InterviewN2

Jean-Pierre Papin (Chartres) : « Faire une demi-saison n’a aucun sens »

12/02/2021 à 18:24

Nommé entraîneur de Chartres (N2) en juin dernier, Jean-Pierre Papin (57 ans) a replongé après six années loin des bancs, période durant laquelle il s'est notamment adonné au métier de consultant. En exclusivité pour Actufoot, l'ancien ballon d'Or se livre sans filtre sur ses six premiers mois malheureusement tronqués au sein d'un club aussi ambitieux que lui. (Crédit photo : Chartres.fr).

Jean-Pierre, 80% des clubs de National 2 fonctionnent comme une structure professionnelle, avec des joueurs sous contrat. N’attendez-vous pas des instances une reprise rapide du championnat maintenant que la Coupe de France est repartie ?

J’y croyais encore il y a quelques temps mais c’est la première fois que j’imagine que l’on ne puisse pas reprendre. Il n’y a aucune date de prévue, on en évoque certaines mais tout en sachant qu’il nous faut au moins cinq semaines de préparation avant de rejouer en compétition. Je ne comprends pas pourquoi on entend parler de date de reprise en ce moment, il faut arrêter de dire n’importe quoi.

A quoi ressemble le quotidien à Chartres ?

On a 14 contrats fédéraux dans le groupe donc on s’entraîne normalement depuis longtemps. Il faudra m’expliquer un jour pourquoi on a laissé reprendre la N1, un championnat où les clubs possèdent le même fonctionnement et les mêmes contrats que nous.

C’est frustrant ?

Très frustrant parce qu’on avait fait une grosse préparation pour réattaquer la saison plus fort qu’on ne l’avait commencée. Aujourd’hui, on nous dit gentiment qu’on va peut-être y mettre un terme alors qu’on en est à qu’à la moitié. Ca ne sert pas à grand-chose.

Est-ce dur de garder vos joueurs concernés sans l’adrénaline de la compétition ?

Sincèrement, je trouve mes joueurs un peu fatigués en ce moment par rapport à tout ça, au fait qu’il n’y a pas de visibilité, de date de reprise. On végète un peu, on ne sait pas où va et d’autres éléments rentrent en compte comme les fins de contrat. Tout le monde est un peu agacé, inquiet.

Qu’avez-vous mis à profit pendant cette période forcément moins dense ?

C’est beaucoup de plaisir, de jeu, du travail ludique tout en restant sur une préparation normale de compétition. On s’entraîne et c’est déjà pas mal.

Les préparations physiques que vous mettez en place sont inspirées de vos passages au Bayern Munich et à Milan. Quelle est la charge de travail ? Les joueurs l’ont-ils bien endurée ?

Ca se matérialise par environ 200km de footing en dix, douze jours combiné à trois entraînements quotidiens. Les joueurs l’ont vécu comme une nouveauté mais on est tous amené, entraîneurs comme joueurs à découvrir de nouvelles choses dans une carrière. Cela nous a valu zéro blessure musculaire depuis la reprise.

Avez-vous naturellement noué une relation privilégiée avec vos attaquants ?

Oui parce qu’on fait beaucoup de travail spécifique, les attaquants aiment beaucoup ça. Je pense que c’est nécessaire à ce niveau de la compétition et je dois dire qu’il y a d’ailleurs un vrai manque à ce niveau. Depuis plusieurs semaines, on met en place deux séances hebdomadaires de plus d’une heure l’après-midi.

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Quel type de conseils leur distillez-vous ?

Sur tout. Ca peut être par rapport à un geste, un pied de frappe, un pied d’appui. Le mouvement du corps, comment on frappe le ballon, à quelle hauteur. C’est en faisant et répétant encore et encore qu’ils apprendront. Je mets en place de la vidéo, des statistiques et on essaie de s’améliorer à travers les images et les séances.

Ce fût impressionnant au début pour eux de recevoir les conseils d’un Ballon d’Or ?

Non, pas spécialement. Et maintenant ils commencent à être habitués, il y a moins de surprise (sourires). Mes attaquants sont très réceptifs et leurs stats ne font que progresser.

Le C’Chartres Football pointe à huit points d’une première place qu’il convoite et qu’il a manqué de peu les deux dernières saisons. Si le championnat venait à reprendre, votre équipe n’aurait pas une grande marge de manœuvre…

Il faudrait reprendre pratiquement sans aucun faux-pas. Mais la situation actuelle est tout autre, il faut s’adapter à ces conditions, à ce virus et aux aléas autour d’une éventuelle reprise. Des choses qu’on n’est pas capable de gérer parce qu’on ne les maîtrise pas.

Le classement de la poule de Chartres : N2 (A)

Ca vous amène à vous projeter sur la saison prochaine ?

Obligatoirement, on sait où on veut aller et on sait comment on y parvenir. Maintenant, on doit voir aussi avec qui on doit le faire.

[Reportage beIN SPORTS France]

Comme promis, voici le « Comeback – épisode 3 », reportage 🎥 de beIN SPORTS France réalisé ce mardi 28 janvier 2021 au Stade James DELARUE.

Publiée par C’Chartres Football sur Samedi 30 janvier 2021

 

Le football amateur attire de plus en plus, la double arrivée de Mourad Boudjellal et Nicolas Anelka à Hyères en est la preuve.

Je pense que c’est une bonne chose mais si on ne nous prenait pas les joueurs, ce serait mieux.

Vous faites référence au départ de votre meilleur buteur Sébastien Persico…

C’est comme ça, à partir du moment où les joueurs sont contactés et qu’on leur propose des choses… Il n’y a pas vraiment d’éthique en fait. J’aurais aimé que Monsieur Boudjellal m’appelle ou Nicolas Anelka et qu’on discute ensemble. Ce n’est pas le cas et c’est bien dommage.

Comment avez-vous géré ce mercato hivernal ?

On a eu le départ de Sébastien qui était notre meilleur attaquant et maintenant on va miser sur les autres joueurs tout simplement. Il nous fallait un milieu de terrain défensif donc on a récupéré le capitaine de Poissy et on est ravi de son arrivée, il va nous apporter le caractère qu’il manquait un peu dans l’entrejeu.

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Battre l’équipe de Jean-Pierre Papin, c’est une motivation supplémentaire chez vos adversaires ?

Bien évidemment (sourires). Ca fait partie du jeu, ça a pu nous servir parfois et nous desservir aussi. On le ressent par rapport à l’attente et sur certains matches que l’on a fait où des supporters étaient présents. C’est une curiosité mais ça a été comme ça durant toute ma carrière donc ce n’est pas un souci.

On parle souvent de philosophie de jeu pour un entraîneur. Quels sont vos grands principes ?

Je veux avoir la possession du ballon et je veux marquer des buts. Ca demande d’être irréprochable techniquement. Après, à notre niveau, le plus important est de gagner des matches. Je serais ravi si je les gagnais tous 4-3 mais je sais très bien que ça ne ferait pas plaisir à mon gardien et à mes défenseurs. Si on regarde les stats de la saison, je trouve qu’on a pris un petit peu trop de buts mais on est la co-meilleure attaque avec Saint-Pryvé.

Un adversaire qui caracole en tête…

Le match chez eux (le 22 août défaite 2-1) nous a tués. Je pense que j’avais une équipe qui n’était, à ce moment-là, pas habituée à perdre et on se fait battre en prenant deux buts dans le temps additionnel. Cette défaite a fait très mal à tout le monde mentalement.

Jean-Pierre Papin était un attaquant instinctif, l’entraîneur l’est-il aussi ?

Tu ne peux pas être instinctif en tant qu’entraîneur. Tu peux sentir certains coups mais il y a un projet de jeu au départ et il faut le respecter au maximum. Sur certains matches on peut tenter des choses et réussir des coups mais à ce niveau de la compétition on ne peut pas se permettre de changer tout le temps d’organisation.

Le métier d’entraîneur devient-il de plus en difficile ?

Je pense qu’il est difficile au haut niveau parce qu’on a une obligation de résultats et c’est bien normal. Mais le problème de beaucoup de clubs est qu’ils ne laissent pas le temps aux entraîneurs. Et du temps il en faut pour bâtir, choisir les hommes, que tout le monde s’imprègne de l’organisation. C’est impossible de tout mettre en place en trois mois et c’est dur parce que parfois on te met dehors alors que les choses sont en train de prendre.

Au regard de votre parcours, vous semblez être un homme de projet, qui ne se lance pas dans le premier challenge venu.

Il faut un projet quand on fait le métier d’entraîneur parce que c’est lui te permet de voir à moyen terme. Un projet ce n’est pas six mois mais deux, trois ans, tu dois savoir où tu vas. Quand tu prends une équipe sans savoir où aller, c’est très compliqué.

Ne souffrez-vous pas du fait que l’on vous voit surtout par le prisme de l’ancien grand joueur que vous étiez ?

Oui parce que j’ai des idées par rapport à mon vécu qui me sont propres mais je n’ai pas de baguette magique. J’ai bossé pour faire de grandes choses dans ma carrière mais j’ai joué dans des équipes qui étaient juste extraordinaires avec des joueurs incroyables à mes côtés. Dans un championnat comme le N2, les choses sont plus difficiles à mettre en place. Tout n’est pas exceptionnel mais ça peut le devenir, il faut laisser du temps.

Vous avez l’impression d’en avoir à Chartres ?

Pour l’instant, bien sûr. Mais Chartres c’est comme n’importe quel club, on te laisse un peu de temps et si tu ne réussis pas on va demander à quelqu’un d’autre de finir le travail. Chaque entraîneur sait que c’est ça comme ça se passe.

Un souhait pour les prochaines semaines ?

J’aimerais qu’on reprenne mais de façon équitable car faire une demi-saison n’a aucun sens.

 

Recueillis par Thomas Gucciardi.

 

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