouer avec la santé des sportifs.

Jean-Pierre Rivère, le président de l’OGC Nice, a proposé cette semaine de débuter la prochaine saison en février 2021, que pensez-vous de cette idée ?

Je suis à 100% en faveur de la solution proposée par Jean-Pierre Rivère. Changer notre organisation,  notre calendrier, c’est le moment de le faire. De plus, on ne sait pas comment cela va se dérouler dans les autres pays, tout le monde n’étant pas touché en même temps. Débuter la prochaine saison en février, cela donnerait du temps à tout le monde pour se remettre de cette crise sans précédent. On doit avoir une vision sur le long terme et dans la situation actuelle cela correspond aussi au besoin du moment : ne pas précipiter les choses.