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Romain Guillot (US Mirabel) : « Quand les adversaires viennent chez nous, ils éclatent de rire »

04/03/2020 à 16:00

Sixième épisode de #MaVilleMonClub ! 23 licenciés dont 12 joueurs-dirigeants, une seule équipe seniors en cinquième division de district et un cœur gros comme le monde pour surmonter des années de galère. Voici l'US Mirabel, petit club de collègues dans la Drôme (26) affilié au District Grand-Vaucluse (84) luttant contre une municipalité aux abonnés absents.

Romain Guillot, vous êtes à l’initiative de la création de l’US Mirabel. En tant que président-fondateur, racontez-nous vos premiers contacts avec la municipalité de Mirabel-aux-Baronnies.

C’est lorsqu’on a voulu recréer un club dans la commune en 2013. Depuis dix ans, il n’y en avait plus. Notre demande avait été dans un premier temps refusée parce que je n’habitais pas sur place. J’ai mis à peu près six mois pour intégrer des Mirabellais au projet et on est retournés devant les élus quelques mois plus tard avec cinq, six habitants prêts à s’engager. La mairie a accepté de nous laisser les clés et on a pu s’affilier avec la FFF trois mois plus tard en mars 2014. J’avais 22 ans et je me souviens encore de ma première réunion à la municipalité. C’était un projet de collègues, de jeunes qui avaient juste envie de jouer au foot. Quand ils nous ont vu, ils se sont dit qu’on n’allait pas tenir six mois.

« On avait demandé à la mairie une autorisation et de l’aide, ils m’ont filé un pot de 5 litres de peinture blanche… »

Les premières impressions ont visiblement donné le ton…

Il y a eu un a priori très négatif à notre égard. Arrive le championnat et le premier match à domicile, la pelouse n’était qu’à moitié tondue alors qu’on avait envoyé le calendrier plusieurs semaines auparavant. Il a fallu refaire toutes les mesures pour le terrain, on a eu recours à des traçages un peu aléatoires. On n’a pas eu d’aide et on nous a toujours refusé une machine à peinture. Encore aujourd’hui, on trace à la chaux.

Comment se passe la première saison ?

On termine sixième sur douze, ce qui est assez correct. On arrive à organiser deux, trois événements associatifs. On a une subvention de 1000 euros et un budget de 3500 euros annuels. On va dire que ça passe. Quelqu’un tondait le terrain mais ce n’était jamais au bon moment. On se disait que c’était déjà bien, que ça allait s’arranger avec le temps. A la fin de saison, j’ai décidé de refaire les vestiaires devenus vraiment dégueulasses. Il y avait du moisi. On avait demandé à la mairie une autorisation et de l’aide, ils m’ont filé un pot de 5 litres de peinture blanche… Finalement, on a géré en interne en injectant de l’argent de notre poche. On s’est mis à plusieurs pour repeindre les vestiaires.

« Quand les arbitres et joueurs viennent, ils éclatent de rire et vont sur Snapchat pour montrer l’état de la pelouse et des conditions d’accueil »

Avez-vous toujours fait preuve de sérieux ?

On n’a jamais fait un forfait, jamais de bagarre. On gagne c’est tant mieux, on perd tant pis et on va boire une bière ! On ne demande pas un Stade de France, juste une pelouse tondue. On la coupe depuis deux ans avec un tracteur qui appartient à un jeune paysan. Ça fait aussi six ans qu’on n’a pas de banc de touche. J’ai fait la requête au bout de trois ans, ce n’est pas ce qui coûte le plus cher, on nous l’avait promis mais ce n’est jamais arrivé. Les élus sont invités à nos événements mais on ne les a jamais vus. Au mieux, dans mes souvenirs, on a eu un ex-conseiller municipal. Quand on a gagné la Coupe du Monde, j’ai monté tous les dossiers FAFA (aides destinées au foot amateur) et je les ai posés sur le bureau du maire. Il n’avait qu’à pousser, on n’a rien obtenu.

Cela vous donne envie à ce moment-là de taper du poing sur la table ?

On a eu une réunion l’an passé au cours de laquelle on a joué cartes sur tables. On leur a expliqué qu’on ne pensait pas qu’à nous mais aussi à l’avenir de nos enfants. Eux sont toujours dans l’idée qu’on va s’arrêter. Il y a un gros club à côté de nous, Nyons, qui coule depuis des années et avec qui on nous demande de fusionner. Il y a des rumeurs qui circulent mais ça ne nous intéresse pas. On aimerait bien créer une équipe de jeunes, mais au regard des conditions, personne ne voudrait laisser son gamin ici. Quand les arbitres et adversaires viennent chez nous, ils éclatent de rire et vont sur Snapchat pour montrer l’état de la pelouse et les conditions d’accueil.

Quelqu’un est-t-il venu sur place pour constater votre terrain ?

Le président de la commission des terrains du District Grand-Vaucluse, Etienne Rippert, était venu constater le terrain. Apparemment, pour le niveau où on évolue, il est homologué ! C’est fou. Les élus, eux, ne sont jamais venus à un seul match. On les avait seulement vus le jour où on avait présenté les nouveaux maillots parce qu’on allait passer dans le journal.

« On se dit que ça ne peut pas être pire avec l’autre ! »

Vous devez attendre les municipales avec impatience…

Le maire actuel se représente face à un autre candidat. On se dit que ça ne peut pas être pire avec l’autre ! Aujourd’hui, on n’a pas de conditions correctes, par contre, si vous venez au stade, vous ne manquez pas les deux caméras de surveillance qui tournent en boucle ! Ils les avaient installées lorsque la cinquantaine de caravanes de gens du voyage avaient envahi le terrain. C’était un moyen pour les dissuader de revenir.

Pourquoi existe-t-il si peu d’intérêt pour le foot à Mirabel-aux-Baronnies ?

Notre village est davantage porté sur le tennis puisque 200 des 1500 habitants sont adhérents au club. Mais il y a forcément une équipe de petits à faire ici. Une personne décédée a laissé un beau terrain à la municipalité qui pourrait être récupéré pour faire un stade. Il y a déjà presque tout, de l’herbe et une école primaire juste à côté ! On essaye de pousser pour que ce projet monte au cœur de village. Ces élections peuvent marquer un tournant pour le club.

« Le joueur qui a envie de s’engager avec nous, quand il vient s’entraîner, on ne le revoit jamais ».

Vos adhérents et vous-même ne vous lassez-pas de ce contexte usant ?

J’ai peur que les gens se lassent. Aujourd’hui, on est troisièmes de notre poule de D5 mais on ne peut pas monter. Quand on va jouer chez les deux premiers, on a l’impression d’avoir 20 ans de retard sur le football. Autant, j’ai de bons retours des Mirabellais sur ce que fait la Ville d’un point de vue global, mais l’intérêt pour le foot est de l’ordre du néant. On a fini par avoir des bancs scolaires en guise de banc de touche, et encore, ils ne nous étaient pas destinés à la base.

C’est une situation tristement risible ?

Quand le club de Montfavet qui évolue en D1 est venu jouer un tour de Coupe chez nous, ils se sont tapés une barre ! Les buts, c’est de la fonte. En lucarne, je peux te dire que tu ne vas pas la chercher. La pelouse, c’est moitié herbe, moitié chardons. Si tu ne la tond pas, on retrouve des marguerites de 40 centimètres ! Forcément, on va perdre des licenciés. On a eu cinq ruptures des ligaments croisés en six ans, des entorses aux chevilles et aux poignets à répétition. On joue pour le plaisir mais on a aussi envie de pouvoir être compétitifs. La moitié des joueurs de l’effectif est là depuis six ans. On a des projets, mais le joueur qui a envie de s’engager avec nous, quand il vient s’entraîner, on ne le revoit jamais…

*Contacté afin d’obtenir sa version des faits, la municipalité de Mirabel-aux-Baronnies n’a pas encore répondu à nos sollicitations. Actufoot reste à sa disposition si elle souhaite réagir. (thomas.gucciardi@actufoot.com).

L’US Mirabel attend des jours meilleurs après les Municipales 2020