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Benoît Cauet (US Concarneau) : « La légitimité doit venir avec le travail »

10/01/2019 à 12:31

Nommé entraîneur de l'US Concarneau la semaine dernière, Benoît Cauet a accordé une interview exclusive à Actufoot. Ses premiers jours dans sa nouvelle formation, ses principes de jeu ou ses ambitions, l'ancien milieu de terrain de 49 ans se confie.

Vous avez vécu votre première sur le banc de Concarneau à Bastia, samedi dernier, dans un stade que vous connaissez…

Ca m’a rappelé beaucoup de souvenirs. C’était une belle émotion de retrouver ce stade et de jouer contre Bastia. On savait que ce serait un match de coupe, on connaissait les difficultés qu’on aurait pu avoir. On a essayé de mettre en place des choses, certaines ont marché, d’autres moins, à nous de faire mieux sur celles-ci.

Comment se passent vos débuts ?

Ca fait six jours que je suis là, il faut aller vite, comprendre vite les choses, les accélérer. Je sais déjà que c’est une catégorie qui est importante, qui demande d’être prêts à tout. Le classement est serré pour tout le monde. Il faut être prêt, tous les matches se jouent jusqu’à la fin.

C’est une découverte commune express…

Je suis en train de découvrir le club, mes joueurs. On va jouer notre premier match en National, je vais découvrir le niveau exact où on est. A partir de là, on fera un état des lieux. Il y a plein de choses à faire et j’ai toute la disponibilité pour les réaliser. A partir de là, il faut faire les choses bien.

Votre expérience est un outil important.

Elle me sert pour plein de choses. De ce point de vue-là, je peux amener plusieurs améliorations. J’espère pouvoir le faire. Ca commence par Dunkerque.

Avez-vous déjà pu l’observer ?

Oui, c’est une équipe qui ne reflète pas son classement. Ca fait partie des aléas d’une saison. Quelques fois, des équipes partent pour un autre type de championnat que celui dans lequel elles se retrouvent. Elles visent le haut de tableau, et jouent vers le bas pour plein de difficultés. Mais c’est une bonne équipe, qui a de bonnes individualités, comme Nzuzi Mata, Garita, Boudaud. Ils se sont renforcés avec Ludovic Gamboa. Pour cette deuxième partie de saison, c’est une équipe qui sera prête.

Elle a changé d’entraîneur. Avez-vous pu sentir une différence ?

Non, car j’ai vu les derniers matches, et le discours avait déjà changé. Sur ce que j’ai vu, au delà de ça, quand on change d’entraineur, ça veut dire qu’il y a des difficultés, dont on n’arrive pas à sortir. J’ai vu surtout une certaine ossature, une façon de jouer, un type d’engagement, une mentalité. Quand il y a un changement, il y a une prise de conscience. Des fois, les résultats ont du mal à arriver, mais c’est une équipe qui a des armes. A nous d’être bons, d’être meilleurs.

Qu’avez-vous remarqué de bon et de mauvais dans votre groupe ? Quel est votre premier regard ?

Pour l’instant, je n’ai pas vu de mauvais. J’ai vu des garçons à l’écoute, qui ont envie de progresser, de s’améliorer, de démontrer leur valeur. C’est un groupe auquel je dois m’associer. Je doit le connaitre mieux, apporter des choses différentes, dans le fait d’évoluer. C’est assez complexe, il faut travailler. Mais, je le répète, les joueurs sont à l’écoute, on l’a vu à Bastia, où d’un point de vue tactique, de la cohésion, ils étaient là. Maintenant, on doit s’améliorer dans le jeu. Dans la zone médiane, il faut faire mieux avec le ballon, et offensivement, on doit percuter un peu plus. Les armes, on les a, à nous de nous améliorer.

Avez-vous pu discuter avec Nicolas Cloarec, l’entraîneur historique, ou Pascal Laguillier, son adjoint ?

Nicolas, non. Pascal, si, longuement. C’est quelqu’un qui est là depuis des années, qui connait parfaitement le club, qui en a la culture. C’est une personne super disponible, qui a entraîné l’équipe première (pendant l’absence de Nicolas Cloarec, au retour de Guyane, NDLR), il sait comment elle fonctionne. Il a une capacité de lecture du jeu, il m’aide à aller plus vite et il est très professionnel.

C’est un gain de temps ?

Exactement, c’est gagner du temps pour connaitre encore mieux les tenants et les aboutissants de ce que j’ai comme matériel.

Votre parcours vous accorde-t-il une légitimité naturelle vis-à-vis du groupe ?

Je suis convaincu que, quand on fait ce métier, la légitimité doit venir dans le travail qu’on fait tous les jours, dans ce qu’on propose, ce qu’on développe, et là où on veut arriver. Ça doit être clair au départ, et ça doit être une chose qui nous aide à être meilleur demain. Donc la légitimité, tu l’as au départ, mais tu dois démontrer que tu es capable de faire les choses. C’est ainsi que les joueurs se fieront plus, qu’ils auront davantage confiance au coach, c’est un échange pour arriver à être plus fort.

Quels sont les principes de l’entraîneur Benoît Cauet ?

Ce qui me plait, c’est avoir le ballon au pied, même si, techniquement, c’est une catégorie où il y a moins de capacité. C’est une évaluation précoce de ma part, mais je trouve qu’il y a énormément de force physique. Techniquement, on reconnait les bons joueurs, car ça ne court pas les rues. Mais, si on veut jouer d’une certaine façon, il faut certains hommes. Puis, avoir le ballon, savoir comment on l’utilise, comment on bouge, comment créer et attaquer encore mieux.

Ca veut dire que vous espérez des renforts ?

Je pense qu’il faut recruter. Pour apporter plus, il faut un certain type de joueurs. On a parlé avec le président de certaines choses, on est d’accord. A Concarneau, on n’est pas riche mais il y a un grand coeur. Il faut trouver l’astuce, un certain style pour que ça ne coûte pas énormément au club. Ce n’est pas facile non plus (sourires).

Vous êtes passé par le staff de l’Inter Milan, qu’en gardez-vous ?

J’ai été pendant huit ans entraîneur et un an et demi scout. J’ai commencé à entraîner. J’ai appris toutes les difficultés qu’on peut avoir quand on entraîne. J’ai eu la chance de pouvoir gagner des titres, ça m’a aidé pour me développer, dans la programmation, dans la formation d’un entraîneur. Il faut voir étape par étape pour développer les choses, c’est progressif. Puis, j’ai fait le scout. Ca me sert en arrivant dans cette position, où il faut faire toutes les choses dans un club. C’est un tremplin pour moi, ça m’a permis de me développer sur ce que devait être mon futur ici.

Celui d’un manager ?

Pas un manager. Mais un entraîneur de National doit connaitre les joueurs autour de lui, ceux qu’il peut avoir. J’ai eu la chance d’évoluer à l’étranger, je connais d’autres circuits, un autre système C’est un avantage pour moi.

Vous avez entraîné les jeunes, c’est votre première expérience seniors. Qu’est-ce que ça change ?

La façon d’entraîner ne changera pas. Quand j’entraînais les jeunes, j’avais une certaine vision, une certaine façon de faire. Là, il faut adapter la portée physique, il faut être plus précis tactiquement avec les joueurs. On gagne ou on perd pour rien à ce niveau. A partir de là, tout compte. Ce sont les détails qui vont faire la différence. Au niveau des jeunes, on peut avoir une défaillance, alors qu’au plus haut niveau, on ne peut pas en avoir, ou on doit les limiter.

Quel diplôme avez-vous ?

J’ai passé mes diplômes en Italie. Le parcours de Patrick Vieira m’inspire-t-il ? Les autres ne m’intéressent pas. C’est une opportunité pour eux. Là, c’est une grande chance pour moi. J’ai de l’ambition pour ce club, je veux bien faire. Ca peut être un tremplin, mais je vais penser à Concarneau.

 

Benoît Cauet (à droite), avec l’US Concarneau, lors du déplacement à Bastia, en Coupe de France, lors d’un dépôt de gerbe devant le monument d’hommage aux victimes du 5 mai 1992. Crédit : US Concarneau